jeudi 23 février 2017

Méta-Baron tome 3 : Orne-8 le Techno-Cardinal

J'avais lu cet album il y a quelques temps, sans toutefois - flemme oblige - le chroniquer ainsi qu'il se doit. Le tome 4 de la série étant paru et lu, le moment était donc venu pour moi d'utiliser à nouveau sur ce blog l'étiquette Incaliverse à laquelle je tiens beaucoup...
Résumé : 
Le Méta-Baron a défait les stratagèmes de Wilhelm-100 et l'impossible a eu lieu : plus une seule goutte d'épiphyte ne sera récoltée sur Marmola puisque les dernières réserves se trouvent à présent au plus profond des soutes du Méta-Bunker. Sur Néo-Planète-d'Or, le Techno-Pape lui-même s'affole : sans épiphyte, plus de voyage instantané dans l'espace, et donc plus d'Empire... condamnant la civilisation Techno-Industrielle à l'effondrement. Alors, en désespoir de cause, il envoie sur Marmola le tout neuf Techno-Cardinal Orne-8, un être aussi intelligent que pervers, afin de maintenir une chape de plomb sur ces nouvelles désastreuses, le temps de trouver une solution, et lui adjoint le transhumain Simak afin de l'assister... à moins qu'il ne s'agisse de l'espionner. Alors que le Méta-Baron, conscient de ce que l'univers s'approche de sa fin, choisit de renoncer aux traditions de sa caste afin d'investir enfin son humanité, Orne-8 fait une étrange découverte sur Marmola. Pour comprendre le lien qui existe entre l'épiphyte et le Méta-Baron, et peut-être conjurer la fin de l'univers, il lui faudra pénétrer au coeur du Méta-Bunker et prélever une goutte du sang de son propriétaire, qui n'est autre que le plus puissant combattant de toute l'Histoire humaine...
Nouveau cycle, nouveau dessinateur : bienvenue à Niko Henrichon qui accède aux pinceaux du Méta-Baron ! Le dessin semble ici plus orienté comics et, après tout, cela ne tombe pas trop mal car au fond, qu'est-ce que le Méta-Baron sinon un super-héros de l'an trente mille et des brouettes ? On retrouve en tout cas ici quelques réminiscences de l'oeuvre géniale du grand Moebius, chose qui ne s'éprouvait pour ainsi dire pas dans les tomes 1 et 2 : c'est comme toujours une agréable surprise, et surtout dans ce contexte méta-baronique si propice aux expérimentations gothico-métallo-douteuses - mais je l'ai déjà dit par ailleurs, je suis assez dubitatif devant la série d'heroic-space-fantasy qu'avaient signé Jodo et Gimenez entre les années 1990 et 2000. La couverture du présent album est en tout cas magnifique et très bien pensée : intrigante et inquiétante avant lecture, elle prend un sens nouveau une fois la dernière page lue...

Après un premier cycle qui faisait la part belle aux affrontements dantesques - toujours dans la lignée de La Caste des Méta-Barons - on semble entrer ici dans un univers de danger bien différent. Exit Wilhelm-100, piètre ennemi au fond pour le Méta-Baron... et place à Orne-8, Techno-séminariste aux dents longues déjà entrevu dans les deux premiers volets. Confronté à une tâche impossible - identifier un approvisionnement viable et renouvelable en épiphyte pour un Empire aux abois - il n'oublie pas de réclamer sa récompense au préalable de tout autre chose... Une récompense en forme de sacrifice personnel, sous la forme du psycho-abdomen de Techno-Cardinal dont la conquête requiert la castration symbolique. Si le Méta-Baron semble rechercher sa propre humanité en faisant désormais l'impasse sur ses traditions familiales, quelque part cet héritage semble assumé par son nouvel ennemi à travers une mutilation volontaire. Il existe par conséquent un lien entre les deux adversaires et, si dans sa quête pour sa propre humanité le Méta-Baron semble sombrer dans l'hédonisme le plus nihiliste, il apparaît qu'Orne-8, malgré ses secrets et sa cruauté, semble plus concerné par le devenir de l'espèce humaine ou, à tout le moins, par celui de la civilisation dont il est le produit.

Renouvelant donc la mythologie de la série, cet album est de bonne tenue et laisse une impression agréable. La suite au prochain numéro !

dimanche 12 février 2017

Seuls le film

Les visiteurs de ce blog savent que je suis un amateur de la BD de Gazzotti et Vehlmann, la série Seuls. J'ai commencé à m'y intéresser dès son premier album, sorti en 2005, et au fil des ans je n'ai jamais cessé de la lire. Douze ans et dix tomes plus tard (le dernier datant de cet automne), Seuls semble devenir une franchise avec la sortie de son adaptation au cinéma ! Je ne pouvais manquer d'aller voir ce que le grand écran allait faire de cette série si intéressante et, en même temps, de plus en plus frustrante pour son lecteur...
Résumé : 
Leila est une jeune fille passionnée de bolides, un goût qui lui vient de son grand frère plongé dans le coma. Quand elle apprend qu'il est renvoyé en chambre stérile, sa vie lui semble insupportable et la voilà prête à exploser. Un matin, voilà qu'elle se réveille dans son lit sans bien se souvenir des événements du jour précédent. Il n'y a personne chez elle, ni nulle part dans son quartier : maisons vides, voitures abandonnées, les seuls mouvements sont ceux des chiens et des dispositifs automatiques. A l'angoisse va succéder la panique lorsqu'elle découvre que c'est toute la ville qui est désertée - ou presque... Deux enfants plus jeunes qu'elle, Camille et Terry, cherchent eux aussi à comprendre ce qu'il s'est passé. Ils tombent très bientôt sur Dodji, un adolescent plus âgé, aussi taiseux que solitaire, puis sur Yvan, gosse de riche un peu trouillard sur les bords qui s'est réfugié dans l'immeuble où travaillait son père banquier. Ce qu'ils ne savent pas encore, c'est qu'ils ne sont pas seuls en ville... Cet individu armé de couteaux et masqué qui vient interférer dans leur quête est-il la plus grande menace qui pèse sur eux ? Et ce brouillard brûlant et empoisonné qui envahit la ville, d'où vient-il ?
L'adaptation d'une oeuvre écrite au cinéma est un art délicat : les amateurs de Dune le savent depuis très longtemps. Même si depuis quelques années les geeks savent que le Marvelverse pourrait bien finir contredire cette loi des univers de fiction selon laquelle adapter c'est trahir, une adaptation de BD à l'écran est toujours un exercice glissant pour ne pas dire casse-gueule. Il faut bien reconnaître que la chose a été pour ainsi dire intégrée par le public : il suffit de voir les inquiétudes que presque tous évoquent aussitôt lorsque l'on en vient au sujet du film Valérian prévu pour juillet prochain ! Concernant Seuls, il y avait bien des motifs d'inquiétude potentiels : saurait-on choisir des acteurs convaincants pour tenir ces rôles si peu conventionnels ? Comment habiller les rues désertes de Fortville dans le monde réel pour qu'elles apparaissent à la fois inquiétantes et familières ? Comment introduire la mythologie de la série sans perdre les spectateurs dans les méandres d'une BD dont la publication s'étire depuis une décennie ? La construction avait a priori tout d'une gageure.

