Alien : Covenant

La grosse bête si bien imaginée par H.R. Giger, dont j'ai eu l'occasion de visiter le musée à Gruyères il y a quelques années, revient sur les grands écrans ces jours-ci dans un nouveau film, tout frais pondu par Ridley Scott. Je n'ai jamais vu son Prometheus : film réputé contenir de l'ADN d'Alien (ou d'alien, pour ce que j'en sais) j'avais été un peu rebuté par certains retours peu enthousiastes : j'avais eu le sentiment que cette préquelle avait un peu trop tendance à loucher vers l'original tout en prétendant apporter quelque chose de tout nouveau. Le fait est que Prometheus 2 (la séquelle de la préquelle... vous suivez ?) semble avoir été ajourné sine die au bénéfice d'un Alien qui n'est pas un Alien 5 mais plutôt un Alien zéro puisque son intrigue précède celle du premier de quelques années. Qui oserait après cela se plaindre encore de l'ordre dans lequel sont sortis les Star Wars de George Lucas ?

Résumé : 
Le Covenant : un vaisseau de colonisation transportant deux mille colons en état d'hibernation, mille embryons congelés mais aussi quinze membres d'équipage, en route vers une planète habitable d'un secteur lointain de la galaxie. En l'an 2104, c'est un voyage sans retour, comme le savent les participants au projet : l'espace est un milieu dangereux et parfois certains vaisseaux disparaissent sans laisser de traces, comme le Prometheus onze ans plus tôt... A la faveur d'une tempête stellaire de neutrinos, le Covenant est endommagé : Walter, l'androïde qui veille sur le vaisseau, doit réveiller son équipage en urgence. L'opération tourne mal et le premier commandant n'y survit pas. Son remplaçant, peu apprécié de son équipage, organise les réparations et la reprise du voyage, jusqu'au moment où le vaisseau capte un signal mystérieux venu d'une planète voisine toute proche, qui se révèle habitable... Peu désireux de réintégrer les caissons d'hibernation, l'équipage est presque unanime : il faut renoncer à la destination prévue dans le projet au profit de la planète en question. L'équipe d'exploration découvre, au débarquement, une planète orageuse mais abritant une biosphère a priori accueillante, à tel point que l'on y trouve des plantes identiques aux céréales de la Terre et qui semblent avoir été cultivées... D'autres mystères pèsent sur cette planète inconnue : pourquoi un signal en apparence humain provient-il de cette immense épave extraterrestre écrasée au sol ? Et surtout... pourquoi n'y a-t-il aucune trace de vie animale ?
La biologie de l'alien est d'une simplicité aussi efficace que redoutable, au moins sur le papier : un parasitoïde présentant une alternance de générations entre le facehugger (l'immonde créature arachnéenne sortant des oeufs d'alien) chargé d'implanter un embryon à l'intérieur d'un hôte, et le xénomorphe (ou alien stricto sensu). Au fil des itérations de la franchise, les indices permettant de lire et de mieux comprendre la biologie de l'alien ont permis de construire un tableau plutôt déroutant :
  • Alien (1979) pose les bases du comportement reproducteur de l'alien, assez semblable à ce niveau à celui d'une guêpe solitaire parasitoïde - à ceci près que celle-ci ne présente pas d'alternance de générations. A ce stade, le lien entre le facehugger et le xénomorphe est encore inconnu.
  • Aliens (1986) boucle la boucle de l'alternance des générations en introduisant le concept de reine alien capable de pondre les fameux oeufs (qui donnent l'impression d'être faits en cuir, au passage).
  • Alien 3 (1992) confirme l'alternance de deux générations puisque l'on y découvre qu'un facehugger peut infester son hôte avec un embryon de reine. Le film apporte cependant quelque chose de nouveau : l'une des deux infestations racontées ici se fait au détriment d'un hôte non humain, en l'occurrence un chien, et il semble que le xénomorphe en retire au passage quelques caractéristiques génétiques intéressantes.
  • Alien 4 (1997) confirme la capacité de l'alien à récupérer une partie du génome de ses hôtes successifs, au fil des générations de parasitage, puisque la reine alien clonée au début du film devient capable de se reproduire par viviparité.
En soi, le cycle de reproduction de l'alien - tout atroce qu'il soit - ne présentait pas, jusqu'au troisième volet de la franchise, de particularités à même de défier la compréhension du biologiste. La deuxième partie du cycle Alien brouille les cartes et, si l'hypothèse d'une origine naturelle à cette espèce extraterrestre ne peut être tout à fait écartée, il faut bien reconnaître que celle selon laquelle les aliens seraient des produits d'une expérience de génétique ratée - ou non - est plus satisfaisante. Un peu comme si l'alien était en réalité une arme biologique conçue dans le cadre de quelque guerre entre puissances galactiques, son adaptabilité représentant son meilleur atout dans l'élimination d'espèces entières. L'alien, un puissant agent écologique à l'échelle de l'univers ?

