Les Adieux au Soleil

Pour le coup, je crois bien que je peux dire qu'il s'agit de mon premier C.J. Cherryh ! Si le nom de cette auteure ne m'est en rien étranger - je l'ai souvent croisé sur les rayons des bouquineries où j'ai eu l'occasion de traîner à maintes reprises - je n'avais, jusqu'à présent, pas encore eu la curiosité de m'y intéresser. Grâce aux bons conseils de l'ami Markus Leicht - et grâce au fonds inépuisable de sa librairie Temps-Livres - me voici maintenant à la tête de deux livres dont le premier, Les Adieux au Soleil, est un recueil de nouvelles se déroulant dans un même univers. Dans ce futur lointain, le Soleil est entré dans la phase finale de son évolution et finira par s'éteindre. La Terre n'est pourtant pas désertée : subsistent encore quelques grandes villes, en partie peuplées de post-humains, où se nouent d'ultimes complots - un pitch global qui n'est pas, au passage, sans faire penser à l'Yragaël de Druillet et Demuth ! Au menu se trouvent donc les nouvelles suivantes :
  • La Mort en ce Palais (Paris) : les habitants de la grande ville ne rendent plus visite à leurs morts, stockés depuis des éternités dans la nécropole souterraine :  ils trichent avec la Mort et se réincarnent au fil des générations. Les naissances et les enfants sont devenus des plus rares : que peut-il arriver lorsque l'un d'entre eux tombe amoureux d'une des princesses de la ville, dont l'expérience de vie remonte à des siècles voire à des millénaires ? Belle nouvelle sur la confrontation entre l'humain et le post-humain : venu au monde bien tard, seul véritable innocent dans un univers où les corps peuvent être jeunes mais les esprits anciens et retors, le personnage principal de cette histoire fait penser à ces jeunes héros de contes qui, par leur astuce, viennent toujours à bout des sorcières et des mauvais génies...
  • Les Fantômes vinrent à sa Rencontre (Londres) : la tyrannie règne sur la métropole jadis fondée par les Romains... La maîtresse du Maire, en disgrâce, est enfermée à la Tour de Londres : elle y fait connaissance avec des fantômes de prisonniers célèbres des temps passés, qui la préparent à sa fin inéluctable, alors que la révolte commence à gronder dans les rues. Ambiance bien différente de la nouvelle précédente : aux post-humains aussi désabusés que dépassionnés s'opposent, de l'autre côté de la Manche, des êtres humains toujours aussi médiocres dans leurs aspirations et leur ubris, comme en témoignent les âmes en peine qui font le lien entre leur situation et celle de la captive. L'Homme reste l'Homme, y compris à la fin des temps...
  • Neiges d'antan (Moscou) : l'Hiver est glacial et neigeux. Au-delà des portes de la ville, Andrei le chasseur doit trouver des proies qu'il ramène à l'intérieur des murs où il les offre à sa famille. Mais un jour, il croise un loup blanc comme neige qu'il ne peut tuer, le contraignant à rentrer ventre à terre à Moscou, pourchassé par les hurlements de la meute. Le silence des plaines gelées finit par l'appeler d'une façon irrésistible... Une très jolie nouvelle, mais dont le propos est très difficile à comprendre...
  • La Règle du Jeu (Rome) : la ville éternelle est maintenant connue comme la première de toutes les villes de la Terre. L'une des sept collines, tranchées en deux, abrite le palais de son tyran : un enfant de douze ans désabusé par tous les plaisirs que le monde pouvait lui offrir, hormis encore quelque peu la chasse à l'homme.Voici qu'un pourvoyeur lui offre un gibier tel qu'il n'en a jamais connu... Encore une très jolie nouvelle qui, sans dévoiler pour autant les secrets de cet univers, permet d'en percevoir un peu mieux le schéma d'ensemble. Il est intéressant aussi de découvrir à quel point le rêve en tant que tel peut se changer en alternative à l'ennui mortifère...
  • Vertiges (New York City) : Les tours de New York, toujours plus hautes, sont entretenues par une caste de Funambules : métier dangereux, exposé aux rafales de vent glacé venu du nord, il est celui de véritables trompe-la-mort. Aussi, quand on fait à Johnny une offre "qu'il ne peut refuser", il est très loin de se douter que bientôt, la beauté du vide risque de lui devenir insupportable... Excellente nouvelle, à l'ambiance de film noir, qui montre encore une fois que même à la fin des temps, l'Homme reste l'Homme...
  • La longue Marche (Pékin) : dans les plaines de Chine du nord, la Cité interdite subsiste encore et toujours, capitale de la beauté, terminus des voies commerciales de l'Eurasie. Mais les barbares, héritiers d'une longue tradition nomade, viennent frapper une fois de plus aux portes de la Cité, leur chef mourant déterminé à la voir tomber avant de mourir. Et une fois de plus, la saga des conquérants va se répéter... Feu d'artifice final, cette nouvelle achève de faire le lien avec les réminiscences historiques : somme toute, l'Histoire des grands stratèges n'est-elle pas toujours la même ?
Pour ma première rencontre avec Cherryh, je pense que celle-ci a été plutôt heureuse. Quelques nouvelles assez courtes qui peuvent se déguster à petites doses, en se rappelant que la fin des temps n'est pas pour demain...

Commentaires

Vert a dit…
Intéressant... Je n'ai jamais rien lu de C.J. Cherryh bien que j'en entende souvent parler, je note le titre dans un coin de ma tête pour quand j'aurais envie de m'y mettre ^^.
Anudar Bruseis a dit…
Je pense que cela mérite bien d'être lu ! Tu me diras.
Miroirs SF a dit…
Idem ! Cela m'intéresse aussi. Il y a par contre une question de vraisemblance qui m'interpelle : Londres, Rome et New-York existeront-elles encore lorsque le soleil approchera de son extinction ? A mon sens, les milliards d'années qui nous séparent de ce moment laisseront la place à bien des cataclysmes qui raseront complètement les villes que nous connaissons aujourd'hui. Je pense même que la tectonique des plaques aura tellement transformer notre planète qu'on en reconnaîtra plus les continents.
Mais bon, je titille parce que ça m'interpelle. Mais en SF il faut parfois accepter de fermer les yeux sur une invraisemblance, pour mieux apprécier l'histoire permise par cet écart !
Merci de ton article.
Anudar Bruseis a dit…
C'est bien entendu tout à fait invraisemblable. Dans 250 millions d'années la géographie terrestre sera très differente... alors dans quatre milliards d'années d'autant plus !

L'auteure s'accorde ici un peu d'invraisemblances pour le plaisir de raconter de belles histoires...