Le premier écueil sur lequel Seuls vient buter, c'est bien sûr celui des acteurs. Leur jeu n'est pas en cause : de toute évidence, ils sont bien dirigés par les adultes qui les ont choisis... Le problème, c'est - une fois encore ! - cette manie détestable et incompréhensible qu'ont les responsables du casting de choisir, d'une façon systématique, des acteurs plus âgés que les personnages qu'ils sont censés incarnés. Leila est censée avoir treize ans et non pas quinze. Terry, cinq et non pas dix au moins... Il paraît qu'il est plus simple de faire jouer des acteurs plus âgés : mais dans ces conditions, pourquoi Spielberg n'a-t-il jamais reculé à l'idée de faire jouer dans ses films des enfants y compris en bas âge ? Cette manie vient ici handicaper le film d'une première façon : non content de déranger les fans de la première heure, les choix faits pour le casting diminuent la crédibilité du contexte. On n'est plus ici face à des enfants isolés dans une ville puisque deux - voire trois - d'entre eux sont d'ores et déjà des adolescents aussi charpentés que capables de se débrouiller seuls.

Les choix graphiques de ce film lorgnent sans trop de discrétion vers l'esthétique post-atrop et dystopire devenue (hélas) trop mainstream ces dernières années. On perd ici les couleurs chaudes et "jolies" qui donnaient un contrepoint dérangeant à une intrigue inquiétante, et habillaient en fait à la perfection le monde hostile de la BD : se substituent à elles petits matins glauques, rues grises et brouillard mal défini. Ici, ce n'est pas la peur à l'état pur qui est distillée par les rues de Fortville, c'est plutôt le chaos, le néant et l'entropie, et c'est d'une façon claire et nette le deuxième écueil qui vient ébranler tout le film : il paraît qu'on est au même endroit, mais on n'y croit pas... C'est pourtant sur le troisième écueil que le navire tout entier achève de se briser : les scénaristes ont fait le choix de concentrer des événements tirés des cinq premiers albums en un seul film, nécessitant des court-circuits scénaristiques périlleux pour la tension de l'ensemble. La mort de Dodji dans le quatrième album avait tout d'un déchirement car le lecteur s'était attaché à lui et à sa personnalité si originale... Ici, sa mort puis sa résurrection interviennent en moins de dix minutes : comment éprouver ces événements avec l'intensité qu'ils méritaient ?

Que retenir du film Seuls ? Hélas, très peu de choses. Les acteurs ont fait de leur mieux pour jouer avec les mauvaises cartes qu'on leur avait remises et c'est tout à leur honneur, et si le film déçoit, ce n'est certes pas de leur faute...

samedi 11 février 2017

Anniversaire du blog : sept ans



De la même façon que Noël et Jour de l'An entraînent leurs lots de publications thématiques, la date du onze février implique chez moi de rédiger un petit article pour me souvenir du début de l'histoire de ce blog. Il y a donc sept ans, je créais en ce jour anniversaire du décès de Frank Herbert mon premier blog littéraire, et pour ainsi dire le seul car mes publications sur mon blog secondaire - L'Atelier - sont plus que rares. L'initiative a été saluée à l'époque par mes confrères duniens du Forum de Dune à Rakis : sans m'y trouver à l'étroit, j'avais envie pourtant d'écrire sur mes lectures - et si Dune était alors comme à présent mon sujet de prédilection, je n'avais pas envie de réserver au seul forum le plein usage de ma production. J'ai toujours lu de la SF. J'ai toujours aimé les genres de l'imaginaire, qui s'opposent avec tant de succès aux compromissions et à la vanité de la littérature sans estomac ; et pour le dire comme ces genres le méritent, il me fallait mon propre espace.

Aujourd'hui, sept ans et neuf cent trente-et-un messages plus tard, je constate que l'idée que j'ai eue ce jour-là était la bonne. Ma production a pu être massive (ce fut le cas en 2011) mais je ne me suis jamais formalisé d'une baisse de régime comme j'en observe depuis 2013. J'aime les statistiques et je sais les faire, et dans le même temps cela ne m'intéresse pas d'en faire pour le compte de mon blog : la longévité de ce blog est la seule donnée statistiques intéressante ici. Sept ans, c'est une durée de vie que tous les blogs n'atteignent pas. Il y a sept ans, je parlais de Dune à travers mes critiques défavorables aux travaux des repreneurs de cette franchise littéraire, suivant en cela une ligne traditionnaliste portée à l'époque par une bonne partie du fandom des duniens. Aujourd'hui, force est de constater que les nombreuses continuations de la franchise dunienne par d'autres auteurs que Frank Herbert sont dans le paysage : même si peu de lecteurs en parlent sur Internet, ces oeuvres se vendent et de toute évidence, les traditionnalistes ont perdu la guerre. Aujourd'hui, je préfère parler du film Dune qui s'annonce dans les années qui viennent, et qui sera réalisé par Denis Villeneuve (Premier Contact) plutôt que de perdre mon temps avec des romans qui, je le sais, ne me conviendront pas.

Ce blog est loin d'être seul dans son genre dans le grand écosystème de l'imaginaire. Il s'inscrit au sein du Planète-SF, une communauté de blogueurs adossée à un forum où les discussions vont bon train. Qui dit communauté dit rencontres, projets en commun et parfois faides. Ce blog s'est trouvé parfois impliqué dans certaines d'entre elles mais de cela, je ne parlerai pas plus car son véritable moteur a toujours été la lecture - ce temps de décontraction si difficile à trouver au cours d'une vie, ce temps d'implication dans l'imaginaire d'un autre dont les effets ne sont jamais bien connus... Et des belles lectures, il y en a eu, il y en a, et il y en aura encore !

mercredi 1 février 2017

La vidéo SF du mois - Février 2017

En ce premier février, il est temps de revenir à la rubrique mensuelle... avec cette fois-ci un court-métrage d'animation plutôt bien réussi : Les nouveaux Pionniers.

