Rêves de Gloire

De ce roman, Guillaume44 avait fait une chronique élogieuse, assez, en tout cas, pour me décider à en faire l'acquisition lors de ma première visite à la Librairie Scylla (et de le faire dédicacer, au passage).

Résumé :
A l'époque contemporaine, la ville d'Alger constitue depuis les années soixante-dix une Commune indépendante à la fois de l'Algérie et de la France. Après la partition puis la rétrocession de deux des trois enclaves françaises en Algérie, et cependant que la France s'enfonce dans la dictature militaire, la paranoïa et l'isolationnisme, Alger rassemble une riche culture cosmopolite qui trouve ses racines dans l'arrivée, au cours des années soixante, des groupes de vautriens et de leur idéologie non-violente. Un collectionneur de disques de rock, revendeur à ses heures, apprend l'existence d'un vinyl très rare, sur lequel personne ou presque n'a d'informations. En partant à sa recherche, il finit par découvrir que les rares personnes qui aient pu mettre la main dessus ont connu un sort peu enviable... Est-il bien sage de se lancer dans une quête aussi dangereuse à l'heure où les relations si fragiles avec l'ancienne métropole recommencent à se tendre ?
S'il fallait le résumer avec le moins de mots possible, je choisirais ceux-là : sexe, drogue et rock'n'roll.

Comme cette chronique serait un peu courte, et un peu trop rapide, au regard du pavé (sept cents pages) servi par l'auteur, je préciserai que Rêves de Gloire mérite - et de loin - d'être classé parmi les livres-univers (comme Noô de Stefan Wul, par exemple). A travers un grand nombre de points de vue différents, dont un seul appartient à l'époque "contemporaine", Roland C. Wagner explore un univers uchronique non pas tant "algérois" que "hongrois". La divergence historique est en effet intervenue quelques années avant que l'attentat contre le Général de Gaulle ne réussisse : en 1956, l'Union Soviétique voit se détacher la Hongrie de sa sphère d'influence et compense l'humiliation par un effort augmenté en direction de l'espace. Dès lors, le fil de l'Histoire du monde se met à se détourner de plus en plus. Il s'agit en réalité d'une uchronie en construction qui se dévoile peu à peu sous le regard du lecteur. Comment, et à quel moment, l'Histoire a-t-elle donné lieu à cette Commune de l'Algérois, véritable Cité-Etat indépendante et en particulier d'une France devenue dictature militaire à peu près à l'époque où, dans notre propre fil historique, a sombré le Chili ? Cette carte géopolitique originale se complique avec une Union Soviétique ayant tout compte fait atteint la Lune avant les Etats-Unis, ayant poussé jusqu'à Mars et conservant au XXIème siècle son statut de superpuissance.

Livre-univers, Rêves de Gloire l'est aussi par le langage qui le caractérise. A présent divergent, expressions différentes. Si certains termes sont assez transparents compte-tenu du contexte ("simple"), d'autres nécessitent un peu plus d'efforts pour être interprétés ("zéro-un" et autres "minifiles"). Certains, enfin, sont même on ne peut plus énigmatiques : j'ai mis un sacré bout de temps avant d'être certain que la fameuse "Gloire", en fait, c'est ce que l'on appelle hic et nunc le LSD... Il faut en fait accepter, dans un premier temps, de ne pas tout saisir et de remettre la compréhension totale de certains passages à plus tard. En tant que lecteur de Dune (qui se trouve par ailleurs cité dans ce livre), cela ne m'a pas posé de problèmes et j'ai apprécié de retrouver ce procédé dans une uchronie, chose que je n'avais pas encore vue, je crois, et qui témoigne d'une véritable érudition de la part de l'auteur.

L'érudition, voilà ce qui est à la fois le point fort et le point faible de ce livre. Point fort, car c'est ce qui lui confère sa cohérence et même sa solidité interne : cela se tient, c'est crédible, et l'auteur, tout en ayant le soin de laisser l'Histoire ouverte à la fin, se paye le luxe de mettre son uchronie en abyme (comme dans Le Maître du Haut-Château, par exemple) grâce à l'intervention d'Albert Camus... Mais point faible, car à force de montrer qu'il maîtrise son sujet, qu'il l'aime et qu'il y vit, l'auteur finit par noyer le néophyte ès-sexe, drogue et rock'n'roll (ou à tout le moins, néophyte aux termes de cette culture). A travers le défilé interminable de noms de musiciens, de groupes et de collectifs hippies (pardon, vautriens) n'ayant - sans doute - jamais existé pour cause d'uchronie, on finit par perdre un peu de vue le propos de l'auteur. A moins que le fil directeur - la recherche par un narrateur qui, sauf erreur, n'est jamais - nommé d'un disque vinyl très rare - ne soit qu'un prétexte à la reconstruction d'une histoire uchronique du rock. Serait-ce là le véritable propos de Roland C. Wagner ?
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Commentaires

Efelle a dit…
Il me semble que la description de musiciens et d'albums s'inscrit pleinement dans la démarche uchronique. Tout comme la recherche de vinyl a toujours pour toile de fond des évènements (en Egypte) ou un paysage d'arrière plan (la France totalitaire avec l'agression).
Anudar a dit…
Pour la recherche du vinyl, je suis assez d'accord. Pour la description des musiciens et des albums, je trouve au bout d'un moment que c'est tout de même un peu répétitif.

Sinon, je suis repassé avant-hier chez Scylla :) ...
Guillaume44 a dit…
Au contraire, ce livre contient deux uchronies, une historique et une culturelle ! C'est très finement travaillé !
Calenwen a dit…
C'est un joli portrait que tu tires de ce roman, il faudrait ptêtre que je tente un peu de Roland C. Wagner un jour quand même ^^
Anonyme a dit…
Je n'ai pas trouvé à quel moment on parle de Dune dans le livre. S'agit-il d'une citation ou d'une allusion ?
Anudar a dit…
Oups, j'ai supprimé ma réponse à ton commentaire...

Je disais donc ne pas comprendre en quoi l'on trouve là-dedans deux uchronies distinctes.
Anudar a dit…
Bonjour et bienvenue ici,

A priori, c'est d'une citation dont il s'agit. Je t'avouerai que mes souvenirs, sur ce point, ne sont pas assez clairs pour t'en dire plus.