The Expanse saison 1

J'ai déjà parlé ici de The Expanse, le grand space-opera de James S. A. Corey, une oeuvre écrite à deux mains, en plusieurs tomes, et dont l'ambition affichée serait de concevoir un équivalent au Trône de Fer dans l'espace. C'est un univers qui, au fil de ses tomes (1, 2 et 3 pour le moment) a su captiver mon attention et me convaincre, la plupart du temps. Adapté en série depuis quelques mois, il était naturel que je m'y intéresse et j'en ai terminé hier soir la première saison.
Résumé : 
Au XXIIIème siècle, les Nations Unies de la Terre et la République Martienne des Congrès sont les deux puissances dominantes du Système Solaire. Affamées des ressources de la ceinture d'astéroïdes et des planètes gazeuses, elles exploitent sans vergogne le petit peuple des Ceinturiens qui, sur les petits corps du Système Solaire, vivent tant bien que mal une vie de débrouille, de bricolage et de frustration. Travaillés au corps par la propagande de l'APE, une organisation indépendantiste, maîtrisés par des policiers aux ordres de l'ONU, exaspérés par les restrictions en ressources vitales, les prolétaires de la Ceinture sont prêts à l'explosion de colère et à la révolte. Aussi, quand le Canterbury - un cargo de glace venu de Saturne - disparaît avec tout son chargement alors qu'il était attendu sur Cérès, et que James Holden, l'un des survivants du Cant, accuse Mars d'avoir éliminé son vaisseau en utilisant une technologie furtive, c'est l'étincelle qui allume la poudrière. Pour la Terre et Mars, c'est la stupéfaction : aucun des deux ne dispose de vaisseaux furtifs tels que celui qui a détruit le Canterbury... et une telle révélation pourrait bien déclencher une guerre entre les deux grandes puissances, aucune des deux ne voulant risquer d'être submergée par un adversaire qui pourrait en disposer. Sur Cérès, le détective Miller est chargé de l'enquête concernant la disparition de Julie Mao, une gosse de riches qui a coupé les ponts avec sa famille terrienne et s'est installé dans la Ceinture. Alors que Holden et son équipage sont recueillis par le Donnager, un puissant vaisseau de guerre martien, l'enquête de Miller montre que Julie Mao avait des liens avec l'APE. Qui, dans le Système Solaire, tirerait avantage d'une guerre ouverte entre la Terre et Mars ? Qui tire les ficelles du complot ? Et s'il y avait un quatrième joueur à la table dont les trois autres ignoreraient tout ?
On retrouve bien, dans cette série, l'ambiance particulière de l'univers de The Expanse : trois factions bien reconnaissables et pourtant non caricaturales - Terriens hédonistes, Martiens rigoristes, Ceinturiens idéalistes, le pidgin ceinturien inimitable, ce cocktail entre haute technologie et bricolage à donner une attaque au webmestre de Brico-Trash !, et cette impression diffuse que quelque chose ne tourne pas rond, sans que personne ne parvienne à savoir quoi au juste avant qu'il ne soit trop tard, ou presque. L'intrigue de The Expanse ayant été - à mon avis - au moins en partie calibrée pour une adaptation au format sériel (c'est la mode) la vraie question allait être celle des choix graphiques, acteurs et décors compris. Je dois dire que je n'ai pas beaucoup de commentaires à faire pour les premiers, mis à part concernant Steven Strait qui joue le rôle de James Holden et à qui on a fait, je trouve, un petit air appuyé de Jon Snow. Concernant les décors, j'ai envie de dire qu'on s'y croirait : l'esthétique lorgne par moments vers le crasseux, par moments vers le 2001 de Kubrick, et remplit en réalité fort bien le cahier des charges. Quand au grimage des acteurs, il est d'un niveau assez bon, les Ceinturiens dégageant une impression de manque d'hygiène avec des peaux couvertes de taches, des cheveux longs et gras, et surtout une apparence filiforme liée à la croissance en faible gravité. S'opposent à eux les Martiens et les Terriens plus propres que propres et donc décevants : on en vient à pouvoir les détecter à la seule qualité du brushing.

La série parvient pourtant à trouver sa propre individualité. La première saison s'interrompt juste après l'évasion de la station Eros après la contamination volontaire de celle-ci à la protomolécule. On ne révélera ici rien des circonstances de cette contamination : il suffit de dire que, dans ce futur pas très lointain, les autorités parviennent hélas toujours à tromper leurs administrés, pour le pire comme pour l'encore pire. Dans un univers où les ressources - matérielles ou énergétiques - viennent à manquer, le corps humain lui-même peut représenter une mine de matière organique utile au recyclage... comme à la recherche scientifique, ou à ce qui cherche à passer pour telle. C'est à travers ce thème de la rareté que la série The Expanse parvient à exister d'une façon autonome : là où le temps fictionnel abondant des livres permettait certaines digressions, le format télévisuel contraint les scénaristes à faire des choix et à être efficaces. Et pour une fois, il faut bien reconnaître que leurs choix ont été atypiques et intéressants. Bien loin de se changer en n-ième soap-fiction, The Expanse réduit à l'essentiel les nécessaires interactions entre personnages, se payant même parfois le culot de l'ellipse, ne donnant pas un indice inutile à l'élucidation de leur passé, pour se concentrer plutôt sur l'évocation d'un monde où la rareté des ressources (et en particulier de l'eau) est quasi-dunienne. Les Ceinturiens sont-ils les ancêtres des Fremen ? D'une certaine façon, peut-être... L'ensemble convainc en tout cas, bravo !

Commentaires

Ziterman Samuel a dit…
J'ai pas eu le courage de me lancer. Ta chronique me donne envie de retenter.

Reste plus qu'à convaincre la chérie ^^
Anudar Bruseis a dit…
Ah ! Tu connais mieux ta chérie que moi pour trouver les bons arguments. Mais en tous les cas, tu manquerais quelque chose si tu ne donnais pas sa chance à cette première saison :)
Vert a dit…
J'ai un peu de mal avec cette série, je crois que ça vient du fait qu'elle peut être très dense pour qui n'a pas lu le livre et que je n'accroche pas des masses aux personnages principaux. Ceci dit on en est à la saison 2 maintenant et j'avoue, ça devient intriguant.
Anudar Bruseis a dit…
Ayant lu les livres, j'avais assez envie de voir ce que ça donnerait. Mais je suis d'accord avec toi sur le caractère "dense" de la chose. Par contre, je ne savais pas que la saison 2 était déjà disponible... Ce n'est pas le cas sur Netflix où je la regarde... Comment tu fais ?
Vert a dit…
Je triche ;)