samedi 23 juillet 2016

Independence Day : Résurgence

Independence Day, pour moi, c'est avant tout une série de souvenirs. Octobre 1996 : j'ai seize ans, je suis en Terminale S, et plusieurs de mes camarades de classe organisent une sortie au ciné un Vendredi soir pour aller voir ce blockbuster. Manque de pot, j'ai une leçon de conduite le lendemain à soixante bornes et du coup, je n'y vais pas... et je découvre à huit heures le lendemain que mon moniteur, souffrant, annule la leçon. Furieux, je suis le premier à lancer parmi mes amis l'idée d'aller voir le Mars Attacks de Tim Burton puis Le Cinquième Elément de Luc Besson - mine de rien, 1996-1997 avaient été des années riches en sorties space-op' au ciné. Je me jette sur la novélisation d'Independence Day aussitôt parue. Et, pendant l'Eté, je me procure la cassette vidéo à peine sortie : l'idée, c'était de faire disparaître la sensation d'avoir manqué quelque chose à cause d'une leçon de conduite en fin de compte annulée... Quelque part, cette occasion manquée fut aussi celle de ma redécouverte du cinéma - j'y suis très peu allé pendant mes années Collège et Lycée - puisque, depuis, je n'ai jamais cessé d'y aller. Mais le film, dans tout ça ? Eh bien... il suffira de dire que ce film, que j'avais été frustré de ne pas voir au cinéma, je ne l'ai regardé en fin de compte qu'une seule fois. Etait-ce l'effet petit écran ? Etait-ce lié aux qualités intrinsèques de ce film, pas suffisantes pour me convaincre ? Y avait-il meilleure expérience, pour en avoir le coeur net, que d'aller voir sa suite au cinéma ?

Résumé :
Vingt ans après l'échec de l'invasion extraterrestre, le monde a été reconstruit. Jamais les nations de la Terre n'ont connu pareille concorde. La technologie alien, décortiquée, a déclenché une nouvelle révolution industrielle, celle de l'antigravitation. C'est un véritable âge d'or pour la planète, maintenant défendue par un réseau de satellites à canon laser et surtout par une base internationale lunaire. A l'approche du quatre Juillet 2016 et des célébrations du vingtième anniversaire de la victoire humaine, des événements inquiétants se produisent pourtant... L'ancien Président des Etats-Unis, "commander in chief" au moment de la victoire, est affligé par des cauchemars récurrents. Un énorme vaisseau de forage posé au beau milieu de l'Afrique équatoriale se rallume tout seul. Et les prisonniers aliens, catatoniques depuis leur défaite, s'animent à nouveau. Pour les anciens, ces indices laissent à penser que les envahisseurs vont faire leur retour... Vingt ans de labeur vont-ils suffire à l'humanité pour faire face ?
D'autres que moi pointeront, avec un talent que je n'ai pas, les invraisemblances et le caractère convenu de ce qui est pour moi le premier d'une loooongue série de blockbusters estivaux. Le vaisseau alien plus gros que celui du précédent épisode : c'est fait. Les immeubles et les monuments qui pètent dans tous les sens (avec une pseudo-pointe d'autodérision) : c'est fait aussi. La belle équipe de vainqueurs du précédent épisode : c'est fait encore. Les bons sentiments, les morts attendues, les rebondissements prévisibles, la tronche de la reine alien qui évoque un peu un hybride entre un Protoss et un Zerg : tout ça, c'est fait. On rajoutera l'humour lourdingue, la panoplie de héros habituels et caricaturés jusqu'à la corde, quelques drapeaux américains là où il faut et zou, c'est emballé. Je suis content d'avoir un abonnement ciné... au moins, je n'ai pas payé trop cher les deux heures passées devant ce, allez, film.

En 1996, Independence Day, premier du nom, sortait dans un monde fort différent du nôtre. En 1996, l'Union soviétique avait déposé les armes cinq ans plus tôt. En 1996, Bill Clinton était Président des Etats-Unis. En 1996, la dernière superpuissance mondiale - on disait même hyperpuissance, à un moment - savourait sa victoire politique, économique et même culturelle : c'était à l'époque le début de la démocratisation de l'Internet en Europe, le monde se mondialisait, la guerre froide avait pris fin et l'avenir était radieux. Independence Day est un film dont le succès ne peut se comprendre que dans ce contexte : pour un monde qui vit une période de détente et de prospérité sans précédent après plusieurs décennies de polarisation politique, la seule menace encore concevable est celle qui vient de l'extérieur - et qu'est-ce qui est encore extérieur à un monde mondialisé sinon ce qui lui est extraterrestre ? Cinq ans plus tard, la chute des deux tours du World Trade Center vient pourtant apprendre aux gens qu'il existe autre chose à craindre que les terreurs venues du ciel : l'Union soviétique était un colosse aux pieds d'argile, et les Etats-Unis en sont un autre. Dans le contexte de Independence Day : Résurgence, les attentats du onze Septembre 2001 n'ont pas eu lieu. Non content de nier cette scène primitive de notre monde contemporain, ce film se débranche de tout contexte en lui substituant l'invasion extraterrestre et en inventant un cadre socio-culturel idyllique. Les engins volent sans moteurs à essence, on voyage de la Terre à la Lune en quelques minutes, le monde est en paix, l'environnement est préservé... Plus que le caractère convenu des personnages, de l'intrigue, et les invraisemblances du scénario, c'est en fin de compte cette déconnexion hallucinante entre le contexte actuel et les présupposés de ce film qui pose problème. A qui s'adresse au fond Independence Day : Résurgence ? A ceux qui croient que le monde, en 2016, est le digne descendant de celui de 1996 ? A ceux qui n'ont pas arrêté de danser sur le volcan malgré l'éruption de 2001 ? Si c'est le cas, bravo : c'est réussi.
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

