Altered Carbon

Au début de l'Histoire de ce blog, j'ai chroniqué les deux derniers tomes de la trilogie Carbone modifié de Richard Morgan : j'en garde le souvenir d'un univers cyberpunk et space-op' sombre à loisir, capable de m'évoquer par moments celui que Joan D. Vinge avait créé pour le personnage de Cat bien que toutefois plus sinistre et peut-être aussi plus désabusé. Il s'avère que depuis ma chronique du troisième tome - à savoir Furies déchaînées - je n'ai plus rien lu de Morgan si bien que je n'avais plus que des souvenirs très nébuleux de sa trilogie cyberpunk... A tel point qu'il m'a fallu relire la fin de cette ultime chronique pour faire une redécouverte : j'en étais sorti déçu ! Et c'est peut-être tant mieux car, toujours abonné à un célèbre service de streaming, j'ai appris l'existence d'une adaptation en série du premier volume de cette histoire - une série à laquelle j'ai décidé de donner sa chance.
Résumé : 
Takeshi Kovacs est un ancien Diplo : expert chevronné du combat et de la transition d'une "enveloppe" à l'autre, il vit dans un futur un peu lointain où la conscience de chacun peut être stockée dans une pile corticale puis transférée à distance - y compris à l'échelle interstellaires. C'est la révolutionnaire Quellchrist qui a fait de lui ce qu'il est devenu - et à présent que tous les autres quellistes ont été massacrés, il est stocké dans une pile corticale au cas où, un jour, quelqu'un de puissant aurait besoin de ses services.. C'est sur Terre qu'il s'éveille en fin de compte, à l'intérieur d'une enveloppe en très bon état : un certain Bancroft, homme assez riche pour être en mesure de se payer les technologies assurant une forme d'immortalité de sa conscience, désire lui faire une offre qu'il ne peut pas refuser. Kovacs est prêt à tout pour obtenir son affranchissement et la somme rondelette que Bancroft lui offre - mais saura-t-il pour autant découvrir qui a pu tuer son employeur en faisant disparaître quelques heures de sa conscience ?
Altered Carbon version télévisuelle, c'est d'abord une image sombre et pluvieuse, venue d'une Terre future où plus que jamais la stratification sociale cantonne le petit peuple et les classes moyennes au sol mélancolique d'une mégalopole qui a renoncé à se réinventer. En l'an 2000 comme en l'an 3000, les roulottes qui servent de la nourriture de rue sont toujours aussi crasseuses, et les bars à putes sont toujours aussi clinquants que minables. Toujours plus haut dans le ciel se trouvent les résidences des riches, devenus ultra-riches en même temps qu'immortels : s'y tiennent des fêtes où la décadence et le faste en remontreraient aux orgies les plus fantasmatiques de la Rome antique. Partout, c'est le règne du contrat - pour ne pas dire de la combine - où tout se négocie, des arrangements individuels jusqu'aux vies humaines en passant bien sûr par les montages financiers. Le capitalisme n'a pourtant pas tout à fait gagné sa bataille contre l'Etat : il existe encore des lois et des forces de police qui, même si elles sont le plus souvent corrompues, n'hésitent pas toujours à faire leur travail et le font alors avec un talent consommé.

Cet univers cynique est peuplé de figures étincelantes, à commencer bien sûr par celle de Takeshi Kovacs, mercenaire taiseux et violent mais qui n'en pense pas moins. A ses côtés, une théorie d'alliés de circonstances - ou pas - qui partagent avec lui un certain nombre de plaies plus ou moins béantes infligées par le cruel système social : une famille éparpillée par la justice et la folie, une IA propriétaire d'un hôtel sans clients et une policière qui semble préoccupée plus que de raison par l'intégrité physique de Kovacs. Tout ce petit monde va se retrouver embrigadé dans une enquête qui, peu à peu, va mettre au jour un certain nombre de secrets très peu reluisants - et dont certains sont même liés au passé de Kovacs. La narration de la série en ressort d'autant plus complexe, car il s'agit de suivre un nombre élevé de fils d'intrigue tout en maîtrisant les assez fréquents flashbacks du personnage principal, le tout dans un temps fictionnel plutôt serré (environ 55 minutes pour chacun des dix épisodes). Autant dire qu'il faut s'accrocher, surtout lorsque les personnages en recourent à des coups de billard à trois voire quatre bandes... Et pourtant, cela convainc et même au-delà : c'est intelligent, c'est convaincant, ça bastonne lorsque ça doit et à la fin les méchants sont à peu près châtiés. Que demander de plus ?

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