dimanche 26 juin 2016

Méta-Baron tome 2 : Khonrad l'Anti-Baron

Il y a quelques mois, je parlais ici du premier tome de la dernière série en date au sein de l'Incaliverse inventé par Jodorowsky à la fin des années soixante-dix. Les auteurs n'ont pas été longs à nous gratifier de la suite, parue un peu plus de six mois après le premier volet de cette histoire...

Résumé :
Alors que les réserves d'épiphyte sont en train de s'épuiser, Wilhelm-100 a décidé que le meilleur moyen de régler le problème serait encore d'éliminer le Méta-Baron. Le guerrier ultime est capable de venir siphonner l'épiphyte comme bon lui semble, amoindrissant encore les derniers gisements... Le Techno-Amiral a chargé son âme damnée Tétanus de lui fabriquer un clone du Méta-Baron, mais une divergence méthodologique entre le terrifiant Wilhelm-100 et son esclave conduit à la production de Khonrad, un monstre sans passé, sans mémoire, né de l'utérus d'un bovidé femelle de laquelle il s'extrait à la seule force de ses ongles et de ses mains. Pour Wilhelm-100, c'est le moyen d'éliminer à jamais le Méta-Baron - mais Tétanus voit sa création comme le fils qu'il n'a pas. Alors que le Techno-Pape s'impatiente et que l'Empire est promis à l'effondrement lorsque l'épiphyte aura disparu pour de bon, le destin de l'univers dépendra-t-il de la confrontation entre le Méta-Baron et son clone maléfique ? Et si cette rencontre aussi impossible que révoltante était en fait le premier pas sur un chemin nouveau pour le Méta-Baron - et peut-être même l'espèce humaine toute entière ?
Le premier volet de cette histoire m'avait beaucoup plu : l'Incaliverse n'est jamais si convaincant que lorsque ses méchants sont réussis. Les affreux Aristos et les sinistres Technos étaient d'excellents méchants, les Shabda-Oud (des espèces de Bene Gesserit un peu loupées qui font leur apparition dans la série La Caste des Méta-Barons, dont je ne suis pas très fan, il est vrai) un peu moins... Ici, Wilhelm-100 apparaît comme un véritable méchant bien badass : il s'est fait greffer deux énormes bras mécaniques à la place des siens, s'en sert volontiers pour tuer dans l'instant ceux qui lui déplaisent - porteurs de mauvaises nouvelles inclus - et d'une façon générale agit sans aucune forme de moralité, faisant le mal par simple plaisir voire même ennui... Se servant de la violence et de la cruauté comme de méthodes de gestion. Et cela marche, ou n'est en tout cas pas loin de marcher.

Le principal atout de Wilhelm-100 est sans nul doute sa parodie artificielle de Méta-Baron : Khonrad, conçu par clonage, qui a pour particularité d'avoir eu deux mères dont une animale, élevé dans la souffrance, la violence et l'obéissance absolue à son maître, est bien près de venir à bout de l'original dont il est la copie. Les auteurs n'hésitent pas, en effet, à mettre leur personnage principal en danger de mort, chose qui se produisait dans la première série mais en général pas face aux complots de la "simple" humanité. Il est vrai qu'ici la "simple" humanité se trouve confrontée à un péril nouveau : pas d'envahisseur, mais bel et bien la perte imminente d'une ressource indispensable au moment précis où la civilisation impériale se consolide. Les auteurs exploitent ce ressort scénaristique pour proposer un schéma aux accents herbertiens : face au danger de son morcellement que représenterait la disparition d'un voyage spatial confortable et rapide, certains personnages vont chercher des solutions. Celle de Wilhelm-100, pour intéressante qu'elle soit, n'en est pas une, puisqu'elle ne vise qu'à éliminer un symptôme bien défini plutôt qu'à résoudre le problème lui-même. C'est bel et bien le défaut du Techno-Amiral, cyborg des plus grotesques handicapé par ses propres implants, et post-humain de pacotille tout comme son Anti-Baron n'est en réalité qu'une copie très inefficiente du Méta-Baron.

