La Stratégie Ender

Ender's Game... l'un des premiers livres que j'aie lus en VO, et aussi l'un de mes premiers Orson Scott Card - sinon le premier, selon que l'on décide ou non de compter la dispensable novélisation de Abyss. J'ai lu le premier volet de l'Univers Ender moult fois étendu il y a une dizaine d'années tout pile et, à l'époque déjà, le Net bruissait de rumeurs d'adaptation. Le rôle-titre était même prêté, si mes souvenirs sont bons, à nul autre que Haley Joel Osment (Sixième Sens) mais c'est en fin de compte Asa Butterfield (Hugo Cabret) qui s'est coltiné à endosser le costume du commandant victorieux de la troisième guerre formique...
Résumé : 
Cinquante ans plus tôt, une invasion extraterrestre a été repoussée d'extrême justesse grâce au génie stratégique de Mazer Rackham, au prix de dix millions de morts. Depuis, la Flotte Internationale, constituée pour interdire toute nouvelle invasion, cherche avec un désespoir grandissant le commandant qui pourra remplacer le héros disparu : les Doryphores ont reconstitué leurs forces et leur expansionnisme va tôt ou tard les conduire à reprendre l'offensive... Le Programme, qui s'applique aux adolescents les plus prometteurs, tient peut-être un candidat de choix en la personne de Andrew "Ender" Wiggin, dernier-né d'une fratrie de trois : Peter, son grand-frère, a été jugé trop violent et sa soeur Valentine trop prompte à faire preuve de compassion. Or le destin de l'espèce humaine est sur le fil du rasoir : celui à qui reviendra le commandement de la Flotte Internationale ne pourra commettre aucune erreur. Le Colonel Graff, directeur de l'école de guerre où sont formés les futurs stratèges de la Flotte, croit au talent singulier de Ender et lui fait intégrer le Programme. Ender saura-t-il tracer sa voie dans l'écheveau des manipulations tissées par les adultes ? Saura-t-il gagner l'amitié de ses pairs avant de gagner, peut-être, la guerre ? Et pourra-t-il gagner celle-ci sans perdre son âme ?
Il s'avère souvent difficile de parler d'une adaptation sans toucher mot de l'oeuvre écrite d'où celle-ci est tirée. Sans filer la comparaison entre les deux - ne serait-ce que parce que ma lecture de Ender's Game remonte un peu trop, même pour ma mémoire, pour que je m'aventure à en faire une chronique différée - il m'apparaît nécessaire de préciser que ce film peut se voir sans avoir lu le livre. Bien sûr, connaître l'oeuvre voire même son univers ne fera pas de mal au spectateur, certains concepts étant lâchés ici ou là plus d'explication - et l'on se plaît à imaginer la perplexité de celui qui se verrait confronté, sans explication, aux termes ansible, Stratégos et Hégémon (celui-ci étant prononcé à la française, s'iouplaît !). Le spectacle dantesque incite cependant très bien à ne pas s'attarder à ces concepts qui resteraient sinon assez obscurs. De toute évidence, le film a été conçu pour être un divertissement du genre hénaurme, avec ballets en apesanteur et batailles spatiales en simulation virtuelle (oupah) que même dans Haegemonia : Legions of Iron on a moins envie de gueuler "vas-y, défonce tout !".

Mais parlons un peu du jeu des acteurs, qui constitue en fait le principal intérêt de ce film. Bien loin de son époque Han Solo et autres Indiana Jones, Harrison Ford incarne ici un Colonel Graff calculateur, froid et manipulateur, qui s'intéresse moins à Ender qu'à son talent et qui, somme toute, apparaît guère plus humain que les extraterrestres insectoïdes dont il veut l'extermination. L'acteur qui joue Mazer Rackham, avec ses tatouages faciaux invraisemblables - je ne me souviens pas qu'ils aient apparu dans le livre mais, à dix ans de distance, je ne me montrerai pas affirmatif à cent pour cent - et avec ses yeux qui ne cillent pas semble bien plus sympathique. Autour d'eux, la théorie des amis de Ender - pas au complet, ce me semble - incarnée par la masculine (pas trop dans cette adaptation) Petra, le gentil Alai (celui qui va finir Calife dans le Cycle de l'Ombre qui étend l'Univers Ender), Dick et Bernard (dont je n'ai aucun, mais alors aucun souvenir) et bien sûr l'énigmatique Bean (qui devait gagner plus tard le premier rôle dans le Cycle de l'Ombre déjà cité) nous rappelle qu'il s'agit avant tout d'une histoire d'enfants que des adultes obligent à jouer à la guerre. Car l'enfant-stratège est déjà un enfant-soldat - et ses plaies, quand la guerre est finie, sont tout aussi réelles que psychologiques. Les dernières minutes du film, si elles ne sont peut-être pas des plus claires, se révèlent cependant d'une véritable dureté - mais aussi d'une puissance considérable. Introduisant - sans prononcer le mot - la notion de xénocide qui devait donner son titre au troisième volet de la saga, La Stratégie Ender pose avec soin le problème philosophique posé par la guerre dès lors que l'une des deux parties possède le moyen d'éliminer l'autre d'une façon aussi radicale que définitive : la guerre cesse alors d'être un jeu - tout comme elle cesse d'être la continuation de la politique par d'autres moyens.

