Méta-Baron tome 1 - Wilhelm-100, le Techno-Amiral

Si je suis un très grand fan de l'Incaliverse de Jodorowsky, je n'ai par contre jamais beaucoup accroché à sa série La Caste des Méta-Barons. Bon, je l'ai lue... en librairie - même si je me suis offert le dernier tome au moment de sa parution. Le traitement qui change le space-op' de L'Incal en heroic-science-fantasy de l'espace me laisse à peu près froid. Par ailleurs, je trouve dommage que cette série dont l'argument est l'histoire familiale d'un personnage certes important mais toutefois secondaire de L'Incal en soit venue à supplanter auprès d'un certain public la magnifique hexalogie dessinée par Moebius, de laquelle tout est pourtant parti. Bon, il est vrai que les pages dantesques et hallucinées d'un Gimenez étaient tout à fait de nature à parler aux geeks métalleux des années 90-00, mais pour ce qui est de l'intérêt science-fictif de l'ensemble, je ne suis guère convaincu.

L'imaginaire de Jodo étant ce qu'il est, une nouvelle parution dans ce vaste univers de l'Incal est toujours une grande nouvelle - même si c'est pour faire reprendre du service au Méta-Baron...
Résumé : 
Ceci est l'histoire d'une bataille terrifiante, celle que le Méta-Baron a été contraint à livrer alors qu'il avait juré de ne plus jamais tuer. Le guerrier ultime connaît l'ennui, écrasé par le poids d'une vie dépourvue de tout sens. Ailleurs, l'Empire est aux mains des Techno-Technos : le Techno-Pape vient prendre possession de Néo-Planète d'Or, la nouvelle capitale en cours de construction, dont le chantier engloutit des quantités invraisemblables de la précieuse Epiphyte, la substance antigravitationnelle que l'on ne peut récolter que sur Marmola - berceau de la famille du Méta-Baron. Le coût extravagant du chantier n'est pas sans faire des remous au sein même du Techno-Vatican, mais le nouveau souverain pontife n'est pas du genre à s'en laisser conter, même par ses cardinaux, sans riposter avec une férocité inouïe... C'est pourtant bien loin de la capitale que va se nouer l'intrigue dont va dépendre peut-être le sort de l'Empire : à cours d'Epiphyte, le Méta-Bunker prend la route de Marmola pour s'alimenter à la source. Percevant le danger, le Techno-Pape décide alors d'envoyer la moitié de sa flotte à la poursuite du Méta-Baron - car si l'approvisionnement de l'Empire en Epiphyte venait à s'interrompre, les conséquences en seraient inimaginables. Quel est l'objectif réel du Méta-Baron ? Et parmi les Techno-Amiraux que l'Empire va mettre à ses trousses, peut-il s'en trouver un qui soit plus dangereux, plus répugnant et plus retors que Wilhelm-100, le soldat aux bras mécaniques intoxiqué à l'Epiphyte ?
L'influence de son projet d'adaptation de Dune est sensible dans toute l'oeuvre science-fictive de Jodo. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler ici : on ne verra jamais le Dune de Jodo, mais réjouissons-nous, car cela lui a permis de nous offrir L'Incal et tout son univers ! On retrouve donc ici des éléments tout à fait duniens : cette substance mystérieuse, l'Epiphyte, sans laquelle tout l'Empire menace de s'effondrer s'apparente bien entendu au Mélange moissonné sur Arrakis dans Dune ; et ce Techno-Pape obèse et pervers, n'a-t-il pas un lien de parenté très nette avec le Baron Harkonnen ? L'amateur du grand-oeuvre de Frank Herbert se trouvera ici en terrain assez familier : les magouilles de la gouvernance d'une ressource rare et non renouvelable, associées aux intrigues de palais du Techno-Vatican, évoquent tout à fait ce qui apparaît en filigrane de la lutte entre Atréides, Harkonnen et Corrino - avec la Guilde en embuscade.

Deux personnages émergent de ces sables passés au bleu et au blanc de l'Epiphyte. Le Méta-Baron, tout d'abord : vieille connaissance, son visage chauve et son oreille artificielle sont des traits familiers tout droit venus de L'Incal. Assisté par le robot Tonto et par un Méta-Bunker désormais muni d'une intelligence artificielle embarquée, il est en réalité plus détaché que jamais de l'espèce humaine, même s'il a fait le serment de ne plus jamais tuer. Sur Marmola, il semble entendre soudain une voix nouvelle, une injonction à protéger le monde de ses ancêtres que les Techno-Technos ont ravagé pour en siphonner toute l'Epiphyte. Le verra-t-on changé en combattant de la lutte écologique ? Ou bien ce combat est-il une façon pour lui de trouver un nouveau champ de bataille où lutter contre l'Empire ?

Parlons un peu de cet Empire qui semble maintenant bien différent de celui dont il était question dans L'Incal, La Caste des Méta-Barons et même Les Technopères. Désormais aux mains de la puissante Eglise Techno-Techno - l'Emperoratriz dont il avait souvent été question jusqu'alors n'apparaît pas ici - l'Empire prend ici pourtant tout son sens d'imperium. Des légions dirigées par les Techno-Amiraux maintiennent l'ordre, par le feu et par le sang. Le plus redoutable des Techno-Amiraux est bien entendu ce personnage de Wilhelm-100, caricature de seigneur de la guerre sadique, et qui partage quelques points communs avec le Méta-Baron : cybernétisé lui aussi, nihiliste à sa façon lui aussi... Ce qui différencie ceux qui sont appelés à devenir ennemis, c'est bien sûr l'état d'esprit : là où le Méta-Baron aspire à une forme de paix intérieure, le Techno-Amiral est dévoré d'ambition. Cela suffira-t-il pour l'emporter sur son redoutable adversaire ? L'avenir le dira. L'album est en tout cas plutôt réussi, bien construit et convaincant d'un point de vue graphique : même s'il semble difficile de trouver sa place dans L'Incaliverse - où il n'est de toute façon jamais simple d'établir une continuité, si tant est qu'il y en ait une - il s'agit sans nul doute d'une fort jolie pièce à rajouter au puzzle. Bravo !

Commentaires

Ludovic a dit…
Bonjour,

Est-il possible de lire cette BD sans rien connaître de la caste des meta-barons et de son univers?
Merci!

Ludovic
Anudar Bruseis a dit…
Bonsoir !

C'est possible, oui, mais pas tout à fait souhaitable. D'une façon très claire, il s'agit d'une suite au dernier album de la série précédente...