Celui-ci, presque en retrait de cet album dont il est pourtant le héros (si l'on en croit le titre !), en apparaît d'autant plus intéressant : on retrouve ici le caractère mystérieux d'un personnage au départ secondaire dans L'Incal et dont l'importance avait fini par être surestimée. Ce deuxième album confirme en tout cas mon impression : la série Méta-Baron mérite que l'on s'y intéresse, car on y retrouve tout ce qui faisait la richesse de la pensée de Jodo à l'époque de L'Incal, sans les bizarreries qui s'étaient multipliées au fil des ans. Il va de soi que je continuerai à en suivre les parutions...

http://rsfblog.fr/2016/06/21/summer-star-wars-episode-vii-cest-parti/

jeudi 23 juin 2016

The Rhesus Chart

Je me suis replongé avec délices dans l'univers de la Laverie avec le dernier volet disponible en poche (à l'heure actuelle, hein). Avec The Rhesus Chart, Charles Stross nous propose cette fois-ci de nous intéresser à l'un des mythes les plus usés célèbres de la SF, à savoir, celui du vampire.
Résumé :
Tentant d'importer les méthodes de management des start-ups de la Silicon Valley, les Ressources Humaines de la Laverie attendent désormais de leurs employés qu'ils se mettent à travailler sur leurs propres projets sur une partie définie de leur temps de travail. Le projet d'Andy ayant manqué de très mal tourner, le voici affecté à celui de Bob qui, après avoir obtenu le report de la date de la fin du monde, s'intéresse maintenant aux vampires - ou plutôt, à la raison pour laquelle tout le monde à la Laverie soutient que les vampires n'existent pas. Même sa charmante épouse, Mo, est en mesure de lui démontrer que les vampires ne peuvent pas exister. Sauf qu'au même moment, un geek recruté par une banque londonienne se voit transformé par l'algorithme sur lequel il travaille... Une transformation qui fait de lui un être insomniaque, nocturne et qui lui donne soif. Très soif... Pour affronter ces créatures plus tout à fait humaines que sont les vampires, il faudra peut-être bien que Bob retourne affronter ses propres démons. D'autant plus que, pour la première fois, quelque chose semble mériter de qualifier ce cas d'anormal. La Laverie sera-t-elle de taille face à ce nouvel ennemi ? N'y a-t-il pas pire à craindre qu'un nid de vampires ?
Je l'ai déjà dit, je me méfie des vampires en littérature. Trop de Twilighteries ont fini par amocher Dracula et il faudra bien dix-quinze ans pour que l'on puisse à nouveau voir apparaître un vampire dans un livre sans ricaner en pensant "Edward ! Edwâââârd !". Ici, toutefois, on est chez Stross - et l'on peut s'attendre à ce que l'auteur s'empare du terme et du concept en les décortiquant pour faire sa propre cuisine. Parce que Stross n'est pas du genre à se laisser impressionner par des bellâtres, fussent-ils phosphorescents. Et donc, voici qu'il nous invente rien de moins que ce que j'ai envie de qualifier de vampirisme assisté par ordinateur. Comme souvent chez lui, le paranormal s'infiltre dans l'univers de gens normaux, voire même banaux, et peut-être même un peu couillons, grâce à la technologie qui envahit chaque année un peu plus nos vies. C'est le leitmotiv de cet univers de la Laverie : nos ordinateurs sont des portails qui ne demandent qu'à être ouverts sur d'autres réalités - où pullulent des intelligences hostiles et surtout voraces. Ici, en bidouillant un algorithme capable de prédire les fluctuations du marché - rêve de trader - le "patient zéro" de cette nouvelle épidémie de vampirisme attire l'attention d'un parasite mental qui lui concède quelques pouvoirs intéressants, les mêmes en fait que ceux du folklore. Quelques limitations à ce pouvoir : le parasite n'aime pas les UV, de plus, il a soif, très soif - lui aussi - et si on ne lui donne pas à boire, il risque de se retourner contre son hôte. Pour le reste, il n'est pas très exigeant et acceptera bien volontiers de prolonger la vie du vampire pendant quelques décennies voire plus si affinités...

Le schéma est déjà d'une simplicité qui confine au génial et suffirait à faire un très bon roman court. Mais cela ne suffit pas à Stross qui se fait un plaisir d'entrecroiser cette histoire avec le cataclysme qui s'annonce en toile de fond de cet univers : le CASE NIGHTMARE GREEN, une invasion d'entités affamées, se rapproche de plus en plus et les incidents de plus en plus dangereux auxquels doivent faire face les personnages de la Laverie témoignent de son imminence. Avec l'apparition d'un nid de vampires, et avec leur recherche méthodique d'une façon de satisfaire à leurs besoins - parce qu'ils ont soif, très soif, eux aussi... - c'est la première fois que l'agence d'espionnage paranormal du Royaume-Uni doit faire face à un tel risque de voir ses activités révélées au grand public. Mais, cela ne suffit toujours pas à Stross. Parce que les nids de vampires n'apparaissent pas tout à fait comme ça, même lorsque le CASE NIGHTMARE GREEN devient imminent. Et parce que quelqu'un tire les ficelles, quelque part. Alors, expérience ratée ? Luttes d'influences au sein de la Laverie ? Ou bien quelque complot encore plus obscur et plus dangereux ?

