Ceux qui rêvent

Ceux qui sauront, l'uchronie de Pierre Bordage, possède une suite que j'ai lue en quelques heures. En voici ma critique.

Résumé :
La coalition des monarchies européennes, dans les années 1920, a vaincu les Etats-Unis et les a dépecés pour créer de nouveaux royaumes. A la Nouvelle-Orléans, capitale du royaume de Nouvelle-France, un grand propriétaire souhaite s'allier avec une famille noble du vieux royaume européen. Clara, bien que rebelle à sa classe supérieure, est enlevée en plein Paris par des malfrats aux ordres de sa famille : elle va être envoyée en Amérique pour être mariée de force au très riche Maxandeau ! Jean, issu de la classe des prolétaires, est celui qu'elle aime bien qu'il ne soit qu'un "cou-noir". Par amour pour elle, il va entreprendre l'impossible traversée de l'Océan Atlantique afin de la sauver des griffes du mari qu'elle n'a pas choisi. Mais arrivé à New York, grande ville du royaume de Nouvelle-Angleterre, accueilli par la Statue de la Liberté renommée "Mère des Rois", Jean prend la mesure de toute son audace et de son impréparation. Comment va-t-il pouvoir rejoindre la Nouvelle-Orléans alors qu'il ignore tout des dangers qui le séparent de Clara ?
Le premier volet de l'histoire se concentrait sur l'aspect du "savoir" interdit aux travailleurs dans ce monde uchronique. Le deuxième volet, par son titre, annonce la couleur. Un espoir se fait jour, peu à peu, malgré la répression, et cet espoir est américain à travers la fédération d'Etats de l'Arcanecout : le rêve de la démocratie et des libertés n'est pas éteint sur Terre. Et comme de bien entendu, les personnages principaux (Jean et Clara) rejoints par trois personnages secondaires métissés (comme l'Amérique rêvée : un Lakota échappé de sa réserve, une Afro-Américaine de Louisiane et une Russe immigrée), vont finir par prendre le chemin de cette véritable terre promise.

Le souci, dans cette histoire, c'est le "comme de bien entendu". L'intrigue est, somme toute, assez prévisible, et l'on s'attend dès le départ à voir les personnages se retrouver tous malgré toutes les péripéties... insurmontables... dont ils se tirent néanmoins à coups de chance voire de transcendance (deus ex macchina). Un travers qui était perceptible chez Bordage dans la trilogie des Guerriers du Silence, qu'il avait éliminé (semblait-il) dans la pentalogie de la Fraternité du Panca (dont j'ai critiqué ici le tome 3), mais qui se manifeste à nouveau dans ce roman jeune public. Travers (moins qu'un défaut, quand même) pourtant absent (ou presque) du premier épisode... Autant dire que j'en suis resté un peu déçu, quand même. Surtout quand cette intrigue, pour le reste, peut se résumer à une course folle à travers l'Océan Atlantique puis une bonne partie des Etats-Unis...

Les qualités de conteur de Pierre Bordage n'en sont cependant pas diminuées. Son univers uchronique gagne en consistance et cette histoire de conquête des Etats-Unis par une coalition de monarchies européennes est très vraisemblable. Il est clair qu'il y a derrière ce livre une imagination à l'oeuvre et que cette imagination sait où elle va. La représentation de cet univers n'est pas trop parasitée par les émois sentimentaux des uns et des autres, chose que l'on aurait pu craindre a priori : le texte reste tout de même très équilibré entre des scènes d'action bien conduites et des moments plus contemplatifs.

En fin de compte, une impression un peu mitigée, mais pas au point de renoncer à lire la suite (s'il y en a une de prévue)... Un roman jeune public à mettre entre les mains de ceux qui auraient déjà lu, et apprécié, Ceux qui sauront.
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