Stranger Things saison 1

A la base, je ne suis pas un spectateur de séries. Dans mon enfance et mon adolescence, j'ai eu un intérêt pour les dessins animés à épisodes, un intérêt qui s'est émoussé puis dissipé à un moment pour revenir une dizaine d'années plus tard, si bien que je n'ai pas franchi le pas de m'intéresser aux séries filmées. Bon, à l'exception de X-Files, bien sûr, dont j'ai été un spectateur assidu à partir de 1996. Le fait que cette bonne série ait un peu tourné en eau de boudin à partir de sa sixième saison (il me semble) n'a pas été de nature, il est vrai, à m'inciter à trouver autre chose à me mettre sous la dent quand elle s'est terminée. A l'époque, j'avais redécouvert le cinéma, lequel n'était alors pas si cher que maintenant, si bien que j'avais pris l'habitude de me rendre dans les salles obscures environ une fois par semaine. Je n'avais pas la télévision non plus (cela fait à peine deux ans que j'en ai une chez moi). Les gens qui me parlaient avec entrain de séries télévisées m'apparaissaient alors comme un peu étranges : comment s'intéresser à un spectacle dont le scénario est destiné à masquer le caractère répétitif ?

Et puis, à un moment, les amateurs de séries ne se sont plus contentés d'en parler dans la vraie vie ou au détour d'un fil hors-sujet sur un forum. Des blogs leur ont été consacrés, y compris sur des médias dits de référence. Mieux, des blogueurs SFFF se sont mis à en parler. De toute évidence, je loupais quelque chose. Je ne dirai pas ici quelle série m'a réconcilié avec ce type de spectacle... car je tiens à inaugurer ce tag "série" sur mon blog avec Stranger Things.

Résumé : 
Hawkins, petite ville tranquille de l'Indiana : son collège où quatre gamins - geeks avant l'heure - montent un club de radio-amateur quand ils ne jouent pas à Donjons & Dragons, son lycée où grands frères et grandes soeurs nouent leurs premiers attachements sentimentaux, son shérif débonnaire, alcoolique et dépressif, et son complexe ultra-secret du Département de l'Energie. Une belle nuit de 1983, Will Byers disparaît après avoir quitté ses trois amis avec lesquels il vient de passer des heures à jouer sur un plateau de Donjons & Dragons. Quelques heures plus tard, une jeune fille du même âge que la petite bande de geeks fait son apparition dans un dinner crasseux à proximité du laboratoire du Département de l'Energie. Pour la mère de Will, la disparition de son fils n'est pas une fugue, d'autant plus que des événements électriques étranges commencent à frapper sa maison : elle en est certaine, le garçon est tout près et une menace ignoble pèse sur lui... Pour les trois amis de Will partis à sa recherche, la rencontre avec la jeune Eleven échappée du laboratoire et douée de télékinésie va orienter leur quête vers un monde pas si éloigné de leurs intérêts de geeks. Pour le shérif, et pour d'autres, il devient pressant de tirer au clair les circonstances de la disparition de Will - car une expérience a très mal tourné au laboratoire, et les disparitions ne s'arrêteront pas...
Immersion réussie au début des années 80 pour cette série de huit épisodes qui rend un hommage net à l'oeuvre de Spielberg. Le groupe de gosses qui joue à D & D ? E.T., bien sûr. Le personnage aux pouvoirs surnaturels que l'on cache dans une cave ou un placard ? E.T. aussi, bien sûr encore. D'autres références permettent aux gosses des 'eighties - ce que je suis - de replonger dans l'ambiance culturelle de cette époque : la bande-son qui ose le synthétiseur - instrument décrié pour d'injustes raisons, le punk-rock anglais de The Clash (à l'époque, c'était pas encore hype d'être punk, mais depuis c'est devenu has been) représenté par Should I stay or should I go en guise d'intérêt musical de Will, et les clins d'oeil à Star Wars, au légendarium de Tolkien, et j'en oublie... On trouve dans Stranger Things comme un écho de cette nostalgie que Stephen King professe pour les 'fifties et, là encore, pour le peu que je connaisse de l'oeuvre du maître de l'horreur, il est tentant, très tentant de voir le monstre qui hante cette série comme un avatar lointain de Ça. Les références ne manquent donc pas, et il est logique d'une certaine façon que Stranger Things mette en avant des geeks en tant que protagonistes et même héros : quelque part, ce public forme le coeur de cible de cette série.

Mais, parlons d'horreur puisque c'est l'un des genres auxquels se rattache Stranger Things. L'évocation du monstre que j'ai faite quelques lignes plus haut ne tiendra, je l'espère, du spoiler pour personne ici. La série invoque les mânes de recherches paranormales organisées par une officine du gouvernement américain (thème déjà croisé dans Les Chèvres du Pentagone) pour expliquer l'irruption de Eleven dans la vie du trio des amis de Will. Cette même Eleven qui, avec ses pouvoirs décuplés en caisson d'isolation sensorielle, parvient à franchir les frontières de notre dimension pour atteindre un ailleurs qu'elle nomme "monde à l'envers" : une réalité alternative, semblable à la nôtre, mais sombre, froide et toxique, où (sur)vit un prédateur humanoïde et pourtant tout à fait inhumain. Le multivers cher à certaines oeuvres de fiction magique est cité d'une façon implicite, mais dans un contexte des plus sinistres : quelque part, notre monde représente une forme d'optimum dont la chaleur et la vie attirent des entités hostiles, car elles savent pouvoir y trouver leur subsistance... et peut-être, aussi, les moyens d'assurer leur pérennité. Il ne doit pas échapper au spectateur que le monstre de Stranger Things est solitaire. Est-il le dernier de son espèce et, à ce titre, déterminé à se reproduire ? Ou bien est-il quelque cheval de Troie conçu par ce répugnant mycélium qui pullule dans le "monde à l'envers" afin de prendre pied dans une réalité plus accueillante ? La fin de la série reste tout à fait ouverte sur ce point, et cela contribue aussi à cette saveur dérangeante qu'elle laisse en bouche.

Stranger Things promet beaucoup, et tient beaucoup de ses promesses. En ouvrant la voie à d'autres développements - une deuxième saison est prévue si j'ai bien suivi - elle promet encore plus. La SF est belle quand elle est servie par une telle ambition : bravo !

Commentaires

Efelle a dit…
Il va falloir que je franchisse le pas.