dimanche 22 janvier 2017

Le Bibliomancien

Ouverture d'une série de Fantasy tendance urbaine, ce roman de Jim C. Hines - dont je n'ai jamais rien lu - est aussi l'un des concurrents au Prix des Blogueurs 2017. Depuis Harry Potter, la Fantasy urbaine s'est changée en étiquette à part entière et l'on peut y rattacher des titres aussi variés que Neverwhere ainsi que le Cycle de la Laverie. Etait-il alors surprenant qu'un jour, quelqu'un tenterait cette mise en abyme d'un genre tout entier ?
Résumé : 
Isaac est bibliothécaire dans une obscure bibliothèque publique du Michigan. Son animal familier, c'est Titache, une araignée de flammes qu'il a fait sortir d'un de ses livres de chevet... car Isaac est aussi bibliomancien, c'est-à-dire un sorcier capable d'extraire des choses des livres qu'il lit. Les presses à imprimer ont en effet démultiplié l'efficacité de la magie traditionnelle : il suffit qu'une oeuvre soit assez lue pour qu'un sorcier puisse invoquer les objets mais parfois aussi les créatures qui s'y trouvent décrites. Isaac voudrait pouvoir faire de la recherche sur la magie des livres - mais les Gardiens, l'organisation internationale qui chapeaute les manifestations magiques, l'a mis à l'index depuis un dérapage sur le terrain. Pourtant, lorsqu'un trio de vampires frappe à la porte de sa bibliothèque, Isaac n'hésite pas un instant à faire usage de sa magie afin de se défendre... Et quand Lena - une dryade née d'un arbre décrit par un auteur pervers - vient à sa rescousse, il comprend que quelque chose ne tourne pas rond. Les Gardiens sont sans nouvelle de l'imprimeur Gutenberg, le fondateur de leur ordre, et nombre d'entre eux ont été attaqués par des vampires en furie, alors que les chefs de ces derniers nient toute implication. Quelqu'un voudrait-il déclencher une guerre magique ? Où sont passés Gutenberg et ses automates, garants de l'ordre magique ? Alors que les Gardiens ne savent plus à qui se vouer, c'est peut-être bien sur l'intelligence de terrain d'Isaac, la force de Lena et la perceptibilité de Titache que le sort du monde pourrait reposer...
L'idée de faire tirer blasters, épées, boucliers - venus de Dune ! - et même créatures fantastiques - ou en tout cas leur empreinte mémétique - des livres est à la fois simpliste et géniale. Quel gosse n'a pas eu envie de faire sortir Dard de l'oeuvre de Tolkien, et même, combien ont essayé de toute la force de leur volonté ? Isaac incarne un peu ce lecteur qui sait que, derrière la fiction qu'il est en train de lire, il y a un peu plus que de simples mots. Et si la substance bien réelle des échanges d'information entre les neurones de l'auteur, au moment de l'écriture, pouvait se changer à la lecture en matière bien palpable à l'état macroscopique ? Toute la magie se trouverait ici dans cette capacité à nier les lois de la physique pour tirer la réalité de la fiction, dans certaines limites bien sûr - les livres s'épuisant à fournir des objets magiques. Isaac est aussi et surtout un véritable geek, dont on ne sait trop s'il doit sa connaissance encyclopédique des univers de fiction à son boulot de bibliothécaire ou si c'est le contraire... Mais dans un monde où la fiction engendre la magie, c'est aussi et encore un combattant hors-pair - même s'il appréciera le plus souvent d'être soutenu par ses deux meilleurs alliés.

Si le déroulement de l'intrigue est assez tonique, il manque à ce livre toutefois ce petit quelque chose qui en ferait un excellent morceau. Harry Potter, Neverwhere, la Laverie... dans ces livres, à chaque fois l'auteur parvient à insérer sa Fantasy au coeur même de la réalité d'une façon si convaincante que l'on pourrait en venir à se dire "et si c'était vrai ? après tout ?". Certes, introduire le personnage de Gutenberg n'est pas sans surprendre et en même temps sans se justifier. Certes encore, faire des différentes espèces de vampires les principaux adversaires d'Isaac au début de l'oeuvre ressemble beaucoup à un monstrueux pied de nez - pour ne pas dire un gros fuck - à toutes les twilighteries dont je ne sais trop s'il faut se réjouir de les avoir vues s'éclipser au profit des dystopires et autres post-atrop... Certes enfin, la liste des oeuvres de fiction - dont certaines sont fictives ! - au terme du roman aide à comprendre qu'il s'agit d'une mise en abyme, d'une oeuvre écrite par un fan d'imaginaire, à destination des fans de l'imaginaire. Mais au fond, que retient-on de ce Bibliomancien ? Que l'exercice de style - à moins qu'il ne s'agisse d'une commande - a été réussi. C'est bien la moindre des choses, encore, en respectant des formes aussi connues et déjà explorées que celles de la Fantasy urbaine : le personnage ordinaire-mais-pas-tant-que-ça, l'allié(e) costaud(e)-mais-plus-fragile-qu'il-y-paraît, la bestiole mignonne-et-'achement-utile, le méchant-devenu-fou-mais-qui-est-peut-être-manipulé-par-plus-méchant-que-lui, l'organisation secrète-qui-cache-sa-propre-existence-au-commun-des-mortels, et surtout... le name-dropping. Allez, on lira la suite pour voir si ça se bonifie. Et aussi parce que je me demande si, au cours de ses recherches, Isaac saura faire sortir le Premier Radiant de Hari Seldon d'un exemplaire de Fondation...

mardi 17 janvier 2017

Une interview du XXXIème siècle : Hervé de La Haye

Lors des dernières Utopiales de Nantes, j'ai eu le plaisir d'assister à deux événements liés à la série d'animation Ulysse 31 qui, après tant d'années, reste encore pour moi une référence de mon imaginaire personnel. Ces deux événements - une interrogation surprise autour des machines de la série, ainsi que la diffusion sur grand écran du pilote de la série - étaient présentés par Hervé de La Haye. A mon retour à Lyon, et quelques mails échangés avec lui plus tard, nous tombions d'accord sur le principe d'une interview par e-mail : quelques semaines plus tard, il est donc temps de partir en voyage, non pas à travers les glaces galactiques mais à travers le jeu des questions et des réponses...



Anudar : Bonjour, et merci d'avoir accepté de répondre à mes questions dans le cadre de vos recherches autour de la série de dessins animés Ulysse 31. Vous disposez d'un blog où vous dites être chercheur indépendant en dessins animés : pourquoi Ulysse 31 plutôt que Jayce et les conquérants de la lumière, par exemple ? Est-ce lié au fait que Ulysse 31 tente une réinterprétation d'un personnage mythique, au sens premier du terme ?

Hervé de La Haye : Par "chercheur indépendant", j'entends surtout que je ne suis pas chercheur au sens universitaire du terme et que j'effectue ce travail de mon propre chef et sur mon temps libre. En 2011, quand je me suis retrouvé pour la première fois à parler dans un colloque universitaire, je me demandais bien comment me présenter. Mon épouse, qui elle est chercheur au sens strict du terme, m'a dit alors : "Quand tu auras fait au moins trois colloques, tu pourras te dire 'chercheur indépendant'." C'est chose faite et je me suis donc emparé de cette étiquette.

J'entretiens un rapport particulier à Ulysse 31 dans la mesure où c'est la première série que j'ai suivie avec une assiduité suffisante pour que cela devienne une préoccupation : je ne voulais pas rater un épisode. J'étais en CE2 et c'est aussi la première série qui soit devenue un sujet de conversation quasi quotidien à l'école avec mes camarades de l'époque, Myriam, Boris, Nicolas, Fabrice, que je n'ai pas oubliés. C'est aussi, je crois, la première fois que j'ai prêté attention au nom des scénaristes dans un générique.

Ce qui continue de m'intéresser dans cette série, c'est la manière dont l'épopée d'Homère est mêlée à la mythologie et à la science-fiction pour créer une aventure totalement nouvelle : ce n'est pas simplement une transposition de l'Odyssée au 31e siècle mais bien un récit neuf, plein de surprises. Le scénario et la réalisation me semblent d'une qualité exceptionnelle, propres à traverser le temps.

Mes recherches ne sont pas exclusivement tournées vers Ulysse : j'ai consacré (et je continue de consacrer) beaucoup de temps, également, aux Mondes engloutis, qui reste à mes yeux la série la plus riche de son époque, au sens où elle contient beaucoup d'aspérités qui rendent son analyse passionnante. Techniquement, c'est un dessin animé plein de défauts mais qui mérite d'être vu par les jeunes générations, au même titre qu'Ulysse 31 ou Les Mystérieuses cités d'or, à mon avis. Parallèlement, je travaille encore sur d'autres séries sur lesquelles je publierai des choses un jour.

