dimanche 25 septembre 2016

Eschatôn

Un space-opera, des tentacules, un nom d'auteur inconnu sur ce blog mais associé à la BD... Il s'agissait là d'un cocktail (d)étonnant à même de m'attirer. Fort occupé cet Eté, j'ai lu ce livre à petites gorgées avant de le finir il y a deux semaines. Démesure du temps de lecture puis de production d'une chronique... Au travail à présent !
Résumé : 
Dans un lointain passé, un cataclysme a fragilisé la trame de la réalité, greffant à la Voie Lactée un bras spiral surnuméraire et y introduisant les Puissances : des créatures géantes capables d'imposer leur volonté aux êtres humains réduits à l'état de drones, pas plus conscients d'eux-mêmes que les fourmis dans une fourmilière. Le cataclysme a eu aussi pour effet de gêner le fonctionnement des machines auxquelles l'humanité faisait confiance depuis des générations. Après des siècles d'anarchie, la Foi s'est levée, se répandant de monde en monde grâce à des nefs de pierre et non plus de métal, propulsées par la connexion au Mental de ses adeptes... La Foi, hostile en même temps aux Puissances et aux machines qui ont rendu le cataclysme possible, maintient les mondes humains dans un état d'arriération permanent. Depuis des millénaires, après quelques premiers succès, la guerre de positions entre la Foi et les Puissances est au point mort, et si de temps en temps la Foi parvient à libérer quelques drones ou à tuer une Puissance mineure, les raids sur les mondes de la Foi ne cessent jamais. Il y a cependant pire à craindre : sur un monde-jungle, une Légion toute entière est dispersée, la majeure partie de ses troupes exterminée. Les Puissances se sont-elles emparées d'un instrument à même de rompre la concentration des cantres et de détruire les nefs de pierre pendant leurs voyages ? Ou bien y aurait-il un autre ennemi qui agirait dans l'ombre ?
Il y a là-dedans à peu près tout ce qu'il faut pour m'intéresser : la Foi semble avoir fait son credo d'une des plus belles citations de Dune, à savoir le fameux "Tu ne feras pas de machine à l'esprit de l'Homme semblable", cette image d'une Voie Lactée contrefaite par l'irruption de systèmes stellaires entiers qui en viennent à former un troisième bras spiral, la partie d'échecs jouée dans l'ombre - ou pas - entre non pas deux mais bel et bien trois factions qui s'opposent et s'allient selon les nécessités diplomatiques du moment, et la Foi elle-même avec son lot de fanatiques, de convaincus, d'hérétiques, d'hérésiarques, de simples fidèles et de salauds, tous en nuances de gris. On est ici dans Dune, mais aussi dans 1984, dans Starcraft, dans le Cycle de la Laverie, peut-être en compagnie de Lovecraft, peut-être dans Warhammer 40k pour le peu que je puisse en juger. Alex Nikolavitch connait ses univers de SF, il maîtrise aussi l'art délicat de la citation qu'il ne fait jamais lourde si bien qu'il est possible d'en manquer.

Plus regrettable sera le fait que les personnages, nombreux, semblent parfois un peu effacés dans leurs relations les uns avec les autres. On suit l'évolution en particulier d'un simple soldat qui, piégé par le naufrage de sa nef sur un monde hostile, et après moult péripéties, finit par être impliqué dans le complot qui entraînera peut-être la disparition de la Foi et des Puissances. L'enjeu, pour les personnages, est immense : il s'agit rien de moins que de rétablir le fonctionnement normal de l'Univers - mais au prix de l'extinction des talents liés à l'utilisation du Mental. D'une façon ou d'une autre, dans l'échec ou dans la victoire, les personnages sont condamnés à subir un monde qu'ils n'aiment pas. Dépassés par ce schéma, ils finissent par devenir de simples spectateurs de leur propre destin, à l'image de cette espèce humaine piégée depuis des millénaires dans un Univers qui n'est plus taillé pour elle. Il est difficile, dans ces conditions, de s'attacher à eux, ce qui ne diminue pourtant pas l'intérêt et l'ambition de ce livre. De toute évidence, l'idée d'Alex Nikolavitch était bonne. Je ne doute pas qu'il en aura d'autres qui seront tout aussi intéressantes.

mardi 6 septembre 2016

Vostok

L. L. Kloetzer, auteur bicéphale, a été croisé par ici grâce aux lectures de Cleer (Prix des Blogueurs 2011) et d'Anamnèse de Lady Star (shortlisté malheureux en 2013, et j'avais détesté). Ici, un seul des deux L. est aux manettes en la personne de Laurent Kloetzer, pour un roman inséré dans le même futur que celui d'Anamnèse de Lady Star. Il s'agissait de mon dernier rattrapage dans le cadre du Prix des Blogueurs 2016 : faisons les choses comme il le faut, et chroniquons-le !
Résumé : 
Un futur proche, où le spectre du réchauffement climatique hante chacun des événements météorologiques extrêmes qui se multiplient. Au Chili, Leonora est la soeur d'un petit parrain aux ordres du Cartel, menacée en permanence par les drones des Andins qui disposent du pouvoir de faire pleuvoir la mort sur les têtes de leurs ennemis. Alors que son frère Juan gère son entreprise criminelle à coups de revolver et de mystique chamanique mêlée de christianisme, elle doit étudier pour, un jour, peut-être entrer dans une grande université. Mais dans le jeu entre le Cartel et les Andins, Juan a déniché une carte qui pourrait bien se révéler un atout majeur, à même d'éliminer à tout jamais la menace venue des montagnes. Le prix a été cher payé : faire trop de bruit comme l'a fait Juan, c'est la garantie d'attirer l'attention des politiciens et de la police corrompue - surtout lorsqu'il lui manque une information pour abattre son jeu. Alors, autant jouer le tout pour le tout : aller chercher le mot de passe manquant à Vostok, ancienne base russe en Antarctique. Un voyage dangereux et de nature à changer à tout jamais Leonara... Y aura-t-il un retour pour elle ?
L'Antarctique est le dernier finis terrae : on y trouve tous les points d'inaccessibilité continentaux du monde. Seul continent où nul n'a osé prendre pied avant l'époque moderne, presque inhabitable en réalité - il faudrait aller sur Mars pour trouver un environnement plus hostile - cette immense terre émergée où le pôle Sud s'est calé depuis des millions d'années a néanmoins attiré les explorateurs du XXème siècle. C'est l'un des fils d'intrigue de Vostok : à travers l'histoire de Veronika, une géologue soviétique - puis russe - affectée à Vostok, station réelle située au pôle géomagnétique austral, on voyage à travers plusieurs décennies de présence humaine en Antarctique, de l'époque des bricoleurs jamais tout à fait sûrs de survivre à leur hivernage lors du long et terrifiant Hiver austral, jusqu'à celle des scientifiques déterminés à extraire les secrets des climats passés des glaces millénaires du continent gelé. A Vostok, à l'époque de l'Union Soviétique jusqu'à celle de la Russie, la présence humaine est abondante ; les espoirs et les ambitions des uns et des autres peuplent les couloirs de voix et de rêves, alors que les forages dans la glace battent peu à peu des records.

