Spider-Man : Far From Home

Après l'Endgame d'il y a quelques mois, il fallait bien qu'une itération nouvelle du Marvelverse vienne tôt ou tard nous rappeler que les super-héros ne chôment pas - et qui d'autre pouvait faire mieux ce travail que Spider-Man, l'un des plus emblématiques personnages Marvel ?
Résumé : 
Le "Blip" a été résolu au prix de la disparition d'Iron Man. Peter Parker n'est pas tout à fait redevenu un lycéen comme les autres : il garde ses souvenirs, son costume fabriqué par Tony Stark et quelques contacts avec certains alliés des Avengers. Ce qui le préoccupe en réalité, c'est de parvenir à séduire la belle Mary Jane Watson et il escompte arriver à ses fins à l'occasion d'un voyage scolaire en Europe... quitte à éviter de répondre aux appels pressants de Nick Fury ! A Venise, l'ancien directeur du S.H.I.E.L.D. parvient à joindre le jeune super-héros : un nouveau péril pèse sur la Terre, qu'un guerrier exilé depuis une dimension alternative se voue à protéger... mais sans l'aide de Spider-Man, il risque de ne pas y arriver. Peter va-t-il sortir de son rôle de "petite araignée sympa du quartier" ? Ou bien ne va-t-il pas plutôt, en croyant bien faire, se retrouver impliqué dans quelque machination démoniaque ?
Après le péril existentiel d'Infinity Wars et le nouveau monde ouvert par Endgame, en revenir à la perspective d'un lycéen préoccupé par ses relations sociales promettait d'être difficile. Les Avengers -des super-héros adultes - se coltinaient des forces d'envergure cosmique voire même l'apocalypse alors que Spider-Man se contente bien d'être le protecteur de son quartier. Bien sûr, les soucis viennent chercher les super-héros quand ceux-ci ne vont pas à leur rencontre - et si Spider-Man s'était comporté avec abnégation et bravoure dans la guerre contre Thanos, il avait dû réaliser peu après que les super-héros ne sont pas immortels et son mentor pas plus qu'un autre. Dans ce film, Spider-Man est plus jeune que jamais : il est permis de supposer que le personnage sera au prochain cycle du Marvelverse un peu ce qu'Iron Man était au premier. Les scènes qui relèvent de la formation du personnage en tant qu'être humain - celle du héros, somme toute, est déjà faite - sont attendues et il est difficile de ne pas les trouver plates. Peter est faillible, aussi bien lorsque l'on en vient aux relations humaines qu'à sa propre posture, et il l'est parce qu'il est incertain de lui-même et de ses qualités. Il n'est pas fragile, et il n'est pas non plus crédule... mais il hésite souvent à s'accorder à lui-même la confiance qu'il faudrait. C'est en ce sens que Spider-Man est un personnage attachant : les adaptations des années 2000 avaient réussi à l'imposer dans l'imaginaire collectif comme le super-héros qui peine à payer son loyer, alors que celle-ci le montre au fond encore plus ordinaire.

L'astuce narrative consiste ici à confronter un personnage ordinaire et peu confiant à ce qu'il convient d'appeler ère de la post-vérité. Le fait peut perdre de sa valeur intrinsèque alors que sa narration - si elle est réussie - lui confère une plus grande solidité. Répéter un mensonge un million de fois ne le rendra pas vrai - mais narrer un mensonge un million de fois ou le faire de façon assez spectaculaire, c'est l'installer dans l'expérience du présent d'un grand nombre de personnes... et lui conférer de la sorte un statut de pseudo-réalité très difficile à extirper. Les faits sont têtus, mais les narrations le sont plus encore - et y a-t-il narrations plus passionnantes et donc plus vivaces que celles des théories du complot ? Le méchant de ce Spider-Man n'est de moindre envergure qu'un Thanos ou même qu'un super-vilain ordinaire qu'en apparence. Thanos recherchait le pouvoir de remanier le tissu de la réalité elle-même alors que l'antagoniste, ici, dispose déjà du pouvoir d'altérer la perception de la réalité par la narration. Ce pouvoir est puissant : il trompe jusqu'à Peter. Il est insidieux : pour y échapper, il faut être soi-même très méfiant - ou avoir beaucoup de chance. Surtout, ce pouvoir est rémanent : même une fois la narration dénoncée pour être ce qu'elle est - à savoir, l'instrument d'un mensonge - de nouveaux éléments peuvent toujours alimenter son recylage dans la conscience de groupe. Les faits alternatifs et la rumeur partagent sans doute une propriété, celle de leur résilience - et si tous les super-héros ont eu à faire face aux rumeurs, il devient clair que Spider-Man sera confronté aux narrations adverses !

Destiné à forcer la maturation du super-héros, Spider-Man : Far From Home jette bel et bien le personnage dans une arène où même ses pouvoirs et la technologie de Tony Stark pourraient ne pas suffire à faire la différence. Le premier cycle du Marvelverse est donc bien terminé : les périls cosmiques seront toujours d'actualité - mais de plus en plus, les super-héros devront aussi affronter certains dangers moins palpables et moins concrets. Ceux de notre époque, en somme...

Commentaires

Vert a dit…
Chouette film (très intimiste comparé aux derniers Marvel), et chouette héros que je trouve vraiment sympathique.
Anudar a dit…
Oui, l'ambiance est bien différente et ça change !