vendredi 22 juillet 2016

Centaurus tome 2 : Terre étrangère

Il a déjà été question ici de Centaurus, une série de BD space-op' scénarisée par Leo (Les Mondes d'Aldébaran) et Rodolphe, et dessinée par Janjetov (Les Technopères). Alors, qu'en est-il de ce deuxième volet ?
Résumé :
Une mission d'exploration débarquée sur la planète Véra inspecte les structures artificielles repérées depuis l'espace. L'équipe, à laquelle participent Joy et June, les jumelles dont l'une des deux bien qu'aveugle dispose d'un surprenant sens de la double-vue, est consciente de l'importance de la tâche : il s'agit rien de moins que de confirmer Véra comme un abri possible pour l'espèce humaine qui a fui une Terre ruinée, alors que le vaisseau générationnel qui a emmené les survivants jusqu'au système de Centaurus ne permettra peut-être pas d'aller beaucoup plus loin... Sur Véra, les installations artificielles - de toute évidence conçues pour des êtres différents de l'humanité - semblent désertées, mais la planète recelle pourtant des surprises dont certaines sont très dérangeantes. A bord du vaisseau lui-même, une enquête se poursuit : quelqu'un, ou quelque chose, est monté à bord pendant le voyage... Et cette entité a laissé des traces discrètes de son passage à bord...
Disons-le avec honnêteté : cet album est enthousiasmant ! Suite à un premier tome d'exposition plutôt réussi, qui donnait l'occasion de redécouvrir un peu la façon de travailler de Leo mais aussi celle de Janjetov, les attentes étaient assez élevées. En particulier, je faisais peser sur Leo une belle responsabilité : relevé sur cette série du travail au pinceau, il était temps pour lui de se concentrer sur le seul stylo, une occasion comme une autre de mettre fin aux errements qui ont fait souffrir la série Antarès. Le contrat me semble rempli : l'intrigue ne montre pas de temps mort, les explorateurs de Véra font découverte sur découverte, alternant l'inattendu et le dérangeant. L'intercalage de séquences à bord du vaisseau en orbite permet de relancer l'intérêt de l'exploration : si certains lieux évoquent des archétypes issus peut-être de l'inconscient collectif de cette humanité arrachée à son sol natal, il se pourrait aussi que certains membres de l'équipage ne soient eux-mêmes que des simulacres. Véra ne serait alors qu'un monde truqué, un concept renforcé par la très belle image finale, et une idée que je trouve à la fois belle et absente par ailleurs dans la série Les Mondes d'Aldébaran - même si des lecteurs de Leo plus assidûs que moi me parleront sans doute de sa série Kenya pour me démontrer son goût pour les mondes truqués !

Le dessin de Janjetov, sans surprise, reste bien reconnaissable depuis l'époque de sa collaboration avec Jodorowsky. Moins glacé que dans Les Technopères, affectant moins la perfection du silicium, il donne ici l'impression d'avoir gagné en maturité. Du coup, les personnages en apparaissent plus expressifs, plus faciles à reconnaître, en un mot, plus humains - tour de force s'il en est quand on pense à cette impressionnante galerie de vrais-faux jumeaux : même celui de la paire qui n'a... pas sa place à bord du vaisseau présente une expression bien à lui qui l'insère, à sa façon, au sein d'une humanité à laquelle il n'appartient pas tout à fait. J'ignore lequel des trois compères a eu cette idée, mais c'est un fait que le soin mis à représenter ces personnages-là éclaire en réalité toute l'humanité des autres. On se retrouve donc bien dans un univers humaniste, celui de Leo, mais qui prend une saveur bien spécifique et surtout éloignée de celle des derniers tomes des Mondes d'Aldébaran. Le prochain tome - après Terre promise et Terre étrangère, Terre d'Election ? - permettra de juger une bonne fois pour toutes cette série. Je suis sûr que cette intrigue peut se résoudre en un seul épisode supplémentaire : si Leo le fait, et confirme qu'il renonce à cette manie de la pentalogie et autres séries à rallonge, cela me comblerait ! Quoi qu'il en soit, Centaurus représente à l'heure actuelle ce que la SF en BD fait de mieux... Bravo !
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mercredi 20 juillet 2016

The Nightmare Stacks

A nouveau - encore - l'Univers de la Laverie de Charles Stross, avec cette fois-ci le tout dernier titre paru, sorti depuis un mois environ.
Résumé :
Alex Schwartz est un jeune homme timide : brillant mathématicien, vampire depuis moins d'un an, son nouvel employeur - la Laverie - l'envoie en mission à Leeds. Depuis la débâcle de la Nouvelle Annexe, les services secrets paranormaux de Sa Majesté recherchent un nouveau quartier général et un bunker datant de la Guerre Froide en plein centre du Royaume-Uni mérite d'être inspecté par leurs deux recrues les plus récentes pendant les premières phases du déménagement. Mais pour Alex, natif du coin, c'est la garantie d'avoir à être à nouveau confronté à son envahissante famille - et comment avouer à ses parents qu'il a perdu son job en or à la City of London, qu'il n'a toujours pas de copine et qu'il est devenu un vampire ? Alex ne le sait pas encore, mais il y a pire à craindre que d'être confronté à ses parents : sur une Terre parallèle ravagée par sa propre version du CASE NIGHTMARE GREEN, les débris de l'Empire de l'Etoile du Matin s'apprêtent à entreprendre une migration désespérée. Et Leeds est au coeur de leur plan d'invasion...
Le CASE NIGHTMARE GREEN est la sentence d'apocalypse qui pèse sur les personnages de la Laverie. Un alignement d'étoiles favorables, une somme d'intelligence - ou de puissance de calcul - supérieure à un seuil fatidique promettent l'irruption d'entités hostiles à même de ruiner l'environnement terrestre et de détruire l'espèce humaine. Depuis le début ou presque de la série, les personnages sont confrontés à leur destin peu enviable - annoncé pour la décennie en cours - et, en pratique, tentent par tous les moyens de retarder son arrivée. Ceci étant dit, afin de renouveler sa propre série sans pour autant l'amener à son point final, Stross avait recours à quelques expédients : après avoir confronté ses personnages au vampirisme dans The Rhesus Chart puis au phénomène super-héroïque dans The Annihilation Score, il aurait été peut-être un peu trop évident d'aller chercher une nouvelle figure paranormale du folklore populaire et de l'insérer dans l'univers de la magie rituelle - assistée par ordinateur - de la Laverie.

