Sens interdit

Nouvelle participation au Winter Time Travel avec cette uchronie jeune public...

Résumé :
En 2010, Mathis, dix-huit ans, est frappé d'une rare malédiction. Dans ce monde où les gens ne sont plus capables de sentir qu'un seul type d'odeur (végétale, animale ou minérale), il est un Odorant Absolu. C'est assez pour que les tueurs de l'Ordre des Flagellants partent à ses trousses... Par chance, d'autres personnes s'intéressent à lui. Au contraire d'autres Odorants Absolus, il semblerait que Mathis ne le soit pas de naissance, mais qu'il soit plutôt guéri du virus qui handicape l'odorat humain depuis près d'un siècle... L'enjeu est considérable, tant pour les Flagellants pas très disposés à renoncer à leur pouvoir, que pour le laboratoire pharmaceutique contrôlé par la famille d'Anne-Marianne, la jeune fille à l'origine de la découverte de Mathis...
Celui-là, je vais lui régler son compte assez vite. D'après cette uchronie, le virus de la grippe espagnole, en 1918, a éliminé une centaine de millions de gens. Ceux qui ont survécu sont restés handicapés. Un ordre fondamentaliste, celui des Flagellants, a imposé son pouvoir sur la Confédération Française, et l'on imagine que les autres pays du monde ont subi eux aussi l'ascendant du religieux sur le politique, à travers le thème "Dieu a posé son doigt sur le nez de l'Homme"... L'Histoire de ce monde est assez peu développée. La Révolution russe est passée aux pertes et profits, la barbarie nazie semble changer d'objectif haineux. Tout ce que l'on sait avec certitude, c'est qu'en 2010 les empires coloniaux se sont maintenus et que les bons pères blancs évangélisent les sauvages en Tanzanie comme au bon vieux temps...

Dans ce monde figé dans les années 1920, la technologie est pourtant conforme à celle de notre époque. Les personnages prennent des avions transcontinentaux, utilisent des téléphones portables et surfent sur le Web, histoire sans doute que le jeune public ne soit pas trop décontenancé... Le tout sur une intrigue maigre, très maigre, pour ne pas dire famélique. Les péripéties de la vie de Mathis apparaissent téléphonées, tout comme la relation sentimentale qui s'établit (assez vite) entre lui et Anne-Marianne. Sentimentalisme de pacotille où, histoire sans doute d'apparaître modernes, les auteurs (ils se sont mis à deux pour faire ça !) font prendre à la jeune fille les initiatives - en particulier sexuelles. Il y a un effet un passage, là-dedans, où les deux personnages, en fuite, se retrouvent dans un même lit et, l'angoisse et les hormones aidant... Deux pages que j'ai trouvées si maladroites, si cheveu-sur-la-soupe, que j'en ai été presque gêné. Non pas à cause du contenu, "sage" par rapport à ce que j'ai pu lire dans d'autres romans, mais bel et bien parce que ça laisse une impression de fiasco dans l'écriture. Ajoutez à cela le fait que les deux personnages ne s'avouent leurs sentiments réciproques qu'une centaine de pages après et vous comprendrez mon agacement, moi qui, en tant qu'enseignant, suis censé devoir me tuer à expliquer aux élèves que le rapport à l'autre ne se limite pas au cul et qu'une relation sentimentale ne doit pas être la conséquence d'un rapport sexuel... La fin du roman parvient à être aussi embrouillée que téléphonée. Sur le chemin de la plante magique grâce à laquelle le laboratoire pharmaceutique d'Anne-Marianne va guérir l'espèce humaine (et, mais ça les auteurs ne le disent pas, se faire des couilles en or), quelques pénibles péripéties viennent encore achever de nous désespérer avant le retournement final, prévu, prévisible et surtout, convenu...

Au final, un bouquin vite lu, et qui fait frémir à tel point il est mal fichu et peut-être même nocif pour les jeunes lecteurs. Je ne sais même pas quel est le public visé, ici... Voire même s'il y en a un : était-ce une commande ? Quels que soient les responsables de ce que j'ose à peine appeler un livre, je voudrais leur infliger un pensum : dix mille lignes à base de "Je ne dois pas confondre 'jeune public' et 'public simple d'esprit'" ...

EDIT : j'ai eu l'occasion de lire, depuis, d'autres livres de Danielle Martinigol, avec lesquels j'ai passé d'excellents moments. Si je déconseille celui-ci, je ne déconseille pas, en revanche, de se pencher sur d'autres oeuvres de cette auteure.
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Commentaires

Cachou a dit…
Je vois que mon instinct ne m'a pas trompé quand j'ai passé mon chemin au lieu de l'acheter celui-là (c'était du seconde main pourtant). Décidément, j'aimais l'idée de cette collection, mais au final, elle n'a pas réussi à me convaincre, si ce n'est avec le Mauméjean pour l'instant...
Val a dit…
Ok....à fuir quoi :)
Anudar a dit…
@Cachou : je pense que ce bouquin, je ne le laisserai pas à la portée d'un jeune lecteur...

@Val : à fuir et à faire fuir, aussi.
Lelf a dit…
Ouh, ben j'ai bien fait de ne pas le prendre à la bouquinerie quoi. Merci pour cet avis éclairant. :/
Anudar a dit…
Mais de rien...