La Trilogie Atlante, tome 1 : Aquatica

Parfois, en explorant les rayons d'une librairie, on tombe sur des livres que l'on aurait peut-être pas songé à lire dans un premier temps. Mais, attiré par la couverture, on finit par les feuilleter. Puis, en les feuilletant, on tombe sur un détail qui peut inciter à s'y intéresser de plus près. Il se peut que l'on hésite, qu'on ne passe pas tout de suite, voire pas du tout à l'étape suivante, c'est-à-dire celle de l'achat ; mais dans certains cas, il arrive que l'on prenne la décision de « laisser sa chance » à un livre. Cela peut conduire à de magnifiques découvertes. Cela m'est arrivé plusieurs fois, avec La Reine de l'Eté de Joan D. Vinge par exemple, qui fut la grande découverte littéraire de mes treize ans (et mes premiers pas dans le genre du space opera). Cela m'est arrivé aussi avec le livre Exoplanète de Martial Caroff dont j'ai déjà parlé ici. L'expérience montre que l'on est bien récompensé en général en « laissant sa chance » à un livre. Mais parfois, on ne l'est pas.

Résumé :
Ily a quelques décennies, l'espèce humaine a livré une guerre sans merci contre les Reens, une espèce d'extraterrestres eusociaux semblables aux fourmis. Les perspectives de victoire pour l'humanité n'étaient pas bonnes, mais les Reens ont décidé soudain, pour des raisons inconnues, d'interrompre le conflit en échange du droit pour eux d'installer des Communautés sur six planètes humaines. Bon gré mal gré, les êtres humains ont dû apprendre à cohabiter avec les extraterrestres. Vingt ans plus tard, Tamara devient gouverneur d'Aquatica, l'un des mondes partagés avec les Reens. C'est une planète océanique magnifique où les cétacés – baleines, dauphins et autres – se sont adaptés à merveille. C'est aussi une planète riche en mystères : plusieurs millions d'années auparavant, des extraterrestres inconnus ont démarré un processus de terraformation et y ont laissé des reliques mystérieuses... Jeune, intelligente et belle, Tamara jette à peine arrivée un pavé dans la mare du pouvoir local. Elle veut favoriser les Atlantes, c'est-à-dire ceux qui vivent à la surface d'Aquatica, plutôt que les Têtes de Lune, c'est-à-dire ceux qui élisent domicile à bord de stations orbitales. Elle perçoit aussi la présence des Reens comme une chance : celle de construire une société nouvelle où les êtres intelligents pourraient s'épauler entre eu malgré leurs différences...

Mais ses projets, bien que généreux, n'attirent pas l'approbation générale. Tandis que certaines factions du pouvoir local complotent contre elle d'une façon de moins en moins couverte, elle se met à faire d'épouvantables cauchemars où elle voit des mondes en flammes, dévorés par des ombres terrifiantes. Que savent les Reens de ses rêves ? Au plus fort de ses doutes, voilà que les cétacés – indispensables à l'équilibre écologique et même économique d'Aquatica – disparaissent soudain, éveillant chez tous les Atlantes les pires inquiétudes. Qu'ont-ils fui ? Ou bien, qu'est-ce qui a pu les attirer loin des êtres humains.

Aquatica est un roman riche en idées au fort potentiel. La société des Reens pour commencer. La découverte d'une civilisation cétacée basée sur le chant vient ensuite. Et puis, bien entendu, le thème de l'Elévation si bien exploité par David Brin dans le roman éponyme, selon lequel l'apparition de l'intelligence sur une planète ne serait dans la plupart des cas pas fortuite, mais liée à l'intervention d'êtres extraterrestres. Mais à partir de ces idées, l'auteure tire un roman que j'ai trouvé désagréable à lire et même ennuyeux par moments. Toute la première partie du livre est consacrée aux déboires politiques et sentimentaux de Tamara pendant sa période en tant que gouverneur d'Aquatica. Cela patine dès le début car on se demande bien pourquoi la jeune femme est hostile a priori à certains de ses subordonnés, agissant parfois un peu comme une petite fille... On se perd presque dans la présentation des personnages au début, car ils sont très nombreux, et n'ont pas de traits psychologiques très marqués permettant de les identifier avec facilité, mis à part Ethan, qui va devenir peu à peu le compagnon de Tamara. Parlons-en un peu... Ancien militaire, capturé par les Reens pendant la guerre, il a oublié ce qu'ils lui ont fait mais il en garde une véritable antipathie pour eux. Homme folâtre qui piétine les sentiments de Tamara (mais elle le lui rend bien). Il est pénible mais pas trop, gentil mais pas trop... Il a un vaisseau spatial dont rien que le nom est tout un programme (Lancelot). Pour faire vite, c'est un avatar de l'archétype du pilote de vaisseau spatial-beau gosse à la cool-tête à claques. Et ce genre de personnage a tendance à m'exaspérer. Ici, l'exaspération joue à plein car il donne l'impression de tout découvrir et de ne rien comprendre. Surtout dans la mesure où lui et Tamara tournent l'un autour de l'autre, et que Tamara elle-même est du genre tête à claques. L'auteure donne l'impression d'avoir voulu décrire une femme libre, ce qui est loin, très loin d'être un crime pour un roman de SF. Ce qui ne va pas, c'est que Tamara n'est pas tant une femme libre qu'une indécise ballottée par les événements et impertinente de surcroît. Mais c'est vrai qu'elle peut se le permettre : elle est gouverneur...

