Balade Choreïale

Nouvelle incursion dans le Cycle de l'Homéocratie d'Ayerdhal (l'expression est de moi) grâce à cette Balade Choreïale dévorée en une petite semaine...

Résumé :
Cette fois-ci est la bonne : l'espèce humaine a réalisé son premier contact. Sur Azir, il existe une espèce indigène humanoïde n'utilisant qu'une technologie rudimentaire. L'identification joue à plein et l'humanité, ou les Yoomans comme le disent les Aziris, veut que ces derniers soient intégrés à la communauté galactique... Le retard technologique pose néanmoins problème : pour les Aziris, les premiers humains sont les "Nobles Donneurs" qui guérissent et protègent les moissons... La contamination culturelle doit être évitée autant que possible. Et les Aziris doivent être protégés contre les requins venus des mondes industrialisés, mais aussi, sans doute, d'eux-mêmes... Sur Azir, l'amitié entre l'ambassadrice Méline et la Chorê Nerbrume, qui souhaite rassembler toutes les principautés aziries sous sa direction, résistera-t-elle au pire qui s'annonce ? Et seront-elles capables de l'empêcher ?
Une fois de plus, il s'agit d'un roman où la complexité des rapports sociaux l'emporte sur l'aspect scientifique ou technique du problème. Autant j'avais regretté qu'Ayerdhal n'explore pas plus la biosphère des Drilles dans Le Chant du Drille, autant je trouve que son parti-pris se justifie très bien ici. C'est l'une des rares tentatives convaincantes, à ma connaissance, de décrire une société impliquant des êtres humains et une espèce extraterrestre. La proximité physique entre l'être humain et les Aziris, et les ambitions dont certains Aziris font preuve, ne cachent pas le fait que somme toute, la cohabitation se fait sur un malentendu. Qu'attendent les Aziris de celle-ci ? Et qu'en attendent les êtres humains ? Si les premiers veulent avant tout améliorer leurs conditions de vie, les seconds ne sont pas unanimes... Si certains sont préoccupés avant tout de l'enrichissement culturel réciproque, d'autres veulent surtout mettre la main sur les sources de profits à court terme représentées par Azir, quitte à réduire les Aziris en esclavage.

Ayerdhal nous montre en fait une histoire de colonisation ratée. Tout commence plutôt bien, avec des relations sociales plutôt détendues même si non dépourvues d'arrière-pensées de part et d'autre. A travers le personnage du mari de l'ambassadrice Méline, on découvre peu à peu le monde familier mais étonnant des Aziris. Un monde où l'absence d'animaux de trait a conduit la civilisation à développer un art médical tenant aussi de la philosophie, celui de la marche sportive, assisté par des chaussures réalisées sur mesure. Une civilisation fondée sur un paradoxe, celui où la technologie la plus fine qui ait été développée permet de construire des accessoires de marche inégalables et non des véhicules... Ces accessoires de marche, pour certains d'entre eux, rendent possible un sport traditionnel dangereux, le Lo-yendi, consistant à dévaler des pentes et même des falaises. L'association de ces deux thèmes, une conception philosophique de la marche (et donc, d'une certaine façon, de la lenteur), et ce sport extrême, est illustrée à merveille par la couverture énigmatique du livre (du moins, chez l'éditeur où est publié mon exemplaire).

C'est sur ce paradoxe, et sa remise en cause par les conceptions humaines, que va reposer la rupture des bonnes relations entre les êtres humains et les Aziris. Les institutions humaines, habituées à la minimisation des risques, ne peuvent tolérer que le Lo-yendi puisse constituer une attraction pour des touristes... voire même soit adapté aux capacités de l'être humain. Devant une telle remise en cause des traditions d'une bonne partie d'Azir, le conflit est inévitable. Les colons humains et leurs institutions comprendront vite que certaines guerres ne peuvent être gagnées, surtout lorsque leurs adversaires ont pour eux le bon droit, c'est-à-dire, celui des opprimés.

Même si la fin du livre m'est apparue quelque peu précipitée, je dois dire que j'ai été de nouveau bluffé... On tient ici un grand Ayerdhal, au souffle équivalent, à mon sens, à celui de Mytale. Une fois de plus, une leçon magistrale de sociologie... et d'humanisme.
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