Sanglante Comédie

Un nouveau livre de Martial Caroff, qui après la SF hard-science (Exoplanète, Antarctique) et le policier des cinq Saisons d'Ys, nous propose ici une fiction historique se déroulant à l'une de mes époques de prédilection, en plein âge classique de la Grèce, avant l'ascension de Rome, au beau milieu de la guerre du Péloponnèse...

Résumé :
En -423, la Cité d'Athènes et celle de Sparte, soeurs ennemies qui se déchirent pour la suprématie en Grèce, sont sur le point de conclure une trêve permettant aux deux parties de reprendre leur souffle. Les citoyens athéniens sont très partagés : faut-il envisager de signer un accord avec l'ennemi ? Des ambassadeurs spartiates seront présents pour un festival de théâtre au terme duquel on prévoit de signer le traité. Or, un incident lors de l'ouverture du festival manque de coûter la vie à l'un des concurrents, nul autre qu'Aristophane, venu présenter sous un masque sa nouvelle comédie, les Nuées où il moque Socrate et les philosophes : un archer scythe manque en effet de l'abattre d'une flèche. Antisthène, le jeune disciple de Socrate (et cynique avant l'heure), à qui Aristophane doit la vie sauve, flaire un sombre complot. Des rues mal famées du Pyrée jusqu'aux quartiers résidentiels de la haute société athénienne, il va mener son enquête...
A travers cette intrigue policière, Martial Caroff nous conduit dans la vie quotidienne de l'Athènes de l'âge classique. Comme souvent avec lui, le texte est soutenu par des illustrations (ici concentrées au début) permettant de mieux comprendre les déplacements des personnages au fil de leur enquête. Il est aussi associé à une documentation, à la fin, utile aux lecteurs ne maîtrisant pas certaines subtilités historiques et sociales de l'époque, et en particulier la situation politico-militaire complexe de la fin de l'âge classique.

En dehors de ceci, l'intrigue policière est résolue selon un schéma logique ("à qui profite le crime ?") conduit par nul autre que Socrate en personne. Plusieurs personnages historiques éminents sont en effet enrôlés dans cette histoire, non sans efficacité voire même sans un humour décalé. Antisthène, en particulier, personnage dont j'avoue avoir ignoré l'existence jusqu'alors, apparaît comme le protagoniste principal de cette histoire sans toutefois en être le héros mais plutôt une sorte d'anti-héros. Car n'en doutons pas, le véritable héros, s'il y en a un là-dedans, ce n'est pas Antisthène, ce n'est pas Aristophane, ce n'est pas même Socrate... C'est bel et bien cette culture athénienne, qui fonde la nôtre, et au sein de laquelle, comme au sein de la nôtre, se conjuguent le sublime et la médiocrité. Dans cette ville rêvée, Martial Caroff montre qu'il n'y a pas d'évidences dans la lutte entre ses différentes factions - démocratique et oligarchique - et que, somme toute, il convient de toujours prendre de la hauteur. Même si Aristophane, dans ses Nuées, se moquait ainsi de Socrate en le représentant à bord d'une corbeille en osier soulevée par une grue.

Une belle lecture, à découvrir sans modération.
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