Barbarella

Jusqu'à hier soir et la diffusion par une chaîne de télévision du film éponyme, Barbarella c'était pour moi :
  • Le nom d'une héroïne de BD que je n'avais jamais lue. Même à l'époque où j'ai commencé à regarder au-delà de l'Ecoumène défini par le Scrameustache et Yoko Tsuno, Barbarella c'était vieux puisque L'Incal était passé par là depuis pour réinventer la BD space-opera pour adultes.
  • Un mot dans une strophe d'une chanson de Gainsbourg, qui promettait de renvoyer l'héroïne à sa science-fiction.
  • Une parodie géniale de Gotlib, en forme de mashup entre Alice au Pays des Merveilles et Barbarella, où la jeune Barbaralice ne trouve rien de mieux à faire que de suivre un lapin trop pressé pour se retrouver adulte dans un univers un peu étrange où elle finit par être livrée à la "machine à salopes"...
Pas intéressé a priori par la BD historique (sex, drugs et rock'n'roll c'était déjà passé de mode dans les années 90, donc a fortiori à présent), je me suis retrouvé un peu par hasard devant le film de 1968, celui où le rôle titre est tenu par Jane Fonda. Bon voyage...

Résumé : 
En ces temps futurs, la Terre s'est changée en utopie : on se salue avec le mot "love" et les armes ont été reléguées au Musée des Perversions ! Pourtant, si le Président de la République sollicite Barbarella, meilleure astropilote de tout le Système Solaire, c'est parce qu'un péril ignoble pèse sur la civilisation. Le chercheur Durand Durand est porté disparu dans un secteur éloigné de la Galaxie, aux confins de l'influence terrienne. Il est le concepteur d'une invention dangereuse et le Président craint que des êtres mal intentionnés ne s'en servent pour déclencher de nouvelles guerres auxquelles la Terre ne pourra faire face. Bien que suréquipée, Barbarella est prise dans un orage magnétique et son vaisseau s'écrase sur une planète glacée où elle est aussitôt capturée par une inquiétante bande de gosses tous jumeaux...

La comparaison s'impose entre ce Barbarella et 2001 : L'Odyssée de l'Espace qui lui est tout à fait contemporain. Là où les choix graphiques et les effets spéciaux du deuxième continuent à en imposer de nos jours, le premier respire le kitsch et même le mauvais goût. Le vaisseau de Barbarella est tapissé à l'intérieur d'une moquette brune à poils mi-longs (?), et l'héroïne elle-même se trouve affublée (quand elle n'est pas nue) de costumes ridicules que même Harley Quinn dans Suicide Squad n'aurait pas osé porter. Les autres personnages ne sont pas en reste : le leader révolutionnaire porte une espèce de tunique antiquisante - le slip de combat est une mode impérissable - en cuir, un ornitanthrope - un ange, quoi - et son air couillon sont fagottés d'une espèce de jupe (en plumes, si j'ai bien vu), et les sbires du Grand Tyran - stormtroopers avant l'heure ! - sont des armures creuses... en cuir, bien sûr. A vrai dire, en terme de kitscherie Barbarella n'est pas loin du plafond sur une échelle allant de un à L'Humanoïde...

Mais peut-on reprocher bien longtemps à ce film de pâtir des choix graphiques faits par des concepteurs à l'esprit imprégné de l'ambiance des sixties ? Somme toute pas plus moche que d'autres productions contemporaines, Barbarella possède malgré tout un avantage énorme sur elles : c'est l'histoire d'une utopiste qui finit par déclencher une révolution sur une planète hostile. La culture terrienne, respectueuse de la vie et des sentiments, fait tache d'huile - un peu comme dans le Cycle de la Culture de Banks. Sa mission, Barbarella ne l'accomplit pas tant avec les armes que le Président lui a confiées, pas tant avec sa force, qu'avec sa capacité à se faire des amis et à se déjouer des plans de ses adversaires. Car personne, dans cette histoire, pas même le méchant tout droit sorti d'un coup de théâtre, n'est méchant pour de vrai : les pires adversaires de Barbarella sont juste un peu plus grotesques... On n'est pas dans le sense of wonder, on n'est pas non plus dans la dystopie - genre usé jusqu'au manque d'inspiration depuis Métropolis - on est... ailleurs, dans un genre que l'on peut qualifier d'Eros-fiction. On pense à Ose, de Philip J. Farmer. Tout comme un roman de l'âge d'argent, Barbarella doit être vu dans un certain état d'esprit, en faisant abstraction de sa kitscherie, afin de laisser libre cours à ses réelles qualités...
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

Commentaires

Vert a dit…
Je suis déçue d'avoir zappé son passage à la télé, je serais curieuse d'y jeter un oeil (j'adore ce genre de vieillerie en général).
Anudar Bruseis a dit…
Cela mérite d'être vu... pour la culture, mais peut-être pas pour autre chose.
Tigger Lilly a dit…
J'ai passé mon tour. Je crois que j'ai bien fait XD
Anudar Bruseis a dit…
La kitscherie te déplaît ?