Je serai un peu plus sévère à l'égard d'autres dessins animés réalisés à la même époque et qui ont connu un succès comparable, comme Jayce et les conquérants de la lumière, où le lien très fort avec l'industrie du jouet a hypothéqué toute la production ; à l'écran, il ne reste qu'un certain brio technique qui tourne largement à vide.


Dans Ulysse 31, y a-t-il un épisode qui vous semblerait meilleur que les autres car plus abouti ? Lequel et pourquoi ?

Un épisode unique, non : il me semble que plusieurs épisodes se hissent sans peine à un très haut niveau, aussi bien dans leur écriture que dans leur réalisation. Je vais en citer deux : « Le fauteuil de l'oubli » et « Sisyphe ».

« Le fauteuil de l'oubli » me paraît particulièrement remarquable par sa structure à la fois éclatée et refermée sur elle-même : d'abord une séquence comique isolée du reste, puis le surgissement d'un danger, puis une pause pour énoncer la morale de l'épisode, puis toute une série d'obstacles franchis les un après les autres pour aboutir à un échec et un retour au point de départ. C'est aussi, dans le contenu, un épisode où se mêlent avec beaucoup de bonheur des éléments de science-fiction, des ingrédients fantastiques et des mythes éternels comme celui des parques.

« Sisyphe » réunit les mêmes qualités dans un récit totalement différent puisque cet épisode ne démarre pas à bord de l'Odysseus. Exceptionnellement, le point de vue que nous suivons sera celui d'un nouveau personnage, à la fois tragique et jamais totalement sympathique. La séquence dans laquelle il découvre l'usine souterraine est un moment tout à fait extraordinaire, dont la cruauté ne sera même pas tempérée par une fin heureuse puisque à la fin, Sisyphe n'est même pas sauvé par Ulysse... Cet épisode est également le tout premier que j'aie vu, en novembre 1981 et cela lui confère dans mon esprit une aura particulière.

Au moins un autre épisode me semble largement aussi réussi et mériterait une analyse poussée, c'est « Ulysse rencontre Ulysse » que je considère comme un petit chef-d'oeuvre. J'admire beaucoup aussi « Les Révoltées de Lemnos » et, dans un genre très différent, « La cité de Cortex ».

Si « Ulysse rencontre Ulysse », alors... Télémaque rencontre Télémaque !
J'ai moi aussi été séduit, et je le suis toujours, par le mélange étroit entre les influences mythologiques et les influences science-fictives dans Ulysse 31. Certains éléments de la série semblent plus difficiles à interpréter : qui a eu l'idée d'introduire les personnages Zotriens présents dès le pilote ? Comment les interpréter ?

Il n'est jamais simple, dans une série, de répondre à une question commençant par "qui a eu l'idée...?", car c'est une oeuvre collective, imaginée ici par deux auteurs, puis discutée, réécrite, modifiée pendant des mois et des mois au contact des producteurs, des réalisateurs, des dessinateurs... Tenter de répondre, c'est toujours tomber dans une sorte de piège. Parfois, il existe une réponse apparemment simple, comme "c'est René Borg qui a imaginé et dessiné Nono le petit robot" mais il faut garder en mémoire le cheminement sinueux qui a pu conduire à cette création (les producteurs japonais qui exigeaient un robot, les scénaristes qui s'y refusaient...) et l'évolution que l'idée initiale a pu subir.

On ne sait pas — je ne sais pas qui a imaginé Zotra et le duo Thémis-Noumaïos. Je crois bien que dans le scénario d'Ashraz, le long-métrage abandonné écrit par Jean Chalopin et Nina Wolmark sur une idée de Chalopin, il y avait déjà une planète nommée Zotra, dans une histoire qui n'avait pas grand chose à voir. La planète évoquée dans Ulysse est donc née d'un long cheminement, elle aussi.

Concernant les personnages de Thémis et de Noumaïos, sans proposer une analyse de ce qu'ils incarnent, j'ai une petite idée de la fonction très précise qu'ils remplissent dans l'intrigue générale. Rappelons qu'à la fin du premier épisode, tous les compagnons d'Ulysse sont figés, principalement pour des raisons d'économie (économie de personnages à animer, économie de scénario). Comment exprimer la cruauté de cette situation, alors que le spectateur n'a pas eu le temps de faire connaissance avec l'équipage ? Ulysse, figure paternelle, incarne le courage et la stabilité, ce n'est pas lui qui va aller verser une larme sur ses compagnons endormis en début ou fin d'épisode. Cela ne peut pas non plus être Télémaque, qui est sous la protection de son père. Il était donc intéressant d'introduire ce couple de personnage ayant un lien très fort, frère et soeur, et de les séparer exactement comme Ulysse est séparé de ses compagnons. Thémis est donc là, entre autres, pour vivre ce deuil, pour être celle qui va régulièrement se recueillir dans la salle des compagnons, nous rappelle leur sort cruel et exprime sa peine. Bien sûr, elle complète aussi la cellule familiale recomposée qui va vivre cette grande Odyssée : Ulysse, le père, Télémaque, le fils, Thémis, la petite soeur par adoption, Nono, le copain rigolo, et Shyrka, la présence féminine rassurante, qui est leur foyer. La présence d'une petite fille amie de Télémaque compense sans doute un peu l'aspect "série pour garçons" qui caractérise fortement Ulysse 31.

Thémis, petite fille extraterrestre parfois énigmatique : j'adorerais voir en son peuple un croisement entre les Vinéens de Yoko Tsuno et les Elfes de J.R.R. Tolkien...

Ulysse 31 est une série inspirée de la mythologie grecque. Néanmoins, quelques épisodes semblent s'en détacher, à commencer par « La Planète perdue » que vous avez évoqué lors de votre intervention aux Utopiales de Nantes, mais aussi et par exemple « La cité de Cortex » et surtout « Le Magicien noir ». Comment ces épisodes "bizarres" se sont-ils retrouvés dans la série et quelle place y trouvent-ils, d'après vous ?

Pour comprendre ce que raconte Ulysse 31, il me semble important de bien distinguer les éléments tirés directement de L'Odyssée d'Homère, texte qui appartient au genre littéraire de l'épopée, et ceux qui s'inspirent de la mythologie grecque, parce que ce sont deux fonds distincts. Quand les cyclopes capturent Télémaque et qu'Ulysse vient le libérer en crevant l'oeil du grand cyclope (Polyphème, même s'il n'est pas nommé dans le dessin animé), c'est une transposition de L'Odyssée et Ulysse est Ulysse. Même chose quand il rencontre les sirènes, Circé ou les lotophages ou qu'il descend au royaume des morts.

Quand Ulysse fait face au Sphynx, aide Thésée à affronter le minotaure ou pousse le rocher de Sisyphe, c'est déjà un tout autre schéma : le récit s'élargit, le personnage d'Ulysse n'est plus Ulysse mais l'archétype du héros, et peut même, évidemment, aider le véritable Ulysse à reconquérir son trône.

A partir du moment où l'on est sorti du cadre mythologique, pourquoi s'arrêter ? Nina Wolmark et Jean Chalopin inventent donc des épisodes qui évoquent la mythologie mais sont de pures créations (« Hératos »), et convoquent les mythes modernes qui les inspirent : les morts-vivants, le comte Zaroff, etc. Des thèmes classiques de la science-fiction permettent d'enrichir encore le voyage (l'invasion de plantes maléfiques, la dictature des machines, le voyage dans le temps, etc.). Ulysse est un héros moderne de dessin animé, et la série aurait très bien pu s'appeler Captain Ulysse !

