Yoko Tsuno tome 29 : Anges et faucons

Un nouveau Yoko Tsuno, cela ne se manque pas !
Résumé : 
En Ecosse, Emilia et Bonnie découvrent l'enclos des anges d'un cimetière : une stèle solitaire veillant sur deux tombes d'enfants morts en 1935 dans un accident ferroviaire. C'est touchées par cet ancien drame qu'elles contastent que la machine à voyager dans le temps de leur cottage se met en route... venue de cette même année 1935, et porteuse d'un message. Emilia se met alors en tête d'intervenir dans le temps et de sauver les deux petites victimes avant l'accident ! Sa détermination suffira-t-elle à sauver les deux "anges" de l'enclos ?
Ces dernières années, les Yoko Tsuno se sont faits plus fréquents : après les longs intervalles du début des années quatre-vingt-dix à la fin des années deux mille (sept albums), les années dix constituent un peu pour Yoko une renaissance (cinq albums). Toute la question est posée de savoir s'il s'agit d'un nouvel âge d'or, ou d'un âge d'argent... Certains albums de cette nouvelle époque valent le détour et d'autres sont moins indispensables. Ce vingt-neuvième tome, que je n'attendais à vrai dire pas tout de suite, fait hélas partie de la seconde catégorie.

Qu'est-ce qui ne va pas dans Anges et Faucons ? L'intrigue, tout d'abord, qui n'en est pas une. Eh oui : Roger Leloup raconte ici deux histoires en un album... mais plutôt que d'assumer la chose et de produire un album contenant deux histoires courtes - pourquoi pas : c'était l'objet de l'inhabituel Aventures électroniques il y a quarante-cinq ans, avec ses six histoires indépendantes - il choisit de juxtaposer les deux aventures. C'est ainsi que Yoko, sans même prendre le temps de souffler, passe d'un sauvetage temporel en 1935 à une incompréhensible histoire de momies échangées (ou non) au XXIème siècle. Seul fil conducteur entre les deux moitiés de l'album : le goût immodéré de Leloup pour le vol et donc les oiseaux, les anges et les machines volantes en général. On sent qu'il s'est fait plaisir à représenter Yoko ou ses amis aux manettes d'engins volants de toute nature : des biplans "historiques", le fameux Tsar à antigravitation, un drone (qui donne l'impression d'être vinéen !) et même le vieux long-courrier britannique de Message pour l'Eternité que l'on sort de son musée pour l'occasion. La multiplication des objets volants identifiés ou non ne suffit toutefois pas : tout superbes qu'ils soient, ils ne permettent pas à l'intrigue de décoller de façon décisive.

Le dessin de Leloup reste reconnaissable entre mille, mais si les machines volantes sont fignolées à l'extrême, on ne peut pas en dire autant des personnages. Le lecteur se surprend en effet à fixer certains visages où les proportions semblent mal respectées... quand ce n'est pas la position des yeux ! Le trait de Leloup s'était parfois un peu égaré par le passé, rendant certains personnages difficiles à identifier d'un album à l'autre - mais ici, on est dans un cas plus sérieux où certains profils voire même certains portraits semblent à peine humains. De fâcheux lorsque cela concerne des personnages secondaires, ces défauts se font incompréhensibles et même inacceptables quand ils affectent Yoko ou des personnages principaux. La couverture, soignée plus que jamais, emballe donc bien mal un album où la fatigue du dessinateur se fait évidente. Quel dommage !

En fermant Anges et faucons, le lecteur de Yoko Tsuno ne pourra pas ne pas éprouver une pointe de regret en voyant ce qu'est devenue sa vieille amie. Yoko est immortelle, mais cet album la sert bien mal : pour effacer cette mauvaise impression, il faudra relire des aventures plus anciennes - de celles où l'électronicienne japonaise savait encore garder les pieds sur terre...

Commentaires