C'est pourtant ce que tente Stross en s'emparant - rien de moins - que... des Elfes de Tolkien ! Une fois de plus, le talent de l'auteur s'exerce : il se montre toujours aussi talentueux quand il s'agit de citer ses prédécesseurs les plus brillants, de remanier les puissantes images qu'ils ont su créer, pour les réutiliser dans un ensemble cohérent, se payant même le luxe de faire chevaucher à ses Elfes des créatures monstrueuses qui semblent partager un peu plus qu'une parenté avec les licornes d'Equoid. La cohérence de la construction satisfait et convainc aussitôt : les Elfes de Stross, comme ceux de Tolkien, sont beaux, forts, disposent de puissants artifices magiques - même si l'auteur du Seigneur des Anneaux ne leur faisait pas employer eux-mêmes le terme de magie pour décrire leurs propres talents, se fient à la nature plutôt qu'à l'industrie pour appuyer leur civilisation... et utilisent des armures que l'on imagine volontiers aussi soignées que celles entrevues dans les films de Peter Jackson (Le Hobbit). Les Elfes de Stross, toutefois et au contraire de ceux de Tolkien, sont imbibés d'un sentiment de profonde supériorité, se montrent cruels et déterminés à la conquête : ce ne sont, en fait, rien d'autre que des êtres humains à l'allure étrangère, évolués d'une façon différente, mais bien loin d'être dépourvus d'ubris. La confrontation est inévitable : leur propre monde est en ruine et leur espèce condamnée à l'extinction, une façon comme une autre pour Stross de nous donner à voir les conséquences du fameux CASE NIGHTMARE GREEN.

Et pourtant, The Nightmare Stacks ne tient tout compte fait pas toutes les promesses qu'il fait à son lecteur. Le choix savant de la référence, la solidité de la construction, le soin mis à retourner les a priori geeks sur les Elfes ne masquent pas la pauvreté sidérante de l'argument de ce livre, qui peut se résumer ainsi : "un vampire puceau rencontre une princesse elfique, ils tombent amoureux et à la fin ils sauvent la planète". Pour la deuxième fois, Stross commet à mon sens une erreur, celle d'avoir (re)fait du Une Affaire de Famille dans un univers qui ne s'y prête pas très bien. Comme par hasard, cette erreur se reproduit à nouveau en l'absence de Bob Howard, le personnage principal de la série jusqu'à The Rhesus Chart : reste à espérer que, pour le prochain volet de cette histoire, Stross aura la bonne idée de nous rendre le héros malgré lui qui faisait en fait toute l'âme de la Laverie...

mardi 19 juillet 2016

Star Wars Kanan tome 2

J'ai déjà parlé ici de cette série qui étend l'Univers de Star Wars nouvelle mode. Un nouvel album étant sorti depuis peu, et ayant envie d'écrire ces jours-ci...
Résumé :
Kanan Jarrus a subi une très grave blessure. Il récupère dans un état comateux, au fin fond d'une cuve de bacta, alors que ses amis les Rebelles, anxieux, en sont réduits à espérer qu'il s'en tirera... Dans son état d'inconscience, l'esprit de Kanan dérive et le renvoie vers un passé lointain, celui où il n'était encore que Caleb Dume, simple Initié au Temple Jedi, espérant de toute son âme être choisi comme Padawan par Depa Billaba. Pour Caleb, rien ne comptait plus que de participer à la Guerre des Clones qui tirait alors à sa fin. Alors, suite à sa participation à la défense du Temple contre un assaut, le voici catapulté au côté de son nouveau maître sur un champ de bataille. Celui du "premier sang"...
Le premier volet de cette série nous donnait à voir un Caleb Dume désemparé après avoir échappé in extremis à l'Ordre 66 : on ne savait alors rien ou presque de son histoire personnelle et des circonstances qui l'avaient amené à devenir Padawan. Or, dans Star Wars, les relations entre le maître et son apprenti jouent un rôle primordial : du hasard de la rencontre jusqu'aux nécessités du Destin - manipulés dans les deux cas par la volonté de la Force ? - ces relations expliquent et justifient même l'évolution future du Jedi. Ici, hasard et Destin se croisent pour amener Caleb et son maître à coopérer ensemble, avant même leur association officielle. Occasion pour le lecteur de visiter le Temple et d'avoir un aperçu de Coruscant : si le Sénat n'est pas visité, par contre, les relations complexes au sein du Conseil Jedi sont assez bien évoquées. Une fois de plus, je ne peux m'empêcher d'être tracassé par le côté un peu trop brut de décoffrage de Yoda et de Mace Windu : ces deux-là, pour talentueux qu'ils sont, ne sont pas capables de voir d'où provient le véritable danger, malgré leur attachement presque entêté aux règles...