Maintenant, si la question est "pourquoi les scénaristes ne se sont pas limités à la transposition des principaux épisodes de L'Odyssée ?", la réponse est extrêmement terre à terre : parce qu'il fallait écrire 26 histoires indépendantes et que L'Odyssée ne proposait pas assez de matière. Sur ce point, je me permets de renvoyer à mon étude "Ulysse dans l'espace" qui développe cette question (note : se reporter aux références au terme de l'entretien).

Ulysse aux commandes de l'une de ses navettes.

Sait-on si les scénaristes avaient un ou des univers de space-opera de référence parmi leurs sources d'inspiration ? Sait-on s'ils avaient d'autres types de références dans les genres de l'imaginaire ?

C'est une question qu'il faudrait leur poser directement. Bien sûr, si Jean Chalopin comme Nina Wolmark n'avaient pas été amateurs de science-fiction, il n'y aurait pas eu Ulysse 31. Je sais aussi que Nina Wolmark est une lectrice fidèle de la revue La Recherche depuis ses débuts en 1970 et que cela a parfois été une source d'inspiration. Les sources directes d'inspiration d'Ulysse 31 sont très nombreuses et la plupart ont été repérées il y a longtemps déjà, elles sont énumérées dans le livret de l'édition DVD Premium parue jadis chez IDP.


Concernant les musiques d'Ulysse 31, vous avez beaucoup contribué au livret de l'édition double-CD intégrale de la BO. Que pouvez-vous nous dire concernant les choix audacieux de la bande-son française de la série ?

La bande-son a été conçue sous la direction de Bernard Deyriès. Quand il est devenu patent que les monteurs japonais n'avaient pas la même conception que lui de l'utilisation de la musique, il a été décidé qu'Ulysse 31 aurait deux bandes sonores : une bande japonaise et une bande française également destinée au reste du monde, celle que nous connaissons.

Cette bande-son est-elle audacieuse ? Si l'on parle de la musique, je n'en suis pas si sûr. Quand on écoute la partition complète produite par les studio Osmond (signée Denny Crockett & Ike Egan), on s'aperçoit qu'elle est très ancrée dans l'air du temps et même déjà un peu datée seventies. Bien différente, c'est vrai, des musiques de dessins animés japonais de l'époque, genre très formaté, mais pas révolutionnaire du tout. Je crois que la principale raison pour laquelle cette musique nous frappe aujourd'hui, c'est qu'elle n'a eu absolument aucune postérité ! Immédiatement après, les productions de la DIC ont été pour la plupart mises en musique par Shuki Levy et ses synthés. La musique japonaise, elle, n'a pas bougé pendant presque quinze ans. Et la musique américaine est restée, elle aussi, ce qu'elle était, jusqu'à ce que Shuki Levy y imprime sa marque. 

Tout cela étant dit, c'est une bande-son formidablement efficace et très habilement montée. Bernard Deyriès a eu l'intelligence d'écarter les morceaux musicaux qui étaient excessivement disco ou pop, et a construit des ambiances sonores très sophistiquées où musiques et bruitages se mêlent avec bonheur.

La version japonaise est totalement différente, très avare en musique. Elle a à la fois la qualité et le défaut de laisser beaucoup plus de poids  à l'image dans la narration, ce qui pose problème, à mes yeux, pour les séquences pauvrement animées. On peut supposer que c'est moins gênant, bien sûr, pour les spectateurs habitués à consommer les séries japonaises en grande quantité.


Sur votre site, vous recensez les premières diffusions de la série Ulysse 31 : j'ai été saisi par le temps d'antenne que cela peut représenter ! Comment expliquer ce choix éditorial de la part de FR3 ?

La chaîne FR3 était co-producteur d'Ulysse 31, ce qui signifie qu'elle a contribué à financer la production de la série tout en s'engageant à la diffuser. Ce soutien sans faille s'est incarné en la personne d'Hélène Fatou, alors directrice de l'unité des programmes jeunesse à FR3 et en Mireille Chalvon, qui était son bras droit. Elles ont cru en ce projet et l'ont soutenu jusqu'au bout, y compris dans les nombreuses rediffusions que vous évoquez. Plus prosaïquement, pendant de nombreuses années, rediffuser quelques épisodes d'Ulysse (pendant les fêtes, pendant l'été...) c'était s'assurer d'excellentes audiences !


Je garde un souvenir piquant de l'interruption de la diffusion d'Ulysse 31 au profit de L'Inspecteur Gadget. Sait-on ce qui a motivé ce choix pour le moins frustrant pour le jeune public des fans ?

Je n'en ai aucune idée, mais je ne crois pas qu'il faille y voir une déprogrammation. Inspecteur Gadget, comme Ulysse 31, était un dessin animé de la DIC co-produit par FR3. Que le lancement de cette nouvelle série ait coïncidé avec le démarrage des grilles de rentrée scolaire à l'automne 1983, rien de plus classique, c'était certainement décidé de longue date.

A mon humble avis, la rediffusion d'Ulysse 31 pendant l'été était donc décidée et assumée comme partielle, pour faire le pont jusqu'à la grille de rentrée. Fin mars 1983, en effet, la diffusion d'Il était une fois... l'espace se termine et laisse place à une rediffusion des Aventures de Tintin, que FR3 a programmé en hommage à Hergé, récemment disparu. Mais il n'y a pas assez d'épisodes pour courir jusqu'à la fin de l'été... Ulysse 31 vient donc combler ce vide pour le plus grand bonheur de tous. Peut-être aussi que la rediffusion d'Ulysse était initialement prévue pour démarrer en avril et que la mort d'Hergé a bouleversé ce calendrier.


D'un point de vue technique, comment se passait la collaboration entre l'équipe française et l'équipe japonaise à une époque où l'Internet était encore dans les limbes ?

Il n'y a pas de secret, à l'époque, le meilleur moyen de communiquer, c'était encore de prendre l'avion. Il y avait une équipe qui travaillait en France à la création et à l'écriture (scénario, recherches graphiques) et au Japon, les équipes de TMS récupéraient tout cela, et fabriquaient les épisodes sous la direction de Bernard Deyriès, principal intermédiaire entre ces deux pôles géographiques. Mais l'équipe française ne pouvait pas voir l'état d'avancement de l'animation sans se rendre au Japon. Les dessinateurs Philippe Adamov et François Allot, pour autant que je sache, travaillaient principalement à l'aveugle, c'est-à-dire sans savoir de quelle manière leurs dessins seraient (ou pas) transformés par les dessinateurs japonais.


La série a-t-elle rencontré un succès équivalent au Japon ? Est-elle encore connue et appréciée de nos jours ?

Non, pour autant que je sache, Ulysse 31 n'a jamais connu le succès au Japon et je pense que la série y est totalement inconnue du grand public. Elle n'est d'ailleurs jamais sortie en DVD dans ce pays.


Merci pour le temps que vous avez bien voulu accorder à un fan pour des questions qui le taraudent parfois depuis l'enfance ! Et à bientôt, qui sait, au XXXIème siècle ou ailleurs…

Références :
- Ulysse dans l'espace : Recomposition des mythes grecs dans Ulysse 31, dans L'Antiquité dans l'imaginaire contemporain - Fantasy, science-fiction, fantastique, sous la direction de Mélanie Bost-Fievet et Sandra Provini, Classiques Garnier, 2014. 

