The evolutionary Void

Dans le cadre du SSWEV, j'ai lu ce livre qui conclut la Trilogie du Vide de Peter F. Hamilton, auteur connu pour ses space-operas très épiques et souvent monumentaux.

Résumé :
Dans le Vide, Edeard a découvert un secret inouï : la force de la volonté peut suffire à inverser le cours du temps - et donc, à empêcher que certains événements se produisent. Disposant de ce pouvoir terrifiant, il perçoit la nécessité de garder le silence pour être en mesure de façonner la société de Querencia selon ses objectifs : celui de favoriser l'accomplissement de chacun. Ce qu'il ne sait pas, c'est que chacun de ses "redémarrages" du Vide entraîne une expansion de celui-ci dans le monde réel. Ce qu'il ignore, c'est que le Rêve Vivant est composé de milliards de fidèles humains qui ont partagé les rêves d'Inigo et qui souhaitent vivre la même vie qu'Edeard. Or, s'ils parviennent à franchir la frontière du Vide, à force de "redémarrer" leur univers afin de se construire une vie parfaite, ils vont sans nul doute consommer toute la matière de la Voie Lactée - exterminant ainsi toutes les civilisations qui la partagent avec l'espèce humaine. Inigo ayant disparu, la clé du Vide, pour le Rêve Vivant, devient Araminta, le Deuxième Rêveur. Araminta devient alors la femme la plus recherchée de tout le Grand Commonwealth, bien d'autres groupes que le Rêve Vivant étant à sa recherche... Les Accélérateurs, faction de l'ANA coopérant avec le Rêve Vivant, parviennent à enfermer le Système Solaire derrière une sphère de Dyson impénétrable. Plus rien, sauf l'absence d'Araminta, semble empêcher le Pélerinage vers le Vide... La jeune femme, qui est partie sur les chemins des Silfens afin de s'abriter, pourra-t-elle se soustraire longtemps à l'appel des milliards de fidèles ? Ou bien va-t-elle trouver un moyen de faire échouer les plans obscurs des Accélérateurs ?
Je n'aime pas bien les trilogies en SF. Celle-ci constitue un excellent contre-exemple de cette règle... ou pour être plus juste, un excellent exemple de ce que c'est, une bonne trilogie de SF. Un premier tome d'exposition (merci Efelle pour l'expression que j'ignorais), un deuxième tome où l'équilibre est perturbé, un troisième tome où le problème est résolu. Avec de préférence des péripéties annexes qui viennent pimenter la compréhension du "grand schéma". Ici, l'espèce humaine des temps à venir (vers l'an 3700 et des brouettes) est devenue (depuis les événements de la guerre de l'Arpenteur des Etoiles, relatés dans la dilogie de L'Etoile de Pandore) l'une des puissances dominantes de la Voie Lactée. Divisée en trois familles (Advancers, Highers et Naturals), elle est plus ou moins placée sous la direction éclairée de l'ANA, une mentalité de groupe où les êtres humains les plus anciens exportent leur conscience, et qui est perçue comme le premier pas de l'humanité vers une existence post-physique.

L'enjeu de cette trilogie est en effet d'une grande envergure car l'auteur questionne rien de moins que l'évolution future de notre espèce. A travers un univers de space-opera fort cohérent auquel rien ne manque, de l'action débridée aux mystères extraterrestres en passant par des traits d'humour fort bien trouvés, Peter F. Hamilton nous parle avant tout d'humanité. Somme toute, les trois familles de ce futur pas très proche qu'il nous décrit représentent des philosophies de l'existence fort différentes. Les Advancers recourent à la biotechnologie et à l'informatique avancée pour dépasser leurs capacités naturelles, et en particulier s'assurer une forme d'immortalité. Les Highers, eux, tendent beaucoup plus vers la post-humanité à l'aide des implants biononiques, lesquels leur permettent d'influencer la physique de l'univers qui les entoure. Les Naturals quant à eux cherchent à "coller" au plus près à l'héritage humain ordinaire. Le conflit qui nous est décrit prend ses racines entre la cohabitation, plus ou moins facile, entre ces différentes familles. D'autant plus que la frontière qui les sépare est parfois ténue - et que certains trouvent même le moyen d'inventer de nouvelles solutions...

