Übel Blatt tome 11

Celui-là, c'en est un que j'attends depuis un bail. Übel Blatt est une série manga orientée Dark Fantasy. C'est aussi une série qui s'adresse à un public, disons, averti, en raisons de certaines scènes dérangeantes. Les massacres à l'épée sont presque les moins gênantes, mais en revanche, il existe des passages où certains personnages sont livrés à la torture ou au viol. C'est une oeuvre à ne pas mettre entre toutes les mains et pourtant, sa construction témoigne d'une extrême richesse. Il s'agit d'un univers fictionnel dont l'arrière-plan politique évoque assez le Saint Empire romain germanique, et qui semble figé depuis des milliers d'années dans un Moyen-Âge où l'on peut croiser, au coin d'une forêt ou dans une lande perdue, des créatures magiques témoignant d'une réalité dans laquelle l'être humain n'est pas tout à fait le bienvenu. Dans le résumé des épisodes précédents qui va suivre, je passerai en blanc les passages qui relèveraient du spoiler pur et simple... A vous de voir si vous jugez bon de les faire apparaître en les sélectionnant.

Jadis, l'Empire a été assailli une fois de plus par l'armée des ténèbres de Wischtech dont il est séparé par quelques marches frontalières, à l'Est. Alors que l'Empire était sur le point de perdre la guerre, ses chefs ont décidé d'abattre leur dernière carte : quatorze jeunes combattants ont reçu chacun une lance magique et sont partis seuls vers l'Est, avec pour mission de donner la victoire à l'Empire. Chacun des quatorze preux était un expert dans sa propre spécialité militaire. Des quatorze, seuls sept sont revenus victorieux, couverts de gloire, et sont depuis honorés comme les Sept Héros. Trois sont morts au cours de leur mission désespérée : ce sont les Trois sans retour. Et les quatre derniers ont été tués par les Sept Héros pour avoir commis le crime ultime, celui de renier leur serment : on se souvient d'eux comme des Lances de la Trahison. Le mythe des Sept Héros est cependant fondé sur un mensonge. Les Sept sont en fait des lâches, qui ont refusé d'accompagner les Quatre pendant le combat qui a été en fin de compte victorieux. Epouvantés à l'idée d'être méprisés à leur retour, ils ont tendu aux Quatre une embuscade et les ont éliminés afin que les preuves de leur lâcheté soient dissimulées tout en récupérant le bénéfice de leur exploit... Plusieurs années après, la situation dans les Marches Orientales de l'Empire devient fort incertaine. Des nobles locaux semblent se livrer à la magie noire avec les artefacts abandonnés par l'armée des ténèbres en déroute. On murmure que les Lances de la Trahison, bien loin d'être morts, fomentent la décadence et la guerre civile contre l'Empire... En particulier, un jeune demi-elfe rebelle, Köinzell, commence un voyage qui le mènera jusqu'au coeur de l'Empire. Son but est d'exterminer chacun des Septs Héros... C'est que Köinzell est en fait rien de moins qu'Asheriit, le Maître de l'Epée, l'une des "Lances de la Trahison", tué par ses amis devenus traîtres. Ressuscité parce que bien qu'à moitié mort il a pu dévorer la chair d'un Haut-Elfe, il ne vit plus que pour accomplir sa vengeance. Trois des Sept Héros sont déjà morts par son épée, dont le Marquis Glenn, fils de l'Empereur en personne, et le plus noble de tous. Le prochain nom sur sa liste n'est autre que le Marquis Lebellond, un adversaire aussi assoiffé de pouvoir que cruel. Barricadé dans un château du Comté de Jber, Lebellond dispose de bien des atouts, à commencer par un chevalier-esclave du nom d'Ikfes dont le talent à l'épée pourrait bien équivaloir à celui de Köinzell...

