The hidden Family

Il y a quelques années, je chroniquais sans enthousiasme Une Affaire de Famille, le premier volet de la série Les Princes Marchands signée Charles Stross : une histoire de mondes parallèles qui lorgnait vers la fiction économique. Sans enthousiasme, car je n'avais pas du tout été convaincu par cette construction : si l'idée de départ me semblait en effet assez folle pour être digne de Stross, le roman lui-même décevait car je n'y reconnaissais pas l'ambition sans limites et caractéristique de cet auteur... Mais voilà, Stross est Stross, et l'intérêt que je porte à son oeuvre m'a conduit à m'intéresser à nouveau à cette série - et c'est un peu aussi à cause d'Herbefol, il faut le dire, qui ne cesse d'en dire du bien dès qu'il le peut...
Résumé : 
Miriam n'a pas eu le temps de s'habituer au Gruinmarkt : la voici plongée jusqu'au cou dans les intrigues du Clan. Celui-ci s'est jadis déchiré dans une véritable guerre civile et il semble, à la faveur d'une tentative d'assassinat, que toutes les plaies de celles-ci ne soient pas cicatrisées. Pourtant, Miriam découvre encore plus inquiétant : l'un des assassins portait un médaillon qui, bien que similaire à ceux du Clan, l'emmène pourtant ni plus ni moins que vers un troisième monde, loin d'être aussi arriéré que celui du Gruinmarkt puisque sa technologie évoque celle du début du XXème siècle... Pour elle, c'est une opportunité inespérée de rendre le commerce du Clan plus moral tout en assurant sa fortune dans les trois mondes. Mais cela ne résout pas le problème posé par l'existence des assassins qui ont manqué de l'éliminer : qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Quel jeu jouent-ils ? Et surtout... leur faction est-elle la seule qui serait déterminée à prendre le contrôle du Clan ?
Le premier volume de cette série donnait à découvrir le monde nouveau que représente le Gruinmarkt : l'ambition de Stross étant ce qu'elle est, il n'est pas surprenant de le voir décrire en fin de compte un monde plus vaste qui mériterait d'être qualifié de multivers, chaque réalité alternative - celle des Etats-Unis de Miriam, celle du Gruinmarkt et celle de New Britain - partageant une même géographie mais se distinguant toutefois des autres par son Histoire, ses lois et ses traditions. Sans surprise, New Britain correspond au principal vecteur d'exotisme dans ce deuxième volume : cette Amérique-là est d'ambiance victorienne, à mi-chemin entre le steampunk et le dieselpunk. Pour le Clan, dont le commerce est rendu possible grâce à l'astuce qui consiste à posséder un bâtiment aux mêmes coordonnées géographiques dans chacun des deux mondes, l'existence de ce pays-là rend plus complexes les mesures de protection inventées depuis des siècles... mais pour Miriam, habituée à des institutions démocratiques au moins en façade, New Britain et son Etat policier représentent un véritable problème idéologique. Et voici que le schéma de Stross commence à se dégager : en apportant au Gruinmarkt ainsi qu'à New Britain les technologies les plus modernes, Miriam espère ni plus ni moins qu'engager ces deux mondes arriérés sur la route du progrès et de la démocratie.

Un économiste expliquait autrefois que les nations commerçantes ont les moeurs plus douces. Un autre s'en moquait à la fin du siècle dernier en suggérant de méditer l'exemple de l'Angleterre, nation commerçante s'il en est, mais dont l'Histoire n'est pourtant pas si douce : en décrivant une véritable caste commerçante encline à la paranoïa, en cheville au Gruinmarkt avec les aristocraties les plus rétrogrades et aux Etats-Unis avec les cartels de la drogue, Stross bat en brèche le trop bel adage énoncé au début de ce paragraphe ; et il ne fait aucun doute que le cas échéant le Clan aurait su découvrir ses affinités avec le gouvernement réactionnaire de New Britain. Confrontée à ces Princes Marchands conservateurs, obsédés par le profit et leur propre préservation, Miriam finit par représenter la semence d'une évolution plus favorable. Ce n'est pas le commerce qui rend les moeurs plus douces, mais bel et bien la culture et l'éducation, et le projet de Miriam est en réalité progressiste. Seule anicroche à ce tableau plus favorable que celui du premier volume de la série : tout sourit à Miriam (ou presque) et tout lui réussit (ou presque...) ce qui finit par faire d'elle un personnage (presque) trop positif dans une histoire qui, elle, ne l'est pas du tout. Ceci n'est toutefois pas de nature à endommager mon appréciation de ce deuxième volume : il me confirme que l'oeuvre de Stross est protéiforme - et qu'il convient toujours de regarder au-delà des apparences. Bravo !

Commentaires

Herbefol a dit…
Content de voir que tu as apprécié ce deuxième volume. Et pour ce qui est de ce qui sourit un peu facilement à Miriam, je peux te garantir que ça ne continue pas comme ça jusqu'à la fin. Comme on dit "plus dure sera la chute". :-)
Anudar Bruseis a dit…
Eh bien, raison de plus d'aller voir ce qu'il en est par la suite. Ce sera fait... quand la PàL aura un peu diminué :P