La prophétie de l'horloge

Voici un film dont la bande-annonce - vue au cinéma peu de temps avant le peu indispensable Kin : le commencement - m'avait donné l'impression de loucher vers l'univers de Harry Potter : il semblait être question de fantasy à tendance urbaine, de magie, d'un orphelin et d'un sombre complot. Curieux de la chose, et attiré en particulier par la photographie très réussie de sa bande-annonce, j'ai décidé de lui donner sa chance à la faveur d'un samedi soir où je n'avais rien de mieux à faire...
Résumé : 
Lewis Barnavelt, qui vient de perdre ses parents, vient emménager chez son oncle Jonathan. Les deux ne se sont jamais rencontrés - si bien que Lewis a la surprise de découvrir un oncle chaleureux mais un peu excentrique, dont la maison est remplie d'horloges et qui semble vivre une relation platonique avec l'étonnante et très violette madame Zimmerman. Dès la première nuit, la maison se révèle tout aussi étrange que son propriétaire, pour ne pas dire inquiétante : certains objets semblent bouger à la limite du champ de vision de Lewis, et il ne cesse d'entendre - venant des murs eux-mêmes - le tic-tac d'une horloge que son oncle recherche au stéthoscope ! Arrivé dans sa nouvelle école, voici que Lewis apprend qu'il vit désormais dans "la maison du carnage" : de toute évidence, l'oncle Jonathan lui cache quelque chose. Mais qu'est-ce qui serait le pire : que la maison soit hantée, qu'elle soit la demeure d'un ou plusieurs mages... ou bien qu'elle soit maudite ?

Il n'est pas fréquent d'associer les étiquettes jeune public et horreur : si le jeune public apprécie de temps en temps d'avoir peur, l'horreur ne se limite pas à ce sentiment atavique même si elle sait l'éveiller. Fait peur ce qui surprend, fait horreur ce qui contredit l'image que l'on se fait de la réalité sensible : au fond, si le jeune public aime les monstres, c'est parce qu'il sait que les monstres n'existent pas et que le sentiment de surprise désagréable qu'ils éveillent n'est que de la peur. L'horreur implique d'aller au-delà du simple sentiment de peur : elle doit nous imposer une image mentale à la fois repoussante et convaincante, celle d'une réalité qui nous échappe et à laquelle on aimerait bien échapper... car l'horreur, c'est fait pour déranger ! Dans La prophétie de l'horloge, le jeune Lewis est confronté à une réalité différente, parfois attirante et parfois repoussante : ce qui est magique, c'est aussi bien être capable de refaire son lit d'un geste négligent de la main que de faire se lever de sa tombe un mort couvert d'asticots - et ce qui dérange, bien sûr, c'est quand la même volonté réalise les deux cas de figure. L'horreur, c'est aussi l'art du flou que l'on introduit à la frontière entre l'humain et l'inhumain : qu'est-ce qui conduit Lewis à violer l'ordre naturel, sinon les désirs les plus humains qu'un enfant puisse éprouver - à savoir celui de revoir ses parents, et celui de se faire des amis ? Et qu'est-ce qui conduit le mage noir Isaac - joué par un Kyle MacLachlan qui a bien changé depuis son incarnation de Paul Atréides ! - à construire son horloge de la fin du monde, sinon le dégoût de l'humanité que lui a inspiré la seconde guerre mondiale ? L'horreur se niche dans ce décalage entre les sentiments et les actes - et à ce titre, La prophétie de l'horloge mérite bel et bien d'être qualifié de film d'horreur à destination du jeune public.

Là où un Harry Potter savait faire peur sans trop aller vers l'horreur, La prophétie de l'horloge s'adresse donc à son public avec beaucoup moins de réticences, et en utilisant un discours très différent. La magie, dans ce film - et sans doute aussi dans le livre de 1972 qu'il adapte - est d'une nature peu comparable à celle de la saga de J. K. Rowling : chez cette dernière, la magie comportait une composante génétique indispensable - on peut apprendre à faire de la magie, mais il faut naître en étant capable d'en faire... ce qui veut dire qu'en devenant sorcier on ne fait jamais que maîtriser un don - alors qu'ici la magie s'apprend tout à fait, le talent étant sanctionné d'un diplôme - ce qui veut dire qu'à force de travail, on finit par acquérir une aptitude. Pour Harry Potter, la magie est innée, alors que pour Lewis Barnavelt elle est acquise : le distingo est loin d'être anodin. Le trajet de Lewis ne peut se comprendre qu'à travers le fait que pour lui, la magie est acquise à force de travail : c'est par son travail qu'il devient peu à peu capable de lire de vieux grimoires et d'en tirer le savoir nécessaire pour assurer la résolution de l'énigme. Face à lui, se dresse donc un mage nihiliste qui a résolu de mettre fin à l'espèce humaine afin de tout recommencer dans le cadre d'un monde sans souffrance : ses pouvoirs proviennent en partie de son travail mais aussi et surtout de dons, à commencer par ceux qui lui ont été accordés par un démon... Le talent acquis s'opposant au talent inné, c'est un questionnement intéressant dans le cadre d'une oeuvre destinée au jeune public - et sans aller jusqu'à dire que La prophétie de l'horloge ira donner le goût du travail aux enfants, nul doute que ceux-ci seront sensibles à ce que la solution provienne en fin de compte du travail acharné de Lewis.

D'un point de vue graphique, la bande-annonce laissait espérer une réussite : c'est en effet réussi, les images de l'intérieur de la maison étant chaudes, minutieuses et aussi animées qu'on pouvait l'espérer... Le manoir si inquiétant aux premiers abords se révèle accueillant, tel qu'on pourrait imaginer la demeure d'un mage, et l'émerveillement de Lewis est tout à fait crédible - tout comme le sont plus tard sa perplexité puis son angoisse lorsque la maison se révèle d'humeur changeante. Le jeu des acteurs est irréprochable : si les deux mentors qui accompagnent Lewis sont joués par des professionnels expérimentés capables de tenir leurs rôles avec décontraction, le jeune acteur qui leur donne la réplique crève l'écran. La narration quant à elle est moins efficace : par moments précipitée, faisant plus tard la part belle à des gamineries ou à des gags récurrents peu nécessaires, retardant l'irruption du véritable problème pendant près d'un tiers du temps fictionnel, voilà qu'elle vient handicaper le film - et l'on se surprend à regarder sa montre à intervalles réguliers... Lorsque le spectacle prend fin, le spectateur peut alors avoir le réflexe de se renseigner sur l'oeuvre de John Bellairs, l'auteur du roman La pendule d'Halloween que ce film adapte... et découvrir que ce livre est en réalité l'ouverture d'une série. Compte-tenu du soin mis aux décors et à la direction des jeunes acteurs, il est permis de se demander si les faiblesses de la narration ne seraient pas liées à une intention inavouée : celle de faire de La prophétie de l'horloge l'ouverture d'une nouvelle franchise à succès. L'avenir le dira...

Commentaires

Vert a dit…
A rattraper en VOD alors, on manquait justement de films jeunesse pour les rares soirées films du moment ^^
Anudar Bruseis a dit…
Cela peut faire en effet un bon truc à rattraper sur son canapé. Tu me diras ce que tu en as pensé ;)