lundi 5 décembre 2016

Superposition

De David Walton j'avais déjà lu Terminal Mind, lequel ne m'avait guère convaincu. Le présent roman est traduit par Eric Holstein et il s'apparente non plus à du post-aPOUARRGHH mais bel et bien à de la hard-science quantique. Allons donc voir ce qu'il donne...
Résumé : 
Le futur proche : voitures électriques, lentilles connectées que l'on jumelle à son smartphone, tendances nouvelles et vieilles habitudes. Jacob Kelley est physicien et reçoit chez lui la visite d'un vieux collègue, Brian Vanderhall. En présence de sa famille, Brian lui tient un discours sans queue ni tête au sujet de la physique quantique, lui fait une démonstration inquiétante... et menace sa femme d'un revolver ! Quelques heures plus tard, quand Jacob se présente à son laboratoire pour tirer au clair l'étrange comportement de Brian, c'est pour le découvrir assassiné. Déclenchant alors la machinerie sur laquelle travaillait son ami décédé, il attire l'attention d'un monstre humanoïde sans yeux avant, au cours de sa fuite, de découvrir que Brian ronfle en toute tranquillité à l'arrière de sa propre voiture ! L'invention de Brian semble à même d'importer les effets quantiques à l'échelle macroscopique et promet de déclencher une nouvelle révolution technologique - mais elle ouvre aussi des portes vers des univers parallèles et des dimensions inaccessibles aux sens humains, où vivent des intelligences différentes et peut-être hostiles. Pourchassé par les varcolacs et bientôt la police, Jacob Kelley pourra-t-il... se sauver lui-même ?
La physique quantique est cette branche étrange du langage de l'univers à même de défier le bon sens humain : dans le cadre de ses équations, une particule peut passer au travers d'un obstacle sans l'endommager, ou se téléporter à travers le vide, ou influencer sans délai l'état d'une particule identique que celle-ci se trouve à un millimètre ou à des milliards d'années-lumière, ou même avoir autant de probabilités d'exister en un point A qu'en un point B distincts ! En physique quantique, on ne parle que de probabilités : c'est ce que fait David Walton au long de son roman, qui oscille (!) entre les circonstances de l'assassinat de Brian et le procès de Jacob, un procès semble-t-il perdu d'avance et qu'il peut néanmoins remporter contre toute probabilité. Ou pas.

L'intrigue policière - et juridique - est ici en effet appuyée par les contraintes implacables de la physique quantique. Pourtant, si Brian a bien été tué, il ne peut y avoir qu'un seul coupable : est-ce Jacob, ainsi que le bon sens courant le prédit ? Est-ce l'un des varcolacs, ces intelligences venues du monde quantique ? Ou bien y a-t-il une volonté plus retorse à l'oeuvre dans cette intrigue ? Je vois dans la construction de ce roman un véritable hommage aux enquêtes robotiques d'Elijah Bailey qu'imaginait le Bon Docteur Asimov, les lois étranges de la physique quantique venant se substituer aux trois lois de la robotique dans le rôle d'arbitre impartial et indifférent à l'intrigue.

Au fond, dans ce roman qui se lit si bien, c'est l'écriture parfois maladroite et les choix faits pour les personnages secondaires qui gênent le plus, car leur association donne parfois l'impression de lire un roman young adult : somme toute, l'écriture de l'auteur semble être la même que dans son si décevant Terminal Mind déjà cité. On pourra toutefois le lui pardonner, cette fois-ci : après tout, les romans du Cycle des Robots d'Asimov ne sont-ils pas accessibles au jeune public ?

samedi 3 décembre 2016

Club Uranium

Troisième volet de la Tétralogie Origines par Stéphane Przybylski : dans cet exercice de fiction historique mâtiné d'histoire secrète, l'auteur propose à son lecteur de partir aux premières heures de la Seconde Guerre Mondiale. En Irak, une expédition pseudoscientifique de l'Ahnenerbe met au jour une nécropole extraterrestre : le SS Friedrich Saxhäuser y découvre par ailleurs un vaisseau aérien très avancé ainsi qu'une arme permettant aux fantassins de se changer en surhommes, des atouts à même de garantir la victoire au Troisième Reich... Quelques temps plus tard, alors que les Alliés ont mis la main sur une partie des secrets arrachés par l'Ahnenerbe au sol d'Irak et que Saxhäuser est porté disparu, le Reich entreprend une dangereuse expédition en Angleterre pour récupérer ses trouvailles, sans savoir que des gens aux Etats-Unis ont eu vent de ces inquiétantes nouvelles et sont déterminés à en retirer une garantie de survie face aux envahisseurs extraterrestres qui s'approchent de la Terre. Voici à présent mon retour de lecture de ce troisième tome que j'ai acheté aux Utopiales de Nantes il y a quelques semaines.

