Rahan tome 11 : L'incroyable Romain la Roche

Faut-il présenter Rahan, le fils des âges farouches ? Voilà une BD vieille d'une quarantaine d'années, qui a fait le bonheur de nombre de lecteurs de Pif mais a survécu à son naufrage, et même au-delà... Si j'ai somme tout assez peu lu Rahan dans Pif quand j'étais gosse, je connais tout de même une bonne partie des albums "historiques" (ceux qui ont été publiés jusqu'aux années 1980) parce que mon père avait investi dans l'intégrale et que ce fut l'une de mes BD de prédilection une fois que j'ai su lire. Mais au contraire d'un Scrameustache ou d'une Yoko Tsuno que je n'ai jamais lâchés depuis, Rahan est une série que je n'ai pas continué par moi-même ensuite. Charme désuet d'une BD où le héros est obligé d'être beau, fort, intelligent et d'être pétri de bons sentiments, bourrée d'approximations archéologiques et même paléontologiques (Rahan découvre une lance en fer... Rahan découvre le pain... Rahan se bat contre des dinosaures en veux-tu en voilà... Rahan doit même affronter des araignées géantes alors que ce genre de bestiole a disparu de la surface de la Terre depuis le Carbonifère !)... Je pense que j'ai dû assez vite être conscient de l'approximation du propos qui se voulait, pourtant, réaliste. Sans doute est-ce la raison pour laquelle je n'ai pas fait d'acquisitions pendant des années, me contentant (parfois) de feuilleter les albums trouvés en librairie. Jusqu'à cette fois-ci, où je me suis dit "tiens... et si je l'achetais, celui-là ?"

Résumé :
Rahan, vagabond des âges farouches, passe la nuit dehors comme cela lui arrive fort souvent. Cette fois-ci, manque de pot, c'est pour découvrir la disparition de son précieux coutelas d'ivoire... Ses talents de pisteur hors-pair lui permettent de rattraper son voleur, qui n'est autre qu'un "petit d'homme" en fâcheuse posture. Deux sauvetages plus tard (celui du gamin par Rahan puis celui du coutelas par le gamin), les deux nouveaux amis se mettent en quête d'une légende, celle d'une chauve-souris géante (à moins que ça ne soit un ptérodactyle) dont la tête serait brillante comme le Soleil. Diverses péripéties (la traversée d'une inquiétante tourbière et une faune hostile) ne les empêcheront pas de découvrir la vérité, levant quelque peu le voile qui obscurcit la raison en ces âges farouches...

Le graphisme est toujours très conforme à l'esthétique de la série. Le langage des personnages aussi (même si j'ai l'impression qu'ils emploient plus volontiers la première personne du singulier que dans les "anciens" albums) et l'on retrouve le vocabulaire familier ("ceux qui marchent debout" pour désigner l'espèce humaine, "gorak" pour le tigre à dents de sabre). Dans une aventure précédente, Rahan a gagné une dent supplémentaire à son collier (je n'en sais plus la signification). Il a aussi changé son pagne-slip pour un machin-truc qui pendouille (un peu à la façon d'un pagne d'amérindien tel qu'on peut en voir dans Yakari). Pas trop de dépaysement.

Le point noir de cet album est le scénario. Il évite les écueils de précédents albums où la créativité de Rahan était un peu trop... créative (j'ai le souvenir d'avoir feuilleté un album où il allait jusqu'à inventer une foreuse géante !). Néanmoins, l'histoire fait un peu "prétexte" pour quelques morceaux de bravoure éparpillés tout au long de l'album. On ne comprend pas bien l'argument initial et, en fin de compte, Rahan apparaît un peu comme un simple spectateur, le véritable personnage principal de cette histoire étant son jeune voleur de coutelas. C'est en fait une histoire d'éducation qui nous est racontée, ce qui ne manque pas d'intérêt en soi, mais qui ne donne rien d'inoubliable à lire ici. On retiendra surtout les visions lyriques et humanistes de Rahan, qui font un peu gros bons sentiments mais vu les temps actuels, ce n'est peut-être pas plus mal de rappeler aux jeunes lecteurs que les différences entre les gens et les peuples sont infimes comparées à notre héritage commun...
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Commentaires

Efelle a dit…
Je n'aurai pas le courage d'en relire mais je n'ai jamais été trop fan, peut être à cause de la morale cousue de fil blanc à chaque épisode.

Mes souvenirs de Pif c'est surtout les Tritos et les Rigolus, je ne me souviens plus du nom exact.
Anudar a dit…
Morale un peu cousue de fil blanc, c'est plutôt vrai :) ... Cela dit, certains épisodes étaient tout de même assez passionnants.
Tu fais référence à la série "Les Tristus et les Rigolus", où le chef des Tristus ne pense qu'à convertir le peuple des Rigolus à la tristesse permanente...