Independence Day : Résurgence

Independence Day, pour moi, c'est avant tout une série de souvenirs. Octobre 1996 : j'ai seize ans, je suis en Terminale S, et plusieurs de mes camarades de classe organisent une sortie au ciné un Vendredi soir pour aller voir ce blockbuster. Manque de pot, j'ai une leçon de conduite le lendemain à soixante bornes et du coup, je n'y vais pas... et je découvre à huit heures le lendemain que mon moniteur, souffrant, annule la leçon. Furieux, je suis le premier à lancer parmi mes amis l'idée d'aller voir le Mars Attacks de Tim Burton puis Le Cinquième Elément de Luc Besson - mine de rien, 1996-1997 avaient été des années riches en sorties space-op' au ciné. Je me jette sur la novélisation d'Independence Day aussitôt parue. Et, pendant l'Eté, je me procure la cassette vidéo à peine sortie : l'idée, c'était de faire disparaître la sensation d'avoir manqué quelque chose à cause d'une leçon de conduite en fin de compte annulée... Quelque part, cette occasion manquée fut aussi celle de ma redécouverte du cinéma - j'y suis très peu allé pendant mes années Collège et Lycée - puisque, depuis, je n'ai jamais cessé d'y aller. Mais le film, dans tout ça ? Eh bien... il suffira de dire que ce film, que j'avais été frustré de ne pas voir au cinéma, je ne l'ai regardé en fin de compte qu'une seule fois. Etait-ce l'effet petit écran ? Etait-ce lié aux qualités intrinsèques de ce film, pas suffisantes pour me convaincre ? Y avait-il meilleure expérience, pour en avoir le coeur net, que d'aller voir sa suite au cinéma ?

Résumé :
Vingt ans après l'échec de l'invasion extraterrestre, le monde a été reconstruit. Jamais les nations de la Terre n'ont connu pareille concorde. La technologie alien, décortiquée, a déclenché une nouvelle révolution industrielle, celle de l'antigravitation. C'est un véritable âge d'or pour la planète, maintenant défendue par un réseau de satellites à canon laser et surtout par une base internationale lunaire. A l'approche du quatre Juillet 2016 et des célébrations du vingtième anniversaire de la victoire humaine, des événements inquiétants se produisent pourtant... L'ancien Président des Etats-Unis, "commander in chief" au moment de la victoire, est affligé par des cauchemars récurrents. Un énorme vaisseau de forage posé au beau milieu de l'Afrique équatoriale se rallume tout seul. Et les prisonniers aliens, catatoniques depuis leur défaite, s'animent à nouveau. Pour les anciens, ces indices laissent à penser que les envahisseurs vont faire leur retour... Vingt ans de labeur vont-ils suffire à l'humanité pour faire face ?
D'autres que moi pointeront, avec un talent que je n'ai pas, les invraisemblances et le caractère convenu de ce qui est pour moi le premier d'une loooongue série de blockbusters estivaux. Le vaisseau alien plus gros que celui du précédent épisode : c'est fait. Les immeubles et les monuments qui pètent dans tous les sens (avec une pseudo-pointe d'autodérision) : c'est fait aussi. La belle équipe de vainqueurs du précédent épisode : c'est fait encore. Les bons sentiments, les morts attendues, les rebondissements prévisibles, la tronche de la reine alien qui évoque un peu un hybride entre un Protoss et un Zerg : tout ça, c'est fait. On rajoutera l'humour lourdingue, la panoplie de héros habituels et caricaturés jusqu'à la corde, quelques drapeaux américains là où il faut et zou, c'est emballé. Je suis content d'avoir un abonnement ciné... au moins, je n'ai pas payé trop cher les deux heures passées devant ce, allez, film.

En 1996, Independence Day, premier du nom, sortait dans un monde fort différent du nôtre. En 1996, l'Union soviétique avait déposé les armes cinq ans plus tôt. En 1996, Bill Clinton était Président des Etats-Unis. En 1996, la dernière superpuissance mondiale - on disait même hyperpuissance, à un moment - savourait sa victoire politique, économique et même culturelle : c'était à l'époque le début de la démocratisation de l'Internet en Europe, le monde se mondialisait, la guerre froide avait pris fin et l'avenir était radieux. Independence Day est un film dont le succès ne peut se comprendre que dans ce contexte : pour un monde qui vit une période de détente et de prospérité sans précédent après plusieurs décennies de polarisation politique, la seule menace encore concevable est celle qui vient de l'extérieur - et qu'est-ce qui est encore extérieur à un monde mondialisé sinon ce qui lui est extraterrestre ? Cinq ans plus tard, la chute des deux tours du World Trade Center vient pourtant apprendre aux gens qu'il existe autre chose à craindre que les terreurs venues du ciel : l'Union soviétique était un colosse aux pieds d'argile, et les Etats-Unis en sont un autre. Dans le contexte de Independence Day : Résurgence, les attentats du onze Septembre 2001 n'ont pas eu lieu. Non content de nier cette scène primitive de notre monde contemporain, ce film se débranche de tout contexte en lui substituant l'invasion extraterrestre et en inventant un cadre socio-culturel idyllique. Les engins volent sans moteurs à essence, on voyage de la Terre à la Lune en quelques minutes, le monde est en paix, l'environnement est préservé... Plus que le caractère convenu des personnages, de l'intrigue, et les invraisemblances du scénario, c'est en fin de compte cette déconnexion hallucinante entre le contexte actuel et les présupposés de ce film qui pose problème. A qui s'adresse au fond Independence Day : Résurgence ? A ceux qui croient que le monde, en 2016, est le digne descendant de celui de 1996 ? A ceux qui n'ont pas arrêté de danser sur le volcan malgré l'éruption de 2001 ? Si c'est le cas, bravo : c'est réussi.
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

Commentaires

Vert a dit…
C'est dommage d'avoir déconnecté complètement le film du contexte actuel (bon je n'en attendais pas grand chose vu la BA mais quand même).
Anudar Bruseis a dit…
D'un autre côté, leur était-il possible de faire autre chose ? L'autre option étant celle du reboot, je ne sais pas trop...
Ludovic a dit…
Ce film est un amas de poncifs et de caricatures dans un scénario minable. Je l'élis sans aucun problème nanar (interstellaire) de l'année. On ne peut juste pas faire pire: le premier était lamentable, là c'est puissance 10.
Anudar Bruseis a dit…
Tu es plus concis que moi :P