Résumé : 
Le Club Uranium, c'est ce groupement informel d'hommes d'influence qui, aux Etats-Unis, ont décidé de jouer double-jeu avec les extraterrestres. Deux obédiences partagent en effet ces derniers : entre les colons, présents sur Terre depuis des dizaines de milliers d'années, qui désirent établir une symbiose avec l'espèce humaine, et les envoyés qui pour le moment sont toujours en voyage interstellaire et veulent au contraire éliminer les indigènes de la Terre qui ne sont pour eux rien d'autre que des parasites. Le Club Uranium veut jouer sur tous les plans : coopérer pour garantir sa propre survie lorsque l'invasion finale aura eu lieu... et en même temps, tâcher par tous les moyens de mettre la main sur la technologie des étrangers afin, qui sait, de la reproduire et de pouvoir jouer à jeu égal avec eux. Hitler n'a pas désarmé : alors que sa guerre en Europe de l'Ouest a pris un tournant inattendu, que la France de Vichy a suggéré l'armistice et que le Royaume-Uni vit sous le blitz, les puissants du Reich ont du temps pour planifier la suite des événements... Au gré des luttes d'influence à Berlin, une nouvelle expédition irakienne va être conduite par Saxhäuser qui vient de redonner signe de vie : l'enjeu est de reprendre les fouilles et de récupérer les derniers secrets de la nécropole... L'ancien SS a pourtant son propre agenda : bénéficiant d'une relation privilégiée avec l'un des colons extraterrestres, il ne sert plus tout à fait ses anciens maîtres nazis. Alors que l'humanité s'enfonce dans la pire guerre qu'elle ait jamais connu, elle ignore encore que le pire pourrait être à venir...
Avec les deux premiers volets de cette histoire, l'auteur nous avait habitués à cet univers où, dans les zones d'ombre de la Seconde Guerre Mondiale, se faufilent les mauvais rêves de l'histoire secrète : celle des coups de mains, celle des mauvais coups, celle des complots, celle des fantasmes - et donc ici celle des extraterrestres présents au coeur même du passé humain. Les extraterrestres de Stéphane Przybylski sont d'une variété semblable à ceux de X-Files, car ils sont présents sur Terre depuis une éternité, ont eu affaire aux premières civilisations et cherchent à coloniser notre monde ; mais le gros de l'intrigue de la Tétralogie Origines se déroulant dans la première moitié du XXème siècle, on pourrait presque se croire par moments au coeur d'une véritable préquelle à la série paranormale des années 1990 ! Clins d'oeil ou réminiscences, l'agent du Club Uranium fumeur de cigarette et son commanditaire non pas manucuré mais aux cheveux blancs "soigneusement coiffés sur le côté" ? Insérer cette histoire de complot extraterrestre au coeur de la Seconde Guerre Mondiale contribue à en rendre l'enjeu plus original : si le Club Uranium fondé aux Etats-Unis ne se leurre pas quand aux intentions des créatures venues d'outre-espace, les chefs barbouzards du Troisième Reich - de Hess à Heydrich en passant par Canaris - quand à eux, croient pour de vrai à leurs histoires d'aryens, de Thulé, de marteau de Thor et autres fantasmagories. Et quand on sait à quel point ces mêmes gens, dans la vraie Histoire, croyaient à leurs histoires "d'armes miracles" - et jusqu'à la fin des haricots ou presque ! - on se dit que c'est très bien vu.

Dans le même temps, le traitement de l'intrigue reste tonique - avec des aller-retours entre lieux, moments et même époques, y compris une intrusion au coeur de la deuxième guerre Bush vs. Irak au début des années 2000. Aller-retours qui deviennent parfois difficiles à suivre et demanderaient presque d'établir une carte mentale des endroits et des dates. On ne doute pas que l'auteur a dû construire une flèche du temps pour le moins chargée, mais notre objectif de lecteur n'est pas de reconstruire ce qui ne devait être qu'un outil de travail pour lui... Sans aller jusqu'à dire que l'on s'y perd, l'ensemble n'est pas sans occasionner parfois une sensation de confusion - et avec l'apparition de nouveaux personnages, les retours de vieilles connaissances requièrent de mobiliser un peu plus de ressources (sur le mode "c'était qui déjà celui-là et il a fait quoi ?"). Mais le noeud du problème ne se trouve pas là : tout à ses hommages aux pulps, aux X-Files, à la mythologie conspirationniste, l'auteur nous promène des Etats-Unis à l'Irak, d'Allemagne en Mésoamérique, révélant au passage que le narrateur est plus souvent qu'il y paraît un extraterrestre, et oublie peut-être bien de nous fournir de vrais clés, de vrais os à ronger pour que nous puissions faire notre boulot de lecteur, à savoir concevoir nos hypothèses et chercher à deviner ce qu'il nous réserve. Or la tétralogie touche à sa fin, le prochain tome sera le dernier : il y a ici bien peu de grain à moudre pour faire ce travail. En peu de mots, c'est décevant car aucun schéma ne semble émerger de cet ensemble - et y a-t-il pire sentence pour un livre que de constater qu'il éveille la déception ?

jeudi 1 décembre 2016

La vidéo SF du mois - Décembre 2016

Il y a quelques semaines, aux Utopiales de Nantes édition 2016, j'avais le privilège d'assister à la projection en français du pilote perdu de la série Ulysse 31 ! Présenté par Hervé de la Haye, ce moment quelque peu nostalgique a été pour moi aussi agréable qu'intéressant. Si j'avais déjà eu l'occasion de voir le fameux pilote - en version originale non sous-titrée - mon incompréhension du japonais m'avait interdit de percevoir les différences qui existent entre cet épisode jamais diffusé à la télévision et le véritable début de la série. Une recherche, dans les jours qui ont suivi mon retour de Nantes, m'a permis de découvrir sur YouTube l'existence d'une version originale sous-titrée en français... que je vais partager ici, car je pense qu'elle pourrait en intéresser d'autres que moi ! Bon voyage vers un XXXIème siècle uchronique ou presque...