On tient là tous les ingrédients d'un excellent Stross et, de par le fait, c'en est un. A voir les sympathiques personnages de la Laverie - parce qu'il y en a - sur les... dents pour essayer de démêler cet infernal écheveau, à voir le rythme de l'oeuvre s'accélérer - laissant à présager le bain de... sang final - on se rend compte que l'on tient ici l'un des meilleurs épisodes de la série. La preuve, s'il en fallait une, que le vampire n'est pas un si mauvais argument pour faire de la SF, dès lors que l'on sait quoi en faire. Et qu'importe si l'auteur se paye le luxe de faire disparaître à la fin certains de ses personnages, et de remanier les relations qui unissent quelques autres... C'est la preuve que son univers est vivant et dynamique. Après tout, le vampire n'est-il pas la métaphore de l'individu qui achète son envie d'éternité avec la vie des autres ?

mercredi 22 juin 2016

Prix Planète-SF des Blogueurs 2016 : la short-list !

La short-list de l'édition 2016 du Prix des Blogueurs Planète-SF est connue ! Deux des titres sélectionnés ont déjà été chroniqués ici même, il m'en reste par conséquent deux à rattraper... Ce qui représente un progrès par rapport à l'année dernière où j'avais dû en rattraper pas moins de trois.
Les rattrapages estivaux sont en réalité commencés dès à présent pour moi, car j'ai entamé ma lecture du Reynolds : malgré mon peu de temps disponible pour la lecture et les chroniques, j'avance d'ores et déjà vite et je ne doute pas d'être en mesure de le chroniquer avant la fin du mois, si tout va bien. Il me restera donc pas mal de temps pour lire le Kloetzer - et ma très navrante expérience avec Anamnèse de Lady Star m'incite à penser que ce n'est peut-être pas plus mal...

On rappellera, pour mémoire, que désormais un des titres de la short-list est défini par le vote des forumeurs du Planète-SF. Les trois autres sont désignés par un vote interne au Jury (dont je suis). Après rattrapages, le Jury se rassemblera pour désigner le vainqueur de l'édition, qui sera dévoilé aux Utopiales de Nantes...

Ne reste plus, pour conclure, qu'à dévoiler la belle illustration concoctée par Julien du blog Naufragés Volontaires et lui-même membre du Jury...

mercredi 8 juin 2016

Ruines

Après Fragments, voici le dernier tome de la Série Partials de Dan Wells.

Résumé :
Cette fois-ci, ça va mal. A Long Island, c'est toute l'armée des Partials qui a franchi le détroit et s'est emparée de la population humaine, afin de mettre la main sur Kira Walker : le sinistre Docteur Morgan, qui contrôle désormais la majeure partie des factions Partials, était persuadée que c'est au coeur de son ADN que se cache le remède contre la date de péremption des soldats cultivés en cuve... Mais c'était au coeur du désert toxique des Badlands que Kira se trouvait, ce qui ne l'a pas empêchée d'être capturée. Plus que jamais, la jeune fille - qui sait à présent qu'elle n'est humaine que par son éducation - veut trouver une solution qui permettrait aux Partials en voie d'extinction et aux humains de cohabiter... mais pour cela, elle doit pouvoir soigner à la fois le RM - dont le seul remède est contenu dans les phéromones qu'exudent les Partials - et la date de péremption. Comment résoudre ces difficultés sans réveiller les démons de l'esclavage ? Pour les Partials, le temps presse plus que jamais : dans quelques mois, tous auront dépassé leur date de péremption... et s'ils viennent à disparaître, plus aucun nouveau-né humain ne survivra au RM. Pénétrée par l'urgence, Kira saura-t-elle construire un pont entre les deux races ? Au moment où les éléments eux-mêmes se déchaînent, existe-t-il un espoir pour l'espèce humaine et ses enfants rebelles ?
Avec l'irruption d'un (inévitable ?) triangle amoureux dans le tome précédent, Partials s'ancrait d'une façon affirmée dans la constellation un peu trop vaste des dystopies post-ado et je ne doute pas que, tôt ou tard, les grands esprits d'Hollywood sauront nous gratifier de l'adaptation de la nouvelle série phénomène - la quatrième après Hunger Games, Divergent et autre Maze Runner. Bah, c'est une mode et ça disparaîtra tôt ou tard, un peu comme les fameuses totoches au début des années 90. Quoi qu'il en soit, le précédent volet de cette (j'ose à peine l'écrire...) trilogie (hum) trouvait encore le moyen de faire illusion avec cette marche à travers un désert empoisonné jusqu'à une Réserve aux allures de paradis truqué. Comme souvent, dans les bonnes dystopies - parce qu'il y en a, le danger réel provient non pas tant de la nature hostile ou des pièges incompréhensibles abandonnés par l'ubris des anciens que des trop bonnes intentions des protagonistes. Y a-t-il pire situation, pour qui détient la clé pour sauver la planète, que de découvrir qu'un autre a trouvé la solution - et a déjà démontré qu'elle est inutilisable ?