Ces premières visites sur un champ de bataille sont pour Caleb l'occasion de faire face à des situations bien nouvelles pour lui : se faire des amis parmi les hommes de troupe - lui qui n'a eu pour le moment que des camarades de classe, concurrents un peu jaloux, recevoir une première blessure - le premier sang - et surtout faire face à la mort, celle qu'il donne et celle à laquelle il assiste. La voie du Jedi est celle du renoncement, comme le montre bien cette litanie entonnée par les Initiés au début de l'album ; c'est une chose de le savoir d'une façon théorique et c'en est une autre d'avoir à faire sien cet étrange sentiment, a fortiori sur un champ de bataille. En toute logique, le passé qui s'éveille dans la mémoire de Kanan vient soutenir les difficultés du présent : plongé dans sa cuve de bacta, le Jedi in extremis est piégé par l'Empire en même temps que ses amis rebelles... Jusqu'à quel point son comportement est-il alors dicté par l'émulation affectueuse de son maître à présent disparu ? L'ensemble témoigne par conséquent d'une construction très solide, qui donne beaucoup de profondeur au personnage de Kanan. Le mini-récit qui conclut cet album laisse à espérer, dans une prochaine livraison, que la relation entre Kanan et son propre Padawan sera elle aussi explorée : dans l'ADN de Star Wars se trouve cette notion de passage de relais, d'une génération à l'autre. L'avenir dira si les auteurs de cette BD ont choisi de l'exprimer dans leur oeuvre...
http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

samedi 16 juillet 2016

The Annihilation Score

Suite immédiate à The Rhesus Chart, The Annihilation Score s'inscrit dans l'univers de la Laverie de Charles Stross. Ce cycle contient de jolis morceaux d'horreur et d'humour anglais, ce qui explique bien volontiers l'intérêt que j'y porte...
Résumé :
Dominique O'Brien (alias Mo), philosophe et violoniste, est une employée des services secrets paranormaux de Sa Majesté : on lui a confié un violon fait d'os humains, dont elle peut tirer des mélodies à même de violer la trame de la réalité - mais aussi de tuer les démons et les entités étrangères qui rôdent à la lisière du monde observable. Pourtant, sa dernière mission est pour le moins inhabituelle même selon les critères de la Laverie... Un peu partout, des gens acquièrent par hasard des superpouvoirs et certains se changent en super-héros. On demande alors à Mo, déjà épuisée par son travail et craignant d'avoir à se séparer de son mari, de construire la première agence super-héroïque de Grande Bretagne, afin d'en canaliser les membres dans le cadre de la loi. Or, qui dit super-héros dit aussi super-vilains... Qui est l'inquiétant Docteur Freudstein, capable de s'infiltrer au coeur de la Banque d'Angleterre et d'une centrale nucléaire ? Et pourquoi l'inquiétant violon de Mo se permet-il de venir la troubler jusque dans ses rêves ?
Dans les précédents épisodes, Bob - le mari de Mo - tenait la vedette. The Rhesus Chart nous le montrait aux prises avec un nid de vampires et aux conséquences de leur intégration - contrainte et forcée - à la Laverie. Ce livre se terminait par une confrontation entre Bob et Mo, devenus tous deux plus que ce qu'ils étaient au moment de leur mariage... De ce fait, Bob est presque absent de The Annihilation Score, par monts et par vaux afin de réparer le désordre lié à l'invasion des locaux de la Laverie. Mo devient donc l'héroïne de cette histoire, un choix intéressant : au contraire des apparences, elle n'est en rien une femme fragile, et son violon en fait en réalité un des personnages les plus dangereux au sein de cet univers.

La voilà pourtant propulsée dans un univers qu'elle maîtrise mal : diriger une agence super-héroïque n'est pas une sinécure, même lorsque l'on a la chance d'être appuyée par une experte ès ressources humaines. Semaines de soixante-dix heures de travail, mises au grill par des responsables politiques, interventions mouvementées sur le terrain, le tout sur fond de divorce probable et de CASE NIGHTMARE GREEN - cette menace cosmique selon laquelle, dans un avenir proche, de très puissantes entités vont s'intéresser d'un peu trop près à notre planète et à notre espèce humaine. Autant dire que Mo ne va pas bien et finit par avoir quelques difficultés à maintenir son bon discernement, une fragilité inattendue de la part de ce personnage : dans le tandem qu'elle forme (formait) avec Bob, il apparaissait depuis le début de la série comme le plus fragile.

Quel dommage, dans ces conditions, que tant de pages de ce roman soient consacrées aux affaires de coeur qui viennent perturber Mo ! La cohabitation avec Bob devient difficile dans la mesure où le violon d'os de Mo se montre jaloux - si l'on peut dire... Et avec son absence prolongée, le champ est libre pour que Mo - devenue le Docteur O'Brien ! - se laisse plus ou moins séduire par le premier bellâtre en uniforme de policier, lui-même super-héros sous le masque. Cette intrigue sentimentale, rattachée à l'intrigue principale sur la fin d'une façon quelque peu artificielle, m'apparaît comme un peu trop convenue et me rappellerait (presque) le piteux Une Affaire de Famille du même Stross. Qu'il est dommage de voir ce développement bien superflu grignoter le temps fictionnel et contraindre l'auteur à conclure son histoire en moins de vingt pages ! Et pourtant, que cette fin est brillante ! C'est là tout le talent de Stross, qui maîtrise son sujet assez bien pour ne pas manquer sa conclusion malgré un développement peu intéressant. On admettra tout à fait qu'il s'agissait d'une tentative de renouvellement : cela mérite bien d'être salué, malgré l'effet en demi-teinte...

vendredi 1 juillet 2016

La vidéo SF du mois - Juillet 2016

Star Child est un charmant court-métrage de space-opera fait par KennedyBoy. Le lecteur attentif de ce blog se doutera, je pense, que l'irruption d'une planète désertique dans l'intrigue n'aura pas été pour me déplaire...

