Seul sur Mars

Mars est l'une des destinations préférées des amateurs de SF. Par ailleurs, après Gravity il y a deux ans et Interstellar l'année dernière, on dirait que la hard-science est un peu plus représentée au cinéma ces derniers temps : qu'en est-il de ce Seul sur Mars ?
Résumé : 
La mission américaine Arès-3 est contrainte d'évacuer son lieu d'atterrissage en catastrophe, prise dans une tempête plus puissante que prévue. Mais un accident juste avant le décollage contraint cinq des membres de l'équipage à laisser pour mort derrière eux le botaniste Mark Watney. Sur Terre, alors que Arès-3 endeuillée commence le long voyage de retour, on célèbre les funérailles officielles de Watney... sans savoir que, blessé, il a en réalité survécu et organise avec les moyens du bord ce dont il a besoin pour... préparer son évasion de Mars ! Mais comment établir le contact avec la Terre quand le matériel dont il dispose est endomagé ? Comment survivre pendant les mois et les années qui le séparent de l'arrivée d'éventuels secours alors que l'eau, l'air et même la nourriture vont bientôt manquer ?
Si, en allant au travail, vous réalisez cinq minutes après votre départ qu'il vous manque cet important dossier à remettre en mains propres avant midi, vous aurez tout de suite le réflexe de revenir sur vos pas - ce qui n'est pas toujours possible, surtout lorsque vous êtes sur autoroute. Néanmoins, la méthode est viable : dans le pire des cas, vous aurez à faire un détour et vous arriverez en retard à votre travail, mais faire marche arrière est une solution éprouvée par l'être humain depuis l'âge des cavernes et même avant. Pareille solution n'a de valeur, en réalité, que si votre domicile est lui même fixe dans le milieu où se réalise votre déplacement. Dans l'espace, vouloir revenir sur ses pas si l'on a oublié quelque chose - par exemple, un astronaute sur une planète hostile - est dans la plupart des cas la plus mauvaise des solutions puisque le point de départ aura lui-même bougé depuis le décollage. Et c'est à ce problème que sont confrontés les spécialistes de la NASA dans ce film : ceux qui se trouvent au plus près de Watney sont aussi les moins à même de l'aider. La recherche d'une solution pour un sauvetage viable doit donc tenir compte des lois de la mécanique céleste - lesquelles sont inflexibles et, comme on vient de le dire, incompréhensibles au commun des mortels. C'est donc sans surprise lorsqu'il s'agit de trouver le moyen d'envoyer coûte que coûte une mission de secours sur Mars que ce film se montre le plus efficace - et que l'ambiance devient presque angoissante.

Mais avant cela, il faut voir par quels moyens Watney organise sa survie au quotidien. Et il s'avère que l'astronaute en perdition, s'il est botaniste, n'a pas oublié pour autant comment faire certains bricolages. La poussière martienne est réputée infertile - pour mémoire, on ne parle de sol sur Terre que lorsqu'il y a eu interaction de longue durée entre des composantes minérales issues d'une roche-mère et des formes de vie végétale, animale et microbienne, toutes choses absentes de Mars. Il va donc falloir que Watney s'en serve comme d'un substrat - enrichi d'une façon que je ne dirai pas ! - pour faire pousser des pommes de terre que les gastronomes de la NASA ont fournies à l'expédition pour Thanksgiving. Le bricolage apparaît presque vraisemblable, ou admissible en tout cas, au regard d'autres bidouillages qui permettent à l'astronaute de prolonger la vie de son matériel - et donc sa propre survie. Quand à la question du renouvellement du dioxygène de son air, évoquée au début du film, elle se trouve évacuée aussitôt. Attendrait-on des spectateurs qu'ils s'imaginent que le champ de patates fournit l'air en plus du manger ?

Malgré ces quelques petites imperfections, le film se déroule d'une façon logique et parvient à éveiller en nous des sentiments presque poétiques devant les paysages arides, stériles et pourtant magnifiques d'une planète Mars aussi hostile que ocre. Seuls sur Mars est donc un beau film qui montre la SF dans ce qu'elle peut avoir de plus fascinant : lorsqu'elle nous parle de vie quotidienne dans ces conditions pas ordinaires...

Commentaires

Kurisu a dit…
Chronique intéressante. Ca me donne envie de le voir, ce film.

Dans la réalité, il n'aurait pas eu assez d'oxygène pour survivre ?
Anudar Bruseis a dit…
Ah, je ne saurais pas te dire. Mais je trouve suspect qu'on en parle au début puis que l'on n'en parle plus du tout.