C'est dans cet état d'esprit que Kira Walker accepte par conséquent de se soumettre aux protocoles expérimentaux du Docteur Morgan. Comme de bien entendu, celle-ci ne trouvera pas la solution de l'énigme biologique : pour résoudre l'écheveau de mystères qui ont présidé à la création des Partials, il ne suffit pas de se livrer à un véritable travail d'archéologie numérique - ce qui était l'un des arguments intéressants de Fragments - ou de fouiller l'ADN et la biochimie des différents protagonistes. Kira va donc reprendre sa propre quête à travers une Amérique en... ruines, où de bien étranges figures commencent à être repérées. Après la quasi extinction de l'espèce humaine, il flotte encore un parfum d'apocalypse imminente : l'un des comploteurs à l'origine du RM, décidé à "réparer le monde", a réussi le tour de force d'éliminer le réchauffement climatique, ce qui entraîne l'arrivée d'une tempête de neige pile au moment où tout le monde s'énerve à Long Island.

Autant dire que la multiplication des péripéties, dans ce contexte, donne lieu à une intrigue un peu morcelée autour d'un fil directeur tout de même assez simpliste. On ne comprend pas très bien les enjeux du périlleux voyage de Kira puisque la véritable solution, c'est toute seule et dans sa tête qu'elle la définit. L'apparition de deux inquiétants personnages, dont l'un n'est pas sans évoquer un monstre tout droit sorti d'une série sentai, ne suffit pas à relancer l'intérêt d'un livre où l'on sent que l'inspiration de l'auteur se fatigue et même, où l'on a l'impression que l'auteur se lasse de son oeuvre qu'il s'empresse de conclure. Difficile de maintenir le tonus sur le long terme, et ce même si l'écriture nerveuse garantit que ce livre conserve sa qualité de page-turner jusqu'à la fin. A la fin, la série Partials prend donc des allures de blockbuster aux phéromones : cela sent la bonne SF, cela se lit comme de la bonne SF, mais ce n'en est pas, et même la résolution du triangle amoureux se fait d'une façon peu satisfaisante. Une déception, vous avez dit ? Oui. Un départ aussi bon méritait une bien meilleure conclusion.

mercredi 1 juin 2016

La vidéo SF du mois - Juin 2016

Une fois n'est pas coutume : pour ce retour de ma rubrique mensuelle, je vous invite à regarder Tuck me in (soit donc Borde-moi), un court-métrage tout à fait orienté horreur. Peu de dialogues et tous sous-titrés (en anglais) mais, malgré tout...