Plus tard, au beau milieu du XXIème siècle, Vostok est désertée. Viennent alors Juan, Leonara et leurs alliés dans le cadre d'une mission aussi désespérée qu'illégale, ramener voix, rêves, chants et chaleur dans les couloirs abandonnés de la base. La folie menace alors : les abris sont confinés, mais à l'extérieur c'est le royaume du froid le plus cruel qui soit sur Terre, où soufflent des vents capables en un battement de paupières de retirer toute chaleur au corps humain. Que choisir, entre la promiscuité d'une part et le gel d'autre part ? Les personnages du temps présent de Vostok, face à ce choix, devront en réalité rechercher la moins mauvaise des solutions : désespérés comme ils le sont déjà, d'autant plus que certains ont un agenda secret, ils finiront parfois par se tromper. Or, en Antarctique, les erreurs sont souvent fatales. A Vostok, dans le passé comme dans le présent, la mort rôde, ainsi que les fantômes de ceux qui sont partis - ou qui, peut-être, attendent d'y revenir. L'ambiance devient vite claustrophobique, pour les personnages comme pour le lecteur de ce livre - et il devient évident pour le lecteur, et peut-être pour Leonara, que le voyage à Vostok est sans retour.

Le futur, dans Vostok, est en réalité barré par le goulot d'étranglement du Satori, cet attentat mémétique relaté dans Anamnèse de Lady Star et à l'origine de l'extermination des trois quarts de l'espèce humaine. L'Antarctique, même au plus fort de l'Hiver austral, grâce à l'isolement qu'il rend possible, rend alors possible la survie de Juan et de Leonara. Quand l'espèce humaine se meurt, ce sont les pôles d'inaccessibilité qui sont les derniers à se dépeupler : la convergence entre la mystique de Juan, les ambitions des derniers chercheurs russes de Vostok et les rêves de Leonara rend alors possible cette émergence de l'espoir d'une survie de l'espèce. On trouve ici un peu de ce qui faisait tant défaut à Anamnèse de Lady Star : l'irruption d'une maladie mémétique impliquerait, à mon avis, l'émergence de nouveaux comportements sociaux à même d'immuniser les gens contre la consomption instantanée de l'intellect. Je trouve dommage que la solution puisse émerger d'une expérience de mort imminente, à moins que ce ne soit du brouet mystique de Juan auquel il ne croit lui-même pas tout à fait. Comme dans Cleer et dans Anamnèse de Lady Star, le problème provient en réalité des personnages qui, en ne se livrant jamais, finissent par en devenir presque étrangers à l'espèce humaine - car c'est cela, l'enjeu du Satori : que devient une espèce intelligente lorsque ses moyens de communication deviennent les vecteurs de l'extinction ? A cette question, Anamnèse de Lady Star ne répondait pas, mais Vostok le fait, un peu. Assez, en tout cas, pour se changer en page-turner - ce qui, en soi, est une qualité...

jeudi 1 septembre 2016

La vidéo SF du mois - Septembre 2016

Ce mois de Septembre sera celui de la conclusion du Summer Star Wars Episode VII. Ce jour étant par ailleurs celui de la rentrée, j'ai trouvé que cette vidéo - qui évoque les passages de relais entre générations, et le fait qu'au fil de ces générations le futur et le passé se répondent - était plus qu'appropriée. Bon voyage avec ce trailer général à l'ensemble de la série Star Wars, y compris le futur Rogue One... 



http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

lundi 22 août 2016

Peter et Elliott le Dragon

J'ignore si ce film, que j'ai vu lors de la séance qui a précédé celle de Star Trek sans Limites, peut se qualifier comme un blockbuster estival : visant d'une façon aussi claire qu'affirmée un public familial, j'ai trouvé que pour un jour de sortie les rangs de la salle étaient plutôt clairsemés, y compris en termes de jeunes spectateurs. Qu'il soit dit ici, avant de commencer la chronique stricto sensu, que je pense que la mauvaise habitude prise par Hollywood de faire des suites, des préquelles, des reboots et autres remakes, est sans doute en train de produire ses effets : le public attend du neuf !
Résumé : 
Peter a cinq ans, il apprend à lire, et pour l'heure il part en vacances avec ses parents. Mais un accident de voiture le piège au coeur d'une forêt impénétrable, à la merci des loups et des ours qui vivent dans la région... Par chance pour lui, la forêt abrite un dragon débonnaire, au pelage verdâtre et doué d'invisibilité, qui se prend d'affection pour lui et l'abrite... sous son aile ! Six ans plus tard, Peter file une parfaite amitié avec le dragon qu'il a nommé Elliott. Ce qu'il ne sait pas, c'est que les arbres de leur forêt sont exploités, ce qui va conduire des gens au coeur de leur domaine... L'affection d'Elliott est-elle la seule dont Peter a besoin ? L'enfant saura-t-il protéger son ami contre la convoitise qu'éveille chez les hommes la perspective de capturer une bête fantastique ?
Ce film s'apparentant, d'une façon très nette, à ce sous-genre de fantastique appelé le merveilleux, il serait vain de trop détailler les invraisemblances externes et internes du scénario et des choix graphiques. Les vêtements de Peter sont usés jusqu'à la corde mais pourtant, il continue à s'y enrouler de son mieux, étrange vestige de pudeur chez un personnage coupé de l'humanité depuis six ans. Son langage n'a ni stagné, ni régressé alors que son compagnon ne parle pas. Plus tard, un ballon d'hélium l'épouvante, et un voyage en voiture semble réveiller la terreur qui fut la sienne au moment de l'accident qui lui a coûté sa famille... mais par contre, la perspective de dormir dans une maison humaine, en présence d'inconnus ne l'inquiète pas du tout. N'en tenons pas trop compte : la cohérence peut suffire au merveilleux, et la vraisemblance est tout à fait optionnelle.

