Les Fabricants d'Eden

J'avais fait l'acquisition de ce livre du Maître il y a plusieurs mois, lors de la préparation du Défi Frank Herbert, mais je n'avais alors pas eu l'occasion de le lire. Ayant détecté, grâce à la quatrième de couverture, qu'il s'agit d'une histoire d'extraterrestres, je me suis dit alors que je pouvais bien le mettre de côté pour le challenge estival...
Résumé :
Les Chems sont extraterrestres. Ils sont immortels : le Rajeunissement leur permet de garder leur vigueur intacte pour l'éternité. L'ennui est leur seul véritable ennemi : alors, pour se désennuyer, ils s'installent sur des planètes habitées par des civilisations inférieures et manipulent les émotions des indigènes pour concevoir de véritables films qu'ils éprouvent grâce au senso-total. La Terre est le terrain de jeu de Fraffin, un Chem de très haut rang, qui produit des films sensoriels depuis la plus haute Antiquité, mais depuis peu la Primatie a des soupçons quant à ses méthodes et ses intentions véritables... Androcles Thurlow est psychologue. Blessé jadis lors d'un accident de laboratoire, il possède à présent des yeux et des lunettes lui permettant de voir à travers les artifices qui dissimulent les Chems aux regards humains. Il sera le témoin des manipulations que les extraterrestres infligent à l'un de ses patients. Peut-on apprendre à refuser les injonctions émotionnelles des véritables maîtres de la Terre ? Et les Chems, dans leur quête perpétuelle de nouvelles distractions, ne risquent-ils pas de se découvrir un goût dérangeant pour la mortalité ?
La comparaison s'impose entre ce livre et Les Yeux d'Heisenberg (antérieur de quelques années), où le Maître parlait déjà d'une caste d'immortels régentant, pour son besoin de distraction, les vies des êtres humains ordinaires. Il reprend ici l'idée selon laquelle l'ennui est le pire danger qui puisse peser sur un immortel - mais que la recherche d'un remède à l'ennui peut s'avérer pire que le mal. Cependant, là où l'enjeu des Yeux d'Heisenberg apparaissait d'une façon assez nette (un conflit entre deux groupes ennemis de post-humains, en fin de compte arbitré par de simples humains) force est de reconnaître que le jeu de David et Goliath entre le psychologue et les Chems semble au contraire bien flou. L'altérité, ici, est le fait d'une intelligence non plus post-humaine mais extraterrestre, occasion comme une autre de parler en miroir d'humanité : en insistant sur la proximité des Chems à l'espèce humaine, le Maître semble chercher un but fort différent. A la fin, la Primatie des Chems, comprenant que l'espèce humaine possède une particularité inhabituelle, proclame que la Terre est un sanctuaire : somme toute, en possédant l'art qui permet aux Chems de désirer leur propre mort, le psychologue devient l'être vivant le plus puissant de l'univers puisque les grands, devant lui, perdent le goût de leur immortalité...

Que l'intrigue, pourtant, apparaît contournée pour en arriver à une conclusion fort semblable à celle de Dune. On tient là en effet un roman qui, plus qu'herbertien, est même dunien sans être aussi exaltant que le chef-d'oeuvre du Maître, et c'est en fait là son principal défaut. En passant (et sans trop de schéma visible) d'une séquence humaine à une séquence extraterrestre, d'une scène de sadisme Chem au procès d'un fou, Frank Herbert donne l'impression d'avoir cherché à greffer deux livres l'un dans l'autre et de faire s'en rencontrer les personnages à la fin. Livre-chimère, Les Fabricants d'Eden occupe sans distraire, intrigue sans surprendre et surtout philosophe sans éclairer. Quelques phautes d'orthographe, du genre grave de chez grave, éparpillées tout au long du texte, ne contribuent pas non plus au service de cette traduction.

Un roman bizarre, plutôt décevant, à réserver aux bons connaisseurs de la SF du Maître.

Commentaires

Unknown a dit…
vivre éternellement, c'est risquer de mourir d'ennui !! une idée que FH aime à ressortir ici et là :)