mardi 24 mai 2016

L'Abîme au-delà des Rêves

Un nouveau Peter F. Hamilton, pour moi qui suis amateur de space-opera, c'est toujours une bonne nouvelle. Ici, le porteur d'heureux message fut Herbefol dont je recommande la chronique de lecture : je découvrais - avec pas mal de retard puisque ce livre est paru il y a plus de six mois... - la sortie d'un nouvel élément de la Saga du Commonwealth, laquelle constitue à mon sens le grand-oeuvre de Hamilton, plus que le Cycle de l'Aube de la Nuit en tout cas. J'avais une raison supplémentaire de vouloir me replonger dans un Hamilton, par ailleurs... c'est que je m'apprêtais alors à modérer une table ronde l'impliquant aux Intergalactiques de Lyon !
Résumé :
Le Vide... un univers artificiel, au coeur de la Voie Lactée, où se perd la flotte intergalactique de la Dynastie Brandt partie fonder une nouvelle civilisation au-delà des frontières du Commonwealth. Quand Laura Brandt est réveillée à bord du Vermillion, c'est pour découvrir qu'on a besoin d'elle et de ses compétences au sein d'un univers où la technologie se détraque. Une planète attend les naufragés du Commonwealth - mais une étrange "forêt" tourne autour d'elle... Pendant ce temps, ailleurs, Nigel Sheldon - l'un des plus puissants hommes du Commonwealth - se laisse persuader de partir explorer le Vide en mission pour les Raiels : ceux-ci ont eu accès aux rêves d'Inigo et ont identifié en Makkathran l'épave d'un des vaisseaux d'invasion que leur espèce a en vain lancée contre le Vide un million d'années plus tôt. Ce que Laura Brandt comme Nigel Sheldon ignorent, c'est que la planète où tous deux vont s'échouer à des milliers d'années d'écart est la cible d'une terrifiante menace extraterrestre à même, peut-être, de mettre en échec le génie du Commonwealth. Existe-t-il une issue pour les descendants de l'espèce humaine piégés dans le Vide ?
Voir un auteur revenir à l'un de ses univers les plus intéressants, c'est toujours agréable. De toute évidence, Hamilton aura de la peine à quitter son univers du Commonwealth dont il explore ici de nouveaux lieux, de nouvelles époques et où il introduit de nouveaux personnages. Bon, certaines vieilles connaissances font leur retour, ainsi qu'il se doit : quelques années avant les événements de la Trilogie du Vide, on croise Nigel Sheldon et même Paula Myo qui vient faire un caméo ! Mais, cette fois-ci, le propos de Hamilton n'est pas d'écrire un préquel à la Trilogie du Vide : les enjeux de la présente série sont très différents. La menace représentée par le Vide n'est pas encore imminente, Inigo n'a pas encore abandonné les fidèles de la religion qui s'organise autour de ses rêves et la faction Accélératrice de l'ANA n'est pas encore en train de manipuler le Pélerinage du Rêve Vivant.

Car c'est, cette fois-ci, au coeur du Vide lui-même que se noue l'intrigue de ce roman. Bien des périls pèsent sur ceux qui s'y trouvent piégés, le moindre étant peut-être bien le fait que les machines y tombent en panne - problème handicapant pour une société habituée à l'omniprésence de mécanismes intelligents et même d'implants destinés à étendre les capacités de l'organisme humain. Le pire, c'est bien entendu la présence des Fallers : eux-mêmes prisonniers du Vide, ces lointains descendants d'une espèce extraterrestre intelligente sont capables d'absorber la chair et les pensées pour construire des simulacres d'êtres humains... La présence de pareils ennemis contraint l'évolution de la société des naufragés : une fois leurs machines tout à fait détraquées, il ne leur reste plus qu'une hiérarchie pyramidale qui protège bien mal le petit peuple de la terreur des Fallers. Comme dans la Trilogie du Vide, le système est mortifère et va être secoué... sauf que cette fois-ci, les causes de la perturbation initiale ne seront pas tout à fait les mêmes.

En nous épargnant une réédition de son schéma, l'auteur nous montre une fois de plus l'étendue de son talent : questionnant toujours, et avec détermination, ce qui peut rester du propre de l'humanité dans un futur où celle-ci commence à tendre vers la post-humanité, Hamilton se paye le luxe d'explorer les voies de garage et les impasses évolutives. Qu'est-ce que le Vide sinon un bac à sable où les nostalgiques peuvent développer des pouvoirs dont rêvent les enfants - et surtout rester figés dans une stase on ne peut plus malsaine ? Alors qu'à l'extérieur du Vide le temps s'accélère encore et toujours, à l'intérieur la flèche du progrès s'inverse au bénéfice d'un accomplissement peut-être illusoire. Avec la très belle image finale, Hamilton nous révèle (qui sait !) ce qui pourrait bien être son intention : confronter l'humanité du Commonwealth à celle qui a toujours vécu dans le Vide, c'est-à-dire, confronter l'appel de l'infini à l'aspiration à l'éternité. Saura-t-il nous inventer quelque impossible synthèse ? Nous en jugerons dans quelques temps...

