Starship Troopers

Vu à Lyon dans le cadre du premier Festival SF, ce film est l'adaptation de Etoiles, garde-à-vous ! de Robert Heinlein. Il s'agissait pour moi d'une première car je ne l'avais pas encore vu...
Résumé :
Sur Terre, il n'y a désormais plus qu'un seul pays : la Fédération. Il existe aussi deux types d'individus : les citoyens et les civils, car dans ce futur, il faut avoir fait son service militaire pour obtenir la citoyenneté. La Terre vit sous une menace étrangère : depuis l'autre côté de la Galaxie, des extraterrestres insectoïdes la bombardent avec des astéroïdes... Leur but étant de mettre fin à la résistance humaine et donc de coloniser la planète bleue ! Forts de leur technologie supérieure, les soldats de la Fédération se contentent pour le moment de détruire les astéroïdes avant qu'ils ne s'écrasent sur Terre. Cependant, des rumeurs inquiétantes se répandent : les extraterrestres seraient contrôlés par un "esprit de la ruche" incarné par des "cerveaux" capables de voler aux êtres humains leurs souvenirs - et donc de contourner les mesures de protection mises en place par l'armée. Une fois de plus, les jeunes hommes et femmes de la Terre vont devoir prendre les armes pour défendre leur monde et leur espèce...
Lors du Défi que nous avait proposé le Traqueur Stellaire il y a quelques temps, j'avais eu l'occasion de découvrir un auteur souvent présenté comme controversé. Si je n'ai jamais lu Etoiles, garde-à-vous ! j'ai gardé de Heinlein le souvenir d'un auteur américain écrivant pour les américains, au sens que dans la hiérarchie de ses valeurs l'esprit d'initiative et la liberté se trouvent tout en haut.

Starship Troopers, adapté en 1997, correspond-il à ce parti-pris ? Eh bien, j'ai envie de dire qu'il en prend plutôt le contre-pied. Les "valeurs américaines" apparaissent ici vues à travers un prisme déformant : la sacro-sainte liberté (qu'elle soit d'expression ou de ce qu'il vous plaira le mieux) n'est accordée qu'à ceux qui ont survécu au service volontaire (sachant que certains ne terminent même pas leurs classes). En regardant ce film, assez trash et graphique pour ne pas dire sale, il m'est venu à l'esprit que j'étais en train d'assister à un cross-over bizarre entre Full Metal Jacket et Alien. La Fédération néo-américaine s'appuie donc sur une armée tentaculaire qu'une télé (à moins que ce ne soit un Internet) obscène présente sous un jour flatteur, en mettant en scène de jeunes soldats qui seraient autant de héros en devenir. La masse des civils (donc, non citoyens) est abrutie par le flux d'information en temps réel, toutes plus cradingues et voyeuristes les unes que les autres. Oh, bien sûr, il existe quelques personnages critiques à l'égard du système : des parents, qui s'opposent à ce que leurs enfants ne s'engagent. Mais dans la grande camaraderie militaire, l'opinion de ces gens-là est vite oubliée, quelle qu'en soit la raison.

Faut-il voir dans ce système néo-démocratique, tout droit sorti d'une guerre civile à laquelle l'armée elle-même a mis fin d'une façon autoritaire, une critique du système politique américain ou bien plutôt une critique de la perversion des valeurs américaines ? A voir les choix graphiques et psychologiques (?) faits pour représenter certains personnages, dont la joyeuse et consternante connerie équivaut à ce que l'on peut trouver jusqu'au neuvième décile de l'échantillon des séries américaines, on pense que l'auteur de ce film a cherché plutôt à illustrer la crise culturelle et sociale de son propre pays. Un constat paradoxal, à la fois rigolard et navré : on se marre souvent devant ce film, au premier mais aussi au second degré, parce que c'est à la fois con à souhait et un peu fin, aussi ; puis l'on se rend compte que certains détails entrent en résonance avec le monde réel. Et là, on rit moins.

Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il s'agit de grand cinéma, ni même de grande SF. Pourtant, Starship Troopers, si l'on se donne la peine de le lire au-delà de ses oripeaux d'AlienS vs. Full Metal Jacket, vaut le détour. Parce qu'il nous montre, peut-être, des choses que nous ne voulons pas voir.

