Le dernier maître de l'Air : Le Livre de l'Eau

Il y a bien des années de cela, dans ma folle et inflexible jeunesse, j'ai décidé pour des raisons tout à fait arbitraires que j'étais trop vieux pour apprécier les dessins animés. En particulier, toutes les séries américaines ou japonaises qui avaient jusqu'alors fait mes délices... Je n'ai plus regardé alors de dessins animés qu'avec, on va dire, un certain plaisir coupable et régressif. Et puis un jour, à la faveur d'une conversation des années après, j'ai investi, presque sur un coup de tête, dans l'intégrale des Mystérieuses Cités d'Or. Révélation. D'abord c'était bien, pour de vrai, me démontrant que tout compte fait je n'avais pas eu que des goûts de chiottes. Ensuite je me rendais compte que cela pouvait se lire à plusieurs niveaux d'un oeil critique. J'ai donc recommencé à m'intéresser à l'animation.

Plusieurs années plus tard, au détour d'une page de Télérama, je suis tombé sur la page de la semaine des juniors où l'image d'un personnage à la tête marquée d'une grosse flèche bleue a vite attiré mon attention. Le synopsis m'a aiguillé sur une série jeune public toute récente et, dès que j'ai pu en regarder le premier épisode, j'ai tout de suite accroché avec Avatar : le dernier maître de l'Air, au point d'essayer d'attirer l'attention de pas mal de mes interlocuteurs dessus... Autant dire que, lorsque la série a touché à sa fin, j'ai été content d'apprendre qu'un film était dans les tuyaux. Film confié qui plus est à M. Night Shyalaman dont le travail sur Sixième Sens m'avait plutôt emballé. En quelques mots, c'était une adaptation que j'étais impatient de découvrir.

Résumé :
Le monde est partagé entre quatre peuples dont chacun correspond à l'un des quatre éléments. Chacune des quatre civilisations se caractérise par un art martial traditionnel permettant à ses maîtres de disposer d'une maîtrise de leur élément de prédilection : ainsi, les maîtres du Feu, dotés de pyrokynésie, sont-ils capables de projeter à distance de véritables gerbes de flammes. L'équilibre entre les éléments est assuré par un personnage unique, l'Avatar, qui est le seul à être capable de maîtriser les quatre... Un cycle de réincarnation assure qu'à son décès, l'Avatar revient parmi un autre peuple et devra de nouveau apprendre à maîtriser les quatre éléments dans un ordre bien défini, correspondant à celui du cycle des saisons. Mais un jour, quelque chose tourne mal : l'Avatar, qui devait apparaître parmi les Nomades de l'Air, disparaît. Cent ans plus tard, la Nation du Feu est en train de gagner la guerre qui l'oppose aux autres peuples. Les maîtres du Feu ont exterminé les Nomades de l'Air en cherchant à éliminer l'Avatar qui risquait de contrecarrer leurs désirs d'hégémonie. Libres de leurs mouvements, ils ont ensuite répandu le chaos partout. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que l'Avatar leur a échappé. Aang est un garçon de douze ans qui, bouleversé d'apprendre que son destin était celui de l'Avatar, a préféré prendre la fuite : perdu dans une tempête, plongé dans l'océan, il n'a dû sa survie qu'à ses pouvoirs qui l'ont plongé en hibernation. Découvert au début de l'histoire par deux adolescents de la Tribu de l'Eau du pôle Sud, Katara et Sokka, il va devoir s'adapter à un monde différent, où la seule nouvelle de son retour signifie l'espoir pour ceux qui souffrent de la guerre. Mais la Nation du Feu n'a pas encore joué toutes ses cartes. Et Zuko, le prince héritier du trône du Seigneur du Feu, banni par son père, pense pouvoir reconquérir son droit de retour s'il capture l'Avatar... Aang va-t-il parvenir à lui échapper ? Va-t-il enfin accepter son destin ?
Une fois n'est pas coutume, je vais commencer par ce qui m'a déplu dans ce film. D'abord sur le fond : il s'agit là de l'adaptation de la première saison du dessin animé. En d'autres termes, en une heure quarante, on compresse une histoire qui durait vingt épisodes de vingt minutes chacun à peu de choses près. Autant dire que l'on retrouve sa dose de raccourcis scénaristiques dont certains laissent perplexes : M. Night Shyalaman a-t-il regardé la série animée ? La réponse étant oui (à ce qu'il paraît, il n'en ratait pas un épisode avec ses propres enfants), on croit comprendre que le cinéaste n'a pas su faire un découpage intelligent du fil narratif, ne gardant que des "morceaux de bravoure" qui ne permettent pas de saisir l'évolution du personnage de Aang, et bâclant celle-ci dans une scène finale qui sonne faux, mais faux...

Mais parlons d'Aang, qui est un héros à la fois complexe et attachant dans la série animée. Il y est un enfant qui dissimule mal ses inquiétudes face à son avenir d'Avatar derrière un masque de bonne humeur et d'espièglerie, qu'il est rare de ne pas voir sourire, ce qui donne aux moments où il se montre sérieux ou en colère une saveur très appréciable. Dans le film, le rôle a été confié à un acteur semble-t-il débutant, choisi pour son entraînement aux arts martiaux (ce qui n'est pas inutile, sans doute, compte-tenu du rôle) mais à qui on n'a pas fait jouer le jeu de Aang. On se retrouve du coup avec un gamin qui tire une tronche de dix pieds de long tout au long du film, donnant ainsi l'impression d'être constipé ou de s'emmerder comme Anudar devant une retransmission télévisée d'un match de tennis. C'est en soi déjà un contresens, mais cela va plus loin, parce que cela lui confère un charisme digne d'une bestiole se situant, sur l'échelle de l'évolution, quelque part entre l'annélide et le mollusque (quoique plus proche de l'annélide, quand même). Parmi les trois autres acteurs principaux, je ne m'étendrai pas sur les deux qui jouent Katara et Sokka (on ne tire pas sur les ambulances) et il n'y a que Dev Patel (vu dans Slumdog Millionaire) qui tire un peu son épingle du jeu. Encore qu'il soit, là encore, somme toute assez peu utilisé.