Résumé : A bord d'un vaisseau endommagé, un jeune homme fait grimper sa petite soeur aveugle dans une capsule de sauvetage. Peu de temps après, la voici piégée sur une planète hostile alors que ses réserves respiratoires s'amenuisent...



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dimanche 26 juin 2016

Méta-Baron tome 2 : Khonrad l'Anti-Baron

Il y a quelques mois, je parlais ici du premier tome de la dernière série en date au sein de l'Incaliverse inventé par Jodorowsky à la fin des années soixante-dix. Les auteurs n'ont pas été longs à nous gratifier de la suite, parue un peu plus de six mois après le premier volet de cette histoire...

Résumé :
Alors que les réserves d'épiphyte sont en train de s'épuiser, Wilhelm-100 a décidé que le meilleur moyen de régler le problème serait encore d'éliminer le Méta-Baron. Le guerrier ultime est capable de venir siphonner l'épiphyte comme bon lui semble, amoindrissant encore les derniers gisements... Le Techno-Amiral a chargé son âme damnée Tétanus de lui fabriquer un clone du Méta-Baron, mais une divergence méthodologique entre le terrifiant Wilhelm-100 et son esclave conduit à la production de Khonrad, un monstre sans passé, sans mémoire, né de l'utérus d'un bovidé femelle de laquelle il s'extrait à la seule force de ses ongles et de ses mains. Pour Wilhelm-100, c'est le moyen d'éliminer à jamais le Méta-Baron - mais Tétanus voit sa création comme le fils qu'il n'a pas. Alors que le Techno-Pape s'impatiente et que l'Empire est promis à l'effondrement lorsque l'épiphyte aura disparu pour de bon, le destin de l'univers dépendra-t-il de la confrontation entre le Méta-Baron et son clone maléfique ? Et si cette rencontre aussi impossible que révoltante était en fait le premier pas sur un chemin nouveau pour le Méta-Baron - et peut-être même l'espèce humaine toute entière ?
Le premier volet de cette histoire m'avait beaucoup plu : l'Incaliverse n'est jamais si convaincant que lorsque ses méchants sont réussis. Les affreux Aristos et les sinistres Technos étaient d'excellents méchants, les Shabda-Oud (des espèces de Bene Gesserit un peu loupées qui font leur apparition dans la série La Caste des Méta-Barons, dont je ne suis pas très fan, il est vrai) un peu moins... Ici, Wilhelm-100 apparaît comme un véritable méchant bien badass : il s'est fait greffer deux énormes bras mécaniques à la place des siens, s'en sert volontiers pour tuer dans l'instant ceux qui lui déplaisent - porteurs de mauvaises nouvelles inclus - et d'une façon générale agit sans aucune forme de moralité, faisant le mal par simple plaisir voire même ennui... Se servant de la violence et de la cruauté comme de méthodes de gestion. Et cela marche, ou n'est en tout cas pas loin de marcher.

Le principal atout de Wilhelm-100 est sans nul doute sa parodie artificielle de Méta-Baron : Khonrad, conçu par clonage, qui a pour particularité d'avoir eu deux mères dont une animale, élevé dans la souffrance, la violence et l'obéissance absolue à son maître, est bien près de venir à bout de l'original dont il est la copie. Les auteurs n'hésitent pas, en effet, à mettre leur personnage principal en danger de mort, chose qui se produisait dans la première série mais en général pas face aux complots de la "simple" humanité. Il est vrai qu'ici la "simple" humanité se trouve confrontée à un péril nouveau : pas d'envahisseur, mais bel et bien la perte imminente d'une ressource indispensable au moment précis où la civilisation impériale se consolide. Les auteurs exploitent ce ressort scénaristique pour proposer un schéma aux accents herbertiens : face au danger de son morcellement que représenterait la disparition d'un voyage spatial confortable et rapide, certains personnages vont chercher des solutions. Celle de Wilhelm-100, pour intéressante qu'elle soit, n'en est pas une, puisqu'elle ne vise qu'à éliminer un symptôme bien défini plutôt qu'à résoudre le problème lui-même. C'est bel et bien le défaut du Techno-Amiral, cyborg des plus grotesques handicapé par ses propres implants, et post-humain de pacotille tout comme son Anti-Baron n'est en réalité qu'une copie très inefficiente du Méta-Baron.

Celui-ci, presque en retrait de cet album dont il est pourtant le héros (si l'on en croit le titre !), en apparaît d'autant plus intéressant : on retrouve ici le caractère mystérieux d'un personnage au départ secondaire dans L'Incal et dont l'importance avait fini par être surestimée. Ce deuxième album confirme en tout cas mon impression : la série Méta-Baron mérite que l'on s'y intéresse, car on y retrouve tout ce qui faisait la richesse de la pensée de Jodo à l'époque de L'Incal, sans les bizarreries qui s'étaient multipliées au fil des ans. Il va de soi que je continuerai à en suivre les parutions...