lundi 16 mai 2016

Véridienne

Je ne connais pas Chloé Chevalier. Son roman - éligible au Prix des Blogueurs 2016 - est le premier d'un cycle (une... trilogie ?). Il est arrivé entre mes mains un peu par hasard, à un moment il y a un mois où je cherchais une lecture légère et rapide car j'avais beaucoup à faire : le rush de travail étant terminé, je trouve enfin le temps de le chroniquer...
Résumé : 
Le Demi-Loup... Un royaume froid aux traditions inexplicables, aux confins de l'Empire de l'Est, partagé en deux par son précédent monarque au bénéfice de ses fils afin de peut-être satisfaire le particularisme de ses deux moitiés, séparées par une haute chaîne de montagnes. Au Demi-Loup, les membres de la lignée royale reçoivent dans leur première enfance un Suivant, un enfant du même sexe né le jour d'après celui de leur naissance, et destiné à remplacer le souverain s'il venait à faire défaut. Tout commence avec le départ du prince héritier du royaume, à l'âge de douze ans, que son père envoie contre son gré en guerre contre l'Empire de l'Est, un combat sans espoir et surtout sans objet au vu de l'immensité de l'ennemi. Non, tout commence avec la fuite de Calvina, héritière de la moitié du Demi-Loup, accompagnée par sa Suivante et le Suivant de son défunt père, afin d'échapper au coup d'Etat des Chats d'Edelin, qui dirige la plus forte armée du royaume. Non, tout commence avec la mésentente du roi Aldemar et de la reine Malvamonde et par l'entorse à la coutume qui a fait qu'à Véridienne, la princesse Malvane a reçu non pas une mais bel et bien deux Suivantes... Quel drame est-il en train de se nouer à Véridienne, triste capitale d'un royaume condamné par le destin ? Quelles crimes le prince héritier Aldemor fomente-t-il à l'Est afin d'accomplir l'impossible mission qui lui a été confiée ?
Je l'avoue, j'ai craint le pire à l'ouverture de ce roman assez court : des châteaux, des princesses, une marâtre, des soldats qui agissent de leur propre fait, des traîtres, des nobles, un prince pleurnichard et un royaume aux traditions aussi incompréhensibles qu'ancestrales et surtout presque pas questionnées par les protagonistes... Véridienne apparaissait au premier abord comme une peu indispensable resucée de tout ce que la fantasy charrie de plus commun depuis les contes venus du Moyen-Âge. Et il est vrai que le Demi-Loup tient bien volontiers du royaume moyenâgeux, avec son système féodal qui doit autant à l'héritage mérovingien - avec partage des terres entre les deux héritiers - qu'à ses développements plus tardifs - où l'assemblée des nobles constitue un vague début d'embryon de parlementarisme. La présence d'un Empire ennemi à l'Est évoque bien volontiers la longue rivalité entre la France et le Saint-Empire, et ce même si l'étendue de cet ennemi, ainsi que sa toponymie, contre lequel le prince Aldemor part chevaucher contraint et forcé semblerait évoquer plutôt la Chine. On voyage donc ici dans de la fantasy sans magie.

L'intérêt de Véridienne est pourtant relancé par sa narration audacieuse et - osons ! - peut-être un peu casse-gueule. En rassemblant deux princesses et leurs Suivantes (soit donc trois fillettes du même âge) dans un même château, l'auteure se donne la possibilité de multiplier les points de vue. Chacune possède sa propre personnalité ainsi que sa propre mentalité, soit donc son propre regard. A ces points de vue s'additionnent ceux d'autres personnages plus secondaires et qui viennent jouer pourtant un rôle explicatif indispensable : l'Histoire du Demi-Loup est mystérieuse, et de celle-ci procèdent bon nombre des événements relatés dans ce roman. Avec le retour du prince Aldemor, à la tête des quelques rares survivants de l'ost parti à l'Est, se met en place l'ultime perturbation de l'ordre du Demi-Loup : le royaume, bien que vainqueur, sera désormais isolé, aux prises avec une insidieuse épidémie, rongé de l'intérieur comme son château l'est par les eaux souterraines... Belle construction, en fin de compte, Véridienne mérite qu'on lui porte intérêt - et que l'on se penche aussi sur ses suites. Il est rare que la fantasy s'exprime aussi bien en français.