lundi 21 novembre 2016

Les Terres de l'Est

Il y a quelques mois, je chroniquais Véridienne, premier volet des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier. Il m'avait semblé alors que, derrière les apparences du conte de fées - Véridienne peut se lire comme une histoire de princesses - il y avait autre chose à gratter : je m'étais promis de m'intéresser à la suite. C'est désormais chose faite.
Résumé : 
Rien ne va plus au Demi-Loup. Le prince héritier Aldemor a été banni : accompagné par Cathelle, l'une des deux Suivantes de sa petite soeur Malvane, il quitte une terre à l'avenir plus qu'incertain. La Mort de l'Eau, cette épidémie qu'il a lui-même répandue dans l'Empire de l'Est, frappe maintenant son propre pays : la frontière orientale est désormais gardée par les légions impériales qui détiennent le remède... et ne le donneront qu'à ceux qui feront défection. Au Sud, la princesse Calvina est désormais la maîtresse du château des Eponas, et alliée à Edelin - chef du peuple guerrier des Chats - elle caresse d'arracher l'indépendance de son domaine à sa cousine Malvane. Entre  la politique audacieuse et peut-être folle de cette dernière, l'apathie du roi légitime Aldemar, les traditions écrasantes du pays, l'ennemi massé à l'Est et la maladie qui promet la décimation, tout semble perdu, d'autant plus que ceux de qui pourraient venir des solutions se trouvent dispersés au quatre coins du monde, écrasés par le poids de leurs crimes ou de ceux de leurs parents... Le Demi-Loup est-il condamné ?
Autant le précédent volet s'apparentait à une intrigue de château impliquant des princesses vivant une enfance puis une adolescence dorées, autant celui-ci permet à l'auteur de dévoiler un peu plus le monde au sein duquel s'insère le royaume froid et arriéré du Demi-Loup. A l'Est, l'Empire de la Gloire - c'est le nom - s'apparente à une antithèse du pays qu'il cherche à transformer en province fédérée : il y fait chaud, les villes y sont très peuplées, les arts et la science y fleurissent, et l'Histoire ne se confond pas avec des mythes à moitié oubliés. A l'Ouest, les Plaines Jaunes accueillent des peuplades nomades qui vivent une vie plus simple et sans doute plus douce que celle des hobereaux et des nobles du Demi-Loup. Au-delà des frontières de ces voisins, il se trouve d'autres espaces, d'autres pays, montrant que ce monde est plus grand et plus complexe qu'il y paraît, mais comme son titre l'indique, c'est bel et bien l'Empire de l'Est qui sera l'objet principal des intrigues du moment.

Celles-ci, c'est résolu, seront géopolitiques. Après avoir subi l'invasion puis la guérilla - en forme de nettoyage ethnique - de l'armée dirigée par Aldemor, l'Empire s'est trouvé un nouvel empereur et va sans nul doute chercher à mettre la main sur le Demi-Loup affaibli par l'épidémie : en fait, c'est déjà commencé. Malgré la présence d'un Sénat - corrompu ainsi qu'il se doit - l'Empire tient plus de la Chine impériale que de la Rome antique, l'Etat s'y maintenant et faisant tache d'huile par son vernis civilisationnel plus que par ses seuls succès militaires, l'arriération elle-même du Demi-Loup faisant de lui une proie de choix... Et ce d'autant plus que le prince Aldemor, otage du précédent empereur pendant des années, a été imprégné par la culture ennemie tout au long de son adolescence avant de parvenir à reprendre sa liberté.

Ce sont en fait les passages concernant la longue captivité du prince Aldemor qui fascinent le plus. Le prince pleurnichard envoyé guerroyer à l'Est par son père, sans que nul ne soit en mesure d'expliquer ce choix étrange, était revenu dans Véridienne amer, désabusé, le dos alourdi par le poids des crimes commis au cours de sa mission. Avec ce nouveau voyage sur les terres de l'Est, c'est l'occasion pour le lecteur d'en apprendre un peu plus. Occasion aussi pour l'auteure de poursuivre ses expériences narratives : les personnages sont éparpillés sur la carte du monde et les lettres - ou les journaux - sont le plus souvent la meilleure façon pour eux de faire passer de l'information à un lecteur hypothétique... Il se confirme que Chloé Chevalier parvient à construire un roman de fantasy atypique sur des bases on ne peut plus communes : j'ai envie de dire que le mystère s'épaissit malgré le dévoilement de certains secrets. Au fond, où veut-elle aller ? Pour le savoir, il faudra lire la suite, s'il y en a une...