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jeudi 23 juin 2016

The Rhesus Chart

Je me suis replongé avec délices dans l'univers de la Laverie avec le dernier volet disponible en poche (à l'heure actuelle, hein). Avec The Rhesus Chart, Charles Stross nous propose cette fois-ci de nous intéresser à l'un des mythes les plus usés célèbres de la SF, à savoir, celui du vampire.
Résumé :
Tentant d'importer les méthodes de management des start-ups de la Silicon Valley, les Ressources Humaines de la Laverie attendent désormais de leurs employés qu'ils se mettent à travailler sur leurs propres projets sur une partie définie de leur temps de travail. Le projet d'Andy ayant manqué de très mal tourner, le voici affecté à celui de Bob qui, après avoir obtenu le report de la date de la fin du monde, s'intéresse maintenant aux vampires - ou plutôt, à la raison pour laquelle tout le monde à la Laverie soutient que les vampires n'existent pas. Même sa charmante épouse, Mo, est en mesure de lui démontrer que les vampires ne peuvent pas exister. Sauf qu'au même moment, un geek recruté par une banque londonienne se voit transformé par l'algorithme sur lequel il travaille... Une transformation qui fait de lui un être insomniaque, nocturne et qui lui donne soif. Très soif... Pour affronter ces créatures plus tout à fait humaines que sont les vampires, il faudra peut-être bien que Bob retourne affronter ses propres démons. D'autant plus que, pour la première fois, quelque chose semble mériter de qualifier ce cas d'anormal. La Laverie sera-t-elle de taille face à ce nouvel ennemi ? N'y a-t-il pas pire à craindre qu'un nid de vampires ?
Je l'ai déjà dit, je me méfie des vampires en littérature. Trop de Twilighteries ont fini par amocher Dracula et il faudra bien dix-quinze ans pour que l'on puisse à nouveau voir apparaître un vampire dans un livre sans ricaner en pensant "Edward ! Edwâââârd !". Ici, toutefois, on est chez Stross - et l'on peut s'attendre à ce que l'auteur s'empare du terme et du concept en les décortiquant pour faire sa propre cuisine. Parce que Stross n'est pas du genre à se laisser impressionner par des bellâtres, fussent-ils phosphorescents. Et donc, voici qu'il nous invente rien de moins que ce que j'ai envie de qualifier de vampirisme assisté par ordinateur. Comme souvent chez lui, le paranormal s'infiltre dans l'univers de gens normaux, voire même banaux, et peut-être même un peu couillons, grâce à la technologie qui envahit chaque année un peu plus nos vies. C'est le leitmotiv de cet univers de la Laverie : nos ordinateurs sont des portails qui ne demandent qu'à être ouverts sur d'autres réalités - où pullulent des intelligences hostiles et surtout voraces. Ici, en bidouillant un algorithme capable de prédire les fluctuations du marché - rêve de trader - le "patient zéro" de cette nouvelle épidémie de vampirisme attire l'attention d'un parasite mental qui lui concède quelques pouvoirs intéressants, les mêmes en fait que ceux du folklore. Quelques limitations à ce pouvoir : le parasite n'aime pas les UV, de plus, il a soif, très soif - lui aussi - et si on ne lui donne pas à boire, il risque de se retourner contre son hôte. Pour le reste, il n'est pas très exigeant et acceptera bien volontiers de prolonger la vie du vampire pendant quelques décennies voire plus si affinités...

Le schéma est déjà d'une simplicité qui confine au génial et suffirait à faire un très bon roman court. Mais cela ne suffit pas à Stross qui se fait un plaisir d'entrecroiser cette histoire avec le cataclysme qui s'annonce en toile de fond de cet univers : le CASE NIGHTMARE GREEN, une invasion d'entités affamées, se rapproche de plus en plus et les incidents de plus en plus dangereux auxquels doivent faire face les personnages de la Laverie témoignent de son imminence. Avec l'apparition d'un nid de vampires, et avec leur recherche méthodique d'une façon de satisfaire à leurs besoins - parce qu'ils ont soif, très soif, eux aussi... - c'est la première fois que l'agence d'espionnage paranormal du Royaume-Uni doit faire face à un tel risque de voir ses activités révélées au grand public. Mais, cela ne suffit toujours pas à Stross. Parce que les nids de vampires n'apparaissent pas tout à fait comme ça, même lorsque le CASE NIGHTMARE GREEN devient imminent. Et parce que quelqu'un tire les ficelles, quelque part. Alors, expérience ratée ? Luttes d'influences au sein de la Laverie ? Ou bien quelque complot encore plus obscur et plus dangereux ?

On tient là tous les ingrédients d'un excellent Stross et, de par le fait, c'en est un. A voir les sympathiques personnages de la Laverie - parce qu'il y en a - sur les... dents pour essayer de démêler cet infernal écheveau, à voir le rythme de l'oeuvre s'accélérer - laissant à présager le bain de... sang final - on se rend compte que l'on tient ici l'un des meilleurs épisodes de la série. La preuve, s'il en fallait une, que le vampire n'est pas un si mauvais argument pour faire de la SF, dès lors que l'on sait quoi en faire. Et qu'importe si l'auteur se paye le luxe de faire disparaître à la fin certains de ses personnages, et de remanier les relations qui unissent quelques autres... C'est la preuve que son univers est vivant et dynamique. Après tout, le vampire n'est-il pas la métaphore de l'individu qui achète son envie d'éternité avec la vie des autres ?

mercredi 22 juin 2016

Prix Planète-SF des Blogueurs 2016 : la short-list !

