La Cité du Gouffre

Si le nom d'Alastair Reynolds n'est pas un inconnu sur ce blog, il n'a fait pour l'instant qu'y passer en coup de vent, à travers la lecture de sa nouvelle Live at Budokan parue dans le Bifrost numéro 69. Il faut le dire, cette nouvelle - sans être déplaisante à lire - ne m'a pas fait la forte impression que j'avais éprouvée à la lecture de L'Espace de la Révélation, premier volet de son Cycle des Inhibiteurs, qu'à la faveur d'une grippe carabinée j'avais lu en quelques jours fiévreux il y a neuf ans et dix mois presque tout juste. J'avais le deuxième volet dans ma PàL depuis Novembre 2008, sans jamais l'avoir attaqué pour diverses raisons obscures... Et pour des raisons tout aussi obscures j'ai décidé ces derniers temps de l'inscrire en liste prioritaire. Voici par conséquent sa chronique, laquelle je dédie au passage à ma grand-mère paternelle décédée il y a deux jours.
Résumé : 
Tanner Mirabel est un mercenaire. Sur Sky's Edge, une planète arriérée en guerre depuis sa colonisation, il a été l'homme de main d'un marchand d'armes du nom de Cahuella, un homme cruel et fasciné par les serpents, qu'une vendetta oppose à un aristocrate nommé Argent Reivich. Echouant à protéger son patron et surtout Gitta, la femme de Cahuella, Mirabel pourchasse Reivich, déterminé à lui faire la peau, jusqu'à se rendre à Chasm City, la capitale d'un monde voisin qui fut riche et florissant - avant que ses machines deviennent folles, contaminées par une "peste" informatique d'origine inconnue. A Chasm City, construite au bord d'un cratère géant, il va trouver une société de post-mortels rongés par l'ennui et la peur de la peste, qui contraint les gens à renoncer aux implants informatiques, ou à s'enfermer dans des palanquins étanches - ou bien à consommer de l'Onirozène, une drogue mystérieuse permettant de concilier la peste et les nanotechnologies qu'elle prend pour cible... Comment retrouver Reivich dans ce dédale dont il ignore tout ? Et surtout, comment trier ses souvenirs alors qu'un virus d'endoctrinement met sa mémoire en miettes, le forçant à revivre certains épisodes vécus par Sky Haussmann, fondateur aussi révéré qu'abhorré de sa planète natale ?
Il ne s'agirait pas de confondre grand et gros lorsque l'on parle de romans de SF : il est trop facile pour un auteur de produire du volume sans l'alimenter d'assez d'énergie pour que le lecteur puisse faire l'économie de la distinction. Avec La Cité du Gouffre, on tient un livre de poche de pas loin de mille pages, c'est-à-dire, un format qui commence à être désagréable pour la main sans toutefois être insupportable et c'est peut-être bien la raison pour laquelle ce roman, que j'ai commencé au début du mois de Décembre, n'a été fini que cet après-midi.

Car, à côté de ce désagrément, quel feu d'artifice !

Le lecteur suivra ici deux fils d'intrigue, celui de l'enquête conduite par Mirabel et celui de l'épopée obscure de Haussmann. Les souvenirs de Mirabel sont truqués de plus d'une façon : parti trop tôt du havre offert par les Mendiants de Glace qui décongèlent les voyageurs en hibernation depuis Sky's Edge, il se retrouve avec une mémoire en puzzle dont tous les morceaux ne collent pas entre eux. S'agit-il des seuls effets de l'amnésie post-hibernatoire ? Les informations arrivent à Mirabel au compte-gouttes, et le lecteur en reçoit lui aussi au même rythme au fil du texte, si bien que l'on finit par comprendre qu'une machination est à l'oeuvre. Jeu de masques, lesquels sont retirés - voire arrachés - au fur et à mesure que progresse l'enquête et que Mirabel et rappelé dans l'impérieux passé, dans lequel il ne pourra y avoir qu'un seul gagnant.

Explorant les implications profondes d'une invention, à savoir le scan mental qui permet la lecture mais aussi la réécriture des souvenirs, l'auteur nous propose un futur qui va de soi tout en étant inquiétant. Il s'offre même le luxe de nous donner à voir le premier contact d'une espèce humaine claustrophobe de plus d'une façon - et de le laisser ignoré sans nul doute par la plupart de ses personnages pour le reste du Cycle ! La SF est grande quand elle sait donner le vertige : celle-ci ne s'en contente pourtant pas et, par la richesse des idées qu'elle nous livre, elle se montre aussi d'une rare beauté. Il est clair pour moi que je n'attendrai pas dix ans avant de découvrir le prochain terme du Cycle des Inhibiteurs de Reynolds !

Commentaires

Gromovar a dit…
Excellent roman en effet. Et je confirme, c'est très chiant à tenir en main ;)
Elessar a dit…
C'est mon roman préféré du cycle, il est vraiment passionnant !
Dommage que Reynolds ne soit plus traduit chez nous depuis quelques années :(
Anudar Bruseis a dit…
Cela mérite en tout cas que je recherche la suite.
Anudar Bruseis a dit…
Ah, cela veut-il dire qu'il me faudra lire en anglais si je veux connaître la fin ?
Elessar a dit…
Pas forcément. Il reste un roman du cycle non traduit mais il est complètement indépendant de ce que j'en sais.
Par contre il a depuis publié d'autres chose hors du cycle et c'est là qu'il faut se mettre à l'anglais.
Anudar Bruseis a dit…
Merci pour ces informations !
jjbzh a dit…
bonjour,cela fait quelques jours que je lit ton blog.
je te conseille Janus de cet auteur. un de mes space-op préféré.
Anudar Bruseis a dit…
Bonjour et bienvenue ici !

Eh bien, merci pour le conseil. Je chercherai ça !