Sherlock Holmes : Jeu d'Ombres

J'avais chroniqué ici, au tout début de l'Histoire de ce blog, le premier volet de ce qui semble s'acheminer vers une série. J'ai vu la semaine dernière Jeu d'Ombres, qui est une séquelle du premier film - même si, à l'intrigue ésotérisante, se substitue un complot bien plus terre-à-terre et surtout plus angoissant pour l'avenir du monde...
Résumé :
En 1891, l'Europe est de nouveau une poudrière. La France et l'Allemagne sont à couteaux tirés depuis que, vingt ans plus tôt, la deuxième a retiré l'Alsace-Lorraine à la première. A Londres, Sherlock Holmes perçoit que la tension internationale n'est pas naturelle : il sent que les querelles entre les nations proviennent des machinations d'un seul homme, le Professeur Moriarty, mathématicien réputé, ami personnel du Premier Ministre anglais... Un homme trop lisse pour être honnête à la face du monde, et un génie du crime, qui prend un soin méticuleux à faire disparaître toutes les traces conduisant à ses activités inavouables. Même Holmes ne parvient pas à démontrer son implication dans les inquiétants attentats qui frappent l'Europe - et bien entendu, il ne parvient pas à les enrayer, alors que dans le même temps Watson, sur le point de se marier, veut renoncer à leurs aventures communes. Dans son combat contre Moriarty, Holmes ne risque-t-il pas de tout perdre ?
Le personnage de Holmes, intellectuel fantasque, véritable génie déductif, bagarreur de première et sans doute un brin pervers, trouve ici un ennemi bien plus convaincant et dangereux que dans le premier film. Cette fois-ci, le détective va devoir payer de sa personne, au sens propre, et naviguer entre le ridicule et l'extrême péril pour, en fin de compte, abattre son ennemi grâce à une petite astuce de pickpocket. La colère de Moriarty, à la fin, est toute compréhensible : se faire avoir comme ça ! On en est presque désolé pour le génie du mal et, si le personnage de Sherlock Holmes n'était pas investi dans ce film par une espèce de charisme bizarre avec son expression niaise et son regard halluciné, on le serait sans nul doute.

Moriarty est, en fait, le véritable argument de ce film. L'époque victorienne bat son plein et le monde... se mondialise. Le mathématicien criminel a compris qu'il peut assurer sa fortune en vendant à la fois des canons et des pansements aux nations prêtes à entrer en guerre. Dans un contexte où le jeu de pouvoir politique entre les Etats, pour la première fois, commence à se doubler d'un jeu de pouvoir économique, Moriarty possède plusieurs coups d'avance et son objectif n'est rien de moins que d'affaiblir les nations pour augmenter son propre pouvoir. Il esquisse, en réalité, un véritable projet de gouvernance à l'échelle européenne et peut-être même mondiale dont il serait le maître occulte. Les tours d'illusionniste de Lord Blackwood sont bel et biens oubliés : au méchant du XVIIIème siècle succède celui du XXème. Or, Sherlock Holmes est, quant à lui, un produit du XIXème siècle : sera-t-il à la hauteur ? On se pose la question jusqu'à la fin et la pirouette sur laquelle se conclut le film, à ma connaissance fidèle aux livres de Conan Doyle, n'est pas sans laisser rêveur : faut-il y voir quelque message ? Faut-il songer qu'en fin de compte, ce n'est que le seul hasard ou, peut-être, une soudaine clairvoyance qui a permis à Sherlock Holmes d'emporter le morceau ?

Par rapport au premier volet, on retrouve les combats préparés en bullet-time par le détective. Les scénaristes parviennent à ne pas trop en abuser, ce qui en conserve tout l'aspect divertissant : le détective est un sacré bagarreur. Un peu moins convaincante est la scène du bombardement dans les bois, mais elle rappelle à point nommé que la guerre planifiée dans cette fiction en 1891 par Moriarty a eu lieu dans notre monde une vingtaine d'années plus tard : c'est la Première Guerre Mondiale. En ce sens, le génie du crime a eu raison : tôt ou tard, l'Europe issue de l'époque victorienne aurait sombré dans la guerre. Le film y gagne une profondeur inattendue et y prend tout son intérêt.

Lire aussi l'avis d'A.C. de Haenne, que je lie les yeux fermés.

Commentaires

Calenwen a dit…
Oui c'est vrai que l'évocation discrète de la 1ère guerre mondiale qui approche est intéressante, mais même si j'ai passé un bon moment (grâce aux acteurs qui sont tous très bons dans leurs rôles), je suis restée un peu sur ma faim à cause d'une intrigue un peu bancale en autre. Mais ça reste un très bon divertissement ^^
Anudar a dit…
Ah ça, c'est sûr que parfois, on se demande où au juste Sherlock Holmes va chercher toutes ses déductions :P ...
A.C. de Haenne a dit…
Un peu comme dans les romans et nouvelles, non ?

Sinon, merci Anudar car tu as su apporter une réponse à mon "problème". En effet, dans l'un de ses commentaires sur le blog (merci pour le lien à l'aveugle), Calenwen n'y voyait qu'un divertissement, alors que pour moi, je trouvais que ce film allait au-delà. Certes le côté spectaculaire n'est pas absent (je n'ai pas compris tes réserves à propos de la scène de la forêt), mais ce film propose une reflexion. Et tu me donnes la solution que je ne parvenais pas à cibler. C'est bien un questionnement sur la mondialisation de la guerre dont il est question ici.

Très bonne critique pour un bon film. Et puis, d'accord avec toi quand tu dis que celui-ci est meilleur que le précédent.

A.C. de Haenne
Anudar a dit…
J'ai très peu lu de "Sherlock Holmes". En fait, je ne parviens à me souvenir que du "Chien des Baskerville" et ma mémoire est plutôt bonne...

Merci en tout cas pour ton appréciation de ma chronique :) . Pour répondre à ta question quant à la scène de la bataille en forêt, j'y ai trouvé un petit goût de "too much". Elle est pourtant fort bien réussie, ça, je le reconnais sans problème.
A.C. de Haenne a dit…
En ce qui concerne le détective de Baker Street, je te conseille activement de combler cette lacune, en commençant par l'Etude en rouge (A Study In Scarlet). C'est impressionant à quel point ça n'a pas vieilli. Ce que je voulais dire à propos du héros inventé par Conan Doyle, c'est que parfois il disparait (le narrateur n'est autre que le Dr Watson), avant de réapparaitre avec la solution. Toute le plaisir de la lecture réside dans la façon dont Sherlock expose ses découvertes à un Watson (et le lecteur, par la même occasion) ébahi. Franchement, du grand art qu'il me tarde de relire un jour (ma dernière lecture remonte à moins de dix ans, mais j'ai podcasté l'année dernière des nouvelles audio-publiées et gratuitement accessibles).
Pour la scène de la forêt, c'est vrai que c'est un peu too much, mais moi ça m'a scotché à mon fauteuil !

A.C.
Anudar a dit…
Il faudra que je me penche là-dessus... Un jour donc :) ! Je retiens cependant le nom de "L'Etude en rouge".
A.C. de Haenne a dit…
Pour entrer dans l'univers, il me semble plus intéressant que Le Chien des Baskerville. Watson y narre sa rencontre avec le fameux détective. Il y fait même une liste des qualités et défauts de son futur co-locataire. Sur cette liste, il indique que S. Holmes est un fameux pugiliste, ce que Guy Ritchie a su très bien illustrer dans ses films, je trouve.

A.C.