Peter et Elliott le Dragon, c'est l'histoire d'un enfant sauvage qui est recueilli par un animal hors du commun. Le dragon met en déroute les prédateurs et il crache du feu, mais il a un comportement pacifique de très gros chien, capable de pister les odeurs, attiré par les enfants avec lesquels il ne demande qu'à jouer, très attaché à sa relation avec son maître. Car Peter est le maître d'Elliott : du dragon et de l'enfant, c'est le deuxième qui décide et donne les ordres, in fine. Dans cette relation fantasmée par beaucoup de gosses - et aussi par beaucoup d'adultes, au fond - il manque malgré tout quelque chose : la présence de pairs humains, à commencer par des amis de son âge. C'est tout l'enjeu, pour Peter, de l'intrusion d'une naturaliste aux marges de la région où Elliott se cache : la voici invitée à occuper le trône maternel resté vide ; la voici amenée, de ce fait, à introduire auprès de Peter la fillette dont elle est la belle-mère. Le tableau familial qui s'esquisse est en fin de compte moins étrange que peu original.

Et Elliott, dans tout ça ? Le dragon cabotin tient presque plus de l'argument que du personnage. Elliott est à l'image de cette part d'enfance qui ne meurt jamais en nous : on s'en souvient toujours, par moments elle nous sauve, à d'autres moments il faut qu'on la sauve (en la cachant) et à la fin on doit apprendre à la regarder depuis l'extérieur. En faisant abstraction des passages obligés (obligatoires ?) dans ce genre de fiction, il devient possible de considérer Peter et Elliott le Dragon comme une belle histoire. Celle d'un enfant qui apprend à grandir en respectant sa propre enfance.

dimanche 21 août 2016

Star Trek sans Limites

Star Trek, à nouveau. Je rappellerai ici que je ne suis pas un "Trekkie" : même si j'ai eu l'occasion de voir quelques épisodes de la série des années 60, je considère depuis longtemps que dans cet univers le S de SF doit se comprendre comme celui de soap, car les relations entre les personnages viennent jouer un rôle fondamental dans le développement de l'intrigue, devant même le contenu science-fictif. Le premier de cette nouvelle série, jamais chroniqué sur ce blog, ne m'avait pas déplu. Le deuxième, très mauvais moment de cinéma, ne m'avait pour autant pas dégoûté de cet univers puisque j'ai eu le plaisir, un peu plus tard, de regarder deux des films tournés dans les années 1980 avec un certain bonheur. C'est donc avec l'oeil d'un amateur pas très éclairé que je me suis rendu au cinéma pour voir celui-ci.
Résumé : 
L'Enterprise, au cours de son voyage de cinq ans aux confins de la Fédération, fait une escale sur une station géante. Prouesse technologique, elle abrite une myriade d'êtres pensants de toutes les espèces humanoïdes imaginables... et c'est l'occasion pour les membres de l'équipage de faire des retrouvailles attendues. Sauf pour Spock, Second de l'Enterprise, qui apprend le décès de son mentor, version centenaire de lui-même venue d'un futur alternatif : après la destruction de Vulcain, son espèce est menacée d'extinction et il considère qu'il lui faut remplir ses devoirs à son égard, ce qui veut dire quitter Starfleet et rompre avec sa compagne, la belle Uhura... Le Capitaine Kirk, lui, envisage de solliciter une promotion pour accéder au rang d'Amiral, ce qui impliquerait de ne plus voler. Le destin se charge pourtant de rassembler tout l'équipage pour une mission de sauvetage à l'intérieur d'une nébuleuse voisine et non cartographiée. Arrivé sur place, l'Enterprise est assailli par un véritable essaim de vaisseaux minuscules qui le privent de sa propulsion avant de l'aborder... Les pirates sont à la recherche d'un artefact stocké à bord du vaisseau et capturent tout l'équipage. Seuls quelques-uns parviennent à s'échapper in extremis. Piégés sur une planète sauvage, Kirk et son premier cercle auront fort à faire pour libérer leurs amis prisonniers, mais aussi pour comprendre quelle menace pèse sur la Fédération...
Comme souvent (toujours) dans un Star Trek, l'accent est mis sur les relations complexes entre les membres de l'équipage. Le choix de la narration contraint le schéma en imposant un huis-clos à certains des personnages de premier plan : Kirk et Tchekov d'un côté, Spock et McCoy d'un autre, et Scotty seul dans son coin (mais pas pour très longtemps). Des trois groupes (eh oui), c'est celui formé par Spock et McCoy qui semble le plus intéressant car le plus dysfonctionnel : Tchekov est d'un caractère effacé, surtout en présence du bouillant Kirk, Scotty se retrouve à jouer l'élément comique en présence d'une extraterrestre à l'étonnante pigmentation. Au contraire, entre Spock - toujours très premier degré, gènes vulcains et coupe au bol obligent - et McCoy - humain plutôt railleur - la cohabitation se fait par opposition, les deux partenaires ne cessant de s'envoyer des vannes.