Résumé :
Lebellond a mis à profit la fin du combat entre Köinzell et Ikfes pour faire usage d'une arme magique : sous les yeux de toutes ses troupes et de celles du Comté de Jebr, le demi-elfe encaisse un destructeur tir de canon. Lorsque la poussière retombe, il n'en reste plus la moindre trace. Ecoeurés par la traîtrise de Lebellond, qu'ils prennent pour une preuve de sa lâcheté, les soldats de Jebr se révoltent. Hélas, le Marquis a tout prévu pour exterminer sur place la rébellion. C'est qu'il a bien mieux à faire : à Szaalion, la capitale impériale, va se tenir la Table-ronde des dix familles où il espère bien consolider sa position. L'Empereur est vieillissant, peut-être affaibli par la mort de son fils Glenn : Lebellond sait que le pouvoir suprême pourrait bien changer de mains. A présent qu'il se pense débarrassé de Köinzell, il va pouvoir faire avancer sa cause. Ischüdien, l'un des autres à survivre parmi les Sept et un ami de Glenn, reçoit l'allégeance des fidèles de ce dernier : il sait que l'ambition de Lebellond va le conduire à concevoir quelque plan terrifiant. A Jber, les amis de Köinzell qui ont survécu au massacre sont effondrés : le jeune demi-elfe, auxquels ils sont attachés pour maintes raisons, semble perdu à jamais... Qui pourra s'opposer au pouvoir de Lebellond maintenant que le "rebelle tueur de Héros" est réputé pulvérisé ?
La série Übel Blatt a été interrompue, pour des raisons que j'ignore, pendant pas moins de deux ans. Le dernier épisode paru (en Décembre 2009 !) se terminait sur un insupportable cliffhanger, au sens propre du terme, où l'on voyait Köinzell projeté au bas d'une falaise par l'arme magique de Lebellond. Il paraît qu'en manga, le "vrai" méchant de l'histoire ne se dévoile pas tout de suite et, pendant une longue période dans cette série, le principal antagoniste du demi-elfe était nul autre que Glenn en personne. J'avais d'ailleurs été surpris de voir celui-ci éliminé dans un épisode précédent : c'était pour mieux projeter Lebellond en pleine lumière. Un Lebellond que l'on découvre, au cours de cet épisode, bien pressé de prendre la place de l'Empereur lui-même... au point même d'assumer les formes du pouvoir militaire avec présomption.

Le dessin, s'il est bien caractéristique du trait japonais, présente cependant une véritable beauté ainsi qu'une extrême précision. Chaque personnage a des traits identifiables, des mines, des expressions, et un petit détail qui rend son caractère familier. En la personne d'Ikfes, on ne doute pas que Köinzell a trouvé son rival, c'est-à-dire, son égal qui va le contraindre à se dépasser lui-même. A ce titre, l'épisode précédent s'achevait sur une image très belle, celle des deux adversaires se tendant la main - séparés soudain par la traîtrise de Lebellond. Übel Blatt est une série pour adultes mais elle illustre pourtant des thèmes universels. Confiance, loyauté, amitié, respect de l'adversaire - auquels il convient d'opposer traîtrise, ubris, haine et intérêt. La nuance de gris est cependant perceptible. Si Lebellond est (pour le moment ?) un parfait portrait de salopard, on sait que d'autres des "Sept Héros" ont manifesté un repentir pour le crime commis contre leurs amis trahis jadis. C'est qu'à trop recourir à la force brutale, et à trop se laisser aller à leur ubris, les Sept Héros ont conscience, à un niveau ou à un autre, qu'ils ont suscité la force vengeresse de leur Némésis. Köinzell est, au sens propre de l'expression, leur mauvaise conscience venue toute armée remettre les pendules à l'heure : une entité n'existant que pour un seul but, à savoir, la vengeance.

L'oeuvre est à la fois divertissante et d'une grande profondeur. On n'a pas encore, pour le moment, bien compris ce qu'était la fameuse armée des ténèbres de Wischtech mais, pour la première fois, on voit de près certains de ses membres. Nul doute que les prochains épisodes vont permettre d'en savoir plus quant à cette puissance mystérieuse dont les appétits de conquête semblent à l'origine de cette histoire tragique...

Commentaires

Efelle a dit…
Intéressant mais je vais m'en tenir à une position qui hérisse Gromovar : attendre que la série soit terminée.
Anudar a dit…
Mais pourquoi cette position ?
Efelle a dit…
Je n'ai pas l'âme d'un feuillotoniste... et ai été un échaudé par des délais délirants entre deux tome sur d'autres séries.
Anudar a dit…
Le manga, en général, se caractérise par des intervalles assez courts entre la parution de deux épisodes successifs. Je dois dire qu'au niveau des séries, je trouve que les délais entre deux albums de BD franco-belge sont parfois bien trop longs. Un an pour un album de soixante pages, tout de même...

Übel Blatt est un cas particulier. Deux ans de trou, c'est très inhabituel.
Yaneck a dit…
Semaine SF sur mon blog, si ça t'intéresse.
Anudar a dit…
Ah ! Hélas, je n'ai rien préparé... J'ai peut-être la BD des frères Datry, Kurt Beckett, "Dans l'Enfer des Amazones", si ça te dit ?
Anonyme a dit…
Il est excellent j'espère que les délais seront moindres^^
Anudar a dit…
Bienvenue ici ! J'espère moi aussi :) ...