C'est en réalité le schéma retenu par Scott pour cet Alien qui n'est donc pas un Alien 5 mais réalise la jonction entre Prometheus et la saga au xénomorphe. La très belle séquence introductive - celle de l'éveil de l'androïde David - pose d'emblée la question des origines de la vie : pour le concepteur de David, celle-ci ne peut être issue de phénomènes naturels, ce qui implique alors pour l'espèce humaine l'existence de créateurs. La conséquence de ce raisonnement, si on l'applique par récursivité aux créateurs eux-mêmes, est celle de l'existence de Dieu : dit d'une autre façon, démontrer que la vie sur Terre est apparue par le travail d'êtres extraterrestres reviendrait alors à démontrer l'existence d'une volonté divine à l'oeuvre dans l'Univers. Le fait que l'androïde soit lui-même intelligent et doté de libre arbitre en fait un maillon de la chaîne. Mais là où l'ubris de son créateur l'incite à regarder les maillons précédents, celui de David l'amène à s'intéresser plutôt à ceux qui vont suivre.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Alien : Covenant prend son temps pour dévoiler la véritable nature du complot d'envergure galactique.  Aux périls habituels d'un voyage interstellaire s'ajoute la belle esthétique de l'exploration spatiale triomphante, venue tout droit de 2001, et si les choix graphiques des combinaisons spatiales et du vaisseau s'écartent assez de ceux du film de Kubrick, il est difficile pour autant de ne pas voir comme une parenté entre certains plans mais aussi dans la représentation de l'équipage endormi dans des caissons d'hibernation aux allures de sarcophage, la mort se trouvant parfois au terme du long sommeil et pour plus d'une raison... Pour la première fois, la franchise Alien amène le spectateur sur une planète verdoyante et en apparence plus accueillante que le monde aussi crépusculaire que désolé où Ripley découvre la ponte à l'origine du premier film... L'atmosphère orageuse, qui gêne les communications entre la navette d'exploration et le Covenant, et qui met la technologie humaine à rude épreuve, n'est que le premier indice permettant de comprendre que cette planète est piégée. Quelque chose d'ignoble attend les explorateurs, et ce quelque chose n'est pas cet organisme discret dont les spores distillent la mort, qui prend la forme de créatures d'une blancheur maladive, sans yeux ni bouche apparente, mais à l'instinct meurtrier. Ces bestioles répugnantes ne sont en effet pas le pire ennemi que les explorateurs malheureux - et les colons ! - auront à combattre : aberrations génétiques, sous-produits accidentels et ratés d'une expérience plus vaste, elles semblent condamnées à mener une vie aussi courte qu'incompréhensible au beau milieu d'un monde profané. Non, l'ennemi réel est bien différent : conçu par l'esprit le plus retors, à savoir celui de l'Homme (eh oui), lisse au point d'en être antinaturel et investi du plus parfait instinct de prédateur, sa seule existence vient justifier tout le film et même la franchise toute entière... Alors que le Covenant reprend son voyage dans l'espace, l'équipage et les colons de nouveau endormis, l'ubris reste à l'oeuvre - et si les événements qui conduiront Ripley à découvrir l'alien quelques années plus tard restent obscurs, il est désormais possible de trancher entre les deux hypothèses évoquées plus haut.

Somme toute, Alien : Covenant regorge de bonnes idées, de belles images et apporte enfin ces explications si attendues et si nécessaires pour comprendre ce qui unifie toute la franchise Alien. De toute évidence, Ridley Scott possède à présent l'instrument qui lui manquait pour justifier l'ensemble des films se déroulant dans l'univers d'Alien : je ne serais pas surpris qu'il s'en serve à nouveau à l'avenir... et que nous ayons tôt ou tard à découvrir un Alien 5 !

Commentaires

Gromovar a dit…
Intéressante récapitulation.
Gromovar a dit…
Pas vu le film.
Anudar Bruseis a dit…
Tente le coup !