Juillet 2015

Octobre 2016

La photographie qui ouvre cette interview est sous copyright de Hervé de La Haye.
Les trois images fixes d'illustration proviennent de la série Ulysse 31 et sont sous copyright de leurs ayant-droits. Elles sont utilisées ici dans le cadre d'une citation ponctuelle.

dimanche 1 janvier 2017

Dormeurs

Et un nouveau roman lu en numérique dans le cadre du Prix des Blogueurs 2017, un !
Résumé : 
Fredric est un Dormeur : un rêveur professionnel, engagé par la société de divertissement Dreamland, qui l'a équipé d'implants nanotechnologiques cérébraux grâce auxquels il est possible d'enregistrer ses rêves sur bille de stockage. En cette fin des années dix du XXIème siècle, il devient dès lors possible de remanier les rêves par ordinateur avant de les commercialiser, ce qui représente une manne financière pour Dreamland - et un juteux salaire pour Fredric et ses amis Dormeurs. Tout bascule pourtant quand Fredric fait un triple cauchemar après lequel sa bille n'enregistre plus le moindre rêve, au moment précis où sa compagne Emma le quitte : voilà qu'il éprouve désormais les souvenirs d'un soldat américain piégé dans le bourbier vietnamien en 1968 - et surtout la fin ignoble d'une mission au fin fond de la jungle. Pour le patron de Dreamland, seul semble importer le profit - mais que sait-il de cet homme en rouge que Fredric se met à croiser dans les souvenirs qui s'imposent à sa mémoire sans qu'il en ait jamais vécu les événements ? Que sait-il des crimes qui sont commis dans l'entourage de Fredric ?
Le futur que l'auteur décrit ici, bien qu'il ait pour argument principal les rêves et leur façon de les exploiter, n'est pas tout à fait apaisé. Trop proche sans doute de notre époque intéressante - pour ne pas dire troublée - ce futur est l'un de ceux où les corporations (telles que cette société franco-française Dreamland), à cause de la faiblesse des Etats, commencent à satisfaire leur appétit jamais trop démenti pour le pouvoir. Ici, Dreamland vend du rêve, au sens propre de l'expression : le frisson de l'imaginaire issu du cerveau d'un autre contre monnaie sonnante et trébuchante, en toute légalité, n'est-ce pas là une réalisation parfaite d'un fantasme voyeuriste ? Le rêve est toutefois truqué car remanié par les techniciens de Dreamland afin d'en expurger les contenus les plus problématiques - c'est-à-dire, trop privés : reconstructions informatiques plutôt que rêves, ils n'ont parfois plus beaucoup en commun avec la matière première de leurs auteurs.

Le rêve tourne toutefois au cauchemar pour certains utilisateurs. Les implants à rêves reposent sur une technologie de toute évidence propriétaire et vendue hors de prix. Comme on peut s'y attendre, il existe un marché de contrebande, et son utilisation n'est pas sans risques ; au contraire toutefois de ce qu'il se passe dans Le Temps du Rêve de Norman Spinrad, l'intrigue tourne non pas autour de la controverse vieille comme l'Internet qui oppose les distributeurs et les utilisateurs - et qui piège les créateurs dans l'entre-deux - mais bel et bien autour du danger inhérent à une technologie nouvelle, mal comprise par ses inventeurs tout comme par ceux qui s'en équipent. Flirtant avec le fantastique, Emmanuel Quentin suggère que la trame des rêves permet de pénétrer des univers parallèles où l'imaginaire humain se change en force fondamentale. Et en toute logique, certains imaginaires étant malsains, la chose engendre en retour des aberrations dans le monde réel. L'humanité n'est pas adulte, moins que jamais, dans ce roman court plutôt bien mené, plutôt convaincant si l'on fait abstraction de sa conclusion peut-être bâclée. On le pardonnera volontiers à son auteur : les fins positives sont rares, de nos jours !

La vidéo SF du mois - Janvier 2017

Pour bien démarrer l'année, voici un petit court-métrage SF à l'ambiance quelque peu dunienne...

Contexte : Le voyage spatial est rendu possible par de la matière exotique récoltée dans les oeufs de la créature la plus gigantesque de tout l'univers : le Léviathan ! La chasse n'est cependant pas de tout repos...


Bonne année à tous !

samedi 31 décembre 2016

La Grande Bibliothèque pose nue - 2016

Nouvelle étagère. La Grande Bibliothèque, toujours aussi non connexe.
Cet article est à la fois :
C'est donc une lourde responsabilité qui pose sur lui ! Enfin, pas plus que lors des précédents bilans...

L'année 2016 a été en demi-teinte pour ce blog. Sans aller toutefois jusqu'au plus bas constaté au terme de l'année 2014, il faut bien reconnaître que le nombre d'articles publiés présente une diminution nette par rapport à l'année dernière (cent tout rond en 2015). J'ai moins écrit pour ce blog, la chose est évidente, un phénomène que j'explique par plusieurs raisons :
  • Le nombre de lectures n'a pas tout à fait diminué : 23 livres chroniqués, plus quelques-uns commencés mais abandonnés en cours de route. Beaucoup de BD/mangas lus mais  peu ont été chroniqués : c'est ici que le bât blesse... Au contraire de l'époque où je chroniquais l'ensemble de mes lectures, j'ai pris le pli de ne plus chroniquer que ce que me semble ne valoir la peine. Par ailleurs, m'étant offert une liseuse, la lecture en numérique est devenue pour moi bien plus facile et le rythme de lecture a augmenté ces derniers mois. Il est permis de supposer que ce mouvement va continuer à l'avenir.
  • Sur le front du cinéma, l'utilisation intensive de mon abonnement m'a conduit à voir beaucoup de films : je pense que parler d'un film vu par semaine en moyenne est raisonnable. Pourtant, je n'en ai chroniqué que onze - dont un, Barbarella, fut en réalité vu à la télévision. Ce qui en dit long, je crois, sur la qualité de la production cinématographique à laquelle j'ai été exposé.
  • Depuis quelques mois, je me suis offert un abonnement à un service de streaming vidéo dont je tairai le nom. Beaucoup de séries (et de films !) vus par son intermédiaire, ce qui m'a conduit au passage à inaugurer ici même l'étiquette "série", mais là encore, peu de chroniques faites (en tout cas pour le moment).
Au contraire de l'année 2014 où le faible nombre de publications était lié à plusieurs mois de silence total, l'année 2016 a été en fait riche en occasions culturelles qui n'ont pas été réalisées en articles. J'y vois comme un signe de redressement et de plus grande sélectivité de ma part. En d'autres termes, ce blog se porte bien, tout comme la vie culturelle de son auteur, même s'il n'en représente plus qu'une partie !

