Don Quichotte tome 2

Voici donc ma chronique de lecture du deuxième tome du Quichotte de Cervantès, dont j'ai déjà présenté le premier il y a quelques jours...
Résumé :
Don Quichotte a été ramené dans une cage de sa précédente sortie. Sur les conseils du curé du village et du barbier, sa nièce et sa gouvernante s'acharnent à le distraire, sinon à le guérir, de son délire, mais rien n'y fait : il reste persuadé que les histoires de chevalerie ne relève pas de la fiction mais bel et bien de la réalité. Ce qu'il ne sait pas, c'est que ses précédentes aventures ont été publiées dans un livre qui possède un succès grandissant ! Bien déterminé à se faire connaître comme l'homme qui a rétabli la grandeur de la chevalerie errante des jours d'antan, il prépare sa prochaine sortie en compagnie de son écuyer Sancho Panza : une sortie qui va l'amener jusqu'au bout de sa folie, dans un monde où le rêve et le mythe s'infiltrent dans la réalité. Quoi de plus naturel pour un homme qui croit que la réalité n'est que l'oeuvre d'enchanteurs déterminés à tromper ses sens et même ceux des autres ?
Une dizaine d'années séparent la parution de ce deuxième tome du premier. Pourtant, la nouvelle sortie de Don Quichotte était plus qu'annoncée par la conclusion de la précédente partie. Si les raisons pour lesquelles Cervantes a tardé à écrire et publier la suite de son oeuvre majeure me sont inconnues, je ne doute pas que la parution d'un Quichotte apocryphe, écrit par un certain Avellaneda, l'a sans nul doute poussé à reprendre son personnage. La difficulté, pour Cervantes, était je pense de raconter la suite des folies de son personnage sans se répéter. Ainsi qu'il le dit lui-même dans son prologue : "vous croyez peut-être que c'est facile de faire un livre  ?" A ce titre, l'irruption d'une suite non autorisée a dû servir d'aiguillon et, au-delà, de source d'inspiration. Si une bonne partie de ce livre présente une intéressante conformité avec le précédent, avec des situations burlesques où la folie de Don Quichotte permet de distraire les bonnes gens, dans des moments qui à mon sens relèvent de la tradition de la farce moyenâgeuse, maints passages montrent que Cervantes a tout fait pour prendre de la hauteur.

C'est que ceux qui croisent le chevalier fou sont, pour la plupart d'entre eux, au courant de son identité pour avoir lu le livre précédent et même le Quichotte apocryphe. Le passage du personnage chez le Duc et la Duchesse, qui se jouent de lui et de Sancho avec une cruauté de plus en plus marquée, relève bien de cette idée : le chevalier fou et son écuyer sont reçus comme ils doivent s'y attendre, et pensent être les hôtes du festin alors qu'ils n'en sont que les bouffons. Les deux compères, le grand maigre et le petit gros, sont même séparés un moment parce que l'écuyer reçoit enfin sa récompense, en la forme du gouvernement d'un archipel de "première qualité" - en réalité, un village où tout le monde se ligue pour le rendre fou. Le thème de la folie apparaît alors comme l'un des thèmes centraux de l'oeuvre - mais avec ces jeux de miroir entre fiction et réalité, entre le Don Quichotte "en chair et en os" et l'image que s'en font ceux qui, dans ce livre, ont lu le précédent, on finit par se demander au juste qui est le plus fou dans cette histoire : est-ce Don Quichotte qui vit dans son rêve ? Ou bien est-ce que ce sont ceux qui le torturent pour leur amusement ?

Cervantes donne même une profondeur supplémentaire à son oeuvre : sur la fin, il se paye le culot de citer le Quichotte apocryphe et de faire régler ses comptes avec son auteur (mystérieux y compris à l'époque actuelle !) par la bouche de son personnage ! C'est peut-être là le véritable exploit de Don Quichotte qui, une fois ses voyages terminés, va rentrer chez lui contraint et forcé par un auteur que l'on sent décidé à le faire disparaître - histoire que plus personne d'autre que lui ne s'autorise à l'animer... A travers un personnage fantasque et une oeuvre au carrefour de maintes traditions, Cervantes signe ici un très grand roman, sans doute très en avance sur les idées de son époque.

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Comme annoncé il y a quelques jours, je profite de cette chronique pour lancer un petit concours ! Les réponses aux questions se trouvent sur le blog. Chaque bonne réponse vaut dix points, le score maximal gagne - et en cas d'égalité, il y aura un tirage au sort. N'oubliez pas de répondre par mail afin de garantir la confidentialité de vos réponses...
  1. Quel est le livre de Frank Herbert lu ces derniers temps que j'ai le moins apprécié ?
  2. Quel personnage  éponyme d'un livre lu dans les mois passés a un nom qui présente plusieurs lettres communes avec l'adjectif niaise ?
  3. Quel roman de space-op' jeune public m'a semblé (presque) mériter le qualificatif élogieux de "Dune pour jeune public" ?
  4. A quoi ça ressemble, la Loire, pour un Ardéchois ?
  5. Question subsidiaire : au moment où je poste ce message, combien de commentaires sur le blog (le plus près remporte les dix points) ?
 Je vous rappelle que vous concourrez pour ceci :
Il s'agit d'un livre-CD de Jordi Savall offert par moi-même : des pièces musicales évoquant le personnage de Don Quichotte et ses aventures... Bonne chance à tous !

Commentaires

Guillaume44 a dit…
C'était un grand monsieur.