dimanche 20 novembre 2016

Seuls tome 10

Dix tomes, dont cinq déjà chroniqués ici jusqu'à présent pour la série Seuls. Il y a onze ans, l'aventure commençait pour les jeunes héros de Gazzotti et Vehlmann : c'était un été torride à Fortville - la ville fictive où démarre cette histoire - et, un beau matin, cinq enfants se réveillaient seuls au monde avant de se rencontrer puis de décider, à la faveur de quelques événements inquiétants, d'amorcer une quête pour survivre et comprendre ce qui s'est produit. Au fil des ans - et avec le passage des saisons dans cet univers semblable au nôtre en apparence - l'argument fantastique de Seuls devenait de plus en plus prégnant : les amateurs de la série savent désormais que ses protagonistes sont en réalité morts, piégés dans ce qu'ils appellent le monde des limbes, duquel on ne peut pas s'échapper même en mourant à nouveau. Au fil des ans toujours, je suis devenu critique à l'égard de Seuls : il s'agit d'un projet littéraire pour lequel je nourris beaucoup d'intérêt, ce qui ne m'interdit pas d'en pointer les défauts. Et pour aller vite sans radoter, l'étalement sur plus de dix ans d'une série à destination du jeune public, c'est... long, à tout le moins...
Résumé : 
Le groupe des enfants de Fortville a éclaté pour de bon. Terry, protégé par le Maître des Couteaux, s'abrite contre la tempête de neige... dans l'entrepôt du salon du jouet ! Dodji, capturé par un inquiétant personnage, rate sa tentative d'évasion : son ennemi l'enferme dans une prison sans porte ni barreaux. Yvan, quand à lui, mort en tentant de s'échapper, a repris vie à des centaines de kilomètres de Fortville, et va devoir trouver à son tour un abri pour échapper au froid qui s'intensifie. A Néo-Salem, Saul furieux de l'assassinat de Camille dont il était amoureux révèle à ceux qui le considèrent comme leur chef et même leur messie des pouvoirs terrifiants : sera-t-il pour eux l'avantage décisif dont ils ont besoin pour livrer la nouvelle guerre des limbes ? Alors que la tempête s'agrave, Terry décide de construire une machine à démourir afin de retrouver ses parents dans le monde réel. Une machine bricolée à partir de jouets a-t-elle une chance de fonctionner, y compris dans le monde des limbes ? Ne risque-t-elle pas de donner lieu à des résultats inattendus ?
Avec la séparation définitive (?) des cinq premiers héros de cette série, on suppose que les prochains albums vont donner lieu à un cycle plus intimiste où chacun aura droit à son moment de gloire, si l'on peut dire. Camille et Leila étant hors-jeu - l'une au frigo et l'autre... ailleurs - il pourrait donc y avoir trois albums successifs aux intrigues plus ou moins parallèles. Voilà qui augure donc un sacré ralentissement dans la progression de l'intrigue si mon intuition est bonne : le présent album, claustrophobique à souhait, revisite à sa façon les classiques du cinéma d'horreur des années 70 et 80 - le Maître des Couteaux en avatar de Leatherface, il fallait oser le faire - nous donne à sourire devant la naïveté de Terry, puis à sourire à nouveau devant les lueurs dont il parvient à faire preuve pour se tirer de la très sale situation qui est la sienne.

Comme la couverture le signale, c'est en effet lui qui joue ici le personnage de premier plan : même accompagné par le Maître des Couteaux dont la présence mutique et soudain hostile hante la moitié de l'album, c'est de lui et de lui seul que viennent les solutions et même le ressort de l'intrigue. Terry plus mûr que jamais, plus émotif aussi, moins colérique et plus réfléchi : les enfants ne grandissent pas, dans le monde des limbes, mais ils peuvent changer. Je le reconnais, je n'ai jamais été très attaché au personnage de Terry que je considérais jusqu'à présent comme une concession des auteurs au plus jeune public - ou peut-être comme une façon de mieux insérer leur série dans l'univers jeunesse de leur éditeur. Son évolution, dans ce dixième tome, est on ne peut plus favorable et si les prochaines livraisons donnent l'opportunité à d'autres personnages d'évoluer en solo - ou presque - de la même façon, je pense que la profondeur de l'ensemble peut y gagner ce que la progression de l'intrigue y perdra...

La structure narrative originale de cet album ne compense toutefois pas tout à fait cette sensation de ralentissement. Si quelques pages arrachées à l'aventure en solitaire de Terry permettent au lecteur de ne pas perdre de vue Dodji et Saul - deux des personnages qui s'attirent paraît-il le plus de suffrages chez les jeunes lecteurs - on reste sur sa faim concernant le destin de Yvan. Le geek de service n'a droit qu'à une seule page où on le voit s'atteler à la très chiante et très longue tâche de découvrir - par le jeu des essais et des erreurs - la combinaison d'un cadenas fermé par un code à quatre chiffres. Si son calcul est le bon - dix mille possibilités au plus à tenter avant de tomber sur la bonne - et si l'algorithme à employer est évident - composer une combinaison, tenter l'ouverture du cadenas, et en l'absence de succès composer la combinaison incrémentée d'une unité puis recommencer - il est douteux qu'il y parvienne sans erreur : le froid monte, les doigts se raidissent et le cerveau lui-même s'engourdit... Le prochain album nous le montrera-t-il bien arrivé à son objectif ? Ou bien mourra-t-il à nouveau pour réapparaître ailleurs, découvrant de ce fait une règle indispensable à la compréhension du monde des limbes ? Même si cette page étrange n'est pas sans soulever d'intéressantes questions, le lecteur se sent quelque peu frustré à voir les auteurs se tenir à distance de l'un de leurs personnages initiaux. Et c'est au fond le sentiment qui l'emporte à la lecture de cet album pourtant si réussi : Seuls est sur des rails, avec un univers dont les bases sont à présent bien posées. Il serait temps que l'intrigue progresse pour de bon.

vendredi 18 novembre 2016

Alix Senator tome 5 : Le Hurlement de Cybèle

Je n'avais pas suivi la date de sortie du prochain tome de la série Alix Senator si bien qu'une visite chez mon libraire BD préféré m'a offert une surprise agréable...
Résumé : 
Titus et Khephren, les deux fils d'Alix, visitent la côte orientale de la mer Egée : après Ilion, les voici à Pessinonte en Asie mineure, où Khephren cherche à réaliser son propre destin : il croit que la puissance et l'éternité l'attendent au temple de Cybèle, et son rêve ne cesse d'enfler au point de menacer sa raison. Titus, de plus en plus troublé par le fossé qui grandit entre son père et son frère adoptif, l'a suivi dans sa fugue. Le culte de Cybèle, lié au mythe d'Agdistis, représente une véritable manne financière pour les Galles, ses prêtres émasculés : corrompus, ils sont prêts à tout pour maintenir le mystère qui attire des foules de fidèles. A Pessinonte, il se raconte que la pierre noire du temple de Cybèle est disparue depuis l'époque d'Alexandre le Grand, ou bien qu'il ne s'agit que d'une réplique... Obsédé par la statue de la déesse que les Galles dissimulent au plus profond du temple et qu'il croit faite d'orichalque, Khephren est prêt à toutes les ruses, au risque de fâcher les prêtres du culte de la fertilité... Alix arrivera-t-il à temps pour sauver ses fils ?
Le précédent tome de cette aventure m'avait beaucoup plu : au coeur des ruines du monde hellénistique, Alix était confronté à une crise familiale évoquant bel et bien le fait que pour les peuples méditerranéens, la transition vers l'Imperium romain était plus qu'amorcée, promettant de remodeler le monde pour les siècles à venir. Alix, à mes yeux, c'est l'Antiquité telle que l'ai conçue à partir de la classe de Sixième : éclaboussée de soleil pour l'éternité sur les rives de la mer Méditerranée. Plus tard, j'ai découvert que l'inépuisable matrice de la culture grecque, sans vergogne réinterprétée par ses conquérants romains, avait donné lieu à des expressions plus inquiétantes et même - osons le terme - plus sinistres. Le culte de Cybèle, originaire de l'Asie mineure, est un des éléments obscurs de l'immense fonds culturel hellénique : survivance lointaine de très vieux cultes de la fertilité, auquel s'est superposée la mythologie grecque et qui reste encore, peut-être, présent dans notre imaginaire collectif. Frank Herbert lui-même ne fait-il pas invoquer la Grande Mère au très lointain héritier d'Auguste dans le Cycle de Dune ?