C'est ainsi que Ender, qui refuse le statut de héros qui aurait pu être le sien, entamera son long voyage vers la rédemption. Film sur la guerre, les jeux militaires et l'obéissance aveugle à l'autorité, La Stratégie Ender offre à son terme un véritable retournement. La guerre cesse d'être un jeu d'enfants quand les joueurs ne se relèvent pas à la fin. Et si le jeu tourne mal, il est clair que la responsabilité n'en revient pas qu'aux seuls joueurs - mais bel et bien, aussi et surtout, à ceux qui en ont écrit les règles.

Commentaires

Doris Facciolo a dit…
Pour avoir lu le livre il y a un mois, je confirme que Rackham n'a aucun tatouage (mais ça rend bien à l'écran, du moins dans le trailler, pas encore vu le film). Je confirme aussi que Bernard est bien (très très bien même) présent dans le livre.

Alors ils comptent porter à l'écran toute la série "Ender" ? Je comptais m'arrêter au premier volume (pas qu'il m'ait déplu, loin de là, mais je veux rester sur une bonne impression, justement).
Anudar a dit…
Je me souviens de Nero Boulanger, qui est de mémoire le gamin que Ender tue dans les douches, mais pas de Bernard. Faudra que je me replonge dedans vite fait pour me rafraîchir la mémoire.

Je n'ai rien vu concernant une adaptation de la série "Ender". Après, les suites ont une valeur et un intérêt différents. "La Voix des Morts" et ses suites tapent dans un registre tout à fait différent, plus du tout d'inspiration militaire, ce qui s'explique par la genèse de l'oeuvre (au départ, le tome deux aurait pu être tout à fait indépendant et Ender aurait pu ne pas y apparaître du tout). Par contre, le "Cycle de l'Ombre" reprend le personnage de Bean qui finit par occuper avec beaucoup de talent le siège laissé vacant par Ender. J'avoue que j'ai apprécié les deux premiers volets de ce "Cycle de l'Ombre" qui s'apparentent à un exercice d'interquel assez réussi. Par contre, je suis beaucoup plus dubitatif quant aux deux derniers.

A noter que OSC a lui aussi produit des préquelles, y'en a même une qui sort (à point nommé ?) ces jours-ci en France. Je la lirai peut-être.
Efelle a dit…
Intéressant tout ça, je sentais très mal la bande annonce.
Anudar a dit…
C'est le principe d'une bande-annonce, non :P ? Faire fuir le public :D ?
Escrocgriffe a dit…
J’ai bien aimé le film, même si le livre fait preuve de plus de subtilité (enfin, dans une certaine mesure !).
Anudar a dit…
Subtilité, le terme est surprenant :D
JMB a dit…
T'inquiètes pas, il est bien.
Anudar a dit…
Cela se laisse voir comme un aimable divertissement, c'est vrai.
Efelle a dit…
Enfin vu, adaptation très nerveuse rendant bien aliénation de l'histoire, par contre il m'en reste aussi l'impression que tout va vite, très très vite. Tout semble condensé, pas forcément très accessible.
Dommage aussi que les enjeux soit affiché d'entrée avec cette course au commandement suprême, on perd la surprise quand Ender obtient son affectation.
Anudar a dit…
C'est vrai que ce spectacle fait précipité. Quoi qu'il en soit, j'en garde tout de même un bon souvenir.