Looper

J'ai vu hier ce film sur lequel mon attention a été attirée par l'ami Gromovar sur le forum du Planète SF...
Résumé : 
En 2044, alors que des rôdeurs affamés traînent dans les campagnes et que dix pour cents de la population possède la mutation télékinésique, des tueurs d'un genre nouveau exécutent des contrats venus du futur. En effet, dans les années 2070, le voyage temporel a été mis au point... et aussitôt déclaré illégal. A tel point que seuls les plus puissants syndicats du crime osent s'en servir, afin d'éliminer les gêneurs selon un procédé machiavélique. On envoie le "client" trente ans dans le passé, là où l'attend un "looper" qui l'élimine aussitôt, puis fait disparaître son corps. Pas de traces dans les années 2070... et une belle rançon en lingots d'argent à la clé pour le "looper", lui donnant l'accès à la belle vie. Sauf que chaque "looper" sait qu'un jour les syndicats du crime lui feront faire son "bouclage", à savoir, l'élimination de sa version future afin de garantir la disparition de toutes les preuves de leurs crimes ! Joe est l'un de ces loopers, et l'un de ceux qui prennent la peine d'économiser leur butin pour s'assurer une vie future après son "bouclage" quand il viendra. Il essaie de ne pas trop penser à cette échéance, même quand son meilleur ami revient affolé de son propre "bouclage" qu'il vient de manquer : semble-t-il que, dans le futur, quelque chose soit en train de mal tourner puisqu'un terrifiant gangster, le "maître des pluies", après avoir pris le contrôle des syndicats du crime, est en train de "boucler" toutes les "boucles" ! Et si le "maître des pluies" était déjà vivant dans le présent ? Et si un "looper" prenait la décision de... modifier le futur ?
Ambiance de "film noir" plus qu'assumée pour ce polar SF pas du tout cyberpunk. Même si l'esthétique bleutée, glaciale, apparaissant jusque dans l'affiche pourrait le laisser penser, il n'y a là-dedans presque pas de gadgets technologiques et l'on tend plus vers le déglingos que vers le futur trop clean de Bienvenue à Gattaca. Entre tueurs-dandys, "grands patrons" du syndicat du crime, "professionnelles" et "femmes rangées", on trouve là-dedans tous les ingrédients du polar style années 30-40, la couleur en plus, et les morts par balle s'égrènent tout au long du film, sans complaisance, mais sans invraisemblance non plus : c'est un univers hostile où les "loopers", en fin de compte, sont de pauvres types qui brûlent la chandelle par les deux bouts, en attendant de se tuer eux-mêmes... un contrat faustien qui vaut bien son pesant d'or. Ou pas.

Joe, qui apparaît au début de l'histoire comme un archétype de "looper", va connaître une lente évolution. Sa "boucle" (à savoir, Joe+30 ans) lui ayant échappé comme il se doit (sinon il n'y aurait pas d'histoire) il se trouve pourchassé par ses potes "loopers" et les porte-flingues de son "grand patron". S'il parvient à éliminer sa "boucle" à temps, il a peut-être une chance de reprendre sa vie comme avant. Sinon... ses anciens amis n'hésiteront pas à le mutiler pour forcer sa "boucle" à se présenter à son rendez-vous fatal, chaque blessure ou membre retiré sur lui se répercutant à l'identique sur le corps de Joe+30 ans... De son côté, sa "boucle" ne peut - pour cette même raison - se permettre de lui faire du mal ou de laisser d'autres personnes lui en faire. Nécessité schizophrénique ajoutant sans nul doute à la confusion mentale de Joe+30 ans dont les souvenirs, au fur et à mesure des choix de Joe, ne cessent de s'altérer. Une chose est sûre : pour la "boucle" de Joe, s'il parvient à tuer le "maître des pluies" en 2044, il brisera la "boucle" dans le futur. On pense bien sûr à La Fin de l'Eternité, ainsi qu'à ce très intéressant concept de physio-temps que le Bon Docteur avait développé... On pense aussi à l'admirable, et plus récent, Palimpseste de Charles Stross. Toute la question est de savoir comment Joe+30 ans pourrait convaincre Joe de briser la "boucle" infernale qui les lie l'un à l'autre dans le sens inverse de la flèche du temps. C'est ici que le film atteint, à mon avis, sa limite. La scène finale, où Joe fait le choix - d'une certaine façon - de briser la "boucle" mais non dans le futur et bel et bien dans le présent, ne peut se comprendre et s'interpréter si l'on ne connaît pas le concept de physio-temps...

Mis à part ce défaut qui n'interdira pas au spectateur néophyte en SF d'apprécier le reste du film, je dois dire que Looper mérite qu'on s'y intéresse. Les fans de Bruce Willis pourront y apprécier leur acteur favori dans un contexte ambigu, lui permettant de démontrer qu'il gagne à tourner dans d'autres films que ses armagueddonneries d'antan...

Commentaires

Guillaume44 a dit…
Je me tâte à y aller. Si j'ai le temps, avant les Utopiales...
Efelle a dit…
J'ai un peu peur que tout cela ne soit confus avec un dénouement qui ressemble à un deus ex machina, non ?
Anudar a dit…
@Guillaume : il est pas mal, mais pas au point d'y aller deux fois...

@Efelle : ça peut être un peu confus voire peu cohérent, par contre, le dénouement n'est pas du tout en forme de deus ex machina.
Lorhkan a dit…
J'y vais en début de semaine prochaine ! Les échos (non spécialistes SF) sont plutôt bons.
Lhisbei a dit…
s'il reste assez longtemps en salle je pense que j'irai le voir aussi
A.C. de Haenne a dit…
Ce que tu en dis donne envie... Malheureusement, il ne semble pas descendre jusque par chez moi.
Oh, mais dis donc, c'est un scénario original ! Incroyable ! Je pensais que ça n'existait plus...

A.C.
Efelle a dit…
Je m'étais persuadé qu'il s'agissait d'envoyé le tueur dans le passé. Mais je viens de comprendre que c'est l'inverse et là, je n'accroche pas des masses à ce système d'envoi de victimes.
Anudar a dit…
Hum, pourquoi ?
Efelle a dit…
Ben plus simple de l'envoyer au cours d'une période d'extinction massive ou à la naissance de la planète : hop, même pas besoin d'un looper.
Anudar a dit…
Ah, je vois ce que tu veux dire. D'une façon assez amusante, cela correspond aussi à la critique faite par Odieux Connard quand au concept : http://odieuxconnard.wordpress.com/2012/11/04/loupeurs/

C'est en prenant connaissance de ce genre d'observation que je me rends compte que je suis un peu trop bon public, parfois...