Le space-opera n'est toutefois pas oublié dans cette histoire. La petite bande, après avoir bien crapahuté sur une planète dont on ne sait pas trop si elle est rocailleuse, recouverte d'une jungle ou d'une taïga, se retrouve à bord d'un ancien vaisseau de la Fédération, naufragé un siècle auparavant, clé du retour dans l'espace civilisé. Mais, avant cela, il s'agit de secourir l'équipage : invraisemblable morceau de bravoure donnant à voir Kirk envahir le campement extraterrestre à bord d'une moto terrienne en parfait état de marche, trouvée à bord de l'épave. Il est vrai que Scotty s'y entend pour les bricolages : n'avait-il pas été capable de faire démarrer l'Enterprise après que celui-ci ait été privé de ses fameux réacteurs, trois quarts d'heure plus tôt ? C'est en fait l'intrigue toute entière qui semble quelque peu bricolée : les inquiétants extraterrestres à l'allure de reptiles qui capturent tout ce qui passe à proximité de leur planète maudite sont dirigés par un chef de guerre qui n'est pas aussi honnête - si j'ose dire - qu'il y paraît à première vue. J'ignore dans quelle mesure le rebondissement était prévisible de la part de Trekkies plus savants que moi : il est certain que la politique de la Fédération, et en fait tout le credo de Star Trek, ne fait pas l'unanimité dans un univers qui a connu la guerre et où certains rêvent de la ranimer.

C'est donc l'intrigue, en réalité, qui finit par poser problème. Que retenir de Star Trek sans Limites ? Il serait méchant de dire "ben, la bande annonce de Star Wars : Rogue One diffusée juste avant"... Que ce troll soit assumé ou non par les gens qui ont choisi d'insérer cette bande-annonce tout droit venue de l'univers de space-opera concurrent, quelques belles images viennent malgré tout soutenir ce spectacle décevant : cette magnifique station où les immeubles se jouent de la gravité, mais aussi cette arme inquiétante qui semble être une forme de nanotechnologie. Je pense que c'était là que se trouvait le véritable argument de ce film, celui qui - exploité avec soin - aurait pu le sauver... Mais pour cela, il aurait fallu faire de la SF. Et de la vraie, pas de la soap.
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

mardi 9 août 2016

Barbarella

Jusqu'à hier soir et la diffusion par une chaîne de télévision du film éponyme, Barbarella c'était pour moi :
  • Le nom d'une héroïne de BD que je n'avais jamais lue. Même à l'époque où j'ai commencé à regarder au-delà de l'Ecoumène défini par le Scrameustache et Yoko Tsuno, Barbarella c'était vieux puisque L'Incal était passé par là depuis pour réinventer la BD space-opera pour adultes.
  • Un mot dans une strophe d'une chanson de Gainsbourg, qui promettait de renvoyer l'héroïne à sa science-fiction.
  • Une parodie géniale de Gotlib, en forme de mashup entre Alice au Pays des Merveilles et Barbarella, où la jeune Barbaralice ne trouve rien de mieux à faire que de suivre un lapin trop pressé pour se retrouver adulte dans un univers un peu étrange où elle finit par être livrée à la "machine à salopes"...
Pas intéressé a priori par la BD historique (sex, drugs et rock'n'roll c'était déjà passé de mode dans les années 90, donc a fortiori à présent), je me suis retrouvé un peu par hasard devant le film de 1968, celui où le rôle titre est tenu par Jane Fonda. Bon voyage...

Résumé : 
En ces temps futurs, la Terre s'est changée en utopie : on se salue avec le mot "love" et les armes ont été reléguées au Musée des Perversions ! Pourtant, si le Président de la République sollicite Barbarella, meilleure astropilote de tout le Système Solaire, c'est parce qu'un péril ignoble pèse sur la civilisation. Le chercheur Durand Durand est porté disparu dans un secteur éloigné de la Galaxie, aux confins de l'influence terrienne. Il est le concepteur d'une invention dangereuse et le Président craint que des êtres mal intentionnés ne s'en servent pour déclencher de nouvelles guerres auxquelles la Terre ne pourra faire face. Bien que suréquipée, Barbarella est prise dans un orage magnétique et son vaisseau s'écrase sur une planète glacée où elle est aussitôt capturée par une inquiétante bande de gosses tous jumeaux...

La comparaison s'impose entre ce Barbarella et 2001 : L'Odyssée de l'Espace qui lui est tout à fait contemporain. Là où les choix graphiques et les effets spéciaux du deuxième continuent à en imposer de nos jours, le premier respire le kitsch et même le mauvais goût. Le vaisseau de Barbarella est tapissé à l'intérieur d'une moquette brune à poils mi-longs (?), et l'héroïne elle-même se trouve affublée (quand elle n'est pas nue) de costumes ridicules que même Harley Quinn dans Suicide Squad n'aurait pas osé porter. Les autres personnages ne sont pas en reste : le leader révolutionnaire porte une espèce de tunique antiquisante - le slip de combat est une mode impérissable - en cuir, un ornitanthrope - un ange, quoi - et son air couillon sont fagottés d'une espèce de jupe (en plumes, si j'ai bien vu), et les sbires du Grand Tyran - stormtroopers avant l'heure ! - sont des armures creuses... en cuir, bien sûr. A vrai dire, en terme de kitscherie Barbarella n'est pas loin du plafond sur une échelle allant de un à L'Humanoïde...

