Le Cerveau vert

Voici donc, dans le cadre d'une lecture commune de Planète-SF, ma chronique d'un livre de Frank Herbert et sans doute le dernier que je lirai pour le Défi que j'ai ouvert il y a plusieurs mois !
Résumé :
Le Brésil, dans un futur proche, travaille à la restructuration de son environnement. Afin d'éliminer les nuisibles - insectes et plantes qui détournent à leur avantage les ressources indispensables à l'être humain - les bandeirantes imitent l'exemple chinois et se battent au quotidien dans la Zone Rouge pour faire reculer la vie sauvage. La Chine, en pointe sur la question de la restructuration environnementale, dépêche l'un de ses experts sur place : pour conseiller les brésiliens ou pour d'autres raisons plus obscures ? Accompagné par une entomologiste irlandaise, il va prendre connaissance de la réalité du terrain : dans la jungle, il se passe quelque chose, comme si une intelligence dirigeait la vie sauvage et cherchait à reconquérir l'environnement sous contrôle humain...
Dans ce court roman, le Maître nous raconte une histoire de transformation écologique. Voilà qui n'est pas sans nous rappeler Dune et les efforts des Fremen qui veulent faire de leur désert un jardin. Mais comme dans Dune, le rêve tourne au cauchemar : l'ingénierie écologique n'est pas au point et le système dérape au bout de quelques années, pour tendre vers un nouvel équilibre sans doute pas aussi intéressant que ce qu'il était planifié au départ... Dans Dune, Pardot Kynes ne pouvait prévoir que l'intelligence de Paul puis de son Tyran de fils allait parachever son projet jusqu'à l'élimination de toute trace des grands vers des sables. Ici, les Chinois puis les Brésiliens font face à un danger bien plus palpable : dans un environnement "restructuré", les terres arables se changent peu à peu en désert - et les "nuisibles", en fait, ne le sont pas tant que ça. L'ubris des politiques et des experts met ici en péril la survie de populations entières, et la transformation écologique à grande échelle promet, au sens propre, l'Enfer sur Terre. Quant au "cerveau" éponyme, comment ne pas lui trouver un point commun avec Leto II, dans sa démesure pharaonique et son besoin presque désespéré pour des données utiles ?

Dans cette oeuvre, on perçoit quelques thèmes et quelques idées que le Maître allait, de toute évidence, reprendre plus tard et en les raffinant dans son Cycle majeur. Les trois protagonistes humains et le "cerveau" convergent tous les quatre vers une forme de post-humanité. On perçoit par ailleurs en arrière-plan un contexte assez travaillé. Le roman est cependant, à mon avis, entaché de défauts assez déplaisants. Un peu trop court mais avec un passage où l'auteur donne l'impression d'avoir "tiré au kilomètre" (la dérive sur la rivière), il se termine pour ainsi dire en queue de poisson sur une fin assez peu conclusive, encore obscurcie par des références religieuses que j'ai envie de qualifier de hors-sujet.

Un roman qu'il convient de comparer à La Ruche d'Hellstrom où le Maître, déjà, partageait avec nous son goût pour les intelligences post-humaines à base de coopération entre individus. Mais des insectes humains de la Ruche et de l'armée d'insectes contrôlée par le "cerveau", la chose est claire à mes yeux : c'est avec les premiers que le Maître se montre au sommet de son talent.

Voir aussi l'avis de Guillaume44 et celui de Valunivers.

Commentaires

Guillaume44 a dit…
Chouette lecture tout de même, j'ai bien aimé lire ce roman parallèle à Dune.
Anudar a dit…
Il est intéressant, bien sûr, mais on pourrait presque le qualifier de "mineur" dans l'oeuvre du Maître.

Hop, un lien :P ...
Muad Dib a dit…
je le connaissais pas celui-ci...je le note
Lorhkan a dit…
Idem, je suis un inculte herbertien...
Anudar a dit…
@Muad Dib : n'hésite pas à me donner tes impressions !

@Lorhkan : je t'avouerai que moi-même, je suis loin d'avoir lu tout le Maître...