Nicky Larson et le parfum de Cupidon

Nicky Larson, c'est pour moi un assez vague souvenir venu de cette époque charnière entre l'enfance et l'adolescence où j'ai peu à peu cessé de regarder les émissions de dessins animés que j'avais suivies avec assiduité jusque là : je n'étais pas fan du personnage - trop dévergondé à mes yeux - et pas plus de son univers - à la fois violent, réaliste et déjanté. Au fil des ans, quelques conversations avec des contemporains épris comme moi de pop-culture m'ont amené à ne pas oublier ce titre sans pour autant parvenir à évoquer beaucoup d'éléments qui lui étaient associés : de toute évidence, Nicky Larson avait su fédérer une solide base de fans. C'est avec une certaine surprise que j'ai appris l'adaptation du dessin animé lui-même adapté du manga City Hunter : au sein du fandom évoqué plus haut, certains avaient décidé de servir la cause de l'oeuvre - et c'était Philippe Lacheau qui avait relevé le gant...
Résumé : 
Nicky Larson est un nettoyeur : excellent tireur, c'est à lui que l'on confie les missions les plus délicates. Laura, qui est à la fois sa colocataire et son associée, désespère de le voir perdre son temps et son énergie en combines minables... car Nicky est un obsédé sexuel, qui ne perd jamais une occasion de se répandre en voyeurisme et en attitudes malsaines à l'égard de la gent féminine. Un jour, un certain Dominique Tillier réclame leur aide : fils d'un talentueux chimiste, il dispose d'une mallette contenant un parfum qui, déposé sur la peau d'un individu, fait tomber amoureux n'importe quelle personne qui viendrait à le sentir de près ou de loin. A la suite d'un quiproquo, voici que Nicky tombe amoureux de son employeur et que la malette contenant aussi l'antidote est échangée avec celle d'un quidam à la vie minable... Nicky n'a devant lui que quarante-huit heures pour s'administrer l'antidote, s'il ne veut pas voir sa vie changée à tout jamais - d'autant plus que d'inquiétants personnages semblent déterminés à mettre la main sur le parfum de Cupidon... Parviendra-t-il à remettre la main sur la mallette partie à Nice en même temps que son nouveau propriétaire ? Sera-t-il capable d'entendre qu'il a besoin de l'aide de Laura au moment même où sa lascivité change peu à peu d'objet ?
L'adaptation est un art des plus difficiles : si traduire c'est trahir un peu, adapter c'est souvent schématiser beaucoup - et lorsque l'on adapte une oeuvre bénéficiant d'un fandom nombreux, le risque est réel de décevoir. L'adaptateur, parfois lui-même un fan, peut chercher à coller au plus près à l'oeuvre initiale et interdire ainsi à son film de séduire au-delà du fandom ; il peut au contraire vouloir viser un public beaucoup plus large et de ce fait enrager les fans de longue date. Le travail d'adaptation était ici d'autant plus difficile que, comme je le rappelais plus haut, ce film était appelé à être une adaptation d'adaptation : Philippe Lacheau est un fan du dessin animé Nicky Larson, lequel était lui-même quelque peu édulcoré par rapport au manga City Hunter ! La quadrature du cercle consistait donc à rendre hommage à une oeuvre que ses amateurs ont fantasmée depuis bientôt trente ans et dont le statut est presque mythique. Était-il possible de rendre justice au Nicky Larson as de la gâchette et violent ? A l'érotomane que Laura châtie souvent à coups de marteau ? Pour y parvenir, il fallait transcender à la fois le personnage et les souvenirs qu'il avait inscrits dans les mémoires des pré-adolescents que nous étions : il fallait faire en sorte qu'il puisse parler à ceux que nous sommes à présent, y compris à ceux qui n'étaient pas nés lorsque Nicky Larson sévissait sur les petits écrans français ; il fallait faire en sorte qu'il puisse déclencher le rire rabelaisien - toujours fédérateur - et faire à la fois sourire par nostalgie. Philippe Lacheau l'a fait.

Nicky Larson était coureur de jupons : le confronter à une remise en cause hormonale de ses goûts intimes était une première façon de forcer le personnage à s'adresser aux différents publics de notre époque, produisant nombre de situations hilarantes où le naturel de Nicky - son attirance maladive et inquiétante pour les femmes - est peu à peu chassé par le sentiment artificiel qu'il se met à éprouver pour son employeur. C'est donc un Nicky Larson en sursis que nous offre ce film : un personnage qui se sent menacé dans sa propre identité, au point où il finira même par la remettre en question à la dernière minute de la dernière heure. A ses côtés, Laura est confrontée elle-même à ses propres incertitudes : son apparence androgyne lui vaut méprises et moqueries (de la part de Nicky) mais elle est quant à elle certaine de ce qu'elle veut, au point de découvrir la seule exception aux règles de fonctionnement du parfum maudit ! Amis et antagonistes - ils n'arrêtent pas de se lancer des vannes - les deux personnages sont joués avec talent par un Philippe Lacheau et une Elodie Fontan dont la complicité crève l'écran. Le comique rabelaisien du contexte sexuel pas toujours traité sur le mode allusif n'est pas le seul ingrédient de ce Nicky Larson : comme dans un dessin animé, les scènes d'action apparaissent chorégraphiées à l'extrême et jusqu'à l'invraisemblable, au point d'en être hilarantes à l'instar de celles d'un Kick-Ass ; comique de situation, de répétition, et de la référence le plus souvent discrète mais convaincante... L'auteur a su attirer au casting de ce film des "têtes" bien connues des gosses des années 80, à commencer par Didier Bourdon et Gérard Jugnot mais aussi et surtout Dorothée - qui après avoir amené Nicky Larson en France aura donc participé à son adaptation filmique !

Les éléments permettant de rassembler plusieurs générations de spectateurs ne manquaient donc pas : le risque principal pesait donc sur l'agencement de la narration. Là encore, Philippe Lacheau tape juste : son histoire ne se prend pas au sérieux - car cela aurait donné lieu à une adaptation trop scolaire et peut-être ennuyeuse - et elle possède pourtant juste ce qu'il faut de solidité interne, si bien que les tunnels de rire sont entrecoupés par des passages que l'on dira non pas contemplatifs mais plutôt reposants, permettant à l'intrigue de progresser en douceur des premiers délires jusqu'à la folie finale. On rit donc beaucoup devant Nicky Larson, on rit parce que c'est drôle, parce que c'est bien ficelé mais aussi parce que l'on a presque l'impression que l'auteur envoie des petits coups de coude à son public, comme pour lui dire "elle vous a plu ? Alors attendez la prochaine..." C'est dans cette connivence entre l'écran et la salle que le film se fait jubilatoire, à tel point que je peux le dire : je n'étais pas fan de Nicky Larson - mais c'était avant que Philippe Lacheau ait trouvé les mots pour m'en parler !

Commentaires

Vert a dit…
Monsieur l'a vu, il a bien rigolé. Pour ma part je crois que je suis pas assez fan de l'anime pour apprécier le film, je passe mon chemin ^^.
Anudar a dit…
Il n’est pas nécessaire de bien connaître l’anime pour rigoler en débranchant le cerveau devant ce film ;)