Club Uranium

Troisième volet de la Tétralogie Origines par Stéphane Przybylski : dans cet exercice de fiction historique mâtiné d'histoire secrète, l'auteur propose à son lecteur de partir aux premières heures de la Seconde Guerre Mondiale. En Irak, une expédition pseudoscientifique de l'Ahnenerbe met au jour une nécropole extraterrestre : le SS Friedrich Saxhäuser y découvre par ailleurs un vaisseau aérien très avancé ainsi qu'une arme permettant aux fantassins de se changer en surhommes, des atouts à même de garantir la victoire au Troisième Reich... Quelques temps plus tard, alors que les Alliés ont mis la main sur une partie des secrets arrachés par l'Ahnenerbe au sol d'Irak et que Saxhäuser est porté disparu, le Reich entreprend une dangereuse expédition en Angleterre pour récupérer ses trouvailles, sans savoir que des gens aux Etats-Unis ont eu vent de ces inquiétantes nouvelles et sont déterminés à en retirer une garantie de survie face aux envahisseurs extraterrestres qui s'approchent de la Terre. Voici à présent mon retour de lecture de ce troisième tome que j'ai acheté aux Utopiales de Nantes il y a quelques semaines.

Résumé : 
Le Club Uranium, c'est ce groupement informel d'hommes d'influence qui, aux Etats-Unis, ont décidé de jouer double-jeu avec les extraterrestres. Deux obédiences partagent en effet ces derniers : entre les colons, présents sur Terre depuis des dizaines de milliers d'années, qui désirent établir une symbiose avec l'espèce humaine, et les envoyés qui pour le moment sont toujours en voyage interstellaire et veulent au contraire éliminer les indigènes de la Terre qui ne sont pour eux rien d'autre que des parasites. Le Club Uranium veut jouer sur tous les plans : coopérer pour garantir sa propre survie lorsque l'invasion finale aura eu lieu... et en même temps, tâcher par tous les moyens de mettre la main sur la technologie des étrangers afin, qui sait, de la reproduire et de pouvoir jouer à jeu égal avec eux. Hitler n'a pas désarmé : alors que sa guerre en Europe de l'Ouest a pris un tournant inattendu, que la France de Vichy a suggéré l'armistice et que le Royaume-Uni vit sous le blitz, les puissants du Reich ont du temps pour planifier la suite des événements... Au gré des luttes d'influence à Berlin, une nouvelle expédition irakienne va être conduite par Saxhäuser qui vient de redonner signe de vie : l'enjeu est de reprendre les fouilles et de récupérer les derniers secrets de la nécropole... L'ancien SS a pourtant son propre agenda : bénéficiant d'une relation privilégiée avec l'un des colons extraterrestres, il ne sert plus tout à fait ses anciens maîtres nazis. Alors que l'humanité s'enfonce dans la pire guerre qu'elle ait jamais connu, elle ignore encore que le pire pourrait être à venir...
Avec les deux premiers volets de cette histoire, l'auteur nous avait habitués à cet univers où, dans les zones d'ombre de la Seconde Guerre Mondiale, se faufilent les mauvais rêves de l'histoire secrète : celle des coups de mains, celle des mauvais coups, celle des complots, celle des fantasmes - et donc ici celle des extraterrestres présents au coeur même du passé humain. Les extraterrestres de Stéphane Przybylski sont d'une variété semblable à ceux de X-Files, car ils sont présents sur Terre depuis une éternité, ont eu affaire aux premières civilisations et cherchent à coloniser notre monde ; mais le gros de l'intrigue de la Tétralogie Origines se déroulant dans la première moitié du XXème siècle, on pourrait presque se croire par moments au coeur d'une véritable préquelle à la série paranormale des années 1990 ! Clins d'oeil ou réminiscences, l'agent du Club Uranium fumeur de cigarette et son commanditaire non pas manucuré mais aux cheveux blancs "soigneusement coiffés sur le côté" ? Insérer cette histoire de complot extraterrestre au coeur de la Seconde Guerre Mondiale contribue à en rendre l'enjeu plus original : si le Club Uranium fondé aux Etats-Unis ne se leurre pas quand aux intentions des créatures venues d'outre-espace, les chefs barbouzards du Troisième Reich - de Hess à Heydrich en passant par Canaris - quand à eux, croient pour de vrai à leurs histoires d'aryens, de Thulé, de marteau de Thor et autres fantasmagories. Et quand on sait à quel point ces mêmes gens, dans la vraie Histoire, croyaient à leurs histoires "d'armes miracles" - et jusqu'à la fin des haricots ou presque ! - on se dit que c'est très bien vu.

Dans le même temps, le traitement de l'intrigue reste tonique - avec des aller-retours entre lieux, moments et même époques, y compris une intrusion au coeur de la deuxième guerre Bush vs. Irak au début des années 2000. Aller-retours qui deviennent parfois difficiles à suivre et demanderaient presque d'établir une carte mentale des endroits et des dates. On ne doute pas que l'auteur a dû construire une flèche du temps pour le moins chargée, mais notre objectif de lecteur n'est pas de reconstruire ce qui ne devait être qu'un outil de travail pour lui... Sans aller jusqu'à dire que l'on s'y perd, l'ensemble n'est pas sans occasionner parfois une sensation de confusion - et avec l'apparition de nouveaux personnages, les retours de vieilles connaissances requièrent de mobiliser un peu plus de ressources (sur le mode "c'était qui déjà celui-là et il a fait quoi ?"). Mais le noeud du problème ne se trouve pas là : tout à ses hommages aux pulps, aux X-Files, à la mythologie conspirationniste, l'auteur nous promène des Etats-Unis à l'Irak, d'Allemagne en Mésoamérique, révélant au passage que le narrateur est plus souvent qu'il y paraît un extraterrestre, et oublie peut-être bien de nous fournir de vrais clés, de vrais os à ronger pour que nous puissions faire notre boulot de lecteur, à savoir concevoir nos hypothèses et chercher à deviner ce qu'il nous réserve. Or la tétralogie touche à sa fin, le prochain tome sera le dernier : il y a ici bien peu de grain à moudre pour faire ce travail. En peu de mots, c'est décevant car aucun schéma ne semble émerger de cet ensemble - et y a-t-il pire sentence pour un livre que de constater qu'il éveille la déception ?

Commentaires

Vert a dit…
Pour ma part j'ai surtout regretter de me perdre tellement dans les personnages. J'espère qu'on aura droit à un résumé ou à une liste des personnages pour le dernier volume (que j'attends néanmoins avec impatience).
Anudar Bruseis a dit…
C'est en effet un défaut de ce livre, qui s'ajoute à ceux que je pointe...