Peter et Elliott le Dragon

J'ignore si ce film, que j'ai vu lors de la séance qui a précédé celle de Star Trek sans Limites, peut se qualifier comme un blockbuster estival : visant d'une façon aussi claire qu'affirmée un public familial, j'ai trouvé que pour un jour de sortie les rangs de la salle étaient plutôt clairsemés, y compris en termes de jeunes spectateurs. Qu'il soit dit ici, avant de commencer la chronique stricto sensu, que je pense que la mauvaise habitude prise par Hollywood de faire des suites, des préquelles, des reboots et autres remakes, est sans doute en train de produire ses effets : le public attend du neuf !
Résumé : 
Peter a cinq ans, il apprend à lire, et pour l'heure il part en vacances avec ses parents. Mais un accident de voiture le piège au coeur d'une forêt impénétrable, à la merci des loups et des ours qui vivent dans la région... Par chance pour lui, la forêt abrite un dragon débonnaire, au pelage verdâtre et doué d'invisibilité, qui se prend d'affection pour lui et l'abrite... sous son aile ! Six ans plus tard, Peter file une parfaite amitié avec le dragon qu'il a nommé Elliott. Ce qu'il ne sait pas, c'est que les arbres de leur forêt sont exploités, ce qui va conduire des gens au coeur de leur domaine... L'affection d'Elliott est-elle la seule dont Peter a besoin ? L'enfant saura-t-il protéger son ami contre la convoitise qu'éveille chez les hommes la perspective de capturer une bête fantastique ?
Ce film s'apparentant, d'une façon très nette, à ce sous-genre de fantastique appelé le merveilleux, il serait vain de trop détailler les invraisemblances externes et internes du scénario et des choix graphiques. Les vêtements de Peter sont usés jusqu'à la corde mais pourtant, il continue à s'y enrouler de son mieux, étrange vestige de pudeur chez un personnage coupé de l'humanité depuis six ans. Son langage n'a ni stagné, ni régressé alors que son compagnon ne parle pas. Plus tard, un ballon d'hélium l'épouvante, et un voyage en voiture semble réveiller la terreur qui fut la sienne au moment de l'accident qui lui a coûté sa famille... mais par contre, la perspective de dormir dans une maison humaine, en présence d'inconnus ne l'inquiète pas du tout. N'en tenons pas trop compte : la cohérence peut suffire au merveilleux, et la vraisemblance est tout à fait optionnelle.

Peter et Elliott le Dragon, c'est l'histoire d'un enfant sauvage qui est recueilli par un animal hors du commun. Le dragon met en déroute les prédateurs et il crache du feu, mais il a un comportement pacifique de très gros chien, capable de pister les odeurs, attiré par les enfants avec lesquels il ne demande qu'à jouer, très attaché à sa relation avec son maître. Car Peter est le maître d'Elliott : du dragon et de l'enfant, c'est le deuxième qui décide et donne les ordres, in fine. Dans cette relation fantasmée par beaucoup de gosses - et aussi par beaucoup d'adultes, au fond - il manque malgré tout quelque chose : la présence de pairs humains, à commencer par des amis de son âge. C'est tout l'enjeu, pour Peter, de l'intrusion d'une naturaliste aux marges de la région où Elliott se cache : la voici invitée à occuper le trône maternel resté vide ; la voici amenée, de ce fait, à introduire auprès de Peter la fillette dont elle est la belle-mère. Le tableau familial qui s'esquisse est en fin de compte moins étrange que peu original.

Et Elliott, dans tout ça ? Le dragon cabotin tient presque plus de l'argument que du personnage. Elliott est à l'image de cette part d'enfance qui ne meurt jamais en nous : on s'en souvient toujours, par moments elle nous sauve, à d'autres moments il faut qu'on la sauve (en la cachant) et à la fin on doit apprendre à la regarder depuis l'extérieur. En faisant abstraction des passages obligés (obligatoires ?) dans ce genre de fiction, il devient possible de considérer Peter et Elliott le Dragon comme une belle histoire. Celle d'un enfant qui apprend à grandir en respectant sa propre enfance.

Commentaires

A.C. de Haenne a dit…
Le public attend du neuf, dis-tu ? Oui et non. Que ce soit en musique ou en ciné, le public est aussi rassuré par ce qu'il connait déjà. Et ce film, s'il est bon, s'il jouit d'un bon bouche-à-oreille, fera carrière. Après, il est vrai que la tendance actuelle d'Hollywood, c'est la surabondance de reboot, prequel, sequel, remake, etc. Et là, Disney s'y met aussi avec la reprise de ses classiques en film live.

A.C.
Anudar Bruseis a dit…
C'est vrai que c'est plus rassurant de revenir à ce que l'on connaît, je ne le conteste pas... ceci étant dit, au bout d'un moment, n'y a-t-il pas un effet de lassitude à se dire "encore du déjà vu" ?
A.C. de Haenne a dit…
Une vraie démarche intellectuelle voudrait la recherche de ce qu'on ne connaît pas, de l'inédit... Malheureusement, une majorité de nos concitoyens "de base" rejettent l'inconnu pour aller vers ce qui les réconforte, ce qu'il ont connu enfant, ou adolescent. Et la paresse d'Hollywood permet d'aller dans ce sens car ils imaginent sûrement qu'il y a plus d'argent à se faire ainsi...

A.C.
Anudar Bruseis a dit…
La loi du profit, comme toujours !
A.C. de Haenne a dit…
Après, Hollywood ne s'est jamais caché d'être une industrie capitaliste...

A.C.
Tigger Lilly a dit…
Concernant les incohérences, je me suis demandée avec intensité comment ils avaient bien pu foutre ce dragon sur ce camion XD

Je l'ai trouvé très moyen, vite vu vite oublié, malgré ... ben le dragon.
Heureusement, il y a le film original qui est une espèce d'OVNI improbable.
Anudar Bruseis a dit…
Voilà, il est clair que ce film ne deviendra pas un classique...