The Obelisk Gate

Je parlais il y a quelques temps de La cinquième saison, le premier des Livres de la Terre fracturée de N.K. Jemisin. J'ai vécu cette lecture comme un très bon moment, celui de la découverte d'une oeuvre mais aussi d'une auteure dont j'ignorais presque tout. Sans surprise, j'ai eu envie de connaître la suite - cette saga n'est rien d'autre qu'une... trilogie. The Obelisk Gate,  soit donc La porte de cristal en français : tel en est le titre du deuxième volet !
Résumé : 
Yumenes n'existe plus, avalée comme tant de communautés de l'Equateur par un rift gigantesque, ouvert par la volonté d'un orogène renégat, et la Saison qui commence après le cataclysme promet d'être la plus longue de toutes les mémoires - et peut-être même la dernière pour l'espèce humaine sinon pour la vie sur Terre... A Castrima, Essun a trouvé un abri au sein d'une communauté atypique où les "roggas" peuvent vivre sans se dissimuler, plus ou moins bien acceptés par leurs voisins. La petite communauté s'est retranchée au sein d'une géode souterraine, qui porte la marque d'une civilisation avancée mais à présent éteinte, et se concentre maintenant sur les impératifs de la survie. Trouver de la nourriture, et organiser une société en réduction pour qu'elle tienne aussi longtemps que possible même si la Saison promet d'être longue... Pourtant, Essun va devoir faire face à d'autres préoccupations : à Castrima se trouve aussi Albâtre, son ancien mentor, qui est en train de se changer en minéral et qui désire lui faire d'importantes révélations ; par ailleurs, elle n'a pas oublié sa fille Nassun que son époux a emmenée en pays Antarctique, là où d'après la rumeur il est possible de guérir les "roggas" de leurs pouvoirs d'orogénie. Et si, malgré le malheur et la dévastation, il restait un espoir pour le Stillness et ses habitants ?
Retour donc à la science-fantasy orogénique de N.K. Jemisin. Ce monde conçu autour d'une Terre à la géologie plus active que celle de notre planète va toujours moins bien : là où les incursions "hors Saison" que constituaient les fils d'intrigue de Damaya et de Syenite permettaient, dans le premier volet, d'échapper quelque peu à l'ambiance apocalyptique du récit d'Essun, le lecteur ne dispose plus ici de cette échappatoire. La Saison promet d'être longue, très longue, et nul n'est préparé à lui survivre. Le geste d'Albâtre, qui est responsable de l'ouverture du rift équatorial, est-il bien pour autant le crime d'un déséquilibré ou même un acte de vengeance nihiliste et surtout désespéré ? Comme on peut s'en douter, ce n'est pas le cas : le mentor et amant d'Essun a un plan, et cherche en réalité à calmer la colère de la Terre. Il s'agit de restituer à la planète la présence de sa lune, que l'orgueil humain a jadis arrachée à son orbite, et peut-être ainsi apaiser la tectonique des plaques devenue folle : tel est le projet d'Albâtre, pour lequel il va devoir à nouveau demander beaucoup trop à une Essun déjà épuisée de colère et de chagrin. Autant dire que la mission promet d'être un long voyage au cœur du cauchemar pour tous deux !

L'Enfer est pavé de bonnes intentions, à ce qu'il paraît : en effet, le projet fou d'Albâtre comporte bien des risques, le moindre n'étant pas l'extinction de toute vie sur le Stillness. Plus immédiats, pourtant, sont les risques pesant sur les protagonistes : risques physiques - en situation de famine, la chair humaine finit par devenir une ressource intéressante - ou moraux, la fille d'Essun se trouvant elle-même prise dans un faisceau de loyautés contradictoires dont la résolution finira de toute façon par lui coûter un prix démesurés. Moins bien définis, peut-être, sont ceux qui proviennent des inquiétants alliés d'Albâtre dans cette affaire. L'espèce humaine n'est pas tout à fait seule sur Terre : les mangeurs-de-pierre - des êtres humanoïdes mais d'essence minérale, présents dans le folklore mais portés disparus depuis des générations - se remettent à marcher aux côtés de certaines communautés, dans un but inconnu et peut-être pas tout à fait innocent ; les obélisques - artefacts venus d'un très lointain passé - se mettent à converger vers Albâtre... et peut-être aussi Essun et Nassun. La première va donc, malgré son amertume et son détachement au monde, avoir à endosser un vêtement qu'elle ne désire pas, celui du Sauveur ; la deuxième, prise au piège de la haine vouée aux orogènes et tourmentée par ses propres traumatismes, devra peut-être jouer contre son gré un rôle de puissant antagoniste.

La construction de N.K. Jemisin témoigne donc bel et bien de sa solidité interne dans ce deuxième tome, qui était peut-être celui de tous les dangers, celui dans lequel il fallait confirmer l'ambition et la qualité proclamées dans le premier. Osant à nouveau la narration à la deuxième personne du singulier - sur de longs paragraphes, qui mieux est ! - tout en distillant les éléments nécessaires à la compréhension de cet univers familier mais différent au point d'en être inquiétant, l'auteure fait la démonstration de son véritable talent de conteur, équivalent à celui d'un Pierre Bordage. Bravo !

Commentaires

Baroona a dit…
Ah, ça ça me donne envie de lire « La Cinquième Saison » !
Anudar Bruseis a dit…
Je t'y invite en tout cas. C'est un livre qui donne toute sa qualité, à mon sens, au genre de la science-fantasy !