vendredi 6 mai 2016

Annihilation

Un court roman de SF louchant vers l'horreur, et qui ouvre une... trilogie. Qu'est-ce que ce surprenant mélange peut bien donner ?
Résumé : 
La Zone X : un territoire évacué par le gouvernement, où se produisent des phénomènes inexplicables. On y envoie des expéditions destinées à en percer les mystères, mais leurs membres n'en reviennent en général pas, ou alors en reviennent changés d'une façon irrémédiable. La douzième expédition est réduite avant même le franchissement de la frontière : sur les cinq femmes sélectionnées, la linguiste a renoncé au dernier moment. La biologiste, qui raconte l'histoire de l'expédition, se rend sur place pour des raisons plus personnelles que scientifiques... Mieux qu'une autre, elle sait que la folie rôde autour de et dans la Zone X - et que les événements inquiétants qui vont se manifester aussitôt ne correspondent pas aux seules menaces qui vont peser sur l'expédition. Trouvera-t-elle sur place les traces de l'homme qu'elle a aimé ? Saura-t-elle identifier la part du mystère qui lui est peut-être intelligible ?
Un (léger) parfum de X-Files, une ambiance qui m'évoque un peu 14, et les avis des blogopotes qui eux y voient l'influence d'un Lovecraft - que je n'ai toujours pas lu : Annihilation, malgré son titre moins sobre que tentateur, présente d'emblée d'excellentes références. Le fait que son volume fictionnel soit court lui donne un autre intérêt a priori : là où certains auteurs se complaisent dans la longueur, pour ne pas dire le tirage à la ligne, ce livre promet d'en venir droit au fait. Bon... il ouvre une trilogie, c'est vrai, mais Annihilation peut malgré tout se lire comme un one-shot, et au vu des mauvaises manies de la SFFF actuelle cela mérite bien d'être souligné comme un avantage.

La Zone X, une région du monde où un événement mystérieux - accident industriel ? expérience qui aurait mal tourné ? - a bouleversé les lois de la nature et transformé un paysage tranquille en territoire hostile à la vie humaine, attire pourtant le regard du gouvernement. Il y a pour cela une bonne raison, et qui plus est une raison inquiétante, ou même plusieurs dont tous ne sont pas connues du monde extérieur - même si, bien entendu, "Government denies knowledge". Les dangers inexprimables de la Zone X ne proviennent d'ailleurs pas tous des conditions anormales qui s'y développent. Certains membres de l'expédition possèdent des informations complémentaires - et même des ordres particuliers : d'ici à imaginer que l'expédition elle-même pourrait bien être truquée, il n'y a qu'un pas, que le lecteur ne va pas tarder à faire de lui-même...

A juste titre, Annihilation se lit donc vite et même d'une traite. Un écueil le menaçait, celui de la fin en queue de poisson : s'il ne lui est pas possible de conclure sur la Zone X - premier tome d'une trilogie... je ne l'ai pas déjà dit ? - il parvient néanmoins à nous offrir une fin conclusive en soldant son intrigue. L'effort est remarquable, il mérite bien d'être salué, contribuant à faire d'Annihilation l'un des titres les plus intelligents qu'il m'ait été donné de lire cette année... Bravo !

lundi 2 mai 2016

Les Nefs de Pangée

Première lecture pour moi d'un livre de Christian Chavassieux, éligible par ailleurs au Prix des Blogueurs Planète SF édition 2016. Le mot Pangée n'est pas sans parler à ma sensibilité de professeur de SVT : le voir apparaître dans un contexte de littératures de l'imaginaire ne pouvait manquer d'attirer mon attention...
Résumé : 
A Basal, c'est une flotte vaincue qui revient de la neuvième chasse à l'Odalim : dispersées par les éléments, les nefs n'ont pu venir à bout du léviathan de l'océan unique, leur commandant perdu en mer et leur nombre au retour divisé par quatre. C'est pour Pangée un cycle néfaste de vingt-cinq années qui s'ouvre - mais pour la Vénérable des Anovia et son Préféré Plairil, c'est l'occasion de répliquer au destin d'une façon inouïe. Autour de Basal va s'organiser une nouvelle chasse de trois cents nefs, chargée de vaincre l'Odalim - car si la dixième est vaincue à nouveau, ce sont pas moins de dix cycles néfastes qui s'imposeront à Pangée... Logal, frère aîné de Plairil, va devoir faire sa part dans la mission de rassemblement des nations de Pangée - ainsi que dans le choix du prochain commandant. La chasse à l'Odalim est pourtant contestée à Basal même, son utilité remise en question par ceux qui ne lui voient qu'une fonction religieuse, bien loin des nécessités de la garde du continent face au mystérieux peuple des Flottants que les nefs n'ont jamais pu exterminer depuis sa première intrusion à terre, dans un passé immémorial... Et si la dixième chasse à l'Odalim était la dernière pour les peuples de Pangée ?
Les Nefs de Pangée démarre comme un roman de fantasy. Un monde imaginaire, figé dans un apparent Moyen-Âge fantasmatique et plus ou moins magique, une quête assortie d'une prophétie et d'une malédiction antique. Entre l'Odalim et les nations coalisées de Pangée, c'est l'opposition entre la mer et la terre qui est mise en scène : l'infinité d'un milieu hostile à la vie terrestre, qui regorge de richesses et de terreurs, dont la géographie semble ignorer le passage du temps, là où les civilisations de Pangée le mesurent en cycles et en années. L'Odalim n'est rien d'autre que la personnification des terreurs maritimes, capable de frapper les nefs où et quand il le désire - et lié pourtant au continent, comme s'il reconnaissait lui-même la nécessité de la lutte. Du côté de Pangée, certains mythes semblent vouloir expliquer les origines de ce conflit éternel, le plus prégnant étant celui selon lequel une chasse échouée entraînera vingt-cinq années de désastres. Ce tableau posé, la première partie du roman permet de mettre en place les éléments attendus : le cercle des personnages qui viendront tenir le premier rang de la quête, une exploration plus ou moins sommaire du continent, et les éléments qui viendront perturber ce bel agencement. Autant dire que Les Nefs de Pangée démarre avec une certaine lenteur : un pari des plus risqués de la part de l'auteur, dans la mesure où à première vue le schéma de son oeuvre n'a rien d'original.