Que retenir de cette année 2016 ?
  • Sur le front des lectures, l'éblouissant Les Nefs de Pangée - lauréat du Prix Planète-SF édition 2016 - est bien entendu l'un des titres qui m'ont frappé. Je ne trouve rien d'autre à en dire que ces deux mots : lisez-le... Tant que vous y êtes, lisez aussi Eschatôn et Le Problème à trois Corps. On peut par contre ne pas lire La Faim du Loup. Sur le front de la littérature glauque, dystopire et post-atrop n'ont été représentés que par Ruines : je ne m'en porte que mieux. Je disais l'année dernière que les mondes noirs, c'est has-been : il est clair à présent que la mode atteint son plus haut et que l'on se met à publier n'importe quoi dans la mesure où cela se rattache à cette mode grotesque. Je ne peux que m'en réjouir : quand un genre devient mainstream, c'est qu'il est devenu médiocre.
  • Sur le front des films et séries, outre le documentaire Jodorowsky's Dune, plusieurs titres valaient le détour ! Pêle-mêle, Midnight Special, Stranger Things saison 1, Premier Contact et Rogue One bien sûr. Quand aux titres qui ne méritaient pas que l'on perde son temps à s'y intéresser, je signale le très mauvais Independence Day : Resurgence qui, sur une échelle allant de un à Jupiter Ascending, se trouve à un ou deux crans sous le seuil d'explosion du thermomètre.
  • Sur le front des interactions blogoSFFFériques, mon come-back aux Utopiales a été l'occasion de revoir, et de voir, pas mal de blogoconfrères - et pas des moindres. Il y a eu d'abord le Jury du Prix Planète-SF presque au complet : Cédric, Gromovar, Lhisbei, Lune, Lorhkan et Xapur. Ce fut aussi l'occasion de croiser Tigger Lilly, Nébal, Miroirs SF, A.C. de Haenne, et bien d'autres que j'oublie... honte à moi ! Sur le Net, les interactions se sont multipliées ces derniers mois, surtout à travers la page Facebook du forum De Dune à Rakis, la référence francophone en la matière. Je parlerai aussi du festival des Intergalactiques de Lyon, revenu en Mai dernier pour une édition de transition qui fut à mon avis des plus intéressantes.
  • Tant qu'on en parle... sur le front de Dune, qui est comme vous le savez l'une des motivations de ce blog - pour ne pas dire une de mes manies - une grande nouvelle s'est faite jour il y a un peu plus d'un mois : le studio Legendary Pictures a fait l'acquisition des droits du chef d'oeuvre de la SF. Alors que l'exploitation des licences de SF bat son plein, alors que nous vivons la troisième folie Star Wars, le fandom dunien attend depuis bien des années le retour des sables d'Arrakis dans les salles obscures... et la chose est maintenant devenue beaucoup plus probable dans un avenir prédicitible. Je ne peux que m'en réjouir, en tant qu'amateur de Dune désemparé de voir qu'après Le Seigneur des Anneaux et autres Trône de Fer, une nouvelle adaptation de Dune restait piégée dans les limbes. Espérons que cette fois-ci sera la bonne : quoi qu'il en soit, notre forum et ses antennes sociales sont d'ores et déjà dans les starting-blocks pour les événements qui s'annoncent à l'avenir !
Que dire d'autre sinon les remerciements d'usage... à mes parents, à mon petit cousin Valentin, à ceux que je ne nomme pas mais auxquels je pense tout de même, et à vous tous, lecteurs de ce blog. A demain pour une nouvelle année !

mardi 27 décembre 2016

Resquiat in Pace, Carrie Fisher

Carrie Fisher, 1956-2016.
Par Riccardo Ghilardi photographer — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, Lien
"L'immense talent de Carrie Fisher a fait du personnage hamiltonien de la reine de Fomalhaut une image presciente du personnage de la princesse Leia."

Toutes mes condoléances vont à sa famille et à ses proches.


dimanche 25 décembre 2016

Noël 2016


A défaut d'un Noël blanc sur Arrakis, nous pouvons tous rêver d'un monde où Dune serait adapté en film ! Oups... il paraît que c'est pour bientôt.

Joyeux Noël à tous !


Crédits : le poster est basé sur une image originale de Freak-Angel56 et composé par moi en utilisant le Keep Calm-o-Matic.

mardi 20 décembre 2016

Dans quel ordre faut-il regarder Star Wars ?

D'autres que moi ont déjà eu l'occasion de parler des circonstances de la diffusion au cinéma des films de la série Star Wars : la première trilogie (ou trilogie originale) est diffusée entre 1977 et 1983 (et je ne l'ai jamais vue ailleurs qu'à la télévision), la deuxième trilogie (ou prélogie) est diffusée entre 1999 et 2005 (et les films qui la constituent, je les ai tous vus au cinéma et même plusieurs fois...), la troisième trilogie (ou postlogie ?) va être diffusée entre 2015 et 2019 (et j'ai la ferme intention d'aller en voir tous les films au cinéma). Le rythme de diffusion de la troisième trilogie est plus rapide que ceux des deux autres (sur une plage de quatre ans au lieu de six) et si les années impaires sont celles des nouveaux Episodes (en 2015, nous avons donc pu voir l'Episode VII) les années paires ne sont pas pour autant des années creuses puisque nous allons être gratifiés de films hors-série (ou spin-off) tels que le Rogue One dont j'ai parlé il y a quelques jours. Vous suivez ?

L'ordre chronologique de l'histoire (ou de la "guerre" comme on pouvait le lire au dos des éditions de poche des romans de l'Univers étendu, à l'époque au moins où celui-ci était encore considéré comme canonique) est facile à comprendre, la numérotation des épisodes étant là pour cadrer l'ensemble - et pas besoin d'être un très grand connaisseur de Star Wars pour trouver où s'insère le Rogue One déjà cité ! Si l'on désire prendre connaissance de l'histoire comme d'une Histoire véritable ("il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine...") il est donc nécessaire de regarder la série et ses spin-offs dans un ordre prédéfini : d'abord l'Episode I, puis les II et III, puis Rogue One, et enfin les Episodes IV, V, VI et VII. L'ordre en question possède sa propre cohérence interne et il me semble intéressant, pour les vieux baroudeurs galactiques, de le suivre au moins une fois pour avoir une idée d'ensemble de l'univers de George Lucas et de ses continuateurs.

Mais qu'en est-il des nouveaux spectateurs ? Ceux qui ne connaissent pas Star Wars, ou y ont été réfractaires parce qu'ils n'ont pas démarré par l'un des meilleurs morceaux ? A mon sens, cet univers mérite bien de leur être proposé à nouveau - quitte à les accompagner dans leur (re)découverte, et à les accompagner de telle sorte qu'ils en soient convaincus. La trilogie originale est un ensemble de trois films typés années quatre-vingt et la différence est rude, sur le plan esthétique, avec les films de la prélogie... et je ne parlerai pas des choix scénaristiques souvent décriés de cette dernière. Dans ces conditions, comment ne pas donner l'impression que les films s'intègrent mal les uns aux autres ? Comment ne pas laisser une désagréable impression d'hétérogénéité ?

La structure de la série est telle qu'elle permet de regarder les films dans un ordre non chronologique - et cet ordre non chronologique permet bel et bien de présenter les choses d'une certaine façon, peut-être plus propice à l'intégration de l'univers par son spectateur.  Je ne prétends pas que l'ordre que je vais suggérer ci-dessous est le meilleur qui soit. Je ne prétends pas non plus l'avoir tout à fait inventé : l'année dernière, l'ami Xapur en proposait un qui ressemblait quelque peu à celui-ci, en excluant l'Episode I. Je n'étais à l'époque pas d'accord avec ce parti-pris même s'il s'argumente fort bien, et je ne le suis toujours pas. J'ai pour l'Episode I, le premier Star Wars que j'aie vu au cinéma, une certaine tendresse et je trouverais dommage de le laisser de côté, pour des raisons que je vais justifier dans quelques temps... Par ailleurs, et quelles que soient les qualités de Rogue One - et Dieu sait que je lui en trouve beaucoup ! - je ne souhaite pas l'intégrer à mon ordre de visionnage idéal : il s'agit d'un spin-off et par définition il mérite bel et bien d'être vu en tant que tel, comme son sous-titre l'indique (A Star Wars Story).