Si la première partie du roman est longue à démarrer, voire même ennuyeuse, la deuxième partie devient presque incompréhensible. Dans le cadre d'une nouvelle guerre interstellaire impliquant de nombreuses races extraterrestres très avancées, Tamara devient par la force des choses un acteur de premier plan. Très vite, on se perd dans le nombre des factions évoquées, à tel point que l'on ne sait plus très bien qui au juste a terraformé Aquatica des millions d'années plus tôt. Le fouillis des noms d'espèces et de factions devient vite inextricable. L'histoire ancienne du conflit est expédiée en moins de deux pages et on n'y comprend mie. Les désastres s'enchaînent jusqu'à l'intervention du gendarme galactique de service et le roman se termine sur une note d'espoir avec la naissance du fils de Tamara et d'Ethan. Parce que la vie est toujours vainqueur.

Ouf.

Je n'ai pas aimé Aquatica. Dans l'absolu, ce n'est pas un bon space-opera. C'est un peu trop bordélique pour en être un. Et puis manque l'enjeu, le « grand schéma » qui en ferait une oeuvre captivante. A la place, on est peu à peu endormi par le jeu de valse-hésitation entre Tamara et Ethan, qui serait juste grotesque si ses conséquences n'étaient pas si graves à l'échelle galactique. Les concepts sont définis puis utilisés dans l'instant ou presque, ce qui veut dire que l'on n'a pas le temps de les intégrer avant de les voir fonctionner : ils en perdent une bonne partie de leur crédibilité... La déception, à la fin, est colossale : on n'y croit pas et on finit par vouloir laisser tomber ce livre vers la deux centième page, alors qu'il en compte pas loin de cinq cents...

Aquatica est le premier tome d'une trilogie. Après avoir « donné sa chance » au premier, je me passerai des suivants.Share/BookmarkWikio Voter !

Commentaires

Kahlan a dit…
La couverture ne m'aurait pas trop attirée, je crois, je la trouve un peu criarde.
C'est par ailleurs très frustrant de lire un livre qui possède de très bonnes idées, mais n'arrive jamais à les exploiter.
Anudar a dit…
En fait, ce n'est pas tant la couverture que le titre qui m'a fait m'intéresser à ce livre. J'ai un truc avec l'Atlantide...

Bienvenue ici :) !
Gromovar a dit…
Je n'achète jamais rien sans m'être renseigné avant. Mais c'est du à ma nature paraloïaque ;-)
Anudar a dit…
J'ai longtemps vécu la SF comme un plaisir solitaire... si j'ose dire... J'ai beaucoup acheté après avoir feuilleté en librairie, voire même parfois sur la simple foi d'un nom ou d'un titre. Par exemple, il y a quelques années, après avoir beaucoup aimé le Printemps russe de Norman Spinrad, je me suis lancé dans à peu près tout ce qui était disponible en français de cet auteur pendant six mois.
Dans l'ensemble, je n'ai pas souvent connu de déceptions. Soit j'ai un bon feeling, soit j'ai eu beaucoup de chance. Force est de constater que là, je n'ai pas eu le nez creux...
ionah a dit…
j'ai du acheter 2 livres de S-F au pif : le premier c'était "la planète des Castors" (j'imagine qu'à l'époque, le titre m'avait fait triper) le deuxième il y a un an, "la Menace des Moofs" (une aventure de Perry Rhodan) ce dernier, je ne l'ai acheté que pour son titre kitscho-avantgardiste, et je ne l'ai jamais lu :(
Anudar a dit…
"La Menace des Moofs", tout un programme :) ! Le truc me fait penser au titre d'un tome de la saga du Scrameustache, "La Menace des Kromoks". Cultissime. Il va falloir, un jour, que je présente ce monument kitsch, désuet et pourtant si indispensable de la SF pré-adolescente...
Guillaume44 a dit…
Un "vaisseau beau gosse" ? C'est de la SF à la sauce M. Vandetta ! :D
Anudar a dit…
C'est le pilote qui est "beau gosse", pas le vaisseau...
Sinon, pour avoir introduit sur mon blog le nom d'une pseudo-vedette starisée par la bêtise (la sienne et celle des autres), je te décerne le point Godwin. Et au passage : je te déteste :D.

Pour être sérieux, j'en reviens pas d'être arrivé au terme de ce bouquin. Il faut croire que les Duneries de BH & KJA m'ont conduit à réhausser mon niveau de tolérance.
Guillaume44 a dit…
Un point Godwin pour citer "Vandetta" ? Tu ne vas pas soigner son égo :D
Anudar a dit…
Son... quoi ?

Note bien que je n'en aurais jamais entendu parler sans l'assistance d'un ancien élève :p ...
RIP Corinne Guitteaud
Anudar a dit…
Pourquoi RIP ?
Guillaume44 a dit…
Oui pourquoi ? Le dernier signe de vie remonte au 13 mai dernier sur son site officiel, il s'est passé quelque chose ces trois derniers jours ?
LadyScar a dit…
Bon voilà, je suis sur le bon post =D
Donc, je la tenterais bien quand même cette BD ;-)
Je la rajoute à ma LAL!
Anudar a dit…
Mais ce n'est pas une BD. C'est un roman ;) !