Dark Crystal

Il y a quelques temps, j'ai appris la sortie prochaine d'une série inspirée de Dark Crystal - et mes souvenirs ont aussitôt jailli. Avant la découverte du Légendarium de Tolkien et bien avant Le Trône de Fer de G.R.R. Martin, la Fantasy c'était en effet pour moi L'Histoire sans Fin et Dark Crystal ! Si j'ai déjà eu l'occasion il y a longtemps de parler de ce premier film, je ne l'ai jamais fait pour le second : il est temps de réparer cette injustice...
Résumé : 
Depuis mille ans, les Skeksès règnent sans partage sur Thra, une planète à trois soleils que leur avidité change peu à peu en désert. Les Skeksès trichent avec la mort, prolongeant leur vie par d'atroces artifices... mais ils sont stériles et, alors que les ressources du monde s'épuisent peu à peu, ils sont promis à l'extinction. Leur Empereur est même mourant : seule de l'essence de Guelfling pourrait lui rendre sa santé - mais ce peuple a presque disparu de la surface de Thra. Tandis que les Skeksès s'apprêtent à se disputer le pouvoir, il ne savent pas que leur destin commence à se jouer bien loin de leur château du Cristal. Dans une vallée à l'écart du monde, les bienveillants Mystiques ont recueilli l'un des derniers Guelflings. Bien que très jeune encore, Jen va recevoir du doyen de ses bienfaiteurs une dangereuse quête : il faut qu'il déniche l'éclat du Cristal endommagé lors de la dernière conjonction des trois soleils - et qu'il le reconstitue avant la prochaine s'il veut sauver Thra des Skeksès. Trouvera-t-il des alliés dans sa quête ?
Dark Crystal, c'est avant tout un bestiaire. Les créatures sont incarnées à l'écran par des marionnettes aux mouvements assez réalistes pour que l'on ait l'impression de voir des acteurs munis de masques. Les bestioles bougent de façon convaincante, les marais sont remplis de prédateurs plus dangereux les uns que les autres et la végétation est crédible. D'emblée, le spectateur est impressionné par la performance artistique, d'autant plus qu'elle va très volontiers à rebours de la marche du cinéma de l'époque : celui-ci en était aux animatroniques voire aux images de synthèse, comme c'était le cas pour Tron sorti la même année. Devant Dark Crystal, on a en réalité l'impression d'assister à un spectacle presque vivant où chaque personnage est unique, où chaque créature a son propre caractère, et où les voix humaines s'accordent à la perfection aux marionnettes qui leur sont affectées. La technologie des images de synthèse n'aurait su à l'époque produire pareil résultat : et pourtant, les paysages arides de Thra et ceux de la Grille dans Tron se répondent en quelque sorte aux deux extrémités du spectre des effets spéciaux !

Dark Crystal, c'est aussi l'archétype d'un récit de Fantasy, dont l'argument n'est manichéen qu'en apparence. Les êtres vont par paires dans cet univers malade : aux cruels Skeksès répondent les paisibles Mystiques, de la même façon qu'à Jen le garçon Guelfling répond Kira la fille ailée... Le portrait initial des Skeksès les rend assez odieux pour les installer dans le rôle de méchants irrécupérables - et en effet le sont-ils, d'une certaine façon - alors que les Mystiques lents comme des tortues ont le beau rôle. Ainsi le spectateur se prend-il à rêver, alors que les indices commencent à s'accumuler, à une victoire des seconds sur les premiers par Guelfling interposé sans se douter encore que la solution sera d'une toute autre nature... C'est que la pensée de Dark Crystal est moins manichéenne que dualiste : toute chose contient son contraire, s'y trouve contenue, et lui équivaut en réalité si bien que l'opposition entre les deux est aussi vaine qu'artificielle. Supprimer la nuit revient à supprimer le jour - et supprimer les Skeksès ne rendra pas la paix à Thra. Le premier de tous les indices, bien sûr, n'est autre que la nature de la quête confiée à Jen par urSu : réparer le Cristal, cela signifie rendre sa complétude à ce qui a été partagé en deux. Soigner le monde, c'est donc admettre sa nature double comme une totalité plutôt que comme une anomalie.

S'écartant à la fois des exigences techniques de l'époque et des habitudes narratives manichéennes, Dark Crystal offrait une Fantasy atypique et - osons le dire - assez belle pour frapper à des années de distance. Par son caractère anachronique même, son jeu de marionnettes le rend toujours convaincant près de quarante ans plus tard - et malgré ses apparences convenues, sa pensée dualiste se révèle assez originale pour qu'on lui pardonne sa fin en happy-end. Sera-t-il facile de lui donner une préquelle ? Seul l'avenir le dira !

Commentaires

Psychofox a dit…
J'ai découvert le film en début d'année, il ressortait en salles.
J'ai 39 ans, j'ai un peu honte de ne pas l'avoir vu avant, et là, je suis ravi 😉
Le film, son charme et ses effets spéciaux passent encore très bien ! Avec la vf kitch à souhait.
Anudar a dit…
Bonjour et bienvenue ici !

De mon côté, si je connais le film depuis longtemps je n'ai jamais eu l'occasion de le voir au ciné. Ce doit être une expérience intéressante. Je crois que je l'avais vu en VO une fois ou l'autre mais il faudra que je le regarde à nouveau avant de me mettre à la série :)
Vert a dit…
Je crois que ça fait dix ans que je l'ai en DVD et je n'ai toujours pas pris le temps de le regarder. Shame on me !
Anudar a dit…
Note bien qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire ;)