Face à l'inquiétant culte de Cybèle, Khephren semble bien désarmé : revêtu de son seul ubris - l'ambition démesurée qui l'incite à vouloir transgresser l'interdit - et trop orgueilleux pour faire confiance à l'expérience de son père, le voici prêt à défier les Galles. Plaçant lui-même son intelligence au niveau de ses testicules, croit-il que les prêtres de Cybèle qui en sont dépourvus seraient de ce fait plus stupides que lui ? Malgré l'amitié de Titus - que je trouve bien brave de s'entêter ainsi à suivre son frère dans toutes ses combines les plus foireuses - et malgré l'assistance tardive d'Alix, le prix à payer pour le jeune homme sera aussi énorme que terrifiant et vain. Les cultes de la fertilité, en Asie mineure comme en Mésoamérique, sont souvent d'une extrême cruauté : les lions de Cybèle sont voraces - et ses prêtres sont retors. De cette confrontation de laquelle les héros de cette histoire ne sortiront pas indemnes, émerge un album plus qu'enthousiasmant : Alix Senator atteint l'âge de la maturité, confirmant les talents au scénario et au dessin, qui n'hésitent ni à maltraiter leurs personnages ni à confronter les amateurs de la ligne claire à une horreur nouvelle. Je suis ébloui : bravo !

samedi 12 novembre 2016

La Porte d'Abaddon

The Expanse : l'univers conçu par les deux auteurs qui se cachent derrière le pseudonyme James S. A. Corey continue à... s'étendre, avec ce troisième volet de leur histoire mais aussi avec une série télévisée que j'ai commencée. Pour le moment, place à la chronique de ce roman proposé à la lecture par son éditeur que je remercie au passage.
Résumé : 
Le système solaire essaie de recouvrer des chocs des derniers mois : suite au conflit entre la Terre et Mars, l'Alliance des Planètes Extérieures s'impose de plus en plus comme un acteur incontournable. Mais, sur le nouvel échiquier, il faut aussi tenir compte de l'artefact extraterrestre issu de la protomolécule qui s'est niché dans l'orbite d'Uranus : un gigantesque anneau qui, grâce à la participation malheureuse d'un Ceinturien désirant son quart d'heure de célébrité, se révèle être un portail hyperspatial. Où mène-t-il ? Alors qu'une étincelle suffirait à mettre le feu à la poudrière que les trois factions humaines ont rassemblée autour de l'Anneau, James Holden se voit contraint de convoyer une équipe de journalistes jusqu'à lui - alors qu'il avait juré de ne plus jamais avoir affaire ni de près ni de loin à la protomolécule... Dans le même temps, la soeur de Julie Mao est résolue à éliminer Holden après avoir entaché à jamais sa réputation, en guise de représailles pour le mal qu'il a fait à sa famille. Le capitaine du Rossinante saura-t-il se tirer d'affaire, cette fois-ci ? La tâche promet d'être d'autant plus dure que l'Anneau et l'espace de transit sur lequel il s'ouvre ne sont peut-être pas tout à fait inertes...
J'aime beaucoup, dans cette série, le concept selon lequel la protomolécule n'est autre qu'un instrument de conquête - ou d'ingénierie - développé par une civilisation extraterrestre énigmatique ayant choisi le système solaire comme un nouveau point de chute un milliard d'années avant l'apparition de l'être humain... Sauf que l'Univers étant fait d'imprévus, quelque chose n'a pas fonctionné comme il le fallait : au lieu de préparer le système solaire à l'accueil de ses nouveaux maîtres, la protomolécule a dormi pendant mille millions d'années avant d'être réveillée par l'espèce humaine. Ayant accompli sa mission avec une éternité de retard, elle ne permet toutefois pas aux êtres humains de rencontrer ses créateurs car ceux-ci ont disparu. Mystère extraterrestre démultiplié par le vertige du temps : cette sensation de démesure, plus difficile encore à faire éprouver que celui délivré par les distances astronomiques ou les batailles spatiales dantesques, donne d'emblée à La Porte d'Abaddon la saveur d'un space-opera parmi les meilleurs. Le système solaire est dangereux pour l'être humain - et ce d'autant plus qu'il y apporte lui-même ses propres dangers - mais l'Univers, au-delà de l'héliopause, l'est plus encore : est-il bien sage de s'y aventurer ?