Je vais clore enfin le chapitre des ratés monumentaux avec la forme. Le doublage est calamiteux. Les intonations des personnages résonnent faux. La voix de Katara donne envie de lui infliger une mort lente et pénible. Quant à la 3D, qui vaut tout de même son surcoût de quatre euros (trois si vous avez gardé les lunettes achetées pour voir l'autre Avatar, celui de Cameron), on la cherche une bonne partie du film et il n'est pas certain qu'elle apporte quelque chose. A part quelques euros de plus dans les poches des capitalistes de l'entreprise du divertissement.

Le dernier maître de l'Air est-il donc un film à fuir ? Eh bien, malgré tout le pas bon dont je viens de faire mon miel, je dirais que non. Après en avoir lu des critiques désastreuses, il faut bien dire que je n'y allais pas l'esprit ouvert. Soyons clairs, ce film n'est pas bon. Mais il n'est pas mauvais pour autant. Ce qui est assez considérable compte-tenu de ses défauts si énormes. D'abord, parce que ce film semble assumer son statut d'oeuvre mineure. Ensuite parce que deux ou trois scènes de chorégraphie d'arts martiaux m'ont semblé pas trop mal foutues et qu'on se laisse prendre un peu à la magie de la maîtrise des éléments. Même s'il manque le tonus du dessin animé. En fin de compte, on se dit à la fin que l'on ira voir les suites qui s'annoncent : preuve sans doute que le film a pu toucher malgré tous ses ratés. Chose qu'il convient de noter.
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Commentaires

Lampadas_Library a dit…
Tu es bon public, car si j'en crois certaines critiques cette "adaptation" est une calamité ^^

Sinon, j'en viens à croire que les "adaptations" sont par définition des déceptions pour ceux qui avaient déjà à l'esprit une "image mentale" du média originel.

Par exemple, j'ai vu le Dune de Lynch tout petit (c'était le temps des VHS), je ne sais plus trop quand, mais avant mon entrée au collège puisque j'ai découvert le livre de FH dans mon adolescence.

Ben... j'observe, à force de lire des témoignages sur FB ou sur les forums que c'est toujours le même schéma : celui qui découvre une oeuvre par l'intermédiaire d'une adaptation est souvent satisfait de ce premier contact, la découverte de l'oeuvre originelle étant toujours pour lui un surcroît de plaisir (sans pour autant invalider le "premier contact"). Par contre, celui qui fait le chemin inverse sera toujours agacé par les raccourcis, infidélités et autres ellipses inévitables dans le passage d'un média à l'autre.

Je n'ai pas à l'esprit de cas d'une adaptation supérieure à l'original, sauf peut-être Blade Runner infiniment plus connu que la petite nouvelle de P.K. Dick.

Sinon, je me réserve aussi pour la re-sortie d'Avatar !
Anudar a dit…
Beaucoup de gens considèrent que cette adaptation est une calamité, c'est vrai. Je me contente de dire que si ce film n'est pas bon, il n'est pas non plus calamiteux. Un film calamiteux, c'est un film que tu regrettes d'être allé voir. Cela m'est arrivé à deux ou trois reprises et je peux te dire que ça n'a rien à voir ici.
L'exercice était difficile puisqu'il s'agit d'adapter une série animée au format cinéma... Des erreurs ont été commises mais ce n'est pas non plus une catastrophe complète. As-tu au moins vu les dessins animés ?
Efelle a dit…
J'aime beaucoup M. Night Shyalaman mais force de constater qu'il en phase déclinante, son dernier très bon film est Le Village. Depuis ça baisse...
(Bien aimé La jeune fille de l'eau quand même mais pas autant).
Anudar a dit…
Je n'ai en fait pas vu beaucoup de films de lui, c'est le troisième...
Je pense que ce cinéaste a obtenu un peu vite, peut-être, un statut de "monstre sacré". Sixième sens était un très bon film. Les spectateurs ont-ils cru que le cinéaste ne pourrait que se bonifier ? N'ont-ils pas trop attendu de lui ?
Lampadas_Library a dit…
Non, non, je n'ai rien vu ...Voilà pourquoi je me contente de rapporter les critiques de la presse ...
Mais, pour aller en sens inverse de ce que je disais, il est vrai que la critique de presse passe parfois à côté de certaines pépites qui mériteraient un second regard ^^
ionah a dit…
Comme Anudar, je suis un grand fan de la version dessin animée, et le film m'a énormément déçu de par la pauvre performance des acteurs.
RM a dit…
Personnellement, j'ai trouvé que les décors et les costumes étaient très jolis, et j'ai bien aimé les thèmes sur les éléments et le monde spirituel, cela en parlait avec beaucoup de franchise, directement, et je crois que les défauts du film ont été grossis justement pour cette raison, car les critiques détestent les images fabuleuses qui se rattachent à du religieux, comme on l'a vu récemment avec "The Tree of Life", de Terrence Malick. M. Night Shyalaman en plus prête le flanc facilement aux attaques des intellectuels agnostiques qui dirigent la Culture, car il avoue croire en les nymphes, extraterrestres, etc., qu'il met dans ses films. Moi, je trouve que c'est un film sympathique.