L'Invention de Morel

Je n'ai pas encore eu l'occasion de parler ici de Bioy Casares, auteur argentin et proche de Borges. Cette BD adapte l'une de ses novellas, que je n'ai jamais lue : mon regard est donc neuf, à tout point de vue...
Résumé : 
Un homme, pourchassé par la répression politique, s'échappe et se terre sur une île à la mauvaise réputation : ses visiteurs finissent par être atteints d'une étrange maladie et en meurent. Sur l'île déserte, quelques bâtiments marquent la seule trace de présence humaine. Dans un sous-sol scellé, une salle des machines ronronne dans un but mystérieux. Le fugitif n'est cependant pas au bout de son angoisse : un jour apparaît toute une troupe de visiteurs devant laquelle il s'enfuit, craignant pour sa sécurité. Parmi eux, une jeune femme qui le fascine et avec laquelle il va bientôt tenter de communiquer pour déclarer sa flamme... Pourtant, Faustine l'ignore et ne répond pas à ses sollicitations de moins en moins discrètes, occupée semble-t-il à ses entretiens avec un certain Morel. Que se passe-t-il sur cette île ? A trop vouloir vivre avec Faustine, le fugitif ne risque-t-il pas d'y laisser sa vie ?
Pas de monstre ni d'artefact non-humain dans cette courte BD : rien d'autre qu'une île déserte sur laquelle semble peser une malédiction. Pourtant le paysage dans lequel se cache le fugitif n'est, à première vue, pas du tout hostile : tout au plus manque-t-il de nourriture et de contacts humains. Même l'apparition des visiteurs, malgré l'apparent risque d'arrestation qui pèse sur la tête du fugitif, n'est pas inquiétante pour le lecteur. Mais au fil des pages, la situation change par degrés : ainsi s'infiltre dans le monde bien réel du fugitif une dimension supérieure et angoissante. En fin de compte, c'est l'île toute entière qui est monstrueuse, et hostile de plus d'une façon...

Si l'argument de l'invention éponyme semble relever plus de la SF que du fantastique, à mon sens l'exploitation qui en est faite ne s'apparente pas du tout à la SF. Bioy Casares ne s'intéresse pas à l'invention de Morel. Au contraire, il questionne les effets de cette invention sur la nature du réel. Hostile, l'invention ? Non, puisqu'elle ne fait au fond que remplir son rôle, celui qui a été voulu par son inventeur - et celui qui a été choisi par ses utilisateurs. Ainsi, fou de son amour pour Faustine, le fugitif décide-t-il de partager son destin.

Voilà en tout cas une BD qui incite à se pencher sur le texte initial : tant le dessin - original sans être prise de tête ni a fortiori inlisible - que le déroulement de l'histoire témoignent d'une sérieuse réflexion lors du travail d'adaptation. Pour en savoir plus, il faudra bel et bien lire la novella de Bioy Casares...

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