Une Nuit sans Etoiles

Second - et dernier - volet de la série Les Naufragés du Commonwealth de Peter F. Hamilton, et suite par conséquent du très bon L'Abîme au-delà des Rêves chroniqué ici l'année dernière, j'attendais ce roman avec une certaine impatience...
Résumé : 
Les machinations quantiques de Nigel Sheldon ont porté leur fruit : le Vide a rejeté la planète Bienvenido dans l'univers normal... à vingt-trois millions d'années-lumière de la galaxie du Commonwealth. Or, au fil des millénaires passés dans le Vide, ses habitants ont perdu les connaissances techniques à même de les ramener au voyage spatial - et le système solaire isolé où leur planète s'est insérée abrite d'autres formes de vie intelligente qui sont, pour certaines, hostiles. En particulier, le Vide a rejeté en même temps que Bienvenido la constellation des Arbres orbitaux d'où proviennent les Fallers, ces extraterrestres capables d'absorber les gens puis d'en construire des simulacres... et sans les pouvoirs de psychokinésie dont les êtres humains disposaient dans le Vide, il devient d'autant plus difficile de lutter contre eux. Deux siècles et demi après la Transition, le système autoritaire bien qu'égalitaire conçu par Slvasta cherche encore à éliminer les Arbres, mais certains opposants prétendent que le plan des Fallers ne peut plus être enrayé. Alors que toutes les communications avec le Commonwealth ont été rompues depuis des millénaires, et que nul au sein de la civilisation humaine la plus avancée n'est au courant du péril qui pèse sur Bienvenido, existe-t-il encore un moyen d'éviter l'Apocalypse des Fallers ?
La mission, pour Hamilton, était ici de conclure son histoire. La fin du volume précédent laissait penser que les personnages - dont tous n'étaient pas très sympathiques - allaient chercher le moyen de rentrer chez eux après avoir pu échapper au Vide grâce au sacrifice de Nigel. Or, l'auteur nous dévoile dès le départ un schéma très différent : à peine sortie du Vide, voici Bienvenido agressée par des ennemis venus des premiers développements de cette Saga du Commonwealth ! Là où le premier volume ne pouvait - compte-tenu de ses enjeux - nous offrir de ces batailles spatiales dantesques dont Hamilton raffole tant, le deuxième plonge son lecteur d'emblée dans un conflit où ça pète dans tous les sens et avec originalité : des avions dignes de la Seconde Guerre Mondiale, des nacelles de débarquement extraterrestres, des bombes atomiques, et rien de moins qu'un trou de ver utilisé pour empoisonner l'atmosphère de la planète ennemie. Ainsi, les personnages du premier volume devaient-ils découvrir "à la dure" que la sortie du Vide ne signifie pas la fin du danger, d'autant moins que la menace des Fallers devient encore plus pressante. Face à cette situation de plus en plus angoissante, le régime vire au totalitarisme : héros, propagande, police secrète et ennemis intérieurs, rien ne manque ici du schéma d'un 1984.

Hamilton aurait pu faire du Commonwealth la base d'une croyance millénariste d'un nouveau genre : il choisit au contraire de laisser aux habitants de Bienvenido les habitudes religieuses qu'ils avaient acquises dans le Vide, et qui transparaissent dans leur langage. D'une certaine façon, le choix surprenant de Hamilton se tient dans le contexte de la Saga : le Vide, c'est l'éternité, la permanence, la stabilité contre l'entropie, alors que l'Univers réel c'est au contraire l'infinité, le transitoire, le dynamisme qui se joue de l'entropie. Pour les habitants de Bienvenido, qui ont goûté à l'éternité ainsi qu'aux pouvoirs que le Vide offre, l'arrivée dans un nouvel Univers de danger n'est certes pas sans être catastrophique. Le Commonwealth, perçu par certains comme responsable de cette Transition que personne au fond ne désirait tout à fait, devient un repoussoir, et - de la même façon que la planète Vinéa se met à représenter un lieu maléfique pour les exilés de La Lumière d-'Ixo - voici que ses ressortissants et ceux qui cherchent à les imiter deviennent suspects voire dangereux. En toute logique, l'un des deux ennemis intérieurs du régime ne sera autre que les sympathisants du Commonwealth, désignés par l'étiquette péjorative d'Elitistes, et la police secrète se montrera parfois plus déterminée à les pourchasser eux plutôt que les Fallers.

Si le schéma de ce roman se tient et si, comme toujours avec Hamilton, la tension monte avec une efficacité fort bien maîtrisée, pour la première fois je dois avouer que j'ai été un peu déçu par la conclusion de cette histoire. Une minorité d'habitants de Bienvenido espérait l'assistance du Commonwealth pour échapper à l'Apocalypse des Fallers : comme souvent en littérature, la majorité avait tort et il fallait en effet attendre un tel deus ex macchina. Comme dans l'épisode précédent où le gros boulot était réalisé par un personnage capital de la Saga, l'auteur en appelle ici un autre à la rescousse. Mais comme il ne faut pas que l'intrigue avance trop vite - on chez Hamilton - il faut que ce personnage soit vulnérable assez longtemps pour tenir le lecteur en haleine : occasion d'introduire quelques autres personnages, d'amener quelques confrontations et d'occuper un volume de temps fictionnel, disons, conséquent. Et quand ce personnage devient enfin capable d'agir comme il se doit - et après tout, on parle ici d'un être humain "avancé" possédant des implants qui en font un véritable demi-dieu selon les standards de Bienvenido - il sera bien temps d'offrir au lecteur un nouveau tunnel d'action décentralisée puis une récapitulation finale où tout le monde (ou presque) se relève et se retrouve à l'endroit où il devait terminer. Hamilton ne m'avait jusqu'alors jamais déçu, et c'est avec une certaine surprise qu'en refermant ce livre je ne suis pas loin de le trouver bâclé : j'ai presque l'impression qu'il s'est, en cours d'écriture, lassé de son propre univers. J'ignore s'il en reviendra un jour à la Saga du Commonwealth, mais ce dont je suis certain, c'est que s'il le fait un jour, il vaudrait mieux que ça soit après avoir écrit tout autre chose...

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