Star Wars Episode VIII

Et voilà une chronique suspendue depuis plus de trois semaines... Le temps de voir et de revoir ce film pas moins de trois fois ! Avertissement : cet article pouvant contenir des spoilers, sa lecture se fait aux risques et périls de son lecteur.
Résumé : 
La République n'est plus. Le Premier Ordre, déterminé à éliminer toute opposition, surprend la Résistance en pleine évacuation de sa base planétaire... Poe Dameron, qui en commande la dernière escadre de bombardiers, s'engage dans un assaut désespéré afin d'acheter un peu de temps à la flotte commandée par la Générale Organa - quitte à désobéir aux ordres pour mieux atteindre un but qui lui semble accessible et préférable à la simple fuite. A l'autre bout de la Galaxie, Rey a découvert la retraite où le Maître Jedi Luke Skywalker s'est dissimulé : à sa grande surprise, le vieil ermite s'est retranché du monde pour de bon... Va-t-il accepter de la former aux arts Jedi ? Rien n'est moins certain. Reste-t-il un espoir pour la Galaxie, au moment où la Résistance découvre avec horreur que le Nouvel Ordre est capable de pourchasser les débris de sa flotte à travers l'hyperespace ?
Le précédent Star Wars - l'Episode VII si l'on omet le film spin-off Rogue One - posait les bases de la troisième trilogie : exploration de l'univers post-Episode VI, clins-d’œil aux personnages et à la mythologie, et adieux faits au fur et à mesure du changement de génération annoncé. Han Solo, dernier personnage apparu dans la première trilogie, était le premier à tirer sa révérence : ici, c'est nul autre que Luke Skywalker qui va disparaître, comme si le trio de héros disparaissait dans l'ordre inverse de sa formation - mais avec le décès de Carrie Fisher, l'interprète inoubliable de la princesse Leia, on avait obtenu la triste confirmation de ce qu'il faudrait de toute façon bientôt faire Star Wars sans ses figures emblématiques... Si la question reste posée de la façon dont l'équipe va s'y prendre pour faire tirer sa révérence à Leia Organa, il est clair que le nœud de l'intrigue de la troisième trilogie ne tourne plus autour du trio de héros de la première. Poe Dameron, véritable héros avorté de l'Episode VII, bénéficie dans ce film d'une bien meilleure exposition, lui donnant l'occasion de développer son propre caractère de tête brûlée - un peu comme un certain Han Solo il y a quelques années, même si Poe semble moins colérique et plus calculateur. Finn, au contraire, semble ici plus effacé même s'il endosse à nouveau le rôle d'élément parfois comique mais souvent pertinent, car toujours humain : lui est associé un nouveau personnage féminin des plus intéressants, même si l'arc narratif qu'ils vont habiter ensemble n'est peut-être pas le plus passionnant de ce film bien que la planète qu'ils vont être amenés à visiter, dans leur mission désespérée, s'apparente à une véritable trouvaille scénaristique. Et Rey, bien sûr, qui va suivre sa route solitaire le long de la voie du Jedi, assistée par un Maître assez peu coopératif et accompagnée par le fidèle Chewbacca dont les grognements hululés, qu'ils soient coléreux ou plaintifs, ont la saveur des retrouvailles avec le passé... Du côté obscur de la force, le fameux Kylo Ren - alias Ben Solo - fait pour de bon tomber le masque, exhibant ses nouvelles cicatrices et son regard fiévreux d'adolescent grandi trop vite : l'erreur, pour ses adversaires comme pour ses ennemis, serait de le sous-estimer en le réduisant à sa propre caricature tout droit sortie du film précédent.

Un bon Star Wars n'est pas qu'un simple cocktail de personnages convaincants : il lui faut aussi sa dose d'extraterrestres intelligents ou non. Outre le fameux Chewbacca, ce film est l'occasion de croiser plusieurs extraterrestres amusants, qu'ils soient familiers ou non : des vaisseaux de la Résistance aux casinos les plus luxueux, des fathiers asservis pour le plaisir des amateurs de courses aux porgs devenus iconiques de ce film, rien ne manque au plaisir des fans ! L'extraterrestre est ici le plus souvent familier ou marrant, quand ce n'est pas les deux à la fois, et il est difficile de ne pas remarquer que si les gentils humains ménagent très volontiers une place à leurs frères de l'espace, au contraire le Premier Ordre ne semble pas compter beaucoup d'aliens dans ses rangs, sinon pas du tout : belle métaphore pour évoquer le racisme d'Etat qui bien souvent caractérise les gouvernements totalitaires dont ce régime héritier de l'Empire semble être inspiré jusque dans le choix de ses couleurs et symboles. Un bon Star Wars, en plus de son bestiaire, se reconnaît aussi au caractère flamboyant du spectacle délivré : force est de constater ici que plusieurs scènes en mettent plein les yeux. L'inévitable combat au sabre-laser a lieu - bien sûr - même s'il n'oppose pas les protagonistes que l'on attendait ; les batailles spatiales ont lieu elles aussi avec leur lot de surprises dont l'une au moins est hallucinante ; et les scènes d'action à la surface des planètes explorées (il n'y en a pas tant que ça) valent aussi le coup d’œil. Quant à l'intrigue, si elle fait l'effort de se diviser entre plusieurs lieux et différentes équipes de protagonistes, elle ne se révèle pas plus linéaire que ne l'étaient celles des films des précédentes trilogies... Au terme de ce film, il apparaît donc bien que le contrat est rempli et même au-delà : c'est la première fois dans un Star Wars qu'un film se termine dans un tel contexte où les ennemis se retrouvent presque aussi épuisés l'un que l'autre, comme deux boxeurs à moitié assommés qui persistent malgré tout à s'échanger des coups, chacun espérant que l'autre s'effondrera le premier... Lutte à mort, désespérée pour les deux camps - saigné à blanc pour l'un, handicapé par la destruction de ses vaisseaux les plus puissants pour l'autre : on pourrait presque voir dans cet Episode VIII une critique pas trop voilée de la guerre, qu'elle soit asymétrique ou non. Dans ce contexte volontiers sinistre, l'humour emblématique de la série se révèle fort bienvenu, qu'il s'exprime à travers des répliques mordantes ou des situations cocasses...

L'Episode VIII ose donc l'inattendu et parvient à renouveler l'intérêt de la saga relancée il y a deux ans après une décennie de silence... Bravo !

Commentaires

lutin82 a dit…
Je souscris à tout ce que tu écris sur ce SW VIII.
J'ai trouvé que le contrat était rempli haut la main également et même au-delà avec une esthétique particulièrement réussie.
Anudar Bruseis a dit…
Merci !

Et cela donne tout son sens à l'idée selon laquelle cette troisième trilogie est bel et bien un hommage...
Vert a dit…
L'épisode n'est pas parfait niveau scénario mais je te rejoins sur la plupart des points, c'est tout de même une belle réussite qui ouvre plein de nouvelles perspectives pour la suite.
Anudar Bruseis a dit…
De belles perspectives, oh que oui. On ne sait pas trop quoi se dire :

-Se dire que deux ans d'attente c'est trop loooong...
-Se dire qu'on a de la chance : avant, il fallait attendre non pas deux mais trois ans !
Elessar a dit…
Je te rejoins sur tous les points, j'ai énormément aimé ce nouvel épisode !! :)
Anudar Bruseis a dit…
Je dois dire que j'ai mis du temps à me faire mon avis. J'ai dû le voir, puis le revoir, et encore le revoir avant de me décider entre "avis très positif" et "avis positif mais sans plus".

Mais désormais, sans aucun doute, mon avis est très positif.