Gandahar et l'Oiseau-Monde

Jean-Pierre Andrevon est l'un de ces auteurs français dont le travail, je ne dirais pas "s'inspire", mais plutôt s'inscrit dans la lignée, de celui de Stefan Wul. C'est aussi l'un de ces auteurs, avec Ayerdhal, qui ont un regard très critique sur notre société contemporaine - et qui savent utiliser leur art afin de partager leurs coups de gueule. En la matière, Gandahar, publié à la fin des années 1960, représente déjà un véritable brûlot anti-militariste et, au-delà, une démonstration de la stérilité finale des ambitions dévorantes. René Laloux ne s'y est d'ailleurs pas trompé : après La Planète sauvage et Les Maîtres du Temps, tous deux adaptés de livres de Stefan Wul (Oms en Série et L'Orphelin de Perdide), c'est bel et bien Gandahar qu'il a décidé d'adapter vers la fin des années 1980, sous le titre Les Hommes-Machines contre Gandahar. Jean-Pierre Andrevon, lui, est revenu sur Gandahar à maintes reprises à travers des romans jeune public dont celui-ci est le premier.

Résumé :
Sur la planète Tridan, les gens vivent en paix grâce à l'influence pacifique du royaume de Gandahar. Sa reine, Myrne Ambisextra, est en quelque sorte la suzeraine et la conscience des autres Etats qui le voisinent. Et lorsqu'un problème se fait jour, elle peut en recourir à ses chevaliers-servants, prêts à mourir pour exécuter les ordres qu'elle juge nécessaires... Il se trouve qu'à l'Est, un voisin de Gandahar est décidé à prendre l'ascendant sur tout le continent. Ses savants ont en effet retrouvé l'épave de l'ancien vaisseau spatial sur lequel sont arrivés jadis les colons de Tridan, venus de la Terre si lointaine... Il se trouve que ce vaisseau disposait d'un moteur nucléaire, une forme d'énergie bannie de Tridan depuis des millénaires. Dans son désir de conquête, le dicdottore du Ranstdraam ne risque-t-il pas, en réutilisant la puissance atomique, de déclencher un véritable cataclysme ? Pour éviter la catastrophe, le chevalier-servant Sylvin Lanvère va devoir partir au service de sa reine et comprendre des mystères plus anciens même que Gandahar...
C'est agréable de retrouver ici le fameux Sylvin Lanvère, chevalier-servant du royaume de Gandahar, la plus ancienne et la plus grande puissance de la planète Tridan qui s'enfonce peu à peu dans une douce et lente décadence. On retrouve bien les préoccupations de Jean-Pierre Andrevon dans ce livre assez court. Un rejet sans concessions du goût pour le pouvoir qui anime certains responsables politiques. Une perception aiguë des périls écologiques, à commencer par le problème nucléaire, et en général, une méfiance à l'égard de la "technoscience" (même si le paisible Gandahar, et en général Tridan toute entière, ne recule pas devant les manipulations génétiques).

Le péril qui pèse ici sur Tridan va cependant au-delà d'une simple expérimentation nucléaire mal maîtrisée. Plutôt que la "torchère" atomique en elle-même, il s'agit plutôt de ses conséquences imprévisibles qui menacent la planète. Andrevon pointe ici du doigt, peut-être, le danger qu'il y aurait à construire une société trop paisible sans garder en mémoire les connaissances du passé, un message déjà perceptible dans le premier Gandahar (le Métamorphe, bien que présent sur la carte de Tridan, est d'ailleurs absent de cette histoire). On ne dévoilera pas ici la fin de l'histoire. Je préciserai, cependant, que j'ai été un peu déçu d'être promené de lieu en lieu et d'informateur en informateur, lesquels (ça tombe bien) s'égrènent comme par hasard le long de la route que Sylvin et ses amis doivent emprunter...

Un roman que je pense mineur dans l'oeuvre d'Andrevon, même s'il constitue un excellent moyen d'envoyer un jeune lecteur faire ses armes sur Tridan.
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Commentaires

JainaXF a dit…
Je l'avais lu enfant et j'avais beaucoup aimé; ton article me donne bien envie de me replonger dans le monde de Gandahar !