Aquaman

De la SF, un super-héros, une histoire d'Atlantide... Pouvais-je manquer de m'intéresser à ce film ?
Résumé : 
Aquaman est un méta-humain, né de l'union de la reine de l'Atlantide et d'un gardien de phare venu à sa rescousse le jour de tempête où elle s'est échouée sur la côte en s'enfuyant de son pays. De son vrai nom Arthur, il écume les mers afin de protéger le peuple de son père... tout en sachant que celui de sa mère vit au fond des océans. Ce qu'il ne sait pas, c'est que son demi-frère Orn - à présent devenu roi - manigance l'unification forcée sous son empire des quatre ultimes principautés atlantes... dernière étape avant un assaut général contre la surface et la simple humanité ! Afin d'éviter le chaos, le grand vizir Vulko et la promise Mera complotent contre le roi en contactant Arthur à qui, par droit d'aînesse, devrait revenir le trône d'Atlantide. Mais comment convaincre le peuple conservateur et même raciste du fond des mers d'accepter un sang-mêlé à sa tête sans déclencher une guerre civile ? Pour Arthur, la seule solution sera d'entreprendre une dangereuse quête à travers le passé de l'Atlantide : quelque part se trouve le trident légendaire du premier roi, celui que seul son digne héritier peut brandir. Saura-t-il triompher des épreuves qui l'attendent afin de sauver ses deux peuples d'un conflit dévastateur ?
Il me semble pertinent, pour une fois, de commencer par faire la liste de ce qui déçoit ou se révèle mauvais dans ce film car vu au premier degré, Aquaman n'est pas bon. C'est un blockbuster de fin d'année conçu pour attirer un public aussi large que possible : son scénario doit permettre la compréhension de ses concepts sans lesquels le personnage ne pourra donner de tous ses talents, mais il doit le faire avec assez d'intelligence pour ne pas se résumer par moments à un ennuyeux catalogue. La chose est possible, mais les astuces utilisées consument le temps fictionnel plus vite que la normale, gênant la construction d'une intrigue à forte complexité. Aquaman assume donc de n'être au fond qu'une reprise d'un thème issu des contes les plus anciens, celui du prince exilé qui doit conquérir son trône, recherche d'un artefact royal incluse. La seule variation à ce thème est peut-être celle qui confère au personnage un caractère bien différent de celui d'un prince exilé : celui-ci, en général, est conscient de son rang et agit en s'y conformant ; lorsqu'il n'en est pas conscient il fait preuve d'une modestie naturelle après avoir été élevé dans le secret par de sages individus de basse extraction. Ici, Arthur est bagarreur, brut de décoffrage (pour ne pas dire benêt), amateur d'amitiés de bistrot, et d'une grossièreté langagière assez rare dans un film destiné à un public familial. Le prince exilé qu'est Arthur est soutenu - il a de la chance - par des alliés de choix : son mentor est aussi le vizir d'Orn, le cerveau qui l'accompagne est celui de la promise du même Orn et il n'est pas difficile d'imaginer (l'affiche en dit trop) que de toute façon la belle Mera finira reine de l'Atlantide. Aquaman n'est donc pas un film très savant - mais faut-il attendre autre chose d'un blockbuster de fin d'année ?

Un blockbuster peut toutefois être intéressant à regarder pour d'autres raisons que son caractère de jeu vidéo à tunnels de bruit. Si Aquaman n'oublie pas de l'être - serait-on allé le voir sinon ? - ses auteurs ont eu l'intelligence de montrer aussi autre chose. Quelques détails donnent à penser qu'ils ont été capables en effet de piocher leurs références dans d'autres imaginaires que celui des seuls comics DC : à un livre de Lovecraft - The Dunwich Horror - posé sur une table basse dans les premières minutes du film, à cette cité atlante perdue en plein désert du Sahara, à l'aspect épineux de ces atlantes en pleine involution au fond d'une fosse océanique, à cette jungle tout droit venue de l'ère secondaire qu'abrite le noyau terrestre, on perçoit une volonté d'hommage amoureux mais maladroit aux imaginaires d'un autre siècle - de Conan Doyle à Pierre Benoit en passant donc par H. P. Lovecraft - et à leurs idées si invraisemblables qu'elles en étaient belles. Et beau, Aquaman sait l'être de plus d'une façon : dans sa peinture d'une civilisation atlante maîtresse d'une source infinie d'énergie, tombée au fond des eaux par pur hybris et relevée sous des formes différentes mais guère plus sages, ce film n'oublie pas d'adopter des couleurs chatoyantes qui rendent justice à la bioluminescence des grands fonds... mais aussi à l'incandescence des dorsales océaniques. L'Atlantide qui est dépeinte ici est piégée entre des températures extrêmes, toute puissante mais menacée par les excès de l'humanité primitive de la surface, forte par sa science et faible par ses croyances : comme  si au fond les conditions du cataclysme avaient été oubliées au fil des millénaires... Enfin, le film se paye bel et bien le luxe de ne pas être tout à fait manichéen : Arthur n'est pas un héros sans faille, et même l'orgueilleux Orn se révèle par moments capable de meilleurs sentiments ; atlantes ou simples humains, aucun personnage n'est in fine parfait dans cette histoire et ce n'est qu'à force de travail que les protagonistes en parviennent à un point où il sera possible d'édifier une société meilleure.

Aquaman se révèle donc plus profond et plus beau que je ne l'aurais cru possible a priori : c'est en soi une belle réussite, qui devrait conduire tout amateur sérieux d'imaginaire à s'y intéresser pour se forger son propre avis.

Commentaires

Elhyandra a dit…
J'avais bien l'intention d'aller le voir, me voilà confortée dans cette idée ^^
Merci pour ce retour
Anudar Bruseis a dit…
N'hésite pas à venir me dire ce que ça t'a inspiré.
Vert a dit…
Une bonne surprise pour moi aussi alors que le postulat de base, quand même... j'ai vu ça comme un gros film de fantasy sous-marine. On excusera donc relativement facilement le caractère cliché de l'intrigue tant on en prend plein les yeux.
Anudar Bruseis a dit…
Ah, visuellement, c'est réussi...