Voici donc l'ordre que je recommande pour prendre connaissance de Star Wars : un ordre fondé sur le personnage de Luke Skywalker, qui serait à la recherche de sa propre histoire. Attention, cet ordre est justifié par des textes qui suivent le titre de chaque film. Ces justifications incluant des spoilers, j'ai pris la précaution de les masquer en caractères blancs. Pour en prendre connaissance, il suffit de démasquer ces textes en les sélectionnant : de la sorte, l'ordre est accessible y compris aux nouveaux spectateurs désireux de commencer la série par eux-mêmes...
  1. Episode IV. C'est par ici que tout commence, in medias res, avec l'introduction des personnages majeurs de la famille Skywalker : Leia la première, Dark Vador/Anakin en deuxième et enfin Luke. A ce niveau toutefois, le spectateur ignore tout des liens de parentés qui unissent les personnages et se concentre plutôt sur l'aventure romanesque : le sauvetage d'une princesse par un jeune héros, accompagné dans sa quête par un vieux sage, un mercenaire au grand coeur et un ours de l'espace. C'est en fait une excellente porte d'entrée à l'univers de Star Wars, aux accents très hamiltoniens !
  2. Episode V. C'est le point de basculement. Le vieux sage Obi-Wan est mort et Luke est seul sur son chemin de Jedi, au moment précis où les problèmes s'accumulent et où la technologie fait défaut. Sur une planète marécageuse et arriérée, Luke reçoit l'enseignement du supérieur de l'ordre Jedi, alors que ses amis sont piégés dans un champ d'astéroïdes. Cet épisode est celui où Dark Vador déchaîne sa puissance et se montre bien près de gagner. Pourtant, le personnage apparaît ici moins univoque : il s'agenouille devant l'hologramme de l'Empereur - montrant qu'il y a pire à craindre que lui - et l'on entrevoit son crâne couvert de cicatrices au moment où des pinces viennent le recouvrir de son fameux casque respiratoire. La révélation finale des liens de famille entre Luke et lui n'est jamais que le point culminant de cette évolution. Cette révélation, qui conclut un épisode si noir par ailleurs, appelle une pause dans le déroulement de l'histoire, comme si Luke prenait enfin le temps d'aller enquêter sur son propre passé.
  3. Episode I. Eh oui. Le meilleur moyen pour Luke de comprendre la déchéance de son père, c'est encore d'aller en chercher le secret dans son enfance. Avant d'être Dark Vador, avant d'être un homme adulte, Anakin Skywalker a été un enfant à qui l'univers était promis, de plus d'une façon. L'Episode I, dans sa volonté d'être lumineux et de capturer l'intensité de l'enfance du futur Dark Vador, s'est fourvoyé dans l'abondance des combats au sabre et l'humour parfois infantile. Pourtant, il ne faut surtout pas s'y tromper : l'ubris de Dark Vador est déjà en germe dans la rage de vaincre dont Anakin fait preuve lors de la course de pods. Même si beaucoup d'amateurs de Star Wars détestent cet épisode, et même si je suis le premier à le trouver insatisfaisant, je garde pour lui une véritable tendresse comme je l'ai dit plus haut. Le donner à voir après l'Episode V si sombre présente un dernier intérêt : il convient de laisser un répit au spectateur avant de plonger plus profond dans le cauchemar.
  4. Episode II. C'est en pratique le point de départ de la guerre et des phases actives du complot contre la République, celui qui va la transformer en Empire. C'est aussi celui où l'ubris d'Anakin Skywalker se manifeste au grand jour, et de deux façons : tout d'abord par la haine avec laquelle il traite les hommes des sables... mais aussi à travers sa façon de tourner les règlements de l'Ordre Jedi à son avantage, y compris en se mariant à Padmé Amidala. En fin de compte, l'Episode II est la suite logique du I : Anakin va trop loin et finit par y perdre une main, et Obi-Wan trébuche dans la réalisation de son propre destin de Jedi. Les dernières images, avec l'intrusion du thème musical de l'Empire, font une réponse appropriée au terme de l'Episode V : à ce stade, le spectateur est prêt pour la phase finale de l'histoire...
  5. Episode III. C'est la conclusion du cycle de l'intrigue centré sur Anakin Skywalker : il s'agit de révéler enfin les conditions de sa métamorphose en Dark Vador. Cet épisode accomplit son rôle d'une façon plutôt satisfaisante en ce sens qu'il montre bien les hésitations du personnage, et comment il aurait pu - et plus d'une fois ! - faire le choix d'arrêter sa descente aux enfers. La sentence de son refus, en forme de punition atroce, est ce carcan où il se trouve enfermé par son nouveau maître... Un carcan physique, avec la fameuse armure de Dark Vador, mais aussi psychologique puisqu'Anakin devient un homme hanté par le poids de ses fautes. Avec l'ascension de l'Empereur, on peut considérer que Luke a terminé son enquête et qu'il est mûr pour s'intéresser à nouveau à son propre présent. Et cela tombe bien... il s'agit de conclure l'ensemble des fils d'intrigue...
  6. Episode VI. Vu trop tôt, juste après l'Episode V, cet épisode ne peut manquer de décevoir : de nouveau une Etoile de la Mort, de nouveau une histoire d'assaut désespéré, de nouveau une confrontation au sabre laser. L'irruption des petits Ewoks peut surprendre et même déplaire, ne jouant alors pas le rôle qui lui est de toute évidence confié - celui de détendre l'atmosphère dans un ensemble par trop dramatique. Le seul intérêt de cet épisode, s'il est vu avant l'Episode III, c'est en fait de révéler le lien de parenté de Luke et de Leia ! A le regarder à la toute fin de l'ensemble formé par la prélogie et la trilogie originale, on lui donne une certaine profondeur : il ne faut pas oublier qu'il a été conçu comme une conclusion à un ensemble de six films. Le regarder à la fin, c'est lui donner sa chance de s'exprimer en tant que tel : non pas en tant que conclusion bâtarde d'une seule trilogie mais bel et bien en tant que bouquet final d'une hexalogie.
  7. Episode VII. Il est conçu comme un passage de relais entre un ancien trio de héros et un nouveau. Il est donc naturel de le regarder en dernier... en attendant l'Episode VIII !
Et Rogue One, dans tout ça ? Si vous tenez à tout prix à l'intégrer à cet ordre, ce que je ne recommande pas comme je l'ai dit plus haut, trois emplacements me semblent envisageables...
  1. Juste avant l'Episode IV. Rogue One est une préquelle et ce choix peut se justifier... mais comment parler de l'histoire de Luke hors de la présence de Luke ?
  2. Entre l'Episode III et l'Episode VI. D'un point de vue chronologique cela peut se justifier... mais en quoi Luke s'intéresserait-il à ces événements qui ne concernent pas sa propre histoire ?
  3. Entre l'Episode VI et l'Episode VII. C'est la place d'un spin-off : pas trop loin de sa place chronologique et pourtant à l'extérieur de l'intrigue principale. D'une certaine façon, c'est peut-être l'emplacement que je juge le moins mauvais du point de vue de la narration...
Et vous ? Auriez-vous un ordre à proposer pour regarder Star Wars ?