Bifrost numéro 79

A nouveau un numéro de Bifrost : après le 78, le présent 79 propose à nouveau un dossier consacré à Yves et Ada Rémy, que j'ai jusqu'à présent assez peu croisés...

  • Dans la rubrique Interstyles, quatre nouvelles qui occupent à elles seules la moitié de la revue.
    • Nuits cristallines de Greg Egan : un homme très riche, déterminé à engendrer les premières intelligences artificielles, recrute un informaticien pour faire fonctionner un supercalculateur avec lequel il pense pouvoir atteindre son objectif en moins de mille ans... J'ai eu un jour l'occasion, en Scylla, de discuter avec une personne qui n'était pas d'accord avec mon assertion selon laquelle Egan est un auteur moraliste. La paresse intellectuelle du protagoniste, ici, sa mésaventure teintée d'ironie et son absence d'évolution personnelle à la fin de la nouvelle décrivent une intrigue pourtant digne d'un moraliste...
    • Facteur X de Laurence Rivière, jamais lue jusqu'à présent : des années 60 jusqu'au XXIème siècle, de la contre-culture sombre au récent comique le plus génial, voici l'épopée de Facteur X, la série française de SF que les américains eux-mêmes nous envient, avec le fameux personnage du "Facteur" qui fut joué entre autres par Jean Carmet dans ses inlassables explorations des mondes parallèles... Magnifique uchronie télévisuelle où le concept de Doctor Who est ici franchouillardisé transposé au PAF, une honnête boîte aux lettres jaune jouant le rôle de la TARDIS. J'ai beau ne jamais avoir vu un seul épisode de Doctor Who, je suis ébloui par cette idée ainsi que par le spectaculaire travail de documentation. Bravo !
    • Naissance, vie et mort d'un fantôme par Yves et Ada Rémy : ceci est peut-être une histoire, ou peut-être une histoire vraie, celle d'un pilote allemand qui, témoin du crash de l'un de ses amis, a la désagréable surprise de le voir faire son retour dans son escadrille... Une histoire de revenants qui joue assez bien sur les peurs de l'âge des avions. Il fut un temps où les marins avaient toujours d'effrayantes histoires de voyages en mer à partager : quoi de plus normal qu'à notre époque, les pilotes se soient eux aussi mis à en raconter ? La nouvelle vaut le détour pour sa conclusion plutôt que pour son traitement.
    • Les Légions du temps par Michael Swanwik, jamais croisé lui non plus : Eleanor travaille pour M. Tarblecko, un homme aux traits plutôt étranges. Il la paye bien, peut-être un peu trop, pour surveiller un placard fermé. Pourquoi se montre-t-il par moments si autoritaire ? Et surtout... qu'y a-t-il dans son placard ? Spectaculaire hommage aux oeuvres de l'âge d'or, à commencer par le fascinant La Fin de l'Eternité d'Isaac Asimov. En toute logique, j'ai adoré : bravo !
  • Dans les Carnets de bord, on notera :
    • Le cahier de critiques, survolé comme d'habitude.
    • Les Paroles de libraires viennent cette fois-ci de Grenoble, avec une interview des deux libraires qui tiennent le rayon des littératures de l'imaginaire d'Arthaud, dont je viens de me rendre compte qu'elle ne figure pas dans les liens de mon blog, lamentable erreur que je répare à l'instant... On souhaitera bien entendu longue vie à à la librairie Arthaud, où j'ai pas mal traîné pendant mes sept années à Grenoble, en particulier aux rayons SF et BD. Il aurait été très dommage que ce monument de la vie culturelle grenobloise disparaisse il y a un an et demi : on dirait bien que la pérennité de la structure est assurée, c'est tant mieux !
    • Le dossier spécial consacré à Yves et Ada Rémy. Un couple d'auteurs en collaboration que je connais fort peu, et dont le parcours semble très original - mais quel parcours ne l'est pas, en littératures de l'imaginaire ? Je note qu'il conviendrait de s'intéresser à leur roman, Les Soldats de la Mer...
    • La rubrique scientifiction, toujours animée par Roland Lehoucq, lequel revient cette fois-ci sur Interstellar - et pour être plus précis, sur les choix qu'il fait de représentation du trou noir et de ses propriétés physiques.
La livraison de ce trimestre est donc bonne et gouleyante !

Commentaires

Guillaume44 a dit…
Egan est un auteur moraliste, c'est assez évident et pas nouveau d'ailleurs ; si j'ai bonne mémoire Sylvie Denis l'avait brillamment démontré dans la revue Galaxies.
Anudar Bruseis a dit…
Un genre de Maupassant de l'âge quantique, en quelque sorte !