La short-list de l'édition 2016 du Prix des Blogueurs Planète-SF est connue ! Deux des titres sélectionnés ont déjà été chroniqués ici même, il m'en reste par conséquent deux à rattraper... Ce qui représente un progrès par rapport à l'année dernière où j'avais dû en rattraper pas moins de trois.
Les rattrapages estivaux sont en réalité commencés dès à présent pour moi, car j'ai entamé ma lecture du Reynolds : malgré mon peu de temps disponible pour la lecture et les chroniques, j'avance d'ores et déjà vite et je ne doute pas d'être en mesure de le chroniquer avant la fin du mois, si tout va bien. Il me restera donc pas mal de temps pour lire le Kloetzer - et ma très navrante expérience avec Anamnèse de Lady Star m'incite à penser que ce n'est peut-être pas plus mal...

On rappellera, pour mémoire, que désormais un des titres de la short-list est défini par le vote des forumeurs du Planète-SF. Les trois autres sont désignés par un vote interne au Jury (dont je suis). Après rattrapages, le Jury se rassemblera pour désigner le vainqueur de l'édition, qui sera dévoilé aux Utopiales de Nantes...

Ne reste plus, pour conclure, qu'à dévoiler la belle illustration concoctée par Julien du blog Naufragés Volontaires et lui-même membre du Jury...

mercredi 8 juin 2016

Ruines

Après Fragments, voici le dernier tome de la Série Partials de Dan Wells.

Résumé :
Cette fois-ci, ça va mal. A Long Island, c'est toute l'armée des Partials qui a franchi le détroit et s'est emparée de la population humaine, afin de mettre la main sur Kira Walker : le sinistre Docteur Morgan, qui contrôle désormais la majeure partie des factions Partials, était persuadée que c'est au coeur de son ADN que se cache le remède contre la date de péremption des soldats cultivés en cuve... Mais c'était au coeur du désert toxique des Badlands que Kira se trouvait, ce qui ne l'a pas empêchée d'être capturée. Plus que jamais, la jeune fille - qui sait à présent qu'elle n'est humaine que par son éducation - veut trouver une solution qui permettrait aux Partials en voie d'extinction et aux humains de cohabiter... mais pour cela, elle doit pouvoir soigner à la fois le RM - dont le seul remède est contenu dans les phéromones qu'exudent les Partials - et la date de péremption. Comment résoudre ces difficultés sans réveiller les démons de l'esclavage ? Pour les Partials, le temps presse plus que jamais : dans quelques mois, tous auront dépassé leur date de péremption... et s'ils viennent à disparaître, plus aucun nouveau-né humain ne survivra au RM. Pénétrée par l'urgence, Kira saura-t-elle construire un pont entre les deux races ? Au moment où les éléments eux-mêmes se déchaînent, existe-t-il un espoir pour l'espèce humaine et ses enfants rebelles ?
Avec l'irruption d'un (inévitable ?) triangle amoureux dans le tome précédent, Partials s'ancrait d'une façon affirmée dans la constellation un peu trop vaste des dystopies post-ado et je ne doute pas que, tôt ou tard, les grands esprits d'Hollywood sauront nous gratifier de l'adaptation de la nouvelle série phénomène - la quatrième après Hunger Games, Divergent et autre Maze Runner. Bah, c'est une mode et ça disparaîtra tôt ou tard, un peu comme les fameuses totoches au début des années 90. Quoi qu'il en soit, le précédent volet de cette (j'ose à peine l'écrire...) trilogie (hum) trouvait encore le moyen de faire illusion avec cette marche à travers un désert empoisonné jusqu'à une Réserve aux allures de paradis truqué. Comme souvent, dans les bonnes dystopies - parce qu'il y en a, le danger réel provient non pas tant de la nature hostile ou des pièges incompréhensibles abandonnés par l'ubris des anciens que des trop bonnes intentions des protagonistes. Y a-t-il pire situation, pour qui détient la clé pour sauver la planète, que de découvrir qu'un autre a trouvé la solution - et a déjà démontré qu'elle est inutilisable ?

C'est dans cet état d'esprit que Kira Walker accepte par conséquent de se soumettre aux protocoles expérimentaux du Docteur Morgan. Comme de bien entendu, celle-ci ne trouvera pas la solution de l'énigme biologique : pour résoudre l'écheveau de mystères qui ont présidé à la création des Partials, il ne suffit pas de se livrer à un véritable travail d'archéologie numérique - ce qui était l'un des arguments intéressants de Fragments - ou de fouiller l'ADN et la biochimie des différents protagonistes. Kira va donc reprendre sa propre quête à travers une Amérique en... ruines, où de bien étranges figures commencent à être repérées. Après la quasi extinction de l'espèce humaine, il flotte encore un parfum d'apocalypse imminente : l'un des comploteurs à l'origine du RM, décidé à "réparer le monde", a réussi le tour de force d'éliminer le réchauffement climatique, ce qui entraîne l'arrivée d'une tempête de neige pile au moment où tout le monde s'énerve à Long Island.

Autant dire que la multiplication des péripéties, dans ce contexte, donne lieu à une intrigue un peu morcelée autour d'un fil directeur tout de même assez simpliste. On ne comprend pas très bien les enjeux du périlleux voyage de Kira puisque la véritable solution, c'est toute seule et dans sa tête qu'elle la définit. L'apparition de deux inquiétants personnages, dont l'un n'est pas sans évoquer un monstre tout droit sorti d'une série sentai, ne suffit pas à relancer l'intérêt d'un livre où l'on sent que l'inspiration de l'auteur se fatigue et même, où l'on a l'impression que l'auteur se lasse de son oeuvre qu'il s'empresse de conclure. Difficile de maintenir le tonus sur le long terme, et ce même si l'écriture nerveuse garantit que ce livre conserve sa qualité de page-turner jusqu'à la fin. A la fin, la série Partials prend donc des allures de blockbuster aux phéromones : cela sent la bonne SF, cela se lit comme de la bonne SF, mais ce n'en est pas, et même la résolution du triangle amoureux se fait d'une façon peu satisfaisante. Une déception, vous avez dit ? Oui. Un départ aussi bon méritait une bien meilleure conclusion.

