Layla

J'ai lu ces derniers jours un roman jeune public de Martial Caroff. Il s'agit du deuxième tome d'une trilogie policière mais il est tout à fait possible de le lire d'une façon indépendante...
Résumé : 
Layla, fille d'un galeriste et négociant spécialiste de lithographies, est une élève d'un Lycée huppé de Paris. En cette journée d'un Hiver bientôt glacial, elle a le plaisir de le voir faire une conférence dans son établissement... mais à la fin de la journée, c'est le drame : un tireur exécute son père d'une balle dans la tête, à la sortie de sa conférence. Submergée par la douleur, Layla va manquer de tomber aux mains de deux infects "bogoss" de sa classe... De leur côté, ses comparses Ronan et Karl vont mener une enquête parallèle à celle des policiers : le père de Layla était, semble-t-il, rien moins qu'impliqué dans le trafic de drogue ! Sans le savoir, le trio d'amis met les pieds dans une ténébreuse affaire : l'ennemi n'est-il pas trop dangereux pour eux ?
L'écriture de Martial Caroff présente certains éléments caractéristiques. Il y a tout d'abord cette attention méticuleuse portée aux détails, à commencer par les détails géographiques : on peut, à peu de frais, refaire le parcours parisien des personnages au cours de ces inquiétantes journées hivernales et il est permis de penser que l'auteur s'est déplacé en personne sur les lieux de son intrigue ou bien qu'il a, au minimum, travaillé avec des cartes récentes de la capitale. Ensuite, on peut et on doit s'intéresser aux langages représentés dans ce livre : chacun des personnages (ou presque) possède sa propre façon de s'exprimer, laquelle n'est pas la même que celle du narrateur ; de la langue raffinée de Nemours au verlan déchaîné de Karl, il existe quelques années-lumières dans lesquelles vit le français contemporain, pour le plus grand plaisir du lecteur. En l'occurrence, entre le soin mis dans la recherche documentaire et le travail attentif de l'écriture, le jeune lecteur se trouvera face à un roman d'une grande qualité.

L'intrigue elle-même suit la route. Dans la lignée de sa pentalogie bretonne des Saisons d'Ys, l'auteur offre ici un développement me semblant presque s'orienter vers le thriller - quel que soit le sens réel de ce terme usé jusqu'à la corde. On peut être amené à frémir pour la sûreté de personnages parfois bien malmenés : bien qu'étant un lecteur expérimenté, j'avouerai qu'il m'a été parfois nécessaire de "briser le quatrième mur" et de me souvenir que cette série étant une trilogie, on pouvait s'attendre à ce que rien de trop grave n'arrive aux trois protagonistes principaux... Rien de trop dérangeant, cependant, et l'intrigue est très loin des considérations symboliques et psychopathologiques des Cinq Saisons d'Ys, car il s'agit là d'une histoire plus terre-à-terre - ou en tout cas, plus proche du monde adolescent de nos années '10 - où les deux jeunesses de notre pays, la dorée comme la perdue, se rejoignent dans une relation d'attirance-répulsion aux paradis artificiels. Frontières poreuses entre personnages adolescents peu sûrs d'eux-mêmes, souvent fragiles, parfois héroïques et quelques fois dégueulasses. Il n'y a pas de manichéisme, là-dedans, même si les personnages de salauds sont châtiés à la fin : voici, en tout cas, une excellente raison (s'il en fallait une) de mettre ce livre à portée d'un jeune lecteur amateur du genre policier... Martial Caroff signe donc ici une jolie pièce de littérature jeune public : sans doute me pencherai-je sur les autres éléments de la trilogie.

Commentaires

Siegreed a dit…
Belle description tout comme la couverture qui me donne envie d'explorer cet univers (^_^)