Mais peut-on reprocher bien longtemps à ce film de pâtir des choix graphiques faits par des concepteurs à l'esprit imprégné de l'ambiance des sixties ? Somme toute pas plus moche que d'autres productions contemporaines, Barbarella possède malgré tout un avantage énorme sur elles : c'est l'histoire d'une utopiste qui finit par déclencher une révolution sur une planète hostile. La culture terrienne, respectueuse de la vie et des sentiments, fait tache d'huile - un peu comme dans le Cycle de la Culture de Banks. Sa mission, Barbarella ne l'accomplit pas tant avec les armes que le Président lui a confiées, pas tant avec sa force, qu'avec sa capacité à se faire des amis et à se déjouer des plans de ses adversaires. Car personne, dans cette histoire, pas même le méchant tout droit sorti d'un coup de théâtre, n'est méchant pour de vrai : les pires adversaires de Barbarella sont juste un peu plus grotesques... On n'est pas dans le sense of wonder, on n'est pas non plus dans la dystopie - genre usé jusqu'au manque d'inspiration depuis Métropolis - on est... ailleurs, dans un genre que l'on peut qualifier d'Eros-fiction. On pense à Ose, de Philip J. Farmer. Tout comme un roman de l'âge d'argent, Barbarella doit être vu dans un certain état d'esprit, en faisant abstraction de sa kitscherie, afin de laisser libre cours à ses réelles qualités...
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

samedi 6 août 2016

La Terre bleue de nos Souvenirs

On commence en ce qui me concerne les rattrapages de la short-list pour le Prix des Blogueurs 2016 ! Alastair Reynolds, déjà connu en ces lieux et que j'ai eu le plaisir de rencontrer aux Intergalactiques de Lyon édition 2016, a donc l'honneur du premier de ces deux rattrapages...
Résumé :
Le XXIIème siècle. Il n'y a plus de guerres, et l'humanité a jugulé le réchauffement climatique. Sur Terre et dans sa banlieue, la connectivité réseau est optimale, ce qui garantit la superposition au monde réel d'une surcouche virtuelle : dans un contexte où l'intelligence artificielle est sous étroit contrôle et où le téléchargement des esprits est devenu possible, le crime n'existe plus et il devient même difficile de mourir d'une façon définitive. C'est pourtant un décès, celui d'Eunice Akinya, qui vient perturber le bel ordonnancement du monde organisé : fondatrice d'une puissante entreprise de transport et d'ingénierie spatiaux, elle laisse derrière elle une richesse immense et plusieurs énigmes. Deux de ses petits-enfants, l'éthologue Geoffrey qui veille sur un clan d'éléphants près du berceau africain de la famille, et l'artiste Sunday qui vit sur la Lune au coeur de la zone non surveillée - dernier endroit où échapper aux regards des surveillants numériques - vont renouer leurs liens à la faveur de leur quête. Sans se douter que celle-ci pourrait bien impliquer des factions plus puissantes encore que la famille Akinya - et peut-être même aller jusqu'à menacer leurs vies et celles de leurs proches...
Exploration spatiale débridée, frontière de plus en plus floue entre la conscience humaine et ses moniteurs artificiels, ambition et génie humains au-delà de toute limite : bienvenue dans un monde où l'expression sense of wonder prend toute sa valeur. Il est rare, de nos jours, de croiser des oeuvres de SF aussi positivistes et je crois pouvoir affirmer que celle-ci se rattache fort bien à cette nouvelle vague - pourvu qu'il s'agisse d'une lame de fond ! - que l'on appelle solarpunk. Car solaire, elle l'est en effet, cette SF-là : le rêve d'Eunice Akinya est celui des étoiles et, même dans l'espace profond, y a-t-il meilleur phare que celui du Soleil tout proche ? L'ensemble donne lieu à de fort belles images qu'il est dommage de trouver parasitées par une inutile nostalgie, laquelle transpire dans le titre même du roman.

Dans ce monde aux apparences utopiques, la disparition des anciens problèmes a entraîné l'apparition de nouveaux. L'intelligence artificielle - à jamais associée aux derniers conflits - a été bannie par de nouvelles lois, ce qui évoque bien volontiers le passé lointain de Dune... La résolution du dérèglement climatique a permis la colonisation des marges continentales et voilà que deux Organisations des Nations Unies se partagent le monde... celle des continents, et celle des océans ! Dichotomie qui préfigure bel et bien une volonté de transition post-humaine fondée sur la biologie, incarnée par les "Pans" les plus radicaux. Dans ce contexte, les êtres humains ordinaires - on n'ose dire "à l'ancienne" dans la mesure où tous, ou presque, ont le cerveau farci d'implants - ne sont toutefois pas dépassés : l'avenir semble radieux, même si dans cet univers les capitalistes sont toujours des capitalistes et que leur loi reste celle du profit, et de préférence, le plus immédiat possible.

La lenteur avec laquelle l'intrigue du roman se met en place est en réalité son principal défaut. Dans le jeu de piste à l'échelle du système solaire où Eunice entraîne post-mortem ses petits enfants, les personnages voyagent plus vite que le lecteur et le temps, parfois, semble s'allonger autant que les délais de connexion entre la Terre et la ceinture de Kuiper. Dit d'une autre façon, cela prend son temps, c'est long, et ça ne s'accélère qu'à la fin, mais cela le fait d'une façon assez intéressante pour que l'on se dise après coup que cela en valait la peine. L'ambition de ce roman est immense : il s'agit, rien de moins, que de faire vivre un rêve, celui de l'espace érigé en ultime frontière. Et les plus beaux des beaux rêves ne sont-ils pas ceux qui durent longtemps ?
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

lundi 1 août 2016

La vidéo SF du mois - Août 2016

Pour cette nouvelle édition de ma rubrique mensuelle, j'ai choisi In Sight, un court métrage cyberpunk sous-titré en français. Bon visionnage !