mercredi 1 juin 2016

La vidéo SF du mois - Juin 2016

Une fois n'est pas coutume : pour ce retour de ma rubrique mensuelle, je vous invite à regarder Tuck me in (soit donc Borde-moi), un court-métrage tout à fait orienté horreur. Peu de dialogues et tous sous-titrés (en anglais) mais, malgré tout...

mardi 24 mai 2016

L'Abîme au-delà des Rêves

Un nouveau Peter F. Hamilton, pour moi qui suis amateur de space-opera, c'est toujours une bonne nouvelle. Ici, le porteur d'heureux message fut Herbefol dont je recommande la chronique de lecture : je découvrais - avec pas mal de retard puisque ce livre est paru il y a plus de six mois... - la sortie d'un nouvel élément de la Saga du Commonwealth, laquelle constitue à mon sens le grand-oeuvre de Hamilton, plus que le Cycle de l'Aube de la Nuit en tout cas. J'avais une raison supplémentaire de vouloir me replonger dans un Hamilton, par ailleurs... c'est que je m'apprêtais alors à modérer une table ronde l'impliquant aux Intergalactiques de Lyon !
Résumé :
Le Vide... un univers artificiel, au coeur de la Voie Lactée, où se perd la flotte intergalactique de la Dynastie Brandt partie fonder une nouvelle civilisation au-delà des frontières du Commonwealth. Quand Laura Brandt est réveillée à bord du Vermillion, c'est pour découvrir qu'on a besoin d'elle et de ses compétences au sein d'un univers où la technologie se détraque. Une planète attend les naufragés du Commonwealth - mais une étrange "forêt" tourne autour d'elle... Pendant ce temps, ailleurs, Nigel Sheldon - l'un des plus puissants hommes du Commonwealth - se laisse persuader de partir explorer le Vide en mission pour les Raiels : ceux-ci ont eu accès aux rêves d'Inigo et ont identifié en Makkathran l'épave d'un des vaisseaux d'invasion que leur espèce a en vain lancée contre le Vide un million d'années plus tôt. Ce que Laura Brandt comme Nigel Sheldon ignorent, c'est que la planète où tous deux vont s'échouer à des milliers d'années d'écart est la cible d'une terrifiante menace extraterrestre à même, peut-être, de mettre en échec le génie du Commonwealth. Existe-t-il une issue pour les descendants de l'espèce humaine piégés dans le Vide ?
Voir un auteur revenir à l'un de ses univers les plus intéressants, c'est toujours agréable. De toute évidence, Hamilton aura de la peine à quitter son univers du Commonwealth dont il explore ici de nouveaux lieux, de nouvelles époques et où il introduit de nouveaux personnages. Bon, certaines vieilles connaissances font leur retour, ainsi qu'il se doit : quelques années avant les événements de la Trilogie du Vide, on croise Nigel Sheldon et même Paula Myo qui vient faire un caméo ! Mais, cette fois-ci, le propos de Hamilton n'est pas d'écrire un préquel à la Trilogie du Vide : les enjeux de la présente série sont très différents. La menace représentée par le Vide n'est pas encore imminente, Inigo n'a pas encore abandonné les fidèles de la religion qui s'organise autour de ses rêves et la faction Accélératrice de l'ANA n'est pas encore en train de manipuler le Pélerinage du Rêve Vivant.

Car c'est, cette fois-ci, au coeur du Vide lui-même que se noue l'intrigue de ce roman. Bien des périls pèsent sur ceux qui s'y trouvent piégés, le moindre étant peut-être bien le fait que les machines y tombent en panne - problème handicapant pour une société habituée à l'omniprésence de mécanismes intelligents et même d'implants destinés à étendre les capacités de l'organisme humain. Le pire, c'est bien entendu la présence des Fallers : eux-mêmes prisonniers du Vide, ces lointains descendants d'une espèce extraterrestre intelligente sont capables d'absorber la chair et les pensées pour construire des simulacres d'êtres humains... La présence de pareils ennemis contraint l'évolution de la société des naufragés : une fois leurs machines tout à fait détraquées, il ne leur reste plus qu'une hiérarchie pyramidale qui protège bien mal le petit peuple de la terreur des Fallers. Comme dans la Trilogie du Vide, le système est mortifère et va être secoué... sauf que cette fois-ci, les causes de la perturbation initiale ne seront pas tout à fait les mêmes.

En nous épargnant une réédition de son schéma, l'auteur nous montre une fois de plus l'étendue de son talent : questionnant toujours, et avec détermination, ce qui peut rester du propre de l'humanité dans un futur où celle-ci commence à tendre vers la post-humanité, Hamilton se paye le luxe d'explorer les voies de garage et les impasses évolutives. Qu'est-ce que le Vide sinon un bac à sable où les nostalgiques peuvent développer des pouvoirs dont rêvent les enfants - et surtout rester figés dans une stase on ne peut plus malsaine ? Alors qu'à l'extérieur du Vide le temps s'accélère encore et toujours, à l'intérieur la flèche du progrès s'inverse au bénéfice d'un accomplissement peut-être illusoire. Avec la très belle image finale, Hamilton nous révèle (qui sait !) ce qui pourrait bien être son intention : confronter l'humanité du Commonwealth à celle qui a toujours vécu dans le Vide, c'est-à-dire, confronter l'appel de l'infini à l'aspiration à l'éternité. Saura-t-il nous inventer quelque impossible synthèse ? Nous en jugerons dans quelques temps...