Face à cette question sans réponse évidente, les personnages de The Expanse vont adapter leurs propres comportements : trois types de réaction vont s'opposer, pour ne pas dire entrer en conflit. La plus naturelle, au sein d'un univers de space-opera, n'apparaît toutefois pas avant la résolution de l'intrigue : les personnages peuvent désirer conquérir cette nouvelle frontière qui leur est offerte. D'autres jouent la carte attentiste : perdus dans un univers de danger, il convient de peser le pour et le contre avant d'agir, de préférence en concertation. Certains enfin, poussés à la folie par le caractère étranger du monde nouveau qui leur est imposé, finissent par sombrer, ouvrant la porte aux solutions rassurantes car simplistes mais désastreuses en réalité. Belle illustration du caractère contagieux de la folie au sein d'un groupe cultivant l'entre-soi. Belle démonstration d'humanisme, surtout, car aucune des trois factions n'est épargnée par ce travers : certains personnages méritent l'Univers et d'autres ne le méritent pas ; et les Ceinturiens eux-mêmes sont susceptibles de basculer dans un fanatisme que ne justifie pas toujours une profonde foi religieuse.

The Expanse nous montre, encore et toujours, les premiers pas d'une humanité à peine sortie de son adolescence voire peut-être de son enfance dans un univers dont la vastitude elle-même est inquiétante. Ces premiers pas sont hésitants et peuvent déboucher sur de véritables catastrophes : on est très loin ici de l'Imperium de Dune dont l'étendue elle-même constitue pour l'humanité un genre de garantie de survie. De cette fragilité - si peu évidente pour nous que nous ne nous préoccupons pas de partager une seule et même planète ! - va découler l'argument de toute cette série. Avec La Porte d'Abaddon, les personnages de The Expanse font un pas décisif vers l'avant, vers l'espace et vers les étoiles : celui de la sortie du système solaire, un pas qui implique la confrontation avec d'autres formes de vie et peut-être d'autres intelligences. Dans le cadre d'une approche tutoyant par moments la hard-science, et dans le contexte de quasi-instantanéité à l'échelle astronomique des réalisations humaines, ce troisième volet - qui conclut en réalité la première moitié d'une hexalogie - promet beaucoup et au-delà pour la suite. Il est rare d'être confronté à une telle ambition en termes de space-opera de nos jours : bravo !

mardi 1 novembre 2016

La vidéo SF du mois - Novembre 2016

Pour cette édition de ma rubrique mensuelle, j'ai choisi Neon : un court-métrage cyberpunk sans paroles et pourtant efficace...

Contexte : en 2028, la lignée de nanomachines "Neon" a été prohibée : assurant la reproduction indéfinie des cellules du sujet, il s'agit d'un véritable sérum de vie... mais certains biohackers ont appris à l'utiliser pour acquérir des super-pouvoirs. Être porteur de "Neon" est désormais puni de mort - et ceux qui désobéissent à la loi sont pourchassés.

lundi 31 octobre 2016

Utopiales 2016 - jour 3


Troisième et dernier jour aux Utopiales de Nantes. Après la riche journée de la veille, et compte-tenu aussi du fait que je prenais mon train pour rentrer à Lyon à une heure de l'après-midi, cette demi-journée s'annonçait d'ores et déjà sous les couleurs du départ... mais il restait encore à faire.

J'ai commencé par explorer la riche exposition Bajram : cet auteur de BD, à l'origine de la série Universal War que je connaissais sans l'avoir lue (notez le temps du passé) a dessiné l'affiche du festival pour cette édition 2016. En toute logique, les Utopiales mettent à l'honneur son travail (et ce n'est pas un hasard si je suis reparti avec mes premiers albums de la série sus-citée...), en particulier grâce à une exposition fort intéressante dont voici quelques éléments...






La pièce qui m'a le plus tapé dans l'oeil, dans cette exposition, était celle-ci : très belle composition autour de Manhattan avec les deux tours du World Trade Center encore debout (mais le reste n'est pas en très bon état)...


Je me demande comment j'ai fait pour passer à travers Universal War et le talent de Bajram après des années à écumer les rayons SF en BD de mes librairies préférées... C'est en tout cas une belle découverte pour cette année !

Après une nouvelle (et dernière) plus grande librairie de l'Univers, un petit tour au salon qui se trouve à côté du bar de Madame Spock m'a permis de croiser nul autre qu'A.C. de Haenne, que je n'avais pas encore vu, et avec qui j'ai pu échanger un moment. Il m'a présenté Patrick Marcel (traducteur de G.R.R. Martin entre autres) qui l'accompagnait : j'ai beaucoup apprécié son t-shirt I drink and I know things ! Assez vite, j'ai dû les quitter afin de me rendre à la troisième session de courts-métrages... Devant quitter le palais des congrès vers midi et quart, il m'a été possible de voir trois des courts de la sélection : Zona-84 (pièce cyberpunk assez peu satisfaisante), Planemo (j'ai rien compris, je ne vois pas quel est le lien avec le thème du festival, et j'ai toujours rien compris), et enfin Rae (variation sur le thème du monstre de Frankenstein, j'ai trouvé la chose plutôt agréable et intéressante).

Mais l'heure tournait : il me fallait partir en me disant que ça serait bien d'y revenir l'année prochaine... Une dernière photo, pour conclure ces trois belles journées : celle de ma dernière récolte !

dimanche 30 octobre 2016

Utopiales 2016 - jour 2


Deuxième jour aux Utopiales de Nantes. Ce jour était marqué par un rendez-vous d'importance : celui de la remise du Prix des blogueurs du Planète-SF ! Étaient rassemblés presque tous les membres du Jury hormis Julien : Cédric, Gromovar, Lhisbei, Lune, Lorhkan, Xapur et moi-même.


