La Grande Route du Nord

Il a déjà été question ici de Peter F. Hamilton,qui est devenu à ce qu'il paraît le chef de file de la SF britannique. En tant qu'amateur de ses space-op's démesurés, je ne pouvais pas manquer la sortie du premier tome de sa nouvelle série...
Résumé : 
Les North : une famille de clones génétiques, enrichis par le business du biocarburant cultivé sur d'autres mondes humains, de la médecine de pointe et sans doute de l'ingénierie spatiale. Un clan éclaté en trois factions où tous - ou presque - sont frères, à quelques générations de distance. Aussi, quand Sid, un simple inspecteur de la police de Newcastle, se voit confier l'enquête sur l'assassinat d'un North non identifié, il flaire le coup foireux. D'autant plus que la victime, retrouvée sans aucun élément de maillage corporel alors qu'au XXIIème siècle plus aucun membre de la ploutocratie n'en est dépourvue, semble avoir été tuée par une arme inconnue... Pourtant, il pourrait y avoir bien pire. L'Alliance pour la Défense de l'Humanité, fondée pour résister aux assauts d'un ennemi extraterrestre aussi incompréhensible que terrifiant, fait le lien entre ce meurtre et le mystérieux massacre d'un des triplés fondateurs de la famille North. Angela Tramelo, seule survivante de la maisonnée de Bartram North et suspectée responsable du bain de sang, a toujours accusé un tueur extraterrestre... Tandis que Sid essaie de démontrer que le meurtre de Newcastle est tout aussi conventionnel que n'importe quelle affaire criminelle, Angela est tirée de sa prison pour accompagner une expédition envoyée à travers le portail vers St Libra, là où a pris fin la vie de Bartram North. Le Zanth est-il bien le seul ennemi de l'espèce humaine ?
Hamilton est réputé pour ses space-op's fleuves, remplis de personnages presque innombrables et pourtant presque jamais interchangeables au sein d'une seule oeuvre. D'un livre à l'autre, par contre, certains semblent partager des ressemblances peut-être moins que fortuites - de même que certains thèmes, de l'influence politique assise par la richesse à la volonté de puissance masculine, appuyées toutes deux le plus souvent par une sexualité sans brides. Reprenant d'une façon presque transparente l'idée du Commonwealth développée dans son Cycle de Pandore dont la Trilogie du Vide est une séquelle, Hamilton n'en modifie le schéma qu'à la marge. A la très séduisante et politique image des trains du Commonwealth qui circulent d'un monde à l'autre à travers des trous de ver, voilà qu'il substitue des autoroutes permettant de traverser des portails pour aller, là encore, d'un monde à l'autre : d'un côté, la vision presque utopique d'une société rassemblée par le chemin de fer, de l'autre, le cauchemar individualiste où le biocarburant est devenu le nerf d'une guerre commerciale et sociale. En toute logique, le futur assez proche qu'il nous décrit ici en ressort presque dystopique : la Grande Europe, où son Royaume-Uni de naissance ne semble plus être qu'une région soumise à la bureaucratie bruxelloise, se débarrasse-t-elle de ses chômeurs par l'intermédiaire de ses portails, avec pour mission de cultiver les sols étrangers qui leur sont offerts. Et, à titre accessoire, de survivre.

En toute logique aussi, ce futur se porte assez mal. Certains mondes sont fermés, parce que réservés aux fidèles d'une religion donnée - ou aux plus riches des plus riches. Il en résulte, bien sûr, une véritable tension sociale presque absente des autres oeuvres de Hamilton qu'il m'a été donné de lire : pour la première fois, je crois, l'auteur anglais m'a-t-il donné l'impression de voir au-delà des mutations futures du capitalisme anglo-saxon, en imaginant une société où tout le monde possède un compte en banque secondaire pour encaisser des pots de vin - et en fait frauder le fisc. Il en résulte peut-être aussi l'étrange climat glacial qui semble, en ce début d'Hiver 2143, s'être abattu sur Newcastle et qui éclaire, par opposition, toute l'étrangeté du climat tropical de St Libra, planète jeune en orbite autour de Sirius et caractérisée par une biosphère sans faune.

Un futur proche où une espèce humaine en fin de compte pas si sûre d'elle-même a peut-être fait trop vite ses premiers pas dans l'univers : la menace permanente du Zanth, qui peut à tout instant ou presque déferler sur n'importe lequel des mondes humains, contraint les pensées de chaque personnage et donne à l'intrigue la saveur de l'urgence. Face à cette situation inquiétante, certains personnages trouvent leur salut dans une nouvelle religion qui a bel et bien noyauté l'ADH : comment poursuivre la guerre contre un ennemi aussi incompréhensible sans en recourir au fanatisme religieux ? Pour la première fois, je crois encore, Hamilton nous offre-t-il un schéma aussi angoissant et ce dès le tout début de son développement. Ajoutons à cela son talent pour l'entrecroisement permanent des intrigues et le dévoilement patient de l'arrière-plan des personnages capitaux et l'on comprendra que ce livre, bien que très hamiltonien, est sans nul doute l'un des plus neufs que son auteur ait su écrire. Son seul défaut ? Celui de se terminer trop tôt pour répondre aux questions si pressantes qu'il soulève ! Avec La Grande Route du Nord, c'est donc une série à suivre de près qui s'ouvre : espérons que celle-ci saura me convaincre jusqu'au bout.

Commentaires

Guillaume44 a dit…
Je le note, pour si je le trouve en bouquinerie...
Anudar a dit…
A voir, la parution en est tout de même très récente. Si tu t'es mis au numérique, le prix est (d'après moi) plutôt acceptable.
Escrocgriffe a dit…
Ca donne envie, j’essaierai peut-être après avoir lu le Cycle de Pandore...
Anudar a dit…
Je te recommanderais de lire des choses différentes entre les deux. Les idées qui se ressemblent pourraient bien te donner, sinon, l'impression de lire la même chose et je pense que ça serait dommage.
Le Tigre a dit…
Combien de tomes à terme ? J'hésite à les prendre directement en anglais (comme je le fais avec Reynolds) ou attendre 3 ans la sortie de tous les tomes en format poche. A cause de ton billet, je vais sans doute aller plus vite que prévu, merci !
Anudar a dit…
Je me suis peut-être avancé en parlant de "série". D'après ce que j'ai pu trouver sur des fora anglophones, il s'agirait plutôt d'un one-shot, transformé en di- (ou en tri- !) par les ciseaux magiques de l'éditeur français...
Anudar a dit…
Auquel cas, si tu lis en anglais, ce livre est disponible en version paperback et à moitié prix par rapport au prix en version française : http://www.decitre.fr/livres/great-north-road-9780330521772.html

Bref, on ne m'y reprendra plus !
Kurisu a dit…
Celui là me bottait vraiment bien mais quand j'ai vu le prix 25 € pour un découpage de l'original en plusieurs tomes (à terme 50, 75 ?), cela m'a un peu dégouté. En bibliothèque ou en occase ? Mais ce serait aléatoire. Je devrais me remettre à l'anglais...

PS : il y a des captchas maintenant ...
Anudar a dit…
Hello ! Désolé pour la réponse tardive...

C'est vrai qu'un découpage pareil c'est toujours très agaçant. Ceci étant dit, certaines personnes trouvent des arguments pour défendre les éditeurs : paraît qu'en France un livre de poche de mille pages ne se vend pas et doit donc être divisé en deux voire trois tomes. Donc pourquoi ne pas faire la même chose en grand format ?