samedi 23 juillet 2016

Independence Day : Résurgence

Independence Day, pour moi, c'est avant tout une série de souvenirs. Octobre 1996 : j'ai seize ans, je suis en Terminale S, et plusieurs de mes camarades de classe organisent une sortie au ciné un Vendredi soir pour aller voir ce blockbuster. Manque de pot, j'ai une leçon de conduite le lendemain à soixante bornes et du coup, je n'y vais pas... et je découvre à huit heures le lendemain que mon moniteur, souffrant, annule la leçon. Furieux, je suis le premier à lancer parmi mes amis l'idée d'aller voir le Mars Attacks de Tim Burton puis Le Cinquième Elément de Luc Besson - mine de rien, 1996-1997 avaient été des années riches en sorties space-op' au ciné. Je me jette sur la novélisation d'Independence Day aussitôt parue. Et, pendant l'Eté, je me procure la cassette vidéo à peine sortie : l'idée, c'était de faire disparaître la sensation d'avoir manqué quelque chose à cause d'une leçon de conduite en fin de compte annulée... Quelque part, cette occasion manquée fut aussi celle de ma redécouverte du cinéma - j'y suis très peu allé pendant mes années Collège et Lycée - puisque, depuis, je n'ai jamais cessé d'y aller. Mais le film, dans tout ça ? Eh bien... il suffira de dire que ce film, que j'avais été frustré de ne pas voir au cinéma, je ne l'ai regardé en fin de compte qu'une seule fois. Etait-ce l'effet petit écran ? Etait-ce lié aux qualités intrinsèques de ce film, pas suffisantes pour me convaincre ? Y avait-il meilleure expérience, pour en avoir le coeur net, que d'aller voir sa suite au cinéma ?

Résumé :
Vingt ans après l'échec de l'invasion extraterrestre, le monde a été reconstruit. Jamais les nations de la Terre n'ont connu pareille concorde. La technologie alien, décortiquée, a déclenché une nouvelle révolution industrielle, celle de l'antigravitation. C'est un véritable âge d'or pour la planète, maintenant défendue par un réseau de satellites à canon laser et surtout par une base internationale lunaire. A l'approche du quatre Juillet 2016 et des célébrations du vingtième anniversaire de la victoire humaine, des événements inquiétants se produisent pourtant... L'ancien Président des Etats-Unis, "commander in chief" au moment de la victoire, est affligé par des cauchemars récurrents. Un énorme vaisseau de forage posé au beau milieu de l'Afrique équatoriale se rallume tout seul. Et les prisonniers aliens, catatoniques depuis leur défaite, s'animent à nouveau. Pour les anciens, ces indices laissent à penser que les envahisseurs vont faire leur retour... Vingt ans de labeur vont-ils suffire à l'humanité pour faire face ?
D'autres que moi pointeront, avec un talent que je n'ai pas, les invraisemblances et le caractère convenu de ce qui est pour moi le premier d'une loooongue série de blockbusters estivaux. Le vaisseau alien plus gros que celui du précédent épisode : c'est fait. Les immeubles et les monuments qui pètent dans tous les sens (avec une pseudo-pointe d'autodérision) : c'est fait aussi. La belle équipe de vainqueurs du précédent épisode : c'est fait encore. Les bons sentiments, les morts attendues, les rebondissements prévisibles, la tronche de la reine alien qui évoque un peu un hybride entre un Protoss et un Zerg : tout ça, c'est fait. On rajoutera l'humour lourdingue, la panoplie de héros habituels et caricaturés jusqu'à la corde, quelques drapeaux américains là où il faut et zou, c'est emballé. Je suis content d'avoir un abonnement ciné... au moins, je n'ai pas payé trop cher les deux heures passées devant ce, allez, film.

En 1996, Independence Day, premier du nom, sortait dans un monde fort différent du nôtre. En 1996, l'Union soviétique avait déposé les armes cinq ans plus tôt. En 1996, Bill Clinton était Président des Etats-Unis. En 1996, la dernière superpuissance mondiale - on disait même hyperpuissance, à un moment - savourait sa victoire politique, économique et même culturelle : c'était à l'époque le début de la démocratisation de l'Internet en Europe, le monde se mondialisait, la guerre froide avait pris fin et l'avenir était radieux. Independence Day est un film dont le succès ne peut se comprendre que dans ce contexte : pour un monde qui vit une période de détente et de prospérité sans précédent après plusieurs décennies de polarisation politique, la seule menace encore concevable est celle qui vient de l'extérieur - et qu'est-ce qui est encore extérieur à un monde mondialisé sinon ce qui lui est extraterrestre ? Cinq ans plus tard, la chute des deux tours du World Trade Center vient pourtant apprendre aux gens qu'il existe autre chose à craindre que les terreurs venues du ciel : l'Union soviétique était un colosse aux pieds d'argile, et les Etats-Unis en sont un autre. Dans le contexte de Independence Day : Résurgence, les attentats du onze Septembre 2001 n'ont pas eu lieu. Non content de nier cette scène primitive de notre monde contemporain, ce film se débranche de tout contexte en lui substituant l'invasion extraterrestre et en inventant un cadre socio-culturel idyllique. Les engins volent sans moteurs à essence, on voyage de la Terre à la Lune en quelques minutes, le monde est en paix, l'environnement est préservé... Plus que le caractère convenu des personnages, de l'intrigue, et les invraisemblances du scénario, c'est en fin de compte cette déconnexion hallucinante entre le contexte actuel et les présupposés de ce film qui pose problème. A qui s'adresse au fond Independence Day : Résurgence ? A ceux qui croient que le monde, en 2016, est le digne descendant de celui de 1996 ? A ceux qui n'ont pas arrêté de danser sur le volcan malgré l'éruption de 2001 ? Si c'est le cas, bravo : c'est réussi.
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