Le verdict est désormais public : pour cette édition 2016, le Prix Des Blogueurs a été décerné au roman Les Nefs de Pangée de Christian Chavassieux. En l'absence de l'auteur et de son éditeur, le trophée a été remis à Jérôme Vincent d'ActuSF En tant que représentant des Indés de l'Imaginaire. Pour la première fois depuis sa création, la remise de notre Prix était mentionnée sur l'agenda des Utopiales, et nous disposions d'un espace officiel à l'Agora de Madame Spock ! Belle réussite pour la sixième édition du Prix. Nous avons par ailleurs invité Paolo Bacigalupi, lauréat de l'edition 2012 du Prix à venir prendre possession d'une réplique de son trophée de l'epoque : occasion de revenir sur les premiers temps de notre aventure...


L'après-midi a été fructueux lui aussi. Une table-ronde intitulée La machine est un explorateur solitaire, modérée par Raphaël Granier de Cassagnac, associait Laurent Genefort à trois scientifiques, dont deux spécialistes de l'exploration spatiale (Elisa Cliquet-Moreno et Marc Sauvage) et un autre d'échographie ultra rapide (Mickaël Tanter). Eh oui : on parle bel et bien de méthodes d'exploration médicale ! Tournant autour des "sondes", cette table-ronde a été l'occasion de faire le point sur l'évolution de ces instruments somme toute mal connus du grand public. De Voyager 2 à Curiosity, les sondes n'ont pas la même tête maintenant qu'autrefois - et elles ne sondent pas de la même façon. La sonde n'est plus considérée comme un simple prolongement des sens humains dans un lieu où ils ne peuvent se rendre... De plus en plus, elle sera investie d'une forme d'autonomie dans ses choix d'observation - et même de décision dans le cadre de l'exploration spatiale. Les sondes ont donc de beaux jours devant elles y compris en SF.


Le gros morceau fut, je pense, les deux rendez-vous suivants... Parti à l'interro-surprise de Hervé de la Haye autour des machines dans Ulysse 31 (eh ouais) je découvrais avec intérêt que mon agenda changeait pour des raisons imprévues. Au lieu de me rendre ensuite à la deuxième session des courts-métrages, il me fallait aller nulle part ailleurs qu'à la projection surprise... Puisque le même intervenant allait nous régaler avec une projection de l'épisode-pilote jamais diffusé en français de cette série emblématique des années 1980 ! L'épisode enregistré sur une vieille VHS est endommagé, mais il méritait d'être vu pourtant. La séance de questions qui a suivi a été elle-même fort intéressante. Je me demande d'ailleurs si je ne proposerai pas un jour à l'intervenant le principe d'une interview par mail : merci à Lhisbei de m'avoir soufflé l'idée !


Pour conclure cette journée, il ne me restait plus qu'à faire part de mon butin... de nouveau, j'ai été raisonnable. Les Commutants de Nicolas Alucq m'a été offert par son auteur, et je l'ai accepté après l'avoir prévenu que je ne le chroniquerai sans doute pas tout de suite. Nous verrons bien ! À demain pour la dernière matinée...

samedi 29 octobre 2016

Utopiales 2016 - jour 1


En ce terme de ma premiere journée aux Utopiales de Nantes édition 2016, il est temps d'écrire la première page de ce journal qui en comptera trois : une par journée, la deuxième promettant d'être la plus longue...


Arrivé à Nantes aujourd'hui à une heure de l'après-midi, je me suis dépêché de me rendre (après un passage éclair à l'hôtel où je loge) au centre des congrès voisin. Peu de choses ont changé pendant les quelques années où je ne me suis pas présenté au plus grand festival de SF de France. Attiré comme un aimant par la plus grande librairie de l'univers, j'y ai presque tout de suite croisé un estimé blogoconfrère arrivé la veille, en la personne de Gromovar qui, à ma demande, m'a fait faire un bref tour du propriétaire... Le passage en librairie a été aussi l'occasion d'un premier achat, sur lequel je reviendrai en fin de cette première page de journal.


Il était temps après cette rencontre d'aller faire une première découverte. J'ai été séduit par l'exposition VR2PLANETS qui propose deux concepts intéressants : faire l'expérience en réalité virtuelle d'un paysage martien, avec des lunettes et deux manettes permettant d'interagir avec cet environnement, et une fort intéressante présentation d'Olivier Grasset, géologue et planétologue a l'Université de Nantes, qui mérite je pense le titre de premier homme ayant piloté un vaisseau spatial sur Mars avec un paddle de célèbre console de jeu vidéo !

Après une petite promenade dans les rues de Nantes, il était temps de revenir au palais des congrès et d'assister à la projection de Ex Machina dont je pense parler plus tard... Mais avant ceci, j'ai croisé plusieurs blogoconfrères : Lhisbei accompagnée de Mr. Lhisbei, Tigger Lilly, et Cedric, lequel je n'avais pour le moment jamais rencontré. Reste à évoquer le moment que tout le monde attend.. J'ai été raisonnable à la librairie, avec pas plus de deux passages pour le moment... À demain !


vendredi 28 octobre 2016

Stranger Things saison 1

A la base, je ne suis pas un spectateur de séries. Dans mon enfance et mon adolescence, j'ai eu un intérêt pour les dessins animés à épisodes, un intérêt qui s'est émoussé puis dissipé à un moment pour revenir une dizaine d'années plus tard, si bien que je n'ai pas franchi le pas de m'intéresser aux séries filmées. Bon, à l'exception de X-Files, bien sûr, dont j'ai été un spectateur assidu à partir de 1996. Le fait que cette bonne série ait un peu tourné en eau de boudin à partir de sa sixième saison (il me semble) n'a pas été de nature, il est vrai, à m'inciter à trouver autre chose à me mettre sous la dent quand elle s'est terminée. A l'époque, j'avais redécouvert le cinéma, lequel n'était alors pas si cher que maintenant, si bien que j'avais pris l'habitude de me rendre dans les salles obscures environ une fois par semaine. Je n'avais pas la télévision non plus (cela fait à peine deux ans que j'en ai une chez moi). Les gens qui me parlaient avec entrain de séries télévisées m'apparaissaient alors comme un peu étranges : comment s'intéresser à un spectacle dont le scénario est destiné à masquer le caractère répétitif ?