Avec le départ de la chasse à l'Odalim, s'ouvre un deuxième temps qui met l'ensemble en perspective. Sur terre, les ennemis de la chasse mettent à bien leur projet de transformation sociale, introduisant à marche forcée les concepts de monnaie, de propriété, mais aussi de théocratie, imposant donc un basculement civilisationnel. En mer, la chasse dans les mers froides apparaît alors comme un combat mortel entre deux ennemis dépassés par leurs propres enjeux. L'Odalim est condamné par les traits empoisonnés tirés par les nefs, celles-ci ne savent pas que le monde à leur retour aura changé jusqu'à en être méconnaissable : un point de vue tout dunien et très convaincant, l'auteur nous offrant un monde construit pour mieux le réduire en miettes sous nos yeux ! Peu d'auteurs osent en effet susciter chez leur lecteur une image mentale pour mieux la faire voler en éclats une fois la mi-distance franchie... C'est culotté, c'est brillant, et c'est à même de me faire oublier que les cycles de Wilson durent pas moins de cinq cents millions d'années : on ne jongle pas avec le temps sans en payer le prix. Si la justification ultime de la construction audacieuse de Christian Chavassieux semble peut-être un peu faible, il n'en reste pas moins que l'ambition de l'ensemble compense (et même au-delà !) cette seule et unique réserve. Les Nefs de Pangée, c'est de la SF, et c'est un grand livre, de cette espèce qui donne le vertige. Il est remarquable que ce vertige soit acquis au terme d'un seul volume, et que la conclusion de ce livre n'appelle aucune suite : j'ai envie de parier que Christian Chavassieux a fait sien le dicton fremen ‪Arrakis‬ enseigne l'attitude du couteau : couper ce qui est incomplet et dire: "Maintenant c'est complet"... Pour une première rencontre, c'en est une belle, et qui restera longtemps dans ma mémoire : bravo, et merci.

dimanche 1 mai 2016

La vidéo SF du mois - Mai 2016

Pour faire mon retour, en ce jour de Fête du Travail, j'ai trouvé que Adam Real Time Rendered Part 1 constituerait un excellent choix. Le robot, ou l'androïde, est-il le prochain représentant d'une classe d'exploités ? Ou bien y a-t-il dans cette histoire sans paroles quelque atroce sous-entendu ? Après tout... quel ingénieur même dément aurait-il l'idée de produire un robot dont le premier réflexe, à l'activation, serait de tenter de respirer ?

vendredi 1 avril 2016

La vidéo SF du mois - Avril 2016

Pour ouvrir ce mois printanier, j'ai sélectionné un court-métrage intitulé Sputnik. Sans paroles, mystérieux et beau, ce court envoûtant m'a beaucoup plu, car il m'apparaît incarner l'essence de la SF telle que je l'apprécie...


jeudi 31 mars 2016

Mise en pause du blog

Je vous informe que, pour raisons personnelles, ce blog va être silencieux pour le mois d'Avril, à l'exception de la rubrique mensuelle du premier (soit donc demain).

Bon début de Printemps et à bientôt !