Ghost in the Shell

Je parlais il y a quelques jours de mon intention d'aller voir ce film à la bande-annonce très alléchante. C'est à présent chose faite !
Résumé : 
Dans un futur proche, la distinction entre l'intelligence biologique et l'intelligence artificielle devient de plus en plus floue : les derniers progrès de l'informatique permettent de télécharger des consciences humaines - les ghosts - sur des supports artificiels, et les augmentations cybernétiques deviennent monnaie courante. Mira est pourtant quelque chose de nouveau : la firme Hanka, spécialisée dans la robotique et les augmentations, a extrait son cerveau de son corps détruit pour l'implanter dans une impressionnante machinerie d'apparence féminine. De son passé, Mira ne se souvient de rien ou presque : on lui a dit qu'elle a perdu son corps lors d'un attentat, au moment de son arrivée au Japon. A présent, elle est le Major de la section 9 chargée de la répression du cybercrime, et débarque au beau milieu d'un jeu de massacre où des assaillants augmentés s'en prennent à une délégation africaine en pourparlers avec un chercheur de Hanka. Il y a cependant quelque chose d'autre derrière ce qui ressemble à un coup de main du milieu : le scientifique a eu l'esprit hacké par un robot-geisha piégé aux ordres d'un mystérieux personnage connu sous le nom de Kuse... au même moment où d'autres chercheurs de Hanka sont eux aussi éliminés après avoir eu l'esprit violé. Pour le gouvernement japonais, l'enjeu est de maintenir l'ordre - mais pour Hanka, il s'agit de défendre ce qui lui appartient, qu'il s'agisse de propriétés intellectuelles ou physiques... D'où proviennent les glitches de plus en plus fréquents qui affectent les perceptions de Mira ? Existe-t-il un lien entre son passé perdu et la vendetta de Kuse ?
Je n'ai jamais eu l'occasion de feuilleter le manga Ghost in the Shell ni même de regarder les dessins animés qui s'en inspirent. Il s'agissait donc pour moi d'une immersion sans préparation dans un univers inconnu, et dont la bande-annonce laissait présager la richesse. Ghost in the Shell, c'est d'abord une claque du point de vue graphique. Une ville tentaculaire, en bord de mer, de nuit ou au petit matin, aux immeubles d'un noir luisant - pluie et vitres obligent - mais compliqués par des hologrammes envahissants. Des rues sales, des constructions plus traditionnelles délabrées, un petit peuple qui s'entasse aux marges de la ville haute et de ses corps entretenus par la haute technologie. Des clubs très select où le ballet des robots-geisha ne dissimule pas les enjeux des négociations entre Etats et multinationales, et des établissements de passe tenus par des parrains de la pègre aux corps aussi moites que leurs intentions. Et, bien sûr, la théorie des personnages principaux, à commencer par Mira dont le corps mécanique, asexué, démontable, presque indestructible et en même temps si gracile, est l'enjeu réel de toute cette histoire si sombre. D'autres individualités parviennent pourtant à exister à ses côtés, même sans occuper le même temps fictionnel que l'héroïne : Batou, bien sûr, avec ses yeux cybernétiques iconiques de la bande-annonce qui lui donnent ce regard très dérangeant ; le chef de la section 9, incarné par un Takeshi Kitano plus impressionnant que jamais, qui fait le lien avec le gouvernement japonais et ne s'exprime que dans sa propre langue ; et le docteur Ouelet (Juliette Binoche !), créatrice de Mira, dont le relation avec le major cyborg est on ne peut plus ambiguë et non caractérisée, presque jusqu'à la fin.

Ghost in the Shell ne se contente pas de loucher vers l'esthétique cyberpunk : au-delà de l'omniprésence des augmentations - y compris aux lieux et aux endroits les plus inattendus - apparaissent d'emblée ou presque les interrogations les plus pertinentes. Quand l'esprit humain peut se changer en code informatique, existe-t-il une différence entre l'intellect et le logiciel ? Quelle différence doit-on établir entre le biologique et la machine ? Mira, produit de l'encapsulation - contre-nature pour plus d'une raison ! - d'un cerveau privé de son corps dans une mécanique tout dernier cri, se trouve d'une façon évidente à mi-distance entre les deux règnes et, si elle ignore elle-même ce qu'elle est et à quoi elle est connectée, n'en est pour autant pas moins perçue comme telle par plusieurs autres personnages. La problématique de l'effacement des différences entre les intelligences naturelles et artificielles possède pourtant une solution inattendue et déplaisante : dans la mesure où la machine reste un outil conçu par et pour des mains humaines, s'il devient possible de confondre l'homme avec la machine, alors cela veut dire que l'homme lui-même peut se changer en outil que l'on peut améliorer à loisir au fil de ses upgrades. C'est la firme Hanka qui incarne ici cette solution inquiétante, qu'elle perçoit comme la meilleure façon de s'affranchir enfin du contrôle des Etats et donc d'amorcer un nouvel âge féodal. Face à Hanka, l'humanité fait quelque peu figure de géant endormi : si les personnages perçoivent, d'une façon ou d'une autre, que quelque chose ne tourne pas rond, ils ne réagissent pas avant que l'ennemi soit sur le point d'abattre ses dernières cartes ; mais la réaction quand elle se produit se fait avec toute la sévérité requise... Belle fable sur la nature de l'intelligence, sur celle de l'humanité, ainsi que sur celle de la révolte, Ghost in the Shell réussit à tenir toutes les promesses de sa bande-annonce, et nous offre le meilleur film cyberpunk depuis l'invention du genre : bravo !

Commentaires

XL a dit…
je plussoie
aucun rapport ou presque avec Matrix
les plus belles scènes du film d'animation - comme le saut dans le vide le long de la façade d'immeuble ou 'affrontement sur le plan d'eau - sont conservées dans le film : magnifique
Anudar Bruseis a dit…
Pour le néophyte, c'est en tout cas un film des plus intéressants. Je suis content que tu me dises par ailleurs que ce film reprend quelques scènes du film d'animation : à ce qu'il semble, tout le monde n'est pas d'accord sur ce point. Herbefol, si tu nous regardes...
Vert a dit…
Un chouette film globalement. Je lui préfère l'anime qui a une atmosphère un peu plus particulière, mais j'ai apprécié les thématiques déployées. L'esthétique est chouette mais un poil trop lisse (j'ai eu la chance de revoir Blade Runner sur grand écran du coup Ghost in the shell souffre un peu de la comparaison ^^).
Anudar Bruseis a dit…
Je n'ai à vrai dire jamais été ébloui par "Blade Runner" :P