vendredi 22 juillet 2016

Centaurus tome 2 : Terre étrangère

Il a déjà été question ici de Centaurus, une série de BD space-op' scénarisée par Leo (Les Mondes d'Aldébaran) et Rodolphe, et dessinée par Janjetov (Les Technopères). Alors, qu'en est-il de ce deuxième volet ?
Résumé :
Une mission d'exploration débarquée sur la planète Véra inspecte les structures artificielles repérées depuis l'espace. L'équipe, à laquelle participent Joy et June, les jumelles dont l'une des deux bien qu'aveugle dispose d'un surprenant sens de la double-vue, est consciente de l'importance de la tâche : il s'agit rien de moins que de confirmer Véra comme un abri possible pour l'espèce humaine qui a fui une Terre ruinée, alors que le vaisseau générationnel qui a emmené les survivants jusqu'au système de Centaurus ne permettra peut-être pas d'aller beaucoup plus loin... Sur Véra, les installations artificielles - de toute évidence conçues pour des êtres différents de l'humanité - semblent désertées, mais la planète recelle pourtant des surprises dont certaines sont très dérangeantes. A bord du vaisseau lui-même, une enquête se poursuit : quelqu'un, ou quelque chose, est monté à bord pendant le voyage... Et cette entité a laissé des traces discrètes de son passage à bord...
Disons-le avec honnêteté : cet album est enthousiasmant ! Suite à un premier tome d'exposition plutôt réussi, qui donnait l'occasion de redécouvrir un peu la façon de travailler de Leo mais aussi celle de Janjetov, les attentes étaient assez élevées. En particulier, je faisais peser sur Leo une belle responsabilité : relevé sur cette série du travail au pinceau, il était temps pour lui de se concentrer sur le seul stylo, une occasion comme une autre de mettre fin aux errements qui ont fait souffrir la série Antarès. Le contrat me semble rempli : l'intrigue ne montre pas de temps mort, les explorateurs de Véra font découverte sur découverte, alternant l'inattendu et le dérangeant. L'intercalage de séquences à bord du vaisseau en orbite permet de relancer l'intérêt de l'exploration : si certains lieux évoquent des archétypes issus peut-être de l'inconscient collectif de cette humanité arrachée à son sol natal, il se pourrait aussi que certains membres de l'équipage ne soient eux-mêmes que des simulacres. Véra ne serait alors qu'un monde truqué, un concept renforcé par la très belle image finale, et une idée que je trouve à la fois belle et absente par ailleurs dans la série Les Mondes d'Aldébaran - même si des lecteurs de Leo plus assidûs que moi me parleront sans doute de sa série Kenya pour me démontrer son goût pour les mondes truqués !

Le dessin de Janjetov, sans surprise, reste bien reconnaissable depuis l'époque de sa collaboration avec Jodorowsky. Moins glacé que dans Les Technopères, affectant moins la perfection du silicium, il donne ici l'impression d'avoir gagné en maturité. Du coup, les personnages en apparaissent plus expressifs, plus faciles à reconnaître, en un mot, plus humains - tour de force s'il en est quand on pense à cette impressionnante galerie de vrais-faux jumeaux : même celui de la paire qui n'a... pas sa place à bord du vaisseau présente une expression bien à lui qui l'insère, à sa façon, au sein d'une humanité à laquelle il n'appartient pas tout à fait. J'ignore lequel des trois compères a eu cette idée, mais c'est un fait que le soin mis à représenter ces personnages-là éclaire en réalité toute l'humanité des autres. On se retrouve donc bien dans un univers humaniste, celui de Leo, mais qui prend une saveur bien spécifique et surtout éloignée de celle des derniers tomes des Mondes d'Aldébaran. Le prochain tome - après Terre promise et Terre étrangère, Terre d'Election ? - permettra de juger une bonne fois pour toutes cette série. Je suis sûr que cette intrigue peut se résoudre en un seul épisode supplémentaire : si Leo le fait, et confirme qu'il renonce à cette manie de la pentalogie et autres séries à rallonge, cela me comblerait ! Quoi qu'il en soit, Centaurus représente à l'heure actuelle ce que la SF en BD fait de mieux... Bravo !
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

mercredi 20 juillet 2016

The Nightmare Stacks

A nouveau - encore - l'Univers de la Laverie de Charles Stross, avec cette fois-ci le tout dernier titre paru, sorti depuis un mois environ.
Résumé :
Alex Schwartz est un jeune homme timide : brillant mathématicien, vampire depuis moins d'un an, son nouvel employeur - la Laverie - l'envoie en mission à Leeds. Depuis la débâcle de la Nouvelle Annexe, les services secrets paranormaux de Sa Majesté recherchent un nouveau quartier général et un bunker datant de la Guerre Froide en plein centre du Royaume-Uni mérite d'être inspecté par leurs deux recrues les plus récentes pendant les premières phases du déménagement. Mais pour Alex, natif du coin, c'est la garantie d'avoir à être à nouveau confronté à son envahissante famille - et comment avouer à ses parents qu'il a perdu son job en or à la City of London, qu'il n'a toujours pas de copine et qu'il est devenu un vampire ? Alex ne le sait pas encore, mais il y a pire à craindre que d'être confronté à ses parents : sur une Terre parallèle ravagée par sa propre version du CASE NIGHTMARE GREEN, les débris de l'Empire de l'Etoile du Matin s'apprêtent à entreprendre une migration désespérée. Et Leeds est au coeur de leur plan d'invasion...
Le CASE NIGHTMARE GREEN est la sentence d'apocalypse qui pèse sur les personnages de la Laverie. Un alignement d'étoiles favorables, une somme d'intelligence - ou de puissance de calcul - supérieure à un seuil fatidique promettent l'irruption d'entités hostiles à même de ruiner l'environnement terrestre et de détruire l'espèce humaine. Depuis le début ou presque de la série, les personnages sont confrontés à leur destin peu enviable - annoncé pour la décennie en cours - et, en pratique, tentent par tous les moyens de retarder son arrivée. Ceci étant dit, afin de renouveler sa propre série sans pour autant l'amener à son point final, Stross avait recours à quelques expédients : après avoir confronté ses personnages au vampirisme dans The Rhesus Chart puis au phénomène super-héroïque dans The Annihilation Score, il aurait été peut-être un peu trop évident d'aller chercher une nouvelle figure paranormale du folklore populaire et de l'insérer dans l'univers de la magie rituelle - assistée par ordinateur - de la Laverie.

