dimanche 15 mars 2015

Le Château des millions d'Années

Un joli titre, une couverture toute "bélialesque", un nom d'auteur inconnu et des relents de X-Files : voilà ce qui m'avait en fin de compte vendu ce livre, en plus des commentaires élogieux de mes blogo-confrères du Planète-SF. Que vaut donc ce Château des millions d'Années ?
Résumé : 
Friedrich Saxhäuser est un SS de haut rang, garde du corps de Hitler depuis la tentative de putsch à la brasserie, un officier très efficace qui a l'oreille de Himmler lui-même, un héros de la Grande Guerre... et, alors qu'une nouvelle guerre se précise, un membre blasé du NSDAP, qui préfère ses voyages autour du monde à ses devoirs à l'égard du nouveau Reich. A Berlin, il n'a pas que des amis... et ceux-là comprennent mal la raison pour laquelle c'est lui que l'on envoie en Irak, histoire de séduire les indigènes et les inciter à la révolte contre le Royaume-Uni jadis mandataire. Accompagnant une expédition dirigée par un pseudo-scientifique recherchant des traces archéologiques de la mythique "race aryenne" chère à Hitler, Saxhäuser va trouver cependant plus extraordinaire... et surtout plus inquiétant. Existe-t-il un lien entre ces légendes bédouines et son impression perpétuelle d'être suivi, voire observé ? Alors que le climat international se dégrade, et que des lueurs nocturnes inquiétantes se manifestent au-dessus du désert irakien, Saxhäuser pourrait bien être amené à choisir entre sa fidélité au Reich et celle qu'il doit à l'Allemagne... voire à l'espèce humaine toute entière...
Sa couverture et son pitch ne laissent que peu de doute sur l'intrigue extraterrestre de ce livre. Entre manifestations effrayantes de soucoupes volantes (et ce, dans la plus belle tradition de celles qui firent les choux gras de l'ufologie dans les années cinquante), assauts de petits humanoïdes, calcinations depuis le ciel et autres combats aériens entre avions et OVNIs, je pense que Przybylski ne laisse de côté aucun des (souvent) douteux arguments de ce genre de mauvaise science-fiction, mal réchauffée depuis La Guerre des Mondes, et mâtinée sur la fin du livre qui plus est de théorie des anciens cosmonautes. Rien de bien nouveau dans l'imagination à l'oeuvre ici.

On ne s'ennuie pourtant pas. C'est que l'auteur a bien compris que cette science-fiction-là, bien que mauvaise, peut d'une façon paradoxale produire des romans toniques et parfois meilleurs que bons. Il suffit pour cela de faire en sorte que les agents extraterrestres, qu'ils soient envahisseurs ou simples observateurs d'un zoo humain, soient aussi peu visibles qu'il se peut, et que leurs actions ne puissent être perçues qu'à travers celles - parfois insolites, parfois désespérées - des personnages humains qui, eux, savent être sous le coup d'une menace indéfinie. La bonne idée de Przybylski est de soumettre ses personnages principaux - dont tous ou presque sont en nuance... de gris ! - au double effet débilitant de la présence extraterrestre, incompréhensible ou presque, et d'une tension internationale montante. Cette ambiance de surchauffe où, avant le début de la guerre, les uns et les autres tentent les derniers coups à jouer dans un monde appelé à disparaître, m'est apparue ici très bien rendue : un Eté 39 caniculaire et orageux, que ce soit en Irak, à Naples ou à Berlin, qui correspond pour le monde aux derniers moments d'une certaine insouciance.

Ouverture d'un cycle, la tétralogie Origines, ce livre fut pour moi l'occasion de découvrir l'écriture et la documentation d'un auteur qui m'était jusqu'alors inconnu. Il va de soi que je me pencherai sur le terme suivant de cette intrigue... histoire de voir si l'hommage bien réussi se transforme en coup de maître.

8 commentaires:

Guillaume44 a dit…

Mouais perso pas du tout convaincu par ce pitch. Et puis un perso SS, là je passe.

Anudar Bruseis a dit…

Le pitch n'est pas convaincant. Par contre son traitement ne manque pas d'être intéressant.

Quand à refuser un livre avec un personnage SS, je dois dire que ça m'aurait empêché de lire "La Mort est mon métier" de Robert Merle et là, j'aurais manqué quelque chose.

Vert a dit…

Ravie que tu aies apprécié la lecture !

Anudar Bruseis a dit…

Il y a un petit effet "pop-corn" pas désagréable. Après, je mets quand même le bémol du pitch un peu convenu.

Guillaume44 a dit…

Non j'en fais pas une généralité, "le crépuscule des aigles" a un très bon perso SS. C'est juste que ce personnage-là de ce roman, dans son pitch, est dérangeant. Je ne crois pas une seconde à un SS de haut rang éprouvant la moindre compassion pour l'humanité, ni animé du moindre doute dans sa loyauté envers le régime. Ces gens-là étaient des monstres, on ne peut pas les humaniser, je dirais même qu'on ne le doit pas, par respect envers leurs victimes. Pour ça que je ne veux pas lire ce livre.

Anudar Bruseis a dit…

Je ne critique pas, c'est une question de choix personnel et le tien est argumenté, ça se tient.

Julien le Naufragé a dit…

Hâte de lire ça

Anudar Bruseis a dit…

Tu me raconteras !