Star Trek sans Limites

Star Trek, à nouveau. Je rappellerai ici que je ne suis pas un "Trekkie" : même si j'ai eu l'occasion de voir quelques épisodes de la série des années 60, je considère depuis longtemps que dans cet univers le S de SF doit se comprendre comme celui de soap, car les relations entre les personnages viennent jouer un rôle fondamental dans le développement de l'intrigue, devant même le contenu science-fictif. Le premier de cette nouvelle série, jamais chroniqué sur ce blog, ne m'avait pas déplu. Le deuxième, très mauvais moment de cinéma, ne m'avait pour autant pas dégoûté de cet univers puisque j'ai eu le plaisir, un peu plus tard, de regarder deux des films tournés dans les années 1980 avec un certain bonheur. C'est donc avec l'oeil d'un amateur pas très éclairé que je me suis rendu au cinéma pour voir celui-ci.
Résumé : 
L'Enterprise, au cours de son voyage de cinq ans aux confins de la Fédération, fait une escale sur une station géante. Prouesse technologique, elle abrite une myriade d'êtres pensants de toutes les espèces humanoïdes imaginables... et c'est l'occasion pour les membres de l'équipage de faire des retrouvailles attendues. Sauf pour Spock, Second de l'Enterprise, qui apprend le décès de son mentor, version centenaire de lui-même venue d'un futur alternatif : après la destruction de Vulcain, son espèce est menacée d'extinction et il considère qu'il lui faut remplir ses devoirs à son égard, ce qui veut dire quitter Starfleet et rompre avec sa compagne, la belle Uhura... Le Capitaine Kirk, lui, envisage de solliciter une promotion pour accéder au rang d'Amiral, ce qui impliquerait de ne plus voler. Le destin se charge pourtant de rassembler tout l'équipage pour une mission de sauvetage à l'intérieur d'une nébuleuse voisine et non cartographiée. Arrivé sur place, l'Enterprise est assailli par un véritable essaim de vaisseaux minuscules qui le privent de sa propulsion avant de l'aborder... Les pirates sont à la recherche d'un artefact stocké à bord du vaisseau et capturent tout l'équipage. Seuls quelques-uns parviennent à s'échapper in extremis. Piégés sur une planète sauvage, Kirk et son premier cercle auront fort à faire pour libérer leurs amis prisonniers, mais aussi pour comprendre quelle menace pèse sur la Fédération...
Comme souvent (toujours) dans un Star Trek, l'accent est mis sur les relations complexes entre les membres de l'équipage. Le choix de la narration contraint le schéma en imposant un huis-clos à certains des personnages de premier plan : Kirk et Tchekov d'un côté, Spock et McCoy d'un autre, et Scotty seul dans son coin (mais pas pour très longtemps). Des trois groupes (eh oui), c'est celui formé par Spock et McCoy qui semble le plus intéressant car le plus dysfonctionnel : Tchekov est d'un caractère effacé, surtout en présence du bouillant Kirk, Scotty se retrouve à jouer l'élément comique en présence d'une extraterrestre à l'étonnante pigmentation. Au contraire, entre Spock - toujours très premier degré, gènes vulcains et coupe au bol obligent - et McCoy - humain plutôt railleur - la cohabitation se fait par opposition, les deux partenaires ne cessant de s'envoyer des vannes.

Le space-opera n'est toutefois pas oublié dans cette histoire. La petite bande, après avoir bien crapahuté sur une planète dont on ne sait pas trop si elle est rocailleuse, recouverte d'une jungle ou d'une taïga, se retrouve à bord d'un ancien vaisseau de la Fédération, naufragé un siècle auparavant, clé du retour dans l'espace civilisé. Mais, avant cela, il s'agit de secourir l'équipage : invraisemblable morceau de bravoure donnant à voir Kirk envahir le campement extraterrestre à bord d'une moto terrienne en parfait état de marche, trouvée à bord de l'épave. Il est vrai que Scotty s'y entend pour les bricolages : n'avait-il pas été capable de faire démarrer l'Enterprise après que celui-ci ait été privé de ses fameux réacteurs, trois quarts d'heure plus tôt ? C'est en fait l'intrigue toute entière qui semble quelque peu bricolée : les inquiétants extraterrestres à l'allure de reptiles qui capturent tout ce qui passe à proximité de leur planète maudite sont dirigés par un chef de guerre qui n'est pas aussi honnête - si j'ose dire - qu'il y paraît à première vue. J'ignore dans quelle mesure le rebondissement était prévisible de la part de Trekkies plus savants que moi : il est certain que la politique de la Fédération, et en fait tout le credo de Star Trek, ne fait pas l'unanimité dans un univers qui a connu la guerre et où certains rêvent de la ranimer.

C'est donc l'intrigue, en réalité, qui finit par poser problème. Que retenir de Star Trek sans Limites ? Il serait méchant de dire "ben, la bande annonce de Star Wars : Rogue One diffusée juste avant"... Que ce troll soit assumé ou non par les gens qui ont choisi d'insérer cette bande-annonce tout droit venue de l'univers de space-opera concurrent, quelques belles images viennent malgré tout soutenir ce spectacle décevant : cette magnifique station où les immeubles se jouent de la gravité, mais aussi cette arme inquiétante qui semble être une forme de nanotechnologie. Je pense que c'était là que se trouvait le véritable argument de ce film, celui qui - exploité avec soin - aurait pu le sauver... Mais pour cela, il aurait fallu faire de la SF. Et de la vraie, pas de la soap.
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

Commentaires

A.C. de Haenne a dit…
C'est clair que le scénario n'est pas exempt d'invraissemblances. Seulement, sans dire que c'est le propre du space op', on peut quand même trouver un côté "pulp" à ce film. Après, quand tu dis qu'on ne sait pas trop s'ils sont sur une planète rocheuse, faite de toundra, etc. Je crois qu'une planète n'a pas qu'un seul paysage ; je trouve que c'est l'une des parties les plus réussies de ce film (avec certains maquillages, dont celui de Jaylah, qui m'a vraiment fasciné). Comme toi, je ne suis pas un Trekkie, mais j'ai vu quelques épisodes durant mon enfance/adolescence (génération Temps X) et j'ai trouvé que cet opus était celui qui rendait le mieux hommage à la série créée par Roddenberry.

A.C.
Vert a dit…
J'ai passé un bon moment pour ma part, certes le scénario est un peu facile mais j'ai apprécié qu'il y ait une ambiance un peu plus "équipe" que le précédent où j'avais l'impression qu'on était juste là pour voir Kirk courir dans tous les sens.
Anudar Bruseis a dit…
@A.C. : il est vrai qu'il y a du pulp là-dedans. Et, oui, le maquillage de la jeune extraterrestre est extraordinaire.

@Vert : en effet, là, ils courent tous dans tous les sens, pas que Kirk :P
A.C. de Haenne a dit…
Jaylah, jouée par une actrice algérienne, Sofia Boutella, qui a (presque) commencé sa carrière en ayant un rôle (non crédité) dans "Cordier, juge et flic". Ca ne s'invente pas.

A.C.