Ce "grand schéma" est secondé par une intrigue plus ordinaire. Au centre de la Voie Lactée, une race extraterrestre, les Premiers-Nés (Firstlife en VO), a construit un univers artificiel dans sa quête de l'élévation vers une vie post-physique. Le Vide a été perçu ensuite par les Raiels, une race extraterrestre très avancée déjà rencontrée dans L'Etoile de Pandore,  comme un danger pour la Galaxie toute entière : sa frontière consomme en effet la matière qui l'environne et la convertit en énergie pour assurer son fonctionnement interne... Les Raiels avaient tenté, par le passé, d'envahir et de détruire le Vide, mais n'en ont pas été capables. Bien plus tard, un être humain, Inigo, a eu des rêves concernant la vie d'êtres humains échoués dans le Vide dans un passé reculé. Le partage de ces rêves lui a permis de fonder une religion, le Rêve Vivant, dont l'objectif est le Pélerinage : la migration vers le Vide. Or, l'arrivée d'êtres humains dans le Vide déclencherait une expansion incontrôlable de sa frontière - et sans doute la fin de la Voie Lactée. Voilà pour le péril qui menace et qui nous tient en haleine jusqu'à la toute fin du livre.

L'auteur, dans sa quête d'un space-opera échevelé, offre un certain nombre de morceaux de bravoure, à commencer par un combat spatial dantesque entre deux ennemies légendaires, Paula Myo (l'inspectrice dont la morale est inscrite dans ses gènes) et la Chatte (une tueuse psychopathe arrêtée jadis par Myo et condamnée à cinq mille ans de réclusion en hibernation). Il n'oublie pas non plus, en toile de fond, le récit des travaux et des peines d'Edeard, "alter-ego" d'Inigo dans le Vide, lequel récit constitue là encore une façon de nous entretenir d'humanité...

En fin de compte, la Trilogie du Vide est un excellent space-opera. Au contraire du cycle de L'Aube de la Nuit qui avait l'envergure d'un space-opera mais qui n'était sans doute pas un space-opera d'envergure, Peter F. Hamilton montre ici un talent qui s'est affermi, qui a gagné en maturité, en bref, celui d'un auteur qui sait ce qu'il fait. Bravo !

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Commentaires

Gromovar a dit…
Moi quia dore Peter F. Hamilton, le mélange SF/fantasy ici m'a saoulé.
Anudar a dit…
Pour moi, ce n'est tout compte fait pas de la Fantasy. Les explications qui interviennent au cours du troisième tome le montrent.
Calenwen a dit…
Je crois que je n'ai rien compris au résumé, en même temps si c'est le tome 3 c'est normal xD. Ca a l'air fort intéressant mais je vais m'en tenir à de plus petites séries pour cet été ^^
A.C. de Haenne a dit…
J'ai commencé le premier tome de L'Aube de la Nuit (si j'ai bien tout compris, celui-ci ne fait donc pas partie du cycle) il y a quelques temps de cela. Qu'est-ce que tu lui reproches ?

A.C. de Haenne
Anudar a dit…
Oui, ça n'est pas dans le même cycle. Pour expliquer ce que je n'aime pas dans L'Aube de la Nuit, je pourrais te renvoyer à ça : http://grandebibliotheque.blogspot.com/2010/02/le-vide-en-litterature.html

Pour moi c'est une "oeuvre de jeunesse" un peu monumentale (trop peut-être) par rapport à l'argument fictionnel initial. Mais ça reste un space-opera très important.
Lorhkan a dit…
Et j'ai une question: faut-il avoir lu le cycle de "L'étoile de Pandore" avant d'attaquer cette "Trilogie du vide" ?...
Anudar a dit…
Oui et non.

Oui : ça aide à situer le contexte.

Non : très peu de personnages de la "Trilogie du Vide" proviennent de "L'Etoile de Pandore" et les deux intrigues sont tout à fait déconnectées.

J'espère avoir répondu à ta question...
Lorhkan a dit…
Tout à fait, merci. :)

En somme, et c'est souvent le cas dans ce genre de saga, la deuxième partie (le vide) peut se lire indépendamment, mais on y trouvera quelques références à la saga antérieure (Pandore). Donc on peut y prendre du plaisir, mais le fait de savoir que je risque de passer à travers quelques références/rappels/clins d'oeil me gêne un peu... D'autant plus qu'en lisant "le vide" d'abord, on peut sans doute se faire spoiler au moins une partie de l'histoire de Pandore...

Bref, mon côté perfectionniste et qui aime bien tout savoir me fait pencher vers la lecture de Pandore avant le reste. Problème : les deux derniers romans de la tétralogie sont difficiles à dénicher... Pas facile de lire de la SF ! :D
Anudar a dit…
Ah bon, ils sont difficiles à dénicher ? Cela me fait penser que j'ai lu la fin en VO...
Lorhkan a dit…
Ils sont épuisés, aussi bien Bragelonne que Milady...
Lorhkan a dit…
Il reste bien sûr une solution : le numérique (tous dispos pour 4,99€). Pas de problème de tirages épuisés, mais bon, je préfère toujours le livre papier...