Midnight Special

Parfois, le fait d'aller voir un film tient à peu de choses. Une soirée libre, une bande-annonce un peu alléchante... et on est en route pour un film dont on ne sait rien ou presque. C'est ce qui m'est arrivé pour Midnight Special.
Résumé :
Le Ranch, un groupuscule évangéliste au coeur du Texas. Le gouvernement des Etats-Unis, représenté par le FBI et Paul Sevier, analyste venu de la NSA. Une voiture conduite en pleine nuit et tous feux éteints par Lucas et Roy, deux amis d'enfance en fuite. Le point commun entre ces gens n'est autre qu'Alton Meyer, fils adoptif du gourou du Ranch qui le prend pour le Messie, capable de parler en langues et des yeux duquel émane une lumière surnaturelle... alors que pour les services secrets américains, Alton est surtout coupable de révéler lors de ses transes des coordonnées géographiques ultra-secrètes. Roy, le père biologique d'Alton, se lance alors dans une dangereuse quête : emmener son fils en un endroit bien précis, à une date que l'enfant lui-même a prophétisée, contre les chasseurs du Ranch qui pensent que cette date n'est autre que celle du Jugement dernier, contre le gouvernement lui-même... Qui est Alton ? Est-il un danger ou une promesse de salut pour le monde ?
Midnight Special, c'est avant tout une très belle image. Une bonne partie du film se déroule de nuit, pour raisons scénaristiques : la condition étonnante d'Alton en fait un personnage nocturne, puisque la lumière du jour augmente l'intensité de ses crises. Ses protecteurs lui font subir une vie de reclus, tapissant les fenêtres de carton, lui faisant mettre des lunettes et porter un casque anti-bruit afin d'éviter les manifestations qui l'épuisent. Malgré toutes les bonnes intentions de Roy et de Lucas, l'enfant dépérit et le voyage depuis le Texas va peu à peu s'apparenter à une course contre la montre, au cours de laquelle le trio trouvera certains alliés incertains. Midnight Special pousse aussi le soin de ses choix graphiques jusqu'à proposer de véritables "gueules" dont le type physique va coller à l'emploi. Roy et les membres (ou ex-membres) du Ranch ont un visage buriné par la vie au grand air, et un regard plus halluciné que pénétré par la "communion" qu'ils infligent à leur "Messie". Lucas est un policier gagné à la cause de Roy : son expression témoigne sans cesse du fait qu'il ne comprend rien à ce qu'il se passe alors qu'il en est venu lui-même à partager la croyance dont fait preuve Roy. Quand à Paul Sevier, incarné par le même acteur qui joue le rôle de Kylo Ren dans Star Wars Episode VII, son air de geek un peu couillon sur les bords colle on ne peut mieux au personnage de l'analyste mal fagotté mais qui, pourtant, tirera toujours son épingle du jeu dans cette histoire qui dépasse tout le monde.

Midnight Special assume à mon avis tout à fait un certain lien de parenté avec E.T. : on se demande longtemps d'où vient Alton, mais il est certain - puisqu'il le révèle lui-même - qu'il n'est pas tout à fait de ce monde. Est-il extraterrestre ? Est-il un Messie ? Est-il envoyé par des êtres supérieurs à l'espèce humaine ? Est-il présent ici par erreur ? Est-il encore autre chose ? Le choix du jeune acteur - ainsi sans doute que le maquillage qui lui est imposé - tape juste, avec ses traits trop lisses et sa voix trop grave, pour incarner cet enfant différent que trop d'adultes pourchassent pour de mauvaises raisons. Car au fond, cette histoire n'est jamais que celle d'un gosse qui cherche à rentrer chez lui, et qui trouve de l'aide auprès de gens parfois inattendus, comme c'était déjà le cas pour E.T. ... Des très belles images finales, je ne révèlerai rien. Le film lui-même n'explicite pas, de toute façon, le destin final d'Alton. Il suffira d'entrevoir un monde semblable au nôtre, et pourtant différent, et qui pourtant nous dépasse, dont la seule image fugitive est appelée à remplir les vies de ceux qui resteront en arrière. Il a été question ces derniers mois d'une esthétique et d'une vague nouvelle en SF, celle du solarpunk : je crois, en toute bonne foi, que ce film pourrait bien volontiers s'inscrire dans ce nouveau mouvement, et je suis bien content de pouvoir inaugurer cette étiquette sur mon blog avec cette chronique...

Commentaires

MqlSz a dit…
Tiens c'est drôle pour moi justement ce film relève d'un fantastique très classique tout droit sortit des romans de Stephen King. Quelque part entre Shining et Charlie (en fait c'est même presque une adaptation de Charlie qui ne dit pas son nom).
Anudar Bruseis a dit…
Ah, je connais bien trop mal Stephen King pour être en mesure d'en juger...
Vert a dit…
Un film fort sympathique (ça change de ne pas avoir des explosions toutes les 5 minutes).
Anudar Bruseis a dit…
En effet, maintenant que tu le dis... Si l'on peut éviter d'associer la SF aux tunnels de bruit...