Et puis, à un moment, les amateurs de séries ne se sont plus contentés d'en parler dans la vraie vie ou au détour d'un fil hors-sujet sur un forum. Des blogs leur ont été consacrés, y compris sur des médias dits de référence. Mieux, des blogueurs SFFF se sont mis à en parler. De toute évidence, je loupais quelque chose. Je ne dirai pas ici quelle série m'a réconcilié avec ce type de spectacle... car je tiens à inaugurer ce tag "série" sur mon blog avec Stranger Things.

Résumé : 
Hawkins, petite ville tranquille de l'Indiana : son collège où quatre gamins - geeks avant l'heure - montent un club de radio-amateur quand ils ne jouent pas à Donjons & Dragons, son lycée où grands frères et grandes soeurs nouent leurs premiers attachements sentimentaux, son shérif débonnaire, alcoolique et dépressif, et son complexe ultra-secret du Département de l'Energie. Une belle nuit de 1983, Will Byers disparaît après avoir quitté ses trois amis avec lesquels il vient de passer des heures à jouer sur un plateau de Donjons & Dragons. Quelques heures plus tard, une jeune fille du même âge que la petite bande de geeks fait son apparition dans un dinner crasseux à proximité du laboratoire du Département de l'Energie. Pour la mère de Will, la disparition de son fils n'est pas une fugue, d'autant plus que des événements électriques étranges commencent à frapper sa maison : elle en est certaine, le garçon est tout près et une menace ignoble pèse sur lui... Pour les trois amis de Will partis à sa recherche, la rencontre avec la jeune Eleven échappée du laboratoire et douée de télékinésie va orienter leur quête vers un monde pas si éloigné de leurs intérêts de geeks. Pour le shérif, et pour d'autres, il devient pressant de tirer au clair les circonstances de la disparition de Will - car une expérience a très mal tourné au laboratoire, et les disparitions ne s'arrêteront pas...
Immersion réussie au début des années 80 pour cette série de huit épisodes qui rend un hommage net à l'oeuvre de Spielberg. Le groupe de gosses qui joue à D & D ? E.T., bien sûr. Le personnage aux pouvoirs surnaturels que l'on cache dans une cave ou un placard ? E.T. aussi, bien sûr encore. D'autres références permettent aux gosses des 'eighties - ce que je suis - de replonger dans l'ambiance culturelle de cette époque : la bande-son qui ose le synthétiseur - instrument décrié pour d'injustes raisons, le punk-rock anglais de The Clash (à l'époque, c'était pas encore hype d'être punk, mais depuis c'est devenu has been) représenté par Should I stay or should I go en guise d'intérêt musical de Will, et les clins d'oeil à Star Wars, au légendarium de Tolkien, et j'en oublie... On trouve dans Stranger Things comme un écho de cette nostalgie que Stephen King professe pour les 'fifties et, là encore, pour le peu que je connaisse de l'oeuvre du maître de l'horreur, il est tentant, très tentant de voir le monstre qui hante cette série comme un avatar lointain de Ça. Les références ne manquent donc pas, et il est logique d'une certaine façon que Stranger Things mette en avant des geeks en tant que protagonistes et même héros : quelque part, ce public forme le coeur de cible de cette série.

Mais, parlons d'horreur puisque c'est l'un des genres auxquels se rattache Stranger Things. L'évocation du monstre que j'ai faite quelques lignes plus haut ne tiendra, je l'espère, du spoiler pour personne ici. La série invoque les mânes de recherches paranormales organisées par une officine du gouvernement américain (thème déjà croisé dans Les Chèvres du Pentagone) pour expliquer l'irruption de Eleven dans la vie du trio des amis de Will. Cette même Eleven qui, avec ses pouvoirs décuplés en caisson d'isolation sensorielle, parvient à franchir les frontières de notre dimension pour atteindre un ailleurs qu'elle nomme "monde à l'envers" : une réalité alternative, semblable à la nôtre, mais sombre, froide et toxique, où (sur)vit un prédateur humanoïde et pourtant tout à fait inhumain. Le multivers cher à certaines oeuvres de fiction magique est cité d'une façon implicite, mais dans un contexte des plus sinistres : quelque part, notre monde représente une forme d'optimum dont la chaleur et la vie attirent des entités hostiles, car elles savent pouvoir y trouver leur subsistance... et peut-être, aussi, les moyens d'assurer leur pérennité. Il ne doit pas échapper au spectateur que le monstre de Stranger Things est solitaire. Est-il le dernier de son espèce et, à ce titre, déterminé à se reproduire ? Ou bien est-il quelque cheval de Troie conçu par ce répugnant mycélium qui pullule dans le "monde à l'envers" afin de prendre pied dans une réalité plus accueillante ? La fin de la série reste tout à fait ouverte sur ce point, et cela contribue aussi à cette saveur dérangeante qu'elle laisse en bouche.

Stranger Things promet beaucoup, et tient beaucoup de ses promesses. En ouvrant la voie à d'autres développements - une deuxième saison est prévue si j'ai bien suivi - elle promet encore plus. La SF est belle quand elle est servie par une telle ambition : bravo !