L'Enchanteresse de Vénus

Le Summer StarWars de Lhisbei du RSF Blog se poursuit... Leigh Brackett était, à la ville, l'épouse d'Edmond Hamilton, l'auteur du space-opera par lequel j'ai ouvert ma participation au Summer StarWars, Les voleurs d'étoiles, mais ses travaux d'auteure de SF sont plus anciens que leur mariage (datant de 1946). Nous tenons là un space-opera de 1949, plus récent que les deux autres dont j'ai déjà parlé, c'est-à-dire, une oeuvre contemporaine de la Trilogie de Fondation d'Isaac Asimov.

Résumé :
Stark est né sur Mercure, mais il voyage à travers tout le Système Solaire. Il a été sur Terre. Sur Vénus, il cherche Helvi, un ami disparu. Sa recherche l'emmène à Shuruun, une ville située de l'autre côté de la Mer Rouge, une immense nappe de brouillard écarlate sur laquelle peuvent circuler des bateaux. Une première altercation l'oppose à Malthor, le capitaine du bateau, qui veut le capturer alors qu'ils sont sur le point de débarquer. Parvenu à s'échapper, Stark rejoint Shuruun et se dirige vers le château des Lhari, la famille qui gouverne la région, et qu'il pense impliquée dans la disparition de son ami. Les Lhari sont six, pour la plupart beaux, cruels et fous. Ils croient qu'un secret sans prix a été dissimulé au fond de la Mer Rouge et, pour le mettre au jour, ils épuisent des esclaves innombrables Et voilà que Stark, à son tour, va devoir creuser les vieilles galeries de la cité préservée dans le brouillard... Mais à qui peut-il faire confiance ? Helvi sera-t-il sauvé ? Quant à ce fameux secret qui obsède les Lhari, est-il bien sage de le remettre au jour ?

L'Enchanteresse de Vénus est un space-opera pour le moins atypique. A mon sens, il se classe plutôt dans le genre voisin du planet-opera : pas de vaisseaux spatiaux ici et, même si Stark vient d'une autre planète, on ne sait presque rien de ce qui se passe ailleurs dans le Système Solaire. L'intrigue se passe même pour ainsi dire dans une unité spatiale presque digne d'un mouchoir de poche. Là où Les voleurs d'étoiles comme Le Prince de l'Espace franchissaient des distances colossales, tout ici se passe à proximité de Shuruun, la ville portuaire où Stark arrive au début de l'histoire et où il se retrouve à la fin. Le personnage de Stark en lui-même est surprenant, il semble posséder une profondeur psychologique importante, ce qui s'explique par le fait que ce space-opera est en réalité un élément d'une série d'histoires indépendantes, où le personnage tient le rôle central.

Je m'attarderai surtout sur le rôle joué par les personnages féminins dans cette histoire. Dans Les voleurs d'étoiles, il y avait déjà un personnage féminin, mais somme toute guère plus sexué que ses comparses masculins, presque comme une arrière-pensée, voire une concession. Dans Le Prince de l'Espace, le seul personnage féminin est presque encore pire : une femme, intelligente, belle, aimante, qui a pour seule motivation de conquérir l'amour du Prince : voilà qui est très poétique mais qui laisse de côté le fait qu'être une femme n'immunise pas contre l'ambition, la cruauté, l'égoïsme voire même l'inhumanité. Ici, on est en quelque sorte servis. Si le modèle de la femme belle et désintéressée, qui n'agit que par amour, est représenté dans L'Enchanteresse de Vénus (et ça ne va pas lui porter chance), cette figure est compensée par deux autres modèles féminins très négatifs à côté desquels la sorcière de Blanche-Neige n'est qu'une belle-mère de carnaval. Il y a tout d'abord la grand-mère des Lhari, créature obèse qui exerce un pouvoir totalitaire sur ses petits-enfants, qu'elle a semble-t-il plus ou moins contraints à se marier les uns avec les autres : une matriarche dépravée, incestueuse, bouffie par son appétit morbide pour le pouvoir et la domination. Mais il y a surtout Varra, l'une des dames des Lhari, belle, sensuelle, et pourtant cruelle et vénéneuse, capable de repousser les violentes assiduités d'Egil, son cousin et compagnon, grâce à un oiseau de proie qui n'obéit qu'à elle. Varra viendra chercher Stark pour lui offrir un marché terrible : dans le jeu du pouvoir, l'ambitieuse a compris qu'elle peut évincer la matriarche et les autres Lhari si elle trouve un allié de circonstance. Le personnage fait en réalité penser à celui de Circé, à tel point que l'on peut se demander si ce n'est pas elle, en définitive, l'Enchanteresse de Vénus (le titre du space-opera n'est en effet pas explicité). Face à ces deux monstres féminins, Stark aura fort à faire et le salut viendra d'un sacrifice, et d'une amitié désintéressée. Je pense très révélateur le fait que ce space-opera soit le fait d'une femme : sans doute fallait-il en être une pour oser sortir à tel point des convenances ordinaires de l'époque ! Et je me demande même ce que l'on dirait, à notre époque, si ce space-opera venait à être écrit... par un homme.

A tous points de vue, L'Enchanteresse de Vénus est, à mon sens, le meilleur space-opera de l'anthologie pour le moment.
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Commentaires

Efelle a dit…
Intéressant de voir qu'elle avait déjà cette touche sur les personnages féminins au début de sa carrière. La trilogie de Skaith que je lis de son côté est un de ses derniers écrits (sauf erreur de ma part) et si les personnages féminins sont forts, ils ne sont pas aussi omniprésents que dans le recueil Le Grand Livre de Mars.

En tout cas c'est de l'aventure avec un grand A très agréable à lire.
Anudar a dit…
Je ne connaissais pas du tout cette auteure, pas même de nom...

Je rejoins ton avis : aventure avec un grand "A" !