C'est pourtant ce que tente Stross en s'emparant - rien de moins - que... des Elfes de Tolkien ! Une fois de plus, le talent de l'auteur s'exerce : il se montre toujours aussi talentueux quand il s'agit de citer ses prédécesseurs les plus brillants, de remanier les puissantes images qu'ils ont su créer, pour les réutiliser dans un ensemble cohérent, se payant même le luxe de faire chevaucher à ses Elfes des créatures monstrueuses qui semblent partager un peu plus qu'une parenté avec les licornes d'Equoid. La cohérence de la construction satisfait et convainc aussitôt : les Elfes de Stross, comme ceux de Tolkien, sont beaux, forts, disposent de puissants artifices magiques - même si l'auteur du Seigneur des Anneaux ne leur faisait pas employer eux-mêmes le terme de magie pour décrire leurs propres talents, se fient à la nature plutôt qu'à l'industrie pour appuyer leur civilisation... et utilisent des armures que l'on imagine volontiers aussi soignées que celles entrevues dans les films de Peter Jackson (Le Hobbit). Les Elfes de Stross, toutefois et au contraire de ceux de Tolkien, sont imbibés d'un sentiment de profonde supériorité, se montrent cruels et déterminés à la conquête : ce ne sont, en fait, rien d'autre que des êtres humains à l'allure étrangère, évolués d'une façon différente, mais bien loin d'être dépourvus d'ubris. La confrontation est inévitable : leur propre monde est en ruine et leur espèce condamnée à l'extinction, une façon comme une autre pour Stross de nous donner à voir les conséquences du fameux CASE NIGHTMARE GREEN.

Et pourtant, The Nightmare Stacks ne tient tout compte fait pas toutes les promesses qu'il fait à son lecteur. Le choix savant de la référence, la solidité de la construction, le soin mis à retourner les a priori geeks sur les Elfes ne masquent pas la pauvreté sidérante de l'argument de ce livre, qui peut se résumer ainsi : "un vampire puceau rencontre une princesse elfique, ils tombent amoureux et à la fin ils sauvent la planète". Pour la deuxième fois, Stross commet à mon sens une erreur, celle d'avoir (re)fait du Une Affaire de Famille dans un univers qui ne s'y prête pas très bien. Comme par hasard, cette erreur se reproduit à nouveau en l'absence de Bob Howard, le personnage principal de la série jusqu'à The Rhesus Chart : reste à espérer que, pour le prochain volet de cette histoire, Stross aura la bonne idée de nous rendre le héros malgré lui qui faisait en fait toute l'âme de la Laverie...

mardi 19 juillet 2016

Star Wars Kanan tome 2

J'ai déjà parlé ici de cette série qui étend l'Univers de Star Wars nouvelle mode. Un nouvel album étant sorti depuis peu, et ayant envie d'écrire ces jours-ci...
Résumé :
Kanan Jarrus a subi une très grave blessure. Il récupère dans un état comateux, au fin fond d'une cuve de bacta, alors que ses amis les Rebelles, anxieux, en sont réduits à espérer qu'il s'en tirera... Dans son état d'inconscience, l'esprit de Kanan dérive et le renvoie vers un passé lointain, celui où il n'était encore que Caleb Dume, simple Initié au Temple Jedi, espérant de toute son âme être choisi comme Padawan par Depa Billaba. Pour Caleb, rien ne comptait plus que de participer à la Guerre des Clones qui tirait alors à sa fin. Alors, suite à sa participation à la défense du Temple contre un assaut, le voici catapulté au côté de son nouveau maître sur un champ de bataille. Celui du "premier sang"...
Le premier volet de cette série nous donnait à voir un Caleb Dume désemparé après avoir échappé in extremis à l'Ordre 66 : on ne savait alors rien ou presque de son histoire personnelle et des circonstances qui l'avaient amené à devenir Padawan. Or, dans Star Wars, les relations entre le maître et son apprenti jouent un rôle primordial : du hasard de la rencontre jusqu'aux nécessités du Destin - manipulés dans les deux cas par la volonté de la Force ? - ces relations expliquent et justifient même l'évolution future du Jedi. Ici, hasard et Destin se croisent pour amener Caleb et son maître à coopérer ensemble, avant même leur association officielle. Occasion pour le lecteur de visiter le Temple et d'avoir un aperçu de Coruscant : si le Sénat n'est pas visité, par contre, les relations complexes au sein du Conseil Jedi sont assez bien évoquées. Une fois de plus, je ne peux m'empêcher d'être tracassé par le côté un peu trop brut de décoffrage de Yoda et de Mace Windu : ces deux-là, pour talentueux qu'ils sont, ne sont pas capables de voir d'où provient le véritable danger, malgré leur attachement presque entêté aux règles...

Ces premières visites sur un champ de bataille sont pour Caleb l'occasion de faire face à des situations bien nouvelles pour lui : se faire des amis parmi les hommes de troupe - lui qui n'a eu pour le moment que des camarades de classe, concurrents un peu jaloux, recevoir une première blessure - le premier sang - et surtout faire face à la mort, celle qu'il donne et celle à laquelle il assiste. La voie du Jedi est celle du renoncement, comme le montre bien cette litanie entonnée par les Initiés au début de l'album ; c'est une chose de le savoir d'une façon théorique et c'en est une autre d'avoir à faire sien cet étrange sentiment, a fortiori sur un champ de bataille. En toute logique, le passé qui s'éveille dans la mémoire de Kanan vient soutenir les difficultés du présent : plongé dans sa cuve de bacta, le Jedi in extremis est piégé par l'Empire en même temps que ses amis rebelles... Jusqu'à quel point son comportement est-il alors dicté par l'émulation affectueuse de son maître à présent disparu ? L'ensemble témoigne par conséquent d'une construction très solide, qui donne beaucoup de profondeur au personnage de Kanan. Le mini-récit qui conclut cet album laisse à espérer, dans une prochaine livraison, que la relation entre Kanan et son propre Padawan sera elle aussi explorée : dans l'ADN de Star Wars se trouve cette notion de passage de relais, d'une génération à l'autre. L'avenir dira si les auteurs de cette BD ont choisi de l'exprimer dans leur oeuvre...
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/