Voir aussi les avis de Guillaume Stellaire et de Nébal.

Erratum : au contraire de ce que j'ai écrit dans mon article, Verhoeven, l'auteur de cette adaptation, n'est pas du tout américain mais bel et bien hollandais. Merci à Nikolavitch pour me l'avoir signalé !

Commentaires

Efelle a dit…
"Parce qu'il nous montre, peut-être, des choses que nous ne voulons pas voir."

Et en cela il atteint son objectif.
Anudar a dit…
Oui, c'est de ce côté-là un film efficace.
Guillaume44 a dit…
Si ça te dit, il y a la chronique de Nébal qui était bien foutue :

http://www.cafardcosmique.com/Starship-Troopersde-Paul-Verhoeven

Et la mienne, plus courte mais résumant un peu tout ça :

http://www.traqueur-stellaire.net/2009/05/starship-troopers-paul-verhoeven-1997/

Enfin si j'avais tenté de remettre de l'ordre dans l'article wikipedia, ce fut peine perdue, car il est bâti de moitié sur une polémique sans intérêt d'une obscure liste de newsgroup de space.com ... Au moins avais-je sauvé les meubles (Non Heinlein n'est pas un facho, non il n'a pas fait le débarquement de Normandie, ... Soupirs) Allez je glisse mon billet sur le bouquin cr j'en suis pas peu fier de ce billet ^^ :

http://www.traqueur-stellaire.net/2009/04/heinlein-prophete-de-notre-societe/
Anudar a dit…
Liens faits pour les chroniques des films...

J'imagine en effet que ce film peut se regarder de plusieurs façons : une lecture très premier degré, si elle ne manque pas d'être jouissive, doit conduire à de belles incompréhensions... L'esprit américain est toujours aussi peu compréhensible en France, lorsqu'il n'est pas fantasmé.
Guillaume44 a dit…
On peut regarder le film comme lire le livre de manière superficielle, comme des oeuvres de SF militaire, ça passe très bien. Starship Troopers a pas mal nourri les wargames futuristes !
Blop a dit…
Quand je l'avais vu la première fois en 1997, j'avais détesté ce film. J'étais jeune, j'avais une culture SF proche de zéro (et je n'ai d'ailleurs toujours pas lu Heinlein). Je l'ai revu plus tard et j'ai mieux compris ses enjeux. A tel point que je l'ai mis dans mon top 15 des films de SF (http://impromptu.hautetfort.com/archive/2010/11/24/le-top-quinze-des-films-de-sf.html).
Comme tu le dis bien, Anudar, il y a un moment où on rit moins, ou bien on rit jaune. Et c'est là que le film fait mouche.
Nikolavitch a dit…
N'oublions pas que le réalisateur n'est pas américain : Paul Verhoeven est hollandais. Et ça change tout. D'ailleurs, quand on regarde de près sa filmographie américaine, elle joue souvent (toujours, même)sur le dézingage d'icônes du rêve américain : le flic (Michael Douglas dans Basic Instinct y est quand même présenté comme un parfait abruti bourrin), le super-héros (Robocop est un des meilleurs films de super-héros du monde, mais aussi une charge bien violente contre "l'esprit corporate", la strip teaseuse (Showgirls, mal aimé de de sa filmo, mais très acide), l'action hero (Total Recall, parodique juste ce qu'il faut) ou, dans le cas de Starship Trooper, le vaillant soldat (et en effet, le post souligne les infinies variation que nous propose paulo sur le thême du vaillant crétin sur de son bon droit et de son calibre).

La grande force de Verhoeven, c'est que l'essentiel du public prend les films au premier degré, pour ce qu'ils prétendent être (polar sexy, polar technologique, actionneer bourrin) nanti d'un héros viril. alors qu'à chaque fois, il s'agit d'un dynamitage en règle du genre.

J'aime beaucoup ce sale gosse de Verhoeven.
Anudar a dit…
Bienvenue ici pour commencer !

A part Robocop, je n'ai pas vu d'autres films de Verhoeven (et je ne savais pas que c'était de lui). En effet, c'est éclairant : un film à voir au premier degré comme un blockbuster mais qui en fait n'en est pas un. Et donc, j'aurais mieux fait de me renseigner sur Verhoeven avant de dire